ART. I1L — LUXATIONS DES OS SÉSAMOÏDES
On sait que sous l’articulation métatarso-phalangienne du gros orteil se trouvent trois os sésamoïdes. On en rencontre /aussi quelquefois un sous le deuxième et le cinquième orteil, t James raconte qu’en 1737. iî fut appelé près d’un fermier âgé de 50 ans, qui, traversant avec précipitation un chemin mauvais et fort dur, avait fait un faux pas et ressenti aussitôt dans le gros orteil gauche une douleur, suivie quelques minutés apres de mouvements convulsifs. Ces spasmes revenaient chaque fois qu’il remuait Torteil, avec des douleurs violentes; iis commençaient au pied, gagnaient la jambe et bientôt tout le corps, analogues à une attaque d’épilepsie, mais sans écume à la bouche. Le blessé avait toujours /été d’une santé parfaite -, rien ne put le soulager, et ii succomba au bout d’une semaine ; malheureusement l’autopsie ne fut pas faite2.
■’ Fouteau, en 1760, rapporta un fait analogue3. Il avait vu, disait-il, la luxation des os sésamoïdes du gros orteil amener le' tétanos et la mort. Par malheur, il ajoute qu’il ne soupçonnait point la cause de ces accidents, le malade n'ayant jamais pu ■articuler une seule parole ; et comme il ne parle pas d’autopsie, on ne sait où il a pris son diagnostic. Toutefois, il attribue la mort du malade à sa propre inexpérience ; et dé-
! Bulletin de l’Académie de médecine, 1840-4-1, t. VI, p. 346.
0 J-s-' s. Dictionnaire de médecine , trad. française, art. Âlbadara. '-4-Vî-^teau, Mélanges de chir., d. 425.
clare qu’en pareil cas, il n’hésiterait pas à amputer l’orteii.
Ii paraît, au reste, que cette ressource a déjà été employée, j Suivant James, vers 1733, un médecin d’Oxford, consulté par une dame qui était sujette à de fréquents accès convulsifs con- i tre lesquels tous les remèdes avaient échoué , déclara qu’ils i provenaient de la luxation d’un des os sésamoïdes, et conseilla l’amputation du gros orteil. La dame s’y décida et fut guérie. s
Ces faits laissent beaucoup à désirer ; cependant je n’ai pas i voulu les laisser dans l’oubli. Un de mes collègues dans les hôpitaux, M. Piédagnel, m’a dit avoir été atteint lui-même d’un déplacement de l’os sésamoïde du deuxième orteil , qui glissait en dehors sous le troisième. L’accident était arrivé pour la première fois sans cause connue, en marchant ; puis il en avait ! éprouvé de très-fréquentes récidives ; et les chaussures trop larges le ramenaient presque inévitablement. La douleur était | alors extrêmement vive; du reste, pour remettre l’os en place, i !
il suffisait de remuer le pied de côté et d’autre. J’aurais bien :
désiré constater la luxation par moi-même; mais elle ne > j produisait que pendant la marche, à Fimproviste, et M. Pic -dagnel lui-même avait essayé de la déterminer par diverses pressions, sans pouvoir y réussir. Son diagnostic reposait donc uniquement sur la sensation qu’il éprouvait d’un corps dur, qui glissait en dehors sous le troisième orteil ; mais cette sensation était si distincte qu’il ne lui restait aucun doute sur son interprétation. Enfin, après plus de dix années de souffrances, il s’avisa de porter des chaussures très-étroites; dès lors le | déplacement ne revint plus; cinq ans se sont déjà passés depuis, et ii a pu même reprendre l’usage des chaussures ordi- j naires sans inconvénient.
TABLE DES MATIÈRES
Dû SECOND VOLUME.
DES LUXATIONS EN GÉNÉRAL. ............ Pages i