ART. VIII. — TRAITEMENT
Le traitement de toute luxation simple, si l’on était appelé en temps utile, consisterait uniquement en trois indications : 1° opérer la réduction ; 2° maintenir l’articulation immobile jusqu’à la consolidation des ligaments ; 3° restituer les mouvements du membre. Mais, bien que lés deux dernières indications n’aient guère moins d’importance que la pré'mière, c’est à eelle-ci, toutefois, que les chirurgiens se sont le plus attachés ; c’est celle qui rencontre le plus d’obstacles et qui a soulevé le plus de questions , et, conséquemment, celle dont l’étude exigera le plus de développements.
T. II
§ I. — Ses principaux obstacles à la réduction.
La réduction d’uneluxation, dans l’esprit debeaueoupdechi- • rurgiens, comporte en soi l’idée d’une opération laborieuse, exigeant des tractions énergiques , et pour le moins l’assistance de deux ou trois aides vigoureux. C’est là une idée des plus empiriques et des plus déraisonnables ; déjà de nombreux exemples, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, avaient montré des luxations rebelles aux plus violents efforts, dociles ensuite aux manœuvres les plus légères, et l’histoire des luxations spontanées est venue depuis compléter cette démonstration. Mais, s’il faut le dire, ces faits n’ont jamais été ni bien compris , ni suffisamment étudiés ; et en les ralliant, en les éclairant à la double lumière de l’expérimentation et de l’observation clinique , c’est véritablement une doctrine nouvelle qu’il s’agit de constituer.
Pour agir rationnellement, il faut connaître avant tout les obstacles qu’on a à vaincre, et, en second lieu, les meilleurs moyens de les surmonter. Or, dans les luxations récentes, les obstacles principaux viennent des muscles, quelques-uns des os et des ligaments; enfin, dans quelques cas on a accusé la pression atmosphérique. Dans les luxations anciennes, tous ces obstacles subsistent 5 mais les muscles y jouent le moindre rôle, et l’obstacle le plus puissant vient des adhérences fibreuses et des ligaments de formation nouvelle.
Les muscles, dans les luxations récentes, résistent de quatre manières: 1° par la rétraction simple ou physiologique; 2*> par la force de tension ; 3° par la contraction ; 4° par la rétraction pathologique.
J’ai déjà dit ailleurs combien la rétraction physiologique est facile à vaincre. J’ai fait Voir, par des expériences directes sur des lapins, qu’une traction équivalente à 125 grammes suffit le premier jour pour réduire une fracture de jambe chevauchée, qui, le troisième jour, résiste à 3 kilogrammes, J’ai noté pareillement sur l’homme la facilité avec laquelle un seul aide ramenait la cuisse fracturée à sa longueur normale peu d’instants après l’accident ; tandis qu’au second jour seu-