‹ Traité des fractures et des luxations (volume 3)Chapitre 42 sur 98 · FRACTCBES DE L'OS HYOÏDE · texte numérisé non relu

FRACTCBES DE L'OS HYOÏDE

le mécanisme selon lequel elles se seraient produites à cet égard donc la science attend encore de nouveaux faits

Si l’on en jugeait par ces trois cas, la pendaison agirait de préférence sur le corps de l’hyoïde; il semble, au contraire, que la pression exercée sur la gorge par une main ennemie, le pouce d’un côté, les autres doigts de l’autre, et tendant à rapprocher les deux branches de l’os, amène exclusivement la fracture de ces branches. MM. Lalesque, Dieffenbach et Auberge en ont publié chacun un exemple ; dans le premier cas la branche gauche était fracturée ; dans les deux derniers la branche droite. Deux des sujets étaient des vieillards de 55 et 67 ans ; l’autre était une jeune fille de 19 ans ®.

L’hyoïde est, en général, si bien protégé par la mâchoire, qu’il doit facilement échapper à des pressions ou des chocs non dirigés par une main intelligente ; aussi, dans le seul cas de ce genre que nous possédions , la mâchoire inférieure était brisée en même temps. Le fait appartient à M. Marcinkowski. Une femme fut apportée à l’hôpital, bleue, avec des accès de suffocation; tout ce qu’on put savoir , c’est qu’elle avait été jetée contre un mur par un chariot qui avait versé sur elle. Elle mourut au bout de vingt-quatre heures, et l’autopsie révéla une fracture de la corne gauche de l’hyoïde, du même côté que la fracture de la mâchoire ®.

Mais une autre cause bien plus étrange de fracture à l’hyoïde est l’action musculaire, qui semble mise hors de doute par le fait d’Ollivier d’Angers. Une femme de 56 ans fait un faux pas et tombe à la renverse, la tête entraînée violemment en arrière. Au même moment elle entendit un craquement très-distinct à la partie latérale gauche et supérieure du cou : il y avait fracture de la grande corne hyoïdienne.

I es symptômes sont assez caractéristiques. Ce craquement de l’os qui se brise paraît être assez fréquemment entendu , car il fut accusé par trois malades; la douleur est vive, immé-

* Orfila, Traité de méd. légale, troisième édition, tome II, page 423; — Ollivier, art. Hyoïde Au Dict. en trente vol.;— Cazauvieilh, Du suicide, etc,., 1840, page 221.

* Lalesque, Journ. hebdomadaire, mars 1833; — DiefiFenbach, Gazette médicale, 1834, page 187; — Auberge, Reme médicale, juillet 1835.

^ Gazette médicale, 1833, page 354.

diate , promptement suivie d’un gonflement très-notable à l’extérieur , et en général aussi il y a un peu d’ecchymose. Tous les mouvements imprimés à l’os augmentent la douleur, notamment les mouvements dé la langue, et plus parliçulièreraeni, les efforts pour parler et pour avaler. Une malade comparait la douleur déterminée par la déglutition à celle que causerait une arête de poisson fixée dans l’arrière-gorge. Che? le sujet de M. Lalesque , la fracture occupant la grande corne gaüchè, la rangüe paraissait déviée à droite; chez la jeune fille dé M. Dieffenhach, la voix était rauque, et cette raucité ne disparut qu’après un assez long temps ; mais ce sont là des phénomènes purement accidentels.

A ces symptômes s’ajoutent, selon les, cas, la crépitation, le déplacement, la sensation des esquilles. La crépitation ne s’entend que quand les fragrnents ne se sont pas abandonnés. Ainsi, chez lâ jeune fille dé M. Dieffenhach , une légère pression sur la grande corne déprimait les deux fragments en dedans, et déterminait ainsi une crépitation évidente; mais aussitôt la pression enlevée, les fragments rèvênaiept à leur place. Au èbntraire, dans lès deux cas de MM. Lalesque et Auberge, le tragment postérieur étant séparé et jeté en arrière et en dedans, on he sentait pas de crépitation; mais on reconnaissait facilement au toucher la saillie du fragment antérieur, et derrière cette saillie un enfoncement dans lequel on pouvait suivre le fragment déplacé ; enfin le doigt porté au fond de la bouche, du côté de la fracture, rencontrait d’abord la saillie que ce fragment fait en dedans ; et il est à noter que les deux observateurs disent avoir senti de petites esquilles qui avaient percé la muqueuse. Cés esquilles me paraissent être tout simplement le bout aigu du fragment postérieur. C’est sans doute à une-circonstance toute pareille qu’était due la sensation d’une arête éprouvée par la malade d’Ollivier, sensation qui disparut lorsque le fragment eut été rejeté au dehors.

