‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 18 sur 93 · HR, LEE · texte numérisé non relu

HR, LEE

Lortures et Éourments des Martyrs chrétiens

fut de nouveau excitée, et la victime, déjà épuisée par la souffrance, fut de nouveau déchirée par le fouet, frappée par le bâton, disloquée sur le cheval, lacérée par les griffes de fer et brûlée par les flammes. » Saint Augustin aussi écrit dans son Epître à Marcellinus : « Quand, je vous le demande, avez-vous avoué vos crimes si pleins de haine? Ce n'est ni par le cheval qui disloque les membres, ni par les griffes de fer qui déchirent, ni par les flammes qui brülent, mais par de simples coups de fouet?» De même Cicéron dans In Verrem : « Mais quoi, lorsque les plaques rougies au feu, ainsi que le reste des instruments du bourreau, furent apportées. » Et dans les Philippiques : « Appelez sous vos yeux les entraves et les fouets, le cheval, l’exécuteur et l’horrible Samarius, le bourreau. » Sénèque aussi : « Et tout un appareil de cruauté doit lui être payé de retour : ses chevaux et ses griffes de fer, ses entraves et ses croix, ses plateaux et son feu et le crampon qui traîne hors de l’arène le corps torturé. » Et Ammianus Marcellinus : « Les chevaux furent étendus et l’exécuteur préparait ses crampons et ses instruments de supplice. »

Il ne nous reste plus maintenant qu’à citer quelques vers tirés des Hymnes de Prudentius, traitant du même sujet : De l’Hymne de saint Vincent, Martyr :

Extorque, si potes, fidem.

Tormenta, carcer, ungulæ, Stridensque flammis lamina Atque ipsa poenarum ullima Mors Christianis ludus est.

Et un peu plus loin dans la même hymne :

Ridebat haec miles Dei, Manus cruentas increpans Quod fixa non profundius Intraret artus ungula.

PTE

Du cheval de Bois

Arrachez-moi ma foi, si vous pouvez.

Les tortures, la prison, les griffes de fer,

La plaque rougie au feu crépitant sous les flammes, Et la mort elle-même, le dernier des châtiments,

Ne sont que des jeux pour le Chrétien.

De toutes ces choses, le champion de Dieu se moque, Frappant l’une contre l’autre ses mains sanglantes, Riant parce que le crampon qui perçait sa chair N’entrait pas plus profondément.

De même dans l'hymne de saint Romain, le Martyr :

Amor coronae pænae prœvenit trucem Lictoris artem, sponte nudas offerens Costas bisulcis execandas ungulis.

Et encore dans la même :

Non ungularum tanta vis latus fodit Mucrone, quanta dira pulsat pleuresis :

Nec sic inusta laminis ardet cutis,

Ut febris atro fele venas exedit.

L'amour de la couronne du martyre

Triomphe du pouvoir sauvage du bourreau,

Faisant offrir volontairement les flancs nus à la lacération des crampons à double fourche.

La griffe de fer ne déchire pas le côté aussi cruellement de ses dents aiguës,

Que ne le fait la pleurésie dans son attaque mortelle.

Les plaques ardentes ne brülent et ne rôtissent pas la peau d’une façon aussi terrible

Que la fièvre et la noire bile quand elles consument le sang des veines.

Éortures ef Éourments des Martyrs Brétiens

De tous ces passages, donc, il apparaît, d’une manière manifeste, que l’opinion que nous avons nous-même adoptée et déclarée concernant le cheval, est la vraie, savoir que c'était une machine de bois fabriquée à la ressemblance d’un vrai cheval; et non, comme le veut Sigonius, simplement une sorte d’échafaud ou de plate-forme. Car, si c'était cette dernière chose, comment le poète Pomponius, cité plus haut, pourrait-il parler de prisonniers enfourchant le cheval et comment Cicéron eût-il pu se servir de termes ayant la même signification? Et comment Ammianus Marcellinus eût-il pu parler d’hommes étant torturés sur le cheval, puis, lorsque les cordes avec lesquelles ils étaient liés étaient relâchées, tombant immédiatement sous le ventre du cheval, le corps pendant, courbé en deux, et non pas étendu droit?

Mais arrivons aux raisons allégués par Sigonius et à leur réfutation.

Son premier point est qu'Eusèbe, Histoire ecclésiastique, faisant mention du cheval, implique que c'était une sorte d’échafaud ou de plate-forme que l’on avait l’habitude d’élever toute droite. Voici ses paroles :

« Mais lorsque ces cruelles et tyranniques formes de torture, en raison de la sainte patience des martyrs, qui était confirmée par les mérites du Christ, semblaient avoir toutes été appliquées et infligées en vain, le démon imaginait contre eux d’autres nouvelles inventions. C’est pourquoi ils étaient jetés dans des donjons où ils restaient misérablement, dans des endroits sombres et insupportablement pleins d'horreur, tandis que, quelquefois, leurs pieds étaient fixés dans de lourds blocs de bois, l’un de l’autre étant jusqu’à la distance du cinquième trou. » Cela, ajoute Sigonius, montre que le cheval était une plate-forme en bois sur laquelle on étendait les prisonniers. Il s’en rapporte aussi à d’autres passages tirés de Sozomen

Du cheval de Bois

(Histoire) où, parlant de Busiris, chrétien de la ville galate d’Ancyra, qui fut crucifié pour sa foi à Myros, ville de Phrygie, sous l’empereur Julien l’Apostat, il écrit : « De sorte que, lorsqu'on l’eût conduit vers l'instrument du supplice, il ordonna que celui-ci fût élevé. » Et encore : « Parmi les chrétiens qui avaient été jetés en prison, il choisit premièrement un jeune homme nommé Théodore et le lie au poteau où l’on avait l’habitude d’infliger des supplices et où il fut déchiré pendant longtemps avec des griffes de fer. » De même Prudentius — pour ne pas citer une seconde fois les vers tirés de son hymne sur le martyre de saint Romain et où il fait ce saint parler « d'élever la voix du haut de l’échafaud » — dit d’un martyr:

« Scindunt utrumque milites teterrimi Mucrone bisulco pensilis latus viri. »

« Les sauvages soldats coupèrent et ouvrirent ses flancs

Avec une épée à double tranchant tandis qu’il pendait là. »

Tels sont les principaux arguments sur lesquels se reposent Sigonius et ceux qui suivent son opinion, laquelle nous allons réfuter. Et pour rendre plus facile la réfutation, nous devons déclarer, pour commencer, que ce savant a sûrement fait une confusion entre le cheval de bois, d’une part, et de l’autre, entre premièrement : la plate-forme en bois ou échafaud où l’on avait coutume de placer les prisonniers pour les torturer, et, deuxièmement : les lourdes entraves ou blocs dans lesquels les prisonniers étant en prison avaient les jambes fixées et écartelées jusqu’au quatrième ou cinquième trou, et étaient ainsi tenus dans une souffrance constante.

De plus, il faut remarquer, en passant, que ce mot plate-forme avait encore une autre signification, voulant indiquer quelquefois, quoique à moins proprement parler, une combinaison faite

AN

Lortures ef Éourments des Martprs chrétiens

de longs et larges morceaux de bois où l’on tenait enfermés les. esclaves exposés pour la vente; quelquefois on l’emploie à l’occasion pour indiquer la charpente du gril sur lequel mourut saint Laurent, ainsi que d’autres martyrs.

Prudentius aussi, dans son hymne sur saint Laurent, chante :

« Postquam vapor diutius Decoxit exustum latus, Ultro ex catasta Judicem Compellat affatu brevi :

Converte partem corporis, Satis crematus jugiter. »

Lorsque la chaleur eut longuement

Brülé et rôti un côté,

Interpellant le juge de dessus l’échafaud (c’est-à-dire le gril),

Le martyr dit d'une voix courte et brève :

« Tournez maintenant mon corps de l’autre côté ;

Celui-ci est assez brülé et doit être épargné. »

Mais il est certain que la signification véritable et générale de ce mot plate-forme ou échafaud était un endroit élevé où l’on plaçait les gens pour les torturer afin d’être mieux vus par les personnes présentes et que, dansson exposé du mot cheval, le savant a fait confusion entre les deux objets.

Un mot de plus sur cette sorte d’entraves ou de blocs dans lesquels on plaçait les prisonniers dans leur cellule, écartelant leurs jambes jusqu’au quatrième et cinquième trou et les y maintenant pendant longtemps pour prolonger leur souffrance :

Cet instrument ne peut, en aucune manière, être le même que le cheval de bois, ainsi que je l’ai démontré, pour plusieurs raisons. Premièrement, parce que, par l'opération du premier, les hommes étaient écartelés en largeur, tandis que par le dernier, comme nous le voyons déclaré par Sénèque, ils étaient détirés en lon-

Distension des memres

gueur. Secondement, il est clair que la première forme de châtiment ne s’employait que dans les cellules (comme on le verra bientôt d’une façon plus évidente lorsque nous en viendrons à traiter des entraves et des fers), mais la dernière, au contraire, comme le prouvent de nombreux Actes des saints Martyrs, s’employait en dehors des murs de la prison et plus généralement dans les places publiques ou les villes. Troisièmement, sur le cheval, non seulement les jambes de la victime étaient torturées et écartelées pour être déchirées par les griffes de fer, maïs le corps entier aussi, tandis que, dans les entraves, les jambes seulement étaient écartelées. Tout cela montre que ces dernières étaient complètement différentes du cheval de bois.

PLUSIEURS FAÇONS DIVERSES DONT LES CORPS DES PRISONNIERS ÉTAIENT DISTENDUS ET TORTURÉS

Nous devons de plus comprendre que c'était la coutume des Anciens de torturer et de distendre les corps des personnes accusées de diverses façons, savoir : au moyen du cheval, par des poulies, ou en les suspendant avec de iourds poids attachés à leurs pieds — et aussi de les torturer par d’autres supplices variés, tels que de les déchirer avec des griffes de fer, des étrilles ou autres instruments semblables, ou les brûler avec des plaques rougies au feu, etc. Et ces mêmes tortures étaient infligées de manières différentes, soit en laissant les victimes sur le cheval de bois, soit en les suspendant de l’une ou l’autre des façons décrites ci-dessus dans le chapitre Ier ; en les attachant à des pieux, à des arbres ou à des poteaux.

CC ee

Sortures et Éourments des Martprs chrétiens

FAÇONS DONT LES GENS ÉTAIENT LIÉS AU CHEVAL DE BOIS, ET COMMENT ILS Y ÉTAIENT SUSPENDUS COMME A UNE POUTRE ; DE MÊME DE LA VRAIE SIGNIFICATION D'ÊTRE PENDU AU CHEVAL.

Nous lisons encore et encore, dans les récits de la passsion des saints Martyrs, des phrases de ce genre : « Le martyr fut pendu au cheval, » — façon de s’expliquer qui a fait supposer (comme il a été dit plus haut) que le cheval n'était pas fait de manière à ressembler à un vrai cheval, mais était quelque chose de différent. Sûrement ceux-ci n’ont pas considéré un fait pleinement confirmé par les œuvres des anciens auteurs, savoir que ce mot pendu signifie simplement aussi être élevé sur un endroit quelconque, chose qu’ils n’auraient pu faire autrement que de remarquer s'ils avaient lu leurs auteurs avec quelque attention. Donc, dire d’un martyr qu’il était suspendu au cheval est la même chose que de dire qu'il était élevé dessus. C’est pourquoi, en lisant les histoires des saints qui ont conquis la couronne du martyre, nous trouvons dans la bouche du juge ou de l’empereur qui ordonne que quelqu'un soit torturé sur le cheval, des paroles comme celles-ci : « Que l’homme soit hissé sur le cheval et torturé. »

De même dans les Actes des saints Abundius, prêtre, et Abundantius, diacre, on raconte : « Alors Dioclétien ordonna qu'ils fussent hissés sur le cheval et torturés pendant longtemps, et lorsqu'ils furent ainsi torturés, etc. » Etre suspendu au cheval, donc, ne signifie ni plus ni moins qu'être placé dessus.

Cela est aussi confirmé par les istoires des saintes Régina et Marguerite, vierges et martyres. Au commencement il est écrit : « Marguerite fut suspendue au cheval, » tandis qu’un peu plus loin on ajoute : « Après plusieurs jours, le peuple

Extension et distension du cheval de Bois

revient et elle est amenée devant le juge et, comme elle refuse de sacrifier aux idoles, elle est de nouveau hissée sur le cheval, » elc---

Enfin, nous pouvons ajouter qu'à l’occasion les martyrs étaient réellement suspendus au cheval auquel ils étaient liés. Car, lorsque les cordes, au moyen desquelles ils étaient attachés, étaient relâchées, ils tombaient sous le ventre du cheval, le corps plié en deux. Ainsi ils ne pendaient pas droit de l'instrument, comme le font habituellement les gens pendus, mais (comme il est dit plus haut), le corps plié au-dessous, fait abondamment prouvé par Ammianus Marcellinus dans divers passages déjà cités.

Page 1