‹ Traité des fractures et des luxationsChapitre 29 sur 88 · DE L’ATLAS · texte numérisé non relu

DE L’ATLAS

matelassé avec soin, dont l’action avait lieu sur l’extrémité du menton, à l’aide d’un coussin épais tendant à faire basculer la tête en arrière ; un appareil à glissant, dont l’extrémité en forme de croissant s’appuyait sur la partie supérieure du cou ; deux courroies embrassant le front de manière à le porter en arrière et à le fixer dans cette position. Ces divers appareils prenaient leur point d’appui sur un fauteuil où le malade était placé et soutenu au moyen de supports pour les bras et de coussins pour le corps. Le collier recevait son action extensive d’un ressort à doubles lames cintrées et articulées par leur extrémité; ces lames étaient traversées encontre par une tige métallique graduée, assujettie du côté supérieur par un écrou, et terminée en bas par im treuil avec sa poulie, sur laquelle s’enroulait la corde destinée à produire l’extension. Cet appareil était arrêté sur une traverse placée à 65 centimètres au-dessus de la tête. , • *

« L’appareil à glissant, destiné à la pression, se ^composait d’une tige en Lois terminée par un croissant de même substance, matelassé; cette-.tige traversait la mortaise d’un support fixé sur le montant du fauteuil et était arrêtée par une clavette : les courroies venaient prendre leur insertion sur ce support. Plus tard on ajouta deux petits points d’appui pour la partie supérieure de îa tête* afin d’en empêcher le balancement. » ' ' » ’

Cet appareil, imaginé par 3VI. Millet, avait pour but de redresser graduellement la tête et de la reporter en arrière, en même temps qu’il repoussait en avant la saillie de l’axis.

On commença par l’appliquer le premier jour durant quelques minutes feulement, à divers intervalles ; et peu à peu l’on arriva', au bôut de. huit jours, à le laisser en place une demi-heure. Après deux mois, l’enfant le gardait deux ou trois heures ; au bout de six mois, il y était complètement accoutumé. Dès la deuxième* semaine, le mouvement revint dans les doigts ; après six* semaines, à l’avant-bras ; après trois mois, à tout femembre; et il en fut ainsi des autres parties paralysées. La saillie de l’axis en arrière, déjà beaucoup diminuée au bout d’un mois de traitement, avait presque entièrement disparu au neuvième mois. Enfin la santé se rétablit complé-

tement, et il ne resta d’une si grave affection qu’une raideur du cou à peu près inévitable

Il est à regretter qu’on n’ait pas eu recours à l’exploration par le pharynx, que j’avais indiquée, dès 1838, dans mon Anatomie chirurgicale ; et peut-être aussi que les rapports de l’apophyse épineuse n’aient pas été mieux précisés. J’estime, en effet, qu’il s’agissait dans ce cas d’une luxation unilatérale. Du reste, les principales indications ont été bien saisies ; repousser la tête en arrière et l’axis en avant, cela suffira pour la luxation bilatérale ; la luxation unilatérale demandera en outre qu’à cette double impulsion on joigne un mouvement de rotation. C’est ainsi que je me p/opose d’agir sur une jeune fille récemment entrée dans mon service, etf qjai porte une luxation unilatérale ; mais, à î’appareil lourd et compliqué de M. Millet, je substituerai une minerve qqi ne condamnera pas l’enfant à l’immobilité durant son appliptionv-

Un autre essai beaucoup Inoins ratiormel, et aussi moins heureux, a été tenté dans un cas de luxation unilatérale pathologique qui a donné lieu à fine étrange erreur de diagnostic.