La fracture de l’hyoïde convenablement traitée n’a rien de bien grave: la gravité gît tout entière dans l’inflammation qui raccompagne , si on ne s’applique a la modérer. Chez la malade d’Ollivier, cette inflammation fut suivie de suppuration, et finalement de la nécrose du fragment postérieur, qui sortit au bout de trois mois par l’ouverture de l’abcès resté

FEACXORES DE l’oS HYOÏDE.

fistuleux. La fistule se ferma ensuite promptement ; mais il resta une gêne de la déglutition allant quelquefois jusqu’à la douleur, et qui persistait encore plusieurs années après.

Le traitement doit donc essentiellement et sans délai s’attaquer à cette inflammation , et ne pas ménager au besoin les saignées générales et locales. Mais le plus sûr antiphlogistique est le repos des parties; de là, dans cette fracture, la nécessité de garder le silence, de ménager ou d’éviter absolument les mouvements de déglutition, et enfin de réduire et de maintenir la fracture.

Lorsqu’il n’y a pas de déplacement, il n’est pas besoin sans doute de tant de sévérité. Chez sa malade, Dietfenbach se contenta de combattre énergiquement Finflammation, sans exiger le silence, en faisant avaler la tisane à l’ordinaire, sans appliquer aucun bandage, et la fracture n’en guérit pas moins bien.

Mais avec le déplacement les indications sont plus impérieuses. Pour réduire, on porte l’indicateur dans la bouche; on repousse en dehors et en avant le fragment postérieur; tandis que l’autre main agit au dehors sur le reste de l’os pour l’amener au contact. M. Lalesque n’obtint la coaptation qu’avec beaucoup de peine; M. Auberge dit au contraire qu’elle fut facile : tous deux avaient suivi cependant le même procédé, jusqu’à la précaution de mettre un rouleau de linge trèsserré entre les dents. Je dirai même que l’observation du dernier est tellement calquée sur l’autre pour le fond et pour la forme, qu’il en reste à l’esprit une impression désagréable.

Ainsi tous deux firent tenir la tête légèrement penchée en arrière ; tous deux prescrivirent l’immobilité et le silence ; tous deux firent usage de la sonde œsophagienne. ?5Î. Lalesque laissa cette sonde à demeure durant vingt jours ; le vingt-troisième, la tisane fut avalée sans difficulté. Le quarantième, i! permit des aliments solides. Le quarante-septième, le malade parlait avec facilité. Le soixante-quatrième jour, la guérison était parfaite ; le doigt, porté dans la bouche sur le siège de la fracture, y trouvait une légère nodosité qui trahissait le point de réunion. M. Auberge, sans entrer dans tous ces détails, dit seulement que la consolidation eut lieu au bout de deux mois.

Une seule question doit nous arrêter ici : cette position de

DES FKACTÜRES.

la tête, dans le but de produire ce que M. Lalesque appelle fort improprement V extension 'permanente, est-elle ce qu’il y a de plus convenable ? On pourrait dire qu’en tendant les muscles et les ligaments de l’hyoïde, elle le fixe à la façon d’un objet tiré en sens contraire par des cordes tendues. Mais cela ne saurait s’appliquer à la position de la tête médiocrement penchée en arrière ; et en la penchant plus fortement, M. Lalesque déclare lui-même qu’on ferait saillir trop en avant l’os hyoïde, et qu’il y aurait danger de déplacement. J’incline à croire, pour mon compte, qu’un moyen beaucoup meilleur de prévenir le déplacement serait de relâcher tous les muscles ; et la position propre à les relâcher est précisément l’inclinaison de la tête en avant, c’est-à-dire tout l’opposé de celle qu’a préférée M. Lalesque.

