‹ Traité des fièvres palustres, avec la description des microbes du paludismeChapitre 63 sur 103 · IMI · texte numérisé non relu

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La coexistence de la fièvre typhoïde el du paludisme a été signalée dans la plupart ded contrées palustres. L'Italie ne prt\e très bien à l'éludede cette question de géographie médicale, Cir certaines provinces sont désolées par la malaria, tandis nae d'autres en sont h peu près indemnes : en consultant la slalisliijue de l'armée iliilienneon trouve que la (lèvre typhoïde répe partout et que les n"nvinccs les plus sujettes à lamalaria ne sont

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nullement dispensées de fournit* leur tribut à la fièvre typhoïde. (A. Lateran, Rapport sur Vétat saniiairêde l'armée italienne Areh^ de méd milit., 1883,, 1 1, p. 105.)

La fièvre typhoïde a été observée dans les foyers les plus intenses du paludisme, à Madagascar) aux IndeS) à Java et à 8u-

mfttm.

Il faut reconnaître cependant que la doctrine derautagonismc du paludisme et de la fièvre typhoïde peut citer quelques faits à son avantage. Les conditions de milieu favorables au paludisme diffèrent évidemment de celles qui favorisent le développement de la fièvre typhoïde.

Le paludisme règne dans les endroits bas, humides, peU habités, en dehors dés grands centrée de population : il atteint de préférence les mdividusqui sont obligés de vivre en dehors des villes, ceux qui travaillent la terre et couchent en plein air ; la fièvre typhoïde a au contraire son milieu de prédilection dans les grandes agglomérations urbaines, et l'encombrement est son facteur étiologique le plus connu.

J'ai pu constater plusieurs fois cette espèce d^opposltion en* tre les conditions qui favorisent i'éclosion des deux maladies, notamment à Gonstantine pendant Tété de 1889 ; tous les malades atteints de paludisme avaient pris la lièvre au fiardo, âur les bords du Rummel, ou bien alors qu*lls étaient détachés aux forêts ou employés aux moissons ; au contraire ta plupart des malades atteints de fièvre typhoïde provenaient du quartier de cavalerie situé sur une hauteur, à l'abri du paludisme, mais dans lequel Tinsuffisance des locaux avait produit Tencombrement.

Il est bien rare qu'une théorie qui a eu un aussi grand retentissement que celle de Tantagonlsme des fièvres palustres et de la fièvre typhoïde et qui a été défendue par un homme delà va-

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leur de Boudin ne repose sur aucune base ; presque toujoanon trouve comme point de départ un foit réel qui a été mal interprété ou dont l'importance a élè exagérée jusqu'à l'erreur; lefaitr^l qui a servi de fondementà la doctrine de l'antagonisme me parait être l'espËce d'opposition qui existe entre les milieux favorables au développement du paludisme et à celui de la fièvre typhoïde, opposition qui n'a du reste rien d'absolu etqui.en tontcas,ne dépend nullement d'un antagonisme de ces maladies l'une pour l'autre.

Le paludisme ne confère aucune immunité pour la Ûhit lyplioîde pas plus que la flËvre typlioîde pour le paludisme. Il m'est arrivé bien souvent de voir la flèvre typhoïde se dë\tlopper chez des malades qui avaient eu une ou plusieurs atteintes de fièvre intermittente et même cbez des cachectiqD» palustres. Voici l'indication sommaire de ces faits :

i° Beikassem ben Mohamed, soldat indigène au 3* (irailleon, entre h l'iiilpilal mililaire de Constantine le l" octobre 1879 pour une fièvre intermittente de récidive. Il prend quelques doses de sulfate de quinine et sort le 7 octobre. Le 17 octobre Beikassem rentre à l'hàpital-, il est malade depuis quatre jourset je constate l'existence d'une fièvre typhoïde qui suit son cours régulier et qui se termine parla guérison. Le malade avait évidemment contracté la lièvre typhoïde à rtaâpilal pendant le pr^ mier séjour qu'il y avait fait ; il y avait à ce moment pinsiears typboïdiques dans mes salles.

