‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 88 sur 93 · QUE · texte numérisé non relu

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ERIEFOGROSSS

Trophée composé de presque toutes les sortes d'instruments employés pour torturer les Saints Mariyrs

Éadavres sans sépufture

Mais maintenant écoutez le récit d’un fait merveilleux: « Pendant plusieurs jours, tandis que ces choses s’accomplissaient, on put voir ce miracle : Quoique le temps fût parfaitement beau, que le soleil brillât avec éclat, que l’air fût transparent et le ciel entier calme et magnifique, soudain les piliers qui, dans toute la ville, supportaient les colonnades des monuments publics et privés laissèrent suinter des gouttes comme si c’eût été des larmes. Le Forum aussi, ainsi que les rues, maigré que pas la plus petite pluie ne tombât, devint mouillé d’une façon mystérieuse, comme s’il eût été trempé par l’eau, de sorte que, de bouche en bouche, ou répétait que la mère Terre ne pouvait tolérer plus longtemps la cruauté et l’impiété des atrocités qui se commettaient alors, et que, d’une façon inexplicable, elle répandait des flots de larmes; les pierres même, ainsi que toute la nature inanimée, pleurant ces crimes odieux et réprouvant la dureté de ces hommes au cœur de fer et leur nature si cruelle et si impitoyable. »

Ainsi parle Eusèbe, dont les paroles sont de plus confirmées par ce que dit à ce sujet Théodoretus et Sozomen dans leurs Histoires ecclésiastiques, le premier écrivant sur l’empereur Valens et le second sur Julien l’Apostat. Théodoretus écrit : « Après que Palladius, homme s’adonnant beaucoup à la superstition, eût fini de torturer les corps délicats des jeunes gens catholiques, quelques-uns d’entre ceux-ci, lorsque leur martyre fut consommé, furent laissés couchés à terre, privés de la sépulture qui leur était due. De sorte que leur famille, frères, parents, et, je puis dire la ville entière, réclamèrent pour que ce dernier bienfait, cette dernière consolation leur fût accordée. Mais, oh! à cause de la dureté impitoyable de leurs juges, ou plutôt de leurs bourreaux, ceux qui ont combattu si vaillamment pour leur religion subissent le même sort que les meurtriers et leurs cadavres sont laissés sans sépulture ; ceux qui luttèrent avec tant de force pour leur foi sont exposés à être dévorés par les oiseaux et les bêtes ! Plus encore,

Sortures et Éourments des Martyrs rétiens

ceux qui prenaient pitié des parents et des martyrs, tués pour l'amour de leur conscience, sont eux-mêmes considérés comme coupables de quelque crime abominable! » Enfin Sozomen écrit le passage suivant: «Mais quand ils eurent mis en pièces leurs corps (savoir : ceux des saints Eusèbe, Nestabus et Zeno) et eurent à tel point broyé leurs têtes que leurs cervelles se répandaïient à terre, ils les emportèrent en dehors de la ville, là où l’on avait l'habitude de jeter les carcasses des animaux. Puis, allumant un bûcher, ils brülèrent leurs corps, ensuite ce qui restait de leurs os que le feu n'avait pas entièrement consumés, ils le mélèrent aux os des chameaux et des ânes qui se trouvaient çà et là, de façon à ce qu'il fût excessivement difficile de trouver les reliques des saints martyrs parmi tant d’ossements... Pourtant, ils ne restèrent pas longtemps ainsi cachés. »

Tels étaient donc les supplices et les tortures, ainsi décrits par moi, au moyen desquels les martyrs chrétiens des deux sexes étaient affligés, et grâce auxquels, dans les jours de persécution, ils gagnèrent la couronne glorieuse du martyre.

Ce sont, 6 vaillants soldats de Dieu, ce sont, indomptables champions du Christ, ce sont, dis-je, les brillants étendards de vos victoires, les marques manifestes de votre foi et de votre force, ce sont les trophées de votre triomphe!

La mort que vous recherchiez si ardemment, Ô vous, glorieux guerriers de l’armée de Dieu, vous a valu une vie de bonheur éternel! Vous, vous seuls êtes vraiment des heureux! Qui pourra ne pas proclamer votre béatitude absolue, vous qui, ne faisant aucun cas des richesses et des plaisirs du monde, pour l'amour du Christ, n