§ II. — Fractures des cartilages du larynx.

Presque aussi rares que celles de l’os hyoïde, c’est principalement sur les pendus qu’on les a observées. Ainsi , Morgagni dit avoir vu quelquefois le larynx fracturé , et il note que c’était toujours sur des sujets avancés en âge. Remer ajoute une autre circonstance ; il a rencontré une fracture pareille chez un pendu qui portait une empreinte visible de la corde au niveau du larynx.

On ne sait quel était au juste dans ces deux cas le siège de la fracture. D’autres observations portent à penser qu’elle affecte de préférence le cartilage cricoïde. Ainsi Valsalva en avait vu un exemple ; Weiss a trouvé ce cartilage rompu en nombreux fragments, en même temps que séparé de la trachée; et un troisième cas a été constaté par M. Cazauvieilh *.

Le cartilage thyroïde * échappe davantage à l’action de la corde ; mais sa fracture peutêtre produite par une main ennemie qui presse fortement sur ses deux côtés. M. Ladoz, en 1838, enapublié un cas observé surle cadavre d’un homme assassiné. On lui trouva le cou serré par un mouchoir très-épais, formant un lien de la largeur d’environ quatre travers de doigt; mais en même temps le cou, portait des écorchures et des

- Morgngni, De sedibus, etc., Epist. xix, num. 13, 14 et 16; — Reraer, -Annales dT hygiène, tome IV, pagOr 171; — Cazauvieilh, Ouv. cité.

ïRACTtiEES DES CARTILAGES Dü LARYNX.

contusions qui dénotaient la pression des doigts et des ongles.

Le cartilage thyroïde présentait une fracture à bords inégaux, presque en forme d S, de la longueur de 15 millimètres, s’étendant depuis quelques lignes au-dessous du bord supérieur de la partie droite du cartilage jusqu’à sa partie inférieure , et depuis l’angle saillant formé par ses parties droite et gauche Jusqu’à l’union des deux tiers postérieurs de la partie droite avec son tiers antérieur. Le sujet n’avait que trente-sept ans, mais il existait déjà une ossification extrêmement avancée de tout le cartilage *.

M. Ladoz ne doute pas que cette fracture n’ait été exclusivement produite par une pression violente des mains et des ongles Ce mécanisme est du moins hors de doute dans le cas suivant, raconté par M. Marjolin :

« Deux femmes qui se trouvaient à l’hôpital s’étant prises de querelle, l’une d’elles saisit son antagoniste à la gorge, et la serra si fort qu’elle brisa le cartilage thyroïde depuis sa partie supérieure jusqu’à sa partie inférieure. Vous concevez qu’il ne fut pas très-difficile de constater la fracture , et qu’il n’y avait aucun appareil contentif à appliquer. Du silence, du régime, une petite saignée, et la guérison fut parfaite *. »

Enfin, Plenk, cité par Monteggia, a vu cette fracture déterminée par un choc direct ; le cou, dans une chute, ayant porté contre le bord d’un seau, il y eut tout à la fois fracture du cartilage thyroïde et du cricoïde.

M. Marjolin pense que cette fracture est favorisée par l’ossification du cartilage , opinion à laquelle le fait de M. Ladoz et ceux de Morgagni donnent beaucoup de probabilité.

La fracture du cartilage thyroïde sur le vivant est-elle toujours aussi bénigne? Dans le cas de Plenk, la mort arriva presque à l’instant, avec des convulsions, sans le moindre cri, et probablement par obturation de la glotte. M. Ollivier a communiqué en 1823, à l’Académie de médecine , un cas où elle fut suivie de suffocation d’abord intermittente , et enfin définitive ®. Il est à regretter que ce fait n’ait pas été publié avec plus de détails.

’ Gazette médicale, 1838, page 698.

• Mai'joliu, Cours de patkolog. chir., page 396.

* Archives générales de médecine, lome II, page 307.

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