3° C .,, soldat au 8* escadron du train, flgé de vingt-lrois ai». enlrcàriiôpilal militaire de Conslanline le 15 octobre 1879 pour lièvre intermittente quotidienne. La fièvre cède facilement m sulfate de quinine. Le 7 novembre une fièvre typlioïdese déclarf. Fiùvre typhoïde d'intensité moyenne, terminée par la guérison.

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3« S..., soldat au 16- d'artillerie, entre à Thâpital militaire de Constantine le 9 septembre 1880 pour fièvre intermittente. La fièvre cède facilement au sulfate de quinine. Le 22 septembre le malade présente les premiers symptômes d'une fièvre typhoïde qui suit son cours régulier et qui se termine par la guérison. Il y avait au moment de rentrée de S... à Tbôpital plusieurs typhoîdiques dans mes salles.

4<' Lar..., soldat au 8« escadron du train, entre à Thôpital militaire de Constantine le 1*' octobre 1881 pour fièvre intermittente bien constatée ; le malade prend ensuite la dysenterie. Le 4 novembre la fièvre a reparu. Je crois d'abord à une rechute de fièvre intermittente, mais Texamen du sang ne révèle Texistence d'aucun élément parasitaire. La fièvre ne cède pas cette fois au sulfate de quinine, et le malade fait une fièvre typhoïde régulière très bien caractérisée, qui se termine par la guérison.

5"» Vi..., soldat au 3* escadron du train, entre à l'hôpital militaire deConstantine le 3 décembre 1881 pour cachexie palustre. À l'entrée à l'hôpital, anémie profonde, hyperspléiiie très marquée,le malade a eu à l'hôpital de Tébessaplusieurs atteintes de fièvre intermittente ; apyrexie le 3 décembre et les jours suivanls. Le 8 décembre je constate qu'il existe de la fièvre, je crois h une rechute de fièvre intermittente, mais l'examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément pigmenté. La fièvre ne cède pas au sulfate de quinine, le malade fait une fièvre typhoïde régulière très bien caractérisée, qui se termine par la guérison.

6* Taieb ben si Lakdar, soldat indigène au 3' tirailleurs, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 3 décembre 1882 pour cachexie palustre et fièvre. La cachexie palustre est évidente; la rate, dure, fibreuse, descend jusqu'à l'ombilic. L*examen du sang ne révèle l'existence d'aucun élément pigmenté, je prescris

3T* COMPUCATtOSS

Béanmcini le suivie de quiDÎne. La Ri-vn ne ctàe pas et lenwlade foii une G^-vre tyj.t.oîde ii^s Kpiilière et très bien caractérisée. q\ù se termine par la puêrlson.

T< T...,si>lilal au3* zouaves, entre Ji rbApttal de ConBlanline le il janvier tSS3 pour une ûr\re inlermittente de rêiidive; je constate IV^)$len<.-e des microbes du paludisme dans le sant.'. La li;\Te cMe au sulfate de iiuinine. Le 8 février le malade esl repris de fièvre et eell e fois l'examen du sang est négatif, la Jiè- TT? ne chït pas au suKale de quinine, cl le malade fait une fièvre typtioîde régulière iKs bien caractérisée (observation LVIll). Pendant liconvale^-enoe delaiit\retyplioideil y a une rechute de fièvre inlerraillenle : l'examen du sang révèle de nouveau la présence .les microbes du paludisme et la liè\Te cède au S'jlfete de quinine.

