INTRODUCTION
La question des greffes osseuses à une importance considérable à caure des applications pratiques qui en résultent.
On comprend facilement l'intérêt qu’il y à à faire la greffe osseuse quand on sait qu'avec elle on peut redonner à un membre la valeur fonctionnelle qu'un traumatisme, un sarcome, une ostéomyélite, etc., ont pu lui faire perdre.
Certes, ce sont des opérations d’une exécution délicate et qui exigent une attention soutenue, mais grâce à l’asepsie toujours plus parfaite, grâce aux perfectionnements de la technique et au progrès de l’instrumentation, elles donnent de plus en plus de bons résultats. Les observations se multiplient depuis une vingtaine d’années ; on en compte déjà quelques centaines et la transplantation restauratrice constitue aujourd’hui un complément tout indiqué à la résection d’un des trois os longs du membre supérieur et doit, en général, être employée chaque fois que l’un de ces os est évidé pour une cause quelconque.
Pour le membre inférieur, il est plus difficile de vaincre les hésitations. La raison en est la crainte d’une pseudarthrose secondaire après les résections larges suivies de greffes. En effet, il arrive encore assez souvent que la consolidation de la greffe manque à l’une de ses extrémités, ce qui naturellement présente plus d’inconvénient au membre inférieur, qui doit supporter le poids du corps, qu'au membre supérieur. Mais la pseudarthrose ne doit pas être considérée comme un échec complet, surtout au tibia quand le péroné voisin est intact et même au fémur. Un appareil prothétique permet très facilement la marche, appareil qui est très simple pour la jambe. Et Popéra-. tion n’a pas été inutile, car le transplant est pour l'appareil un point d'appui
très efficace, un levier qui permet de déplacer le membre. Avoir un membre avec un OS interrcmpu en un point présente infiniment moins d’inconvénients que de posséder un membre en partie désossé sur lequel les muscles n'ont plus d'action, faute de tige rigide à laquelle ils auraient pu imprimer des mouvements.
Du reste, à mesure que la technique se perfectionne, ces pseudarthroses, consécutives à des greffes osseuses, sont de moins en moins fréquentes. L'opération de Hahn — greffe d’un segment pédiculé de péroné dans les cas de larges évidements du tibia, à donné, sur 25 cas publiés, 23 succès complets et 2 pseudarthroses, qui n’ont, pourtant, pas empêché la marche. En effet, le greffon s'étant solidement soudé à l’une de ces extrémités, il était facile de pallier au manque de consolidation à l’autre extrémité par un appareil prothétique. Les greffes libres ont, également, donné au tibia un grand nombre de résultats heureux, de soudure parfaite aux deux extrémités du greffon.
Quant à la possibilité de réparer par une greffe les larges pertes de substance du fémur, les faits rapportés par Stoukkey et Katzenstein en apportent la certitude. |
Stoukkey, dans deux cas de perte de substance du fémur mesurant 7 et 8 centimètres au tiers moyen de l’os, a obtenu en six mois une consolidation complète du greffon. Katzenstein, après une résection de 13 centimètres du jémur pour sarcome, a eu un succès égal par une greffe d’un segment prélevé sur le tibia du malade. Au bout de huit mois la radiographie montrait le greffon aussi épais que le fémur, le malade marchait sans appareil, Sans appui, sans canne ! (obs. CLIX). ;
Nous espérons bientôt enregistrer le même résultat heureux sur un de nos blessés auquel nous avons transplanté, le 28 juillet 1915, 16 centimètres de son péroné, pour combler le vide qu’un éclat d’obus a produit dans son fémur gauche. La radiographie, faite deux mois après l’opération, montre le greffon solidement implanté dans le canal médullaire des deux extrémités du fémur (observ. CXLIIT).
Tous ces faits, corroborés par 195 observations, dont 12 personnelles, réunies à la fin de cet ouvrage et signées de noms de chirurgiens éminents de tous les pays, prouvent que les greffes osseuses ne sont point des exp ériences, des tentatives hasardeuses, mais bien une belle acquisition, très réelle, très positive de la chirurgie moderne.
Ce livre est justement destiné à le démontrer par Sa partie documentaire et à contribuer, par l’étude de toutes les questions se rapportant aux greffes osseuses, à leur large application dans l'avenir.