‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 11 sur 88 · DU DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DU DIAGNOSTIC

articulaires, ou congéniales, ou pathologiques. Il n’est pas rare devoir la clavicule tellement saillante au-dessus de l’acromion, que la première idée est de croire à une luxation. J’ai vu, chez un vieillard, la tête de l’un des fémurs arrivera une hypertrophie singulière, l’autre conservant ses proportions normales; en sorte que la première faisait une saillie tout à fait inaccoutumée. Enfin, la détérioration sénile, qu’on a appelée morbus coxœ senilis à la hanche, et que l’on retrouve dans toutes les grandes articulations, en réagissant sur la forme, le volume, la direction des extrémités articulaires, abuserait encore un chirurgien qui ne serait pas sur ses gardes.

Quelques règles générales, propres à écarter au moins la plupart de ces méprises, ne seront donc pas sans utilité.

Toutes les fois que le diagnostic présente quelque difficulté, le premier soin du chirurgien sera de s’enquérir de la date, de la cause, et autant que possible, du mécanisme selon lequel la lésion s’est produite. Il devra ensuite mettre à nu et examiner comparativement les deux membres correspondants, sous le triple rapport de l’aspect extérieur, delà direction, delà mobilité excessive ou entravée. Cet examen fournit', pour le moins, de précieuses présomptions, quand il ne donne pas la certitude. Toutefois, il ne faut pas omettre de s’assurer que l’articulation congénère est bien dans son état normal ; Galien rapporte l’histoire assez instructive d’une luxation de l’humérus méconnue, parce qu’en comparant les deux épaules, le médecin avait trouvé, du côté réputé sain, une saillie analogue à celle que faisait l’acromion du côté malade, laquelle saillie provenait d’une ancienne luxation de la clavicule1. Au reste, les vrais signes pathognomoniques se tirent essentiellement des saillies et des dépressions anormales formées par les os luxés, et des rapports nouveaux établis entre leurs saillies naturelles. Pour parvenir à les déterminer, l’art possède quatre moyens : le toucher, les mouvements communiqués, les aiguilles et la mensuration.

Le toucher est fort simple quand il n’y a pas de gonflement; quand le gonflement masque les parties, on peut encore arriver à les reconnaître en déprimant fortement les parties

1 Galien, De Officin. medici, comm. /, text. 1.

molles avec l’indicateur, et au besoin avec le pouce, aidé de toute la force du bras. Ainsi, le creux sous-acromial bien constaté suffit pour affirmer 'une luxation de l’humérus ; de même que la présence de la tête de cet os dans l’aisselle, par exemple.

Certaines luxations ne peuvent être abordées que d’un seul côté ; ainsi on sent bien la tête du fémur dans l’échancrure ilio-pubienne , mais le vide qu’elle a laissé dans la cavité cotyloïde se dérobe entièrement à nos recherches. Mais beaucoup d’autres se prêtent à ce double examen ; c’est-à-dire qu’on peut saisir à la fois une dépression d’un côté, une saillie anormale de l’autre, et quelquefois deux saillies accompagnées chacune d’une dépression correspondante. Dans les luxations du coude en arrière, la saillie de l’oléerâne est surtout rendue sensible par la dépression qui existe au-dessus ; mais il ne faut pas oublier que la trochlée humérale proémine de même en avant, avec une dépression au-dessous d’elle. En accomplissant ce double examen, souvent ce que le toucher trouvait d’obscur d’un côté, est éclairci et vivement illuminé par ce qu’il rencontre de l’autre.

Assez souvent les saillies sont cachées, soit par le gonflement, soit par l’embonpoint naturel, soit enfin à raison de la nature du déplacement. Les mouvements communiqués sont ici d’une grande ressource. Yous sentez profondément sous la fesse une saillie qui paraît être la tête fémorale ; mais vous n’en êtes point assez sûr. En portant alternativement le fémur dans la flexion et l’extension, la tête descend et remonte sous vos doigts, et il est rare que-eette épreuve ne lève pas tous les doutes. Dans une luxation du coude en arrière, l’avant-bras un peu. fléchi masque la saillie de la trochlée humérale ; l’extension de l’avant-bras la met en relief. Les luxations intrà-coracoïdiennes enfoncent la tête trop profondément pour qu’elle apparaisse dans l’aisselle ; en relevant le bras, la tête se dégage et vient d’elle-même soulever les téguments.-

Cependant le gonflement primitif est parfois tel que ces ressources sont insuffisantes. On peut alors, avec prudence, essayer les manœuvres de réduction propres à la luxation soupçonnée ; la réduction, caractérisée par le choc des deux os et le retour ^instantané de la forme et des mouvements du mem-

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