‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 15 sur 88 · DES PRINCIPAUX OBSTACLES A LA RÉDUCTION · texte numérisé non relu

DES PRINCIPAUX OBSTACLES A LA RÉDUCTION

lement, trois aides armés de lacs n’y pouvaient parvenir1.

' Or, qu’il s’agisse de fractures ou de luxations, la rétraction musculaire ne change pas de nature. Il en résulte que, s’il n’y avait pas d’autres obstacles, un effort très-léger suffirait pour toutes les réductions. Maintenant , ces autres obstacles peu- Yent-ilsêtre écartés? Là est toute la question.

La force de tension se déploie dans les muscles déjà distendus et que des tractions mal dirigées tendent à allonger encore. Ils résistent alors d’une manière presque incroyable, au point de se rompre quelquefois plutôt que de céder. II y a surtout deux circonstances qui ajoutent encore à cet obstacle ; premièrement, quand les muscles tendus entre la tête luxée et sa cavité forment avec le rebord de la cavité même une sorte de boutonnière qui se rétrécit à mesure que la traction augmente ; comme le biceps et le coraeo-braehial dans les luxations de l’humérus en avant, comme le psoas et l’iliaque dans les luxations antérieures du fémur. Secondement, quand la tête luxée a passé entre deux muscles, qui étreignent le col de l’os dans une boutonnière qui se tend des deux côtés à la fois ; les luxations du fémur en arrière , mais surtout les luxations métacarpo-phalangiennes nous en offriront des exemples. Ce dernier cas n’est pas sans difficulté ; mais ce qu’on ne saurait trop dire et redire, c'est que le pire moyen d’en, venir à bout est de procéder par des tractions qui l’augmentent. Relâcher les muscles, c’est-à-dire les mettre dans une position telle qu’on pourra lés allonger sans leur faire même atteindre la limite de leur allongement physiologique ; c’est là tout le secret, et c’est par là qü’on peut convertir la luxation la plus opiniâtre en une luxation souple et obéissante.

La contraction musculaire est un autre obstacle et se montre dans des conditions fort diverses. Tantôt , les muscles se trouvent dans un repos parfait, le sujet s’émeut à l’idée seule et surtout devant les apprêts de l’opération qu’il va subir ; il se raidit avec violence, en d’autres termes il contracte tous ses muscles; c’est ce qu’on observe chez les enfants et chez quelques sujets irritables. La contraction est alors à peu près exclusivement volontaire ; et la preuve en est que si l’on dis-

s Voir tom. I, p, 196 et 725.

trait l’attention du sujet, ou même s’il est assez fort pour raisonner sa peur, la contraction ne se reproduit point. D’autres fois elle est absolument involontaire ; c’est un véritable spasme, comme dans ce cas où A. Cooper trouva au bout de trois heures le fémur immobilisé par la rigidité des muscles. Enfin, le plus ordinairement elle est à la fois volontaire et involontaire; lorsque de mauvaises manœuvres font heurter les os luxés contre les muscles en action, lorsqu’une tension peu ménagée éveille la contraction avec la douleur ; et enfin lorsque le désordre est tel, que le moindre mouvement est une cause de souffrance, surtout si déjà un certain degré d’irritation a accru la sensibilité locale et générale. Une volonté ferme peut bien alors diminuer les contractions, mais non les abolir, la douleur étant plus forte que la volonté. C’est pourquoi, même avant qu’une inflammation véritable ait envahi les parties, les luxations sont généralement plus difficiles à réduire après les premières vingt-quatre heures, et surtout après les deux ou trois premiers jours.

Même contre ces contractions spasmodiques, le chirurgien n’est pas dépourvu d’armes puissantes, dont la plus sûre, pour le dire par avance, est l’inhalation du chloroforme. Je reviendrai ailleurs sur ces moyens; l’essentiel est qu’il soit établi que la contraction musculaire peut encore être fréquemment éludée.

Keste enfin la rétraction pathologique, résultat de rinflammation, et tout à la fois plus difficile à vaincre que les autres modes de résistance et plus périlleuse à affronter. Outre les nombreuses chances d’insuccès, on a à craindre, en cherchant à distendre les muscles dans cet état, des ruptures profondes, la suppuration, la gangrène, et dans les luxations compliquées de plaies, le tétanos. Aussi est-ce un précepte répété sans interruption depuis Hippocrate jusqu’à nous, d’attendre , pour réduire, que l’inflammation soit passée, et cependant de la combattre de la manière la plus active.

Les os entrent quelquefois pour beaucoup dans la résistance, par la rencontre et l’opposition de leurs saillies naturelles, et surtout, dans les luxations complexes, par les angles saillants et rentrants de leurs fractures. Après tout, cet engrenage réciproque n’est maintenu que par l’action musculairè, et si cette

Page 1