DE L'ANÉMIE
On pouvait prévoir que des parasites qui vivent dans le sang, aux dépens des hématies, qui circulent dans tous les organes et dont les dimensions sont parfois supérieures à celles des hématies donneraient naissance aux processus suivants:
i» Anémie ;
2<> Excitation, irritation des différents organes, notamment des centres nerveux ;
3« Obstruction temporaire ou définitive des capillaires sanguins dans certains départements vasculaires;
A"* A la longue, inflammation des viscères, notamment de ceux qui, comme la rate et le foie, sont les principaux réceptacles des microbes.
C'est en effet a ces processus morbides que se rapportent toutes les manifestations cliniques et toutes les altérations pathologiques du paludisme.
On voit les hématies pftlir et se détruire au contact des microbes, on peut donc dire qu'après l'anémie consécutive à des hémorrhagies, aucune anémie n'a de causes plus apparentes que l'anémie palustre. Dans la cachexie palustre, l'altération profonde de la rate aggrave encore l'anémie en mettant obstacle à la régénération des hématies.
I^s phénomènes d'irritation provoqués par la présence des microbes du paludisme sont assez variables, surtout au point de vue de leur intensité. Chez tel malade l'infection palustre ne se traduit, pour ainsi dire, que par l'anémie et la perte des forces, chez tel autre, on observe une fièvre intermittente quotidienne, tierce ou quarte, chez tel autre enfin les accidents très graves qui ont été dècrîts sous le nom d'accès pernicieux.
L'abondance plus ou moins grande des éléments parasitaires dans le sang, la facilité avec laquelle les microbes se reprodui-
470 PATHOGÉHIE
sent chez certains individus déjà affaiblis par d'autres maladies, l'iilîn et aurloul les différences individuelles 1res grandes qui Gsistcnt dans la sensibilité, dans rirritabilité du sysirme nerveux rendent compte de ces différences, dont on pourmit Irouver de nombreux exemples en dehors de l'histoire du puludisme.
Je citerai, par exemple, la sensibilité au chatouillenieDl, qui. presqHe nulle chez certains individus, s'exagère chez d'autres jusqu'à lu névrose. L'hisloii-e de la gale montre bien qu'un même agent d'irritation peut produire, suivant les individus, des liil'ets 1res variables ; tel malade atteint de gale souffre peu de démangeaisons et n'a aux lieux d'élection qu'une éruption vésiculeuse très discrètc,tcl autre se plaint d'horribles démantîeaisons ou présente une éruption d'eclhyma très étendue.
La fièvre intermiltenle, qui ronstiluc la manifestation clinique la plus caractéristique et la plus commune du paludisme. murite d'occuper la première place parmi les phénomènes d'irl'ilation produits par les microbes.
nous avons vu que c'était immédiatement avant les paroxysmes fébriles et au début de ces paroxysmes que le sang lies fcbricitanls renfermait de!: éléments parasitaires en plus ::!r3nd nombre et sous leurs formes les plus parfaites ; la présence de ces corps dont le volume est parfois supérieur à celai lies hématies, doit évidemment provoquer, notamment dans la moelle épinière, une irritation très vive et on conçoit sans peine, étant données les propriétés physiologiques de la moelle, (|iie cette irritation se traduise par un accès de Bè^Te.
On peut admettre comme démontré qu'il existe dans la moelle ili'S centres vaso-moteurs et qu'en agissant sur ces centres on peut modifier la circulation et par suite la calorificalion dételle
DU FRISSON, ETa 47i
OU telle partie du corps ; on doit admettre également que les centres nerveux peuvent agir d'une façon directe sur la nutrition des tissus et sur la caloriiication. £xiste-t-il dans la moelle, dans le bulbe ou dans le cerveau, des centres modérateurs de la chaleur animale comme quelques observateurs ont cherché à le démontrer? Ce n*est encore là qu'une hypothèse qui rend compte de quelques faits, mais qui est en contradiction avec d'autres. Quoi qu'il en soit, un fait est hors de doute, et cela nous suffit, c'est que la moelle épinière agit sur lacalorifîcation: certains traumatismes qui portent sur la partie supérieure de la moelle produisent, comme on sait, des élévations considérables de la température.
Le frisson qui marque le plus souvent le début des accès de ti^vre, s'explique quelquefois par un abaissement réel de la température des parties périphériques, mais le plus souvent cette théorie du frisson est inadmissible, attendu que la tempe* rature des parties périphériques s'élève en môme temps que celle des parties centrales.
Lorain a proposé l'explication suivante de la sensation sub* jective du froid qui constitue le frisson fébrile.
u Lorsqu'un homme s'est équilibré avec le milieu ambtont, il n'en éprouve aucun malaise. Ainsi il n'y a que la soudaineté du changement d'un milieu à un autre qui nous émeuve. L'accoutumance au contraire amène une sorte d'adaptation ou d'accommodation entre nos tissus et le milieu.
« Si l'on prend un homme qui ait une température propre de 37« & la peau et qu'on le déplace pour le plonger alternativement, non plus dans un milieu tempéré comme celui où il se trouvait, mais dans une glacière, puis dans une étuve, il éprouvera un frisson dans la glacière, une sensation d'étouffe«
472 PATHOGÉSIE
nient danst'éluTe, parce qu'il ne peut pas s'adapterinslanlanément à ces milieux si différents. Mais laissez-le dans l'une ou d:ins l'autre pendant uu temps suffisant, son malaise disparu itra, il sera adapté.
« ftenversons la proposition: au lieu que ce soit un môme liomrae mis aux prises avec des milieui différcnls, supposons qim le milieu ne change pas, mais que ce soit lélat propre de riiomme qui change. Voici ce qui se produira : la peau, qui était à :(7» tombe à 35°, parce que la circulation se concentre en (irdans et abandonne les capillaires de lu peau; cet abaissement du niveau de la chaleur propre de l'individu a pour eft'et lii' changer le rapport qui existait entre sa peau et les milieux (iiiacrocosme et microcusme) et de lui donner une sensation (il' chaleur. Inversement lorsque subitement la peau monte (le Sou 3 degrés, elle .se déaadapte en sens inverse, et il y a frisson. » (Lorain. Études de médecine clinique, t. Il, p. 6.)
Cette théorie du frisson me parait passible de plusieurs olijections : 1° Il y a quelquefois abaissement de la leropéralure do^ parties périphériques pendant le frisson, et dans ce cas les malades devraient éprouver au contraire, d'après Lorain, une si'iisation de chaleur ; S* l'ascension Ihermumétriiiue n'est pas instantanée, et les ascensions les plus fortes ne dépassent pas i il 5 degrés, or une différence aussi peu importante dans \:i température du milieu extérieur détermine très rarement le IVisson, sans quoi nous aurions de violents frissons chaque fois qu'en hiver nous sortons d'une chambre bien chautTée pour aller au dehors ; 3* on constate de très grandes différentes individuelles et il n'est pas possible,d'après l'étude de la tempéra. liiie centrale et périphérique d'un malade, de dire si un acci'-s fi'bi-ile s'est accompagné ou son de frisson, ni si le frisson a été