‹ Traité des greffes humainesChapitre 168 sur 188 · A ÉS · texte numérisé non relu

A ÉS

CE RE rs > — bé 3

On se rend compte que le 5° métacarpien est trés grossi dans toute sa longueur, près de trois fois son volume normal. Les tissus et la peau qui recouvrent cette région sont émaciés. La peau, qui, du reste, glisse sur les tissus sous-jacents, à une couleur rouge violacée; elle ne présente pas de vascularisations apparentes, comme dans un sarcome, ni de cicatrices qui pourraient faire croire à une ancienne fistule.

La région est douloureuse à la pression. Les douleurs sont souvent spontanées et deviennent intenses à la suite d'un effort. L’articulation métacarpo-phalangienre est indemne, bien que les mouvements soient très limités à cause de la proéminence osseuse plus exagérée à la partie dorsale et interne du 5° métacarpien. La sensibilité est conservée dans cette région, les ganglions lymphatiques épithrochléens et sous-axillaires correspondants sont un peu grossis. Le malade est apyrétique. D’après les constatations ci-dessus, et d’après l’évolution de la maladie, on pose le diagnostic de spina ventosa.

L'extirpation du métacarpien avec son doigt ou du métacarpien seul aurait été désavantageuse, tant au point de vue fonction qu'au point de vue esthétique. Encouragé par les beaux résultats de greffe osseuse, on tente une greffe dans ce cas. La greffe était indiquée, d'autant plus que cette lésion osseuse tuberculeuse n’a pas présenté de fistules et qu'ainsi les tissus environnants n’ont pas été infectés.

Voici la façon dont on a procédé : ,

Opération le 17 mars 1911. — Anesthésie générale au chloroforme. Incision longue de 12 centimètres à la partie dorsale et interne du 5° métacarpien, commencant à l’extrémité supérieure de celui-ci et descendant à 4 centimètre sous l'articulation métacarpophalangienne. On atteint le bout inférieur du métacarpien, que l'on désarticule de sa phalange; on l'énuclée d'une seule pièce de bas en haut, tout en se tenant très près de l'os. On fait l'hémostase et on bourre la plaie de mèches jusqu’à ce que l’on prélève le greffon du pied. |

Prise du greffon. — On fait une incision de 10 centimètres sur la face dorsale du 5° métalarsien; on désarticule celui-ci de sa phalange et on résèque les deux tiers anté- “ieurs; suture de la plaie du pied. Le greffon prélevé est introduit dans la plaie de la main; on suture les muscles par-dessus par quelques points au catgut. Suture cutanée, mettant une mèche, entre les téguments et les muscles, qu'on enlève quarante-huit heures aprés. ;

La pièce anatomique nous montre bien que nous nous trouvons en présence d'une spina ventosa et l'examen détaillé du professeur Babes confirme le diagnostic tuberculose.

Suites opératoires. — Vingt-quatre heures après l'opération, légère ascension thermique, de 37°8, qui le lendemain tombe à 37°2. Depuis, le malade n’a plus eu de fièvre. On enlève les fils le onzième jour. La réunion se fit par première intention.

Quelques jours après l’opération, le malade put marcher, ne présentant aucune gène du côté du pied. La main opérée a présenté pendant quatorze jours un ædème qui s’étendait à toute la paume et à la face dorsale de la main, œdème qui génait beaucoup les mouvements de flexion des doigts. Peu à peu l’œdème disparut et il ne resta plus qu'un petit point fluctuant qui fut ponctionné, iodé et guérit. Lg

Un mois après l’opération, le malade était complètement guéri, pouvant exécuter avec ses doigts tous les mouvements avec la plus grande facilité.

Page 1