Sr Lobs^ervalion LV esl encore plus probante qne les précédentes, puisque cette fois le malade, entré à l'Iifipital pour cachexie palustre, a pris dans les salles une tièvre lypboîde el qu'il a succombé à une péritonite par perforation : on verra que, dans ce cas, l'aulopsie a permis de constater les lésions de la fihre typhoïde it côlé de celles du paludisme. L'événement a trop Dieu prouvé ici qu'un or^ianisme aR'aibli par la fièvre pauslre élajl très pi-opreau développement de la Dè\Te typboMe- Depuis 18^9, j'ai toujours eu soin de recueillir les cas inlJrieurs de lièvre typhoïde qui se produisaient dans les services dont j'étais chargé; j'ai réuni ain>i viufit-sept cas de ùhTf typhoïde contractée h l'hdpilal par des malades entrés pour d'autres affections ou par des iofirmiers employés auprès des typhoîdiiiues ;i'. Sur ces vingt-sept malades on vient de voir

Ureran. Dt la conl.igion de la /ifire lyphoîde, Arcliie» df^

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que huit, c'est-à-dire plus du quart, étaient entrés à l'hôpital pour (lèvre intermittente, et si je ne tiens compte que des faits observés en Algérie, je trouve que huit fois sur douze les cas intérieurs se sont produits chez des paludlques.

La fréquente coïncidence de la fièvre typhoïde et des Qèvres palustres chez les mêmes malades a été signalée par M. le D' Frison. [Pendant Tété de iH66, M. le D' Prison observait & h Ténès une petite épidémie de fièvre typhoïde qui coïncidait avec rendémo-épidémie palustre annuelle. Sur trente-neuf malades qui eurent la fièvre typhoïde, huit avaient été atteints précédemment de fièvre intermittente. M. Frison conclut ainsi : u Non seulement rintoxication marématique n'a montré aucune action préservatrice de la fièvre typhoïde, mais elle est venue aggraver la maladie et la compliquer parfois d'une manière fft cheuse. » [Conirib, à VhiBÎoire de la fièvre typhoïde en Algé* rie. Rec. mém. méd, militaire^ 1867. Voyez aussi : Sorel, Documents sur la fièvre typhoïde en Algérie, Société méd. des hôpitaux, Î3 juillet 1880.)

Il est certain que la Mwe continue palustre a souvent avec la fièvre typhoïde une ressemblance symptomatique frappante ; il est certain aussi que dans des cas, très rares à la vérité, on peut observer chez un même sujet les lésions de la fièvre typhoïde à côté des lésions du paludisme. Peut-on en conclure que le paludisme a le pouvoir de faire naître la fièvre typhoïde Je ne le pense pas.

L'analogie symptomatique ne prouve rien ; on sait du reste que l'état typhoïde est commun à un grand nombre de maladies très différentes ; et d'autre part la coexistence dans quelques cas des lésions du paludisme et des lésions de la fièvre typhoîd e s'explique très bien par la coïncidence des deux maladies ; lors*

qu'on observe les lésions de la variole h cùté de celles du paludisme, personne ne songe à soutenir que le paludisme a délerminé l'éclosion de la variole.

Pendant la durée de mon séjour en Algérie j'ai fait plus de quatre-vingts autopsies de fièvre typhoïde el plus de vingtaulopsies de lii''vre palustre (en tenant compte dos autopsies des sujets morts dans d'autres services que le mien) ; ji; n'ai coa* slaté que deuj; fois la coexistence des lésions de la lièvre typhoïde et des lésions du paludisme; dans tous les autres cas il n'y avait aucun doute possible sur la nature de la maladie cause de !a inorl', les plaques de Peyer étaient absolument intactes quand on trouvait dans les autres organes les lésions du paludisme, et inversement, quand l'intestin grêle présentait los allérationsdes plaques de Peyer caractéristiques à la dotbiéiieutérie. on ne trouvait pas les lésions de la mélanémie palustre. J'ajoute que j'ai examiné bien souvent le sang des maladi's atteints de fièvre typtioïde et que je n'y ai jamais conslali' In présence des Éléments paraFitaires du paludisme, ni des leucocytes mélanifères.

On lira plus loin {observations LV et LVI) la relation des dcii^ faits dans lesquels j'ai observé la coexistence dos lésions du paludisme el de celles de la fièvre typhoïde; dans le premier ca$. il s'agit évidemment d'un cachectique palustre qui aconlractù la fièvre typhoïde à l'Iiilpital, et c'est seulement pour ieiaalaJe qui fait l'objet de l'observation LVI qu'on pourrait soutenir (]H'Ji y a eu Iransformation d'une fièvre palustre en fièvre typhoïde.

