DD DIAGNOSTIC
bre, est certes, alors, le signe le plus certain dé la préexistence de la luxation. Que si la tentative manque, un praticien sage ne pousse pas plus loin ses recherches ; mais il s’attache à diminuer, -‘à dissiper le gonflement, pour reprendre son examen dès que l’articulation sera plus accessible.
L’engorgement passé à l’état chronique, et comblant les cavités à l’aide du tissu de remplissage, était resté jusqu’à nos jours une cause d’erreur bien plus difficile à écarter. J’y suis parvenu cependant à l’aide des aiguilles enfoncées à travers ce tissu jusqu’aux surfaces osseuses ; ainsi, dans une luxation du coude en arrière datant de quatre mois, plusieurs consultants fort habiles niaient la luxation, parce quel’olécrâne ne paraissait pas plus éloignée de l’humérus que du côté sain. J’enfonçai une aiguille au-dessus de l’olécrane, jusqu’à l’humérus, des deüx côtés ; et la profondeur différente à laquelle elle pénétra détruisit l’objection sans réplique. J’ai indiqué la manière de procéder à l’occasion du diagnostic général des fractures.
Les aiguilles servent, non-seulement à révéler la saillie et la dépression, mais elles en donnent l’étendue avec une rigueur dont rien n’approche, et sont ainsi un excellent moyen de mensuration. Il y a une autre mensuration à l’aide du compas d’épaisseur ou du ruban métrique, qui arrive à un résultat analogue, et même à quelque chose de plus. Ainsi, dans la luxation du coude en arrière, le compas ou le ruban mené de l’olécrâne à l’épitrochlée et à l’épicondyle, trouve la distance plus grande que du côté sain ; on évalue donc ainsi d’abord l’étendue de la saillie ; mais surtout, en prenant pour points fixes les éminences articulaires, on s’assure que la proéminence de l’oléerâne est'bien due à une luxation, non à une fracture -, et c’est un des plus puissants moyens de diagnostic différentiel que je connaisse, Il y a, selon les cas, des procédés fort divers pour mesurer ainsi l’étendue du déplacement : M. Nélaton en a imaginé un fort ingénieux pour les luxations du fémur en arrière ; mais je m’arrête ici à une mention générale.
J’ai donné, à propos des fractures, des règles générales pour apprécier l’allongement ou le raccourcissement du membre, qui s’appliquent également bien ici. Je dirai pourtant que dans
mS LUXATIONS.
les luxations la mensuration est plus difficile, soit à cause de la nouvelle direction du membre qu’on ne peut aussi facilement ramener au parallélisme avec Je membre sain , soit aussi par d’autres causes propres à chaque espèce de luxation ; soit enfin, dans les luxations un peu anciennes survenues dans le jeune âge, par le défaut de développement qui empêche le membre luxé d’acquérir la même longueur que l’autre. Aussi, bien que l’allongement et le raccourcissement du membre soient parfois des indices très-concluants et de la luxation d’abord, et ensuite du degré du déplacement, il est sage d’y associer quelque autre des signes pathognomoniques, pour ne pas laisser de doute sur l’exactitude du diagnostic.
Je ne terminerai pas cet article sans dire un mot d’une déception fort étrange pratiquée par des malades, et qu’on imaginerait à peine si déjà deux fois elle ne s’était réalisée. Dupuytren parlait, dans ses leçons, d’un individu atteint d’une luxation du fémur depuis neuf ans, et qui, entré à l’Hôtel-Dieu pour quelque affection légère, voulut profiter de son séjour pour se faire guérir de sa luxation. Il se laissa donc vigoureusement tirailler le membre pendant trois quarts d’heure ; et ce ne fut qu’après avoir vu l’inutilité des tentatives, qu’il avoua la date de sa luxation. Un cas semblable s’est offert à M. Roux. Un homme d’une cinquantaine d’années entra à la Charité pour une luxation du bras, qu’il disait dater de 24 jours. Après un traitement préparatoire, on le soumit à des extensions répétées, mais en vain ; et après être resté trois semaines à l’hôpital, il déclara que sa luxation datait de 14 ans.
Pour ce diagnostic de la date, il faut bien confesser qu’à part les cas extrêmes, les malades de mauvaise foi en impo^ seront toujours au chirurgien.