Une jeune fille deè 10 ans coderai tômbé «ur le» menton où elle se fait une plaie confuse. Le surlendemain, le cou devient douloureux ; la tête commence à s’incliner à gauche et à tourner à droite. La difformité^ suivant d’abord une marche lente et progressive, augmente tout à coup à un po#it considérable le cinquième jour, et la douleur se calfhfe. A^rès quatre mois de traitements inutiles, Marjolir^ trouva lè visage-tour/ié du côté droit, V apophyse épineuse de Vaxis placée à .droite* àôà 8 lignes de la ligne médiane et faisant une*saillie considérable ; et il diagnostiqua une luxation de l’axis. Deux mois pllis tard, Sanson reconnut pareillement l’épine saillante ; il notait en même temps l’inclinaison de la tête à gauche et, ^impossibilité des mouvements de rotation. Enfin, M.*ï. G^uérin, cqhsulté en dernier-dieu, attribua la saillie à l’apophyse transverse'de l’axis, et diagnostiqua une luxation tr.au/natique de Vaxis sur h ^ vertèbre, avec fracture de l’apophyse -articulaire supérieure gauche de celle-ci! il s’agissait, évidemment, d’une luxation pathologique du condyle gauélie de l’atlas en avant; et j’ai montré ‘tous

5 Teissîer, Thèse citée, p. 65.

ces symptômes sur la malade qui est actuellement sops ma direction, et sur une autre petite fille qui s’est présentée à ma consultation.

Après quelques jours d’extension et de massage, le chirurgien exerça avec les mains une traction directe de droite à gauche sur la partie saillante du cou, tandis qu’un aide soulevait la tête et lui imprimait un mouvement de rotation de droite à gauche. On répéta ces manoeuvres trois fois par jour ; dans les intervalles, on plaçait la malade sur un lit à extension et à inclinaison. Jprès chaque séance , la saillie osseuse était presque entièrement effacée , mais pour reparaître ensuite. Au bout de huit jours, on appliqua un bandage à torticolis, en vue de tenir la tête obliquement en sens inverse de son inclinaison et de sa rotation pathologiques. La tête fut enfin redressée et maintenue en place après trois mois de traitement; il est dit qu’elle exécutait à très-peu près les mouvements habituels, sauf un peu de gêne dans la rotation à gauche; et la saillie de l’apophyse à la nuque h’était pas complètement effacée. En d’autres termes , la réduction n’était pas complète; et la rotatiop de la tête, nulle entre l’atlas et Taxis, ne s’exécutait plus qu’entre les six vertèbres cervicales inférieures. C’est là ce que l’auteur appelle unijonction 311 bout de sept mois d’une luxation traumaticdMpfmpliquée de fracture; comme si un pareil résultat, av^TOes moyens aussi insignifiants, n’était pas radicalement inconciliable avec tout ce que nous a enseigné l’expérience sur les modifications que le temps amène dans les plus simples luxations *.

Ces deux faits sont d’ailleurs propres à montrer ce que l’on doit attendre d’essais du même genre. D’abord il est des déplacements qu’on ne saurait jamais réduire ; et même après la réduction, l’érosion des surfaces osseuses ne permet guère d’espérer que les jointures recouvreront leurs mouvements, et l’ankylose est presque inévitable. Mais l’important est de prévenir ou d’arrêter les progrès du mal, et de conserver à la tête une attitude convenable ; et c’est assez pour stimuler la vigilance des chirurgiens.

1 J. Guérin , Mémoire sur un cas de lux. trama, de la 2e vertèbre cervicale, datant de sept mois, et réduite par une méthode particulière; Paris, 1840.

Cependant, d’un autre côté, si l’on avait affaire seulement à une pseudo-luxation, avec destruction corisidérable de l’atlas ou de l’axis, l’extension par la position ou les appareils serait-elle sans danger ? Cette question partage encore les chirurgiens; pour mon compte, je n’hésiterais pas à tenter l’extension , avec toute la prudence requise. Des jetées osseuses de création nouvelle peuvent suppléer, comme on l’a vu plus d’une fois, à la destruction d’un corps de vertèbre. M. R. Wade a récemment publié un cas de guérison après l’expulsion au dehors de la plus grande partie de l’arc antérieur de l’atlas ; le malade, homme de 35 ans, pour maintenir sa tête, avait porté pendant longtemps un col raide de soldat; et, chose remarquable, il recouvra presque entièrement le mouvement de rotation ; mais loin de tendre à trop s’infléchir en avant, la Vt|ta n’avait pas même conservé le mouvement de flexion or- -..(ïibaîre ».

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