L'étioloi^ie de la ilèvre typhoïde est moins bien connue i^"' celle du paludisme, on peut cependant admettre comme une chose très probable que la lièvre typhoïde est produite pardcs microbes qui se développent dans l'intestin, déterminent fallu-

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ralion desplai|ucsdcPcyei\et s'inlroduisent dans les lymphatiques puis dans le sang. (A. Laveranet J.Teissier, Nouveauxélémenis de pathologie médicale, t. I, p. 37.) La fièvre typhoïde ne naît pas spontanément, mais les microbes capables de la produire sont très répandus, comme le sont ceux de la putréfaction, et ii suffit que ces microbes trouvent un organisme bien préparé ù les recevoir pour qu'ils produisent la lièvre typhoïde.

Que le paludisme, en diminuant la force de résistance de Torganisme, joue à regard de la fièvre typhoïde, comme à regard de beaucoup d'autres maladies le rôle de cause prédisposante, je Tadmets volontiers et j'ai cité plus haut des faits qui tendent à le démontrer ; mais que sous Tinflucnce de l'altération des sécrétions, une fièvre continue palustre puisse se transformer, en quelques jours en fièvre typhoïde, je ne saurais le croire.

La fièvre typhoïde n'est pas une intoxication, c'est une maladie miasmatique, qui présente une période d'incubation, des prodromes et qui ne détermine les ulcérations des plaques de Peyer qu'à la fin du premier septénaire. Si une fièvre continue palustre en déterminant une altération profonde des sécrétions gastro-intestinales, pouvait provoquer l'éclosion d'une fièvre typhoïde, la continue palustre serait en tout cas guérie au moment où éclaterait la fièvre typhoïde. Comment admettre qu*un individu qui succombe au bout de huit à dix jours de maladie a eu d'abord une fièvre continue palustre, laquelle aurait provoqué l'apparition d'une fièvre typhoïde, qui elle-même aurait eu le temps d'évoluer jusqu'à la période d'ulcération des plaques de Peyer?

Il m'est arrivé une fois de voir la fièvre intermittente se déve-

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lopper iiondanl la convalescence d'une fièvre lypiiolde bien caraclénsPB (observation LVII) ; la maladn affirmait n'avoir jamais eu la lièvre intermittenta avant son enlréo i l'hApital ds Coiistaiitine i>our flèvre typbotde ; ie paiudisms était Indéniable : le sang renfermait un grand nombre d'éléments parasitaires. l' allait-il admettre que la liftvre typhoïde s'était Iranstormèe ta 116vri> intermill6nte?Èvidemmenlnon.ll est probable que le malade était sous le coup du paludisme quand la fièvre typboldft s'est développée chez lui, que le paludisme est resté latent pondant révolution de la fièvre typhoïde et que pendant laconvalescencp de cette maladie, les microbes du paludisme se «ont Jévnlûppéa dans le sang d'autant plus facilement quo l'orga* nisme était plus affaibli par la maladie antérieure.

L'observation LVIll montre que la flfcvro typhoïde survenanl chez un Individu atteint de fièvre Intermittente, peut faire disparaître temporairement les accès de fièvre, mais que jiendant la convalescence de la fièvre typhoïde, les malades sont très exposés à une rechute de fièvre Intermitlente ; il est j[Liérps$antde constater aussi que les microbes du paludisme qui se cachent, pour ainsi dire, pendant le cours de la A&vre typhoïde, reparaissent dans lesnngau moment où la rechute dfl lièvre intermittente se produit.

En résumé : le paludisme et la fièvre typhoïde constituent deux eniités morbides bien distinctes, qui relèvent de causes nbsohimcTit différentes et qui ne peuvent pas se transformer l'une dans l'antre ; ces deux maladies loin de s'exclure, comme !<? ci'oynii Boudin, s'appellenl, au contraire, et se succèdent souvent cliCE un même Individu, ce qui permet de comprendre 'lii'oii remontre quelquefois les lésions de la fièvre typhoïde à cOi't lir celles du paludisme.

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