‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 79 sur 93 · MARTYRS LIVRÉS AUX BÈÊTES SAUVAGES · texte numérisé non relu

MARTYRS LIVRÉS AUX BÈÊTES SAUVAGES

De plus, il était en usage, parmi les Anciens, dans les premiers âges, de condamner les criminels ou les chrétiens, si cela se trouvait, à être livrés aux bêtes sauvages. Ce châtiment est mentionné par Asinius, Pollio, Aulu Gelle, Apulée, Athenaeus et Josèphe, aussi bien que par divers Actes des saints martyrs, et ainsi que par Suétone, Vie de Domitien, lesquels nous informent comment les martyrs étaient quelquefois exposés, non seulement à des lions,

Sortures ef Éourments des Martyrs chrétiens

mais aussi à des chiens, quoique les lions fussent plus communément employés. Nous apprenons ceci, non seulement dans l’histoire racontée par Ælian et l'Histoire du martyr saint Ignace donnée par Eusèbe dans son Histoire Ecclésiastique et dans saint Jérôme, mais aussi par le cri ordinaire que la populace avait l'habitude de pousser contre les chrétiens. Car Tertullien affirme maintes fois que la foule romaine criait sans cesse: «Les chrétiens aux lions! Les chrétiens aux lions! » « Si le Tibre, écrit-il, submerge les murs, si le Nil n’inonde pas les champs, si le ciel reste immobile ou si la terre tremble, si la famine ou la peste surviennent, immédiatement le cri s'élève : «Les chrétiens aux lions! » Et, à un autre endroit : « De crainte qu’il n’y en eût pas un qui restât pour crier : «Les chrétiens aux lions. » Le fait que les chrétiens étaient souvent livrés à ce genre d’animaux, ainsi qu’à d’autres, pour être dévorés et mis en pièces, est démontré par leurs propres Histoires ainsi que par Tertullien déjà cité, et ce n’est pas surprenant, car nous trouvons, en consultant les livres de loi romains, que c'était un châtiment considéré comme bon pour les esclaves. On l’infligeait habituellement seulement aux esclaves et aux personnes de basse condition; or, considérant que les fidèles serviteurs du Christ étaient tenus dans la même estime que les esclaves par les païens, on ne doit pas être surpris de les voir très fréquemment exposés aux bêtes.

Ce n'était pas toujours de la même façon que les saints martyrs étaient ainsi exposés. Quelquefois ils étaient dépouillés et mis à nu et exposés au milieu d’un théâtre ou d’un autre lieu de plaisir, où on les emprisonnait. D’autres fois ils étaient liés ou mis dans des filets, ou revêtus de peaux de bêtes et ainsi livrés aux lions. D’autres fois encore, les pieds fixés au moyen de plomb fondu dans des pierres où l’on avait creusé un trou ; ils étaient renfermés dans des espaces restreints et livrés aux chiens pour être déchirés. Les Actes du martyr saint Bénin en rendent témoi-

Martyrs fivrés aur êtes sauvages

gnage en ces termes : « Irrité de ces paroles, le très cruel empereur ordonna qu'il füt enfermé dans une prison et qu’une grosse pierre, dans laquelle on aurait creusé un trou, fût apportée, et que ses pieds y fussent fixés au moyen de plomb fondu et que des poinçons effilés et rougis au feu fussent introduits dans ses doigts sous ses ongles et que, pendant six jours, on ne lui donnât ni à boire ni à manger; en outre, que douze chiens sauvages, rendus fous par la faim et la soif, fussent enfermés avec lui, afin qu'ils pussent le mettre en pièces, et que la prison fût gardée par les soldats. En conséquence ils fixèrent à ses mains des poinçons très effilés et confinèrent ses pieds dans une pierre au moyen de plomb fondu et enfermèrent des chiens très sauvages avec lui dans la prison. » Et un peu plus loin : « O étonnante bonté de Dieu! O amour paternel de Jésus-Christ pour les siens! Voilà : Un ange lui vint en aide et les chiens devinrent doux, de sorte qu'ils ne touchèrent pas même à un cheveu de sa tête ni à un fil de ses vêtements. »

Maintenant, écoutons Eusèbe parler des chrétiens exposés aux bêtes sauvages : « Donc, le jour du combat avec les bêtes ayant été expressément fixé pour le supplice de ceux de notre foi, Maturus, Sanctus, Blandine et Attalus furent livrés aux bêtes sauvages afin qu'ils pussent offrir aux païens un spectacle public plein d’inhumanité et de cruauté. Alors Maturus et Sanctus furent de nouveau soumis à toutes sortes de tortures dans l’amphithéâtre... et alors ces saints hommes soutinrent les assauts des bêtes, ainsi que toute espèce de tourments. Mais Blandine, liée debout à une poutre de bois, est offerte comme proie aux bêtes qui entrent en se précipitant.

Etant ainsi exposée aux regards, comme suspendue à une croix et priant avec ferveur, elle inspira un grand zèle et une grande ardeur aux âmes de ses compagnons de souffrance, car, dans leur sœur martyre ainsi suspendue à la croix devant eux, ils

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Lortures et Éourments des Martyrs chrétiens

semblaient en quelque sorte voir, avec les yeux du corps, le Christ lui-même qui fut crucifié pour nous. Pourtant, comme aucune des bêtes ne voulut même toucher à sa chair, elle fut bientôt descendue de la poutre et de nouveau jetée en prison. » Plus loin encore, dans le même chapitre, il continue, écrivant sur le martyre de saint Alexandre, un médecin : « La foule du peuple commença alors à crier contre Alexandre. Lorsque le gouverneur le questionna, lui demandant qui il était, il répondit: Je suis chrétien, ce dont le gouverneur fut amèrement courroucé et le condamna à être livré aux bêtes sauvages. De sorte que, le second jour, Alexandre rejoignit la bande qui devait combattre les bêtes avec Attalus; car le gouverneur, pour plaire au peuple, condamna une seconde fois Attalus à ce supplice. En conséquence, tous deux, dans l’'Amphithéâtre, etc... » Et un peu plus loin encore : « La dernière de toutes, sainte Blandine, quoiqu'étant une noble matrone de bonne naissance, et après avoir encouragé ses enfants à subir leur sort et les avoir envoyés en avant victorieux vers le Christ, leur roi, suivant elle-même une voie de tortures semblables, alla joyeusement les rejoindre, dans l'exaltation du bonheur que lui causait sa propre mort, se hâtant, non pas comme si elle eût été cruellement livrée aux bêtes, mais bien plutôt comme si elle eût été une heureuse invitée aux repas de noces du fiancé. Done, après avoir été flagellée et déchirée par les bêtes, puis rôtie dans une poêle à frire, elle fut enfin roulée dans un filet et exposée au taureau. Après qu’elle eût été torturée et rejetée çà et là par ces animaux, pendant un assez long espace de temps, n’éprouvant néanmoins aucune sensation des souffrances qui lui étaient ainsi infligées, partie en raison de l’espérance avec laquelle elle croyait aux promesses de Dieu, partie à cause des discours qu’elle entretenait avec le Christ, elle fut enfin tuée par un coup de sabre dans la gorge. »

Pour citer, une fois de plus Eusèbe : &« Parmi ceux-ci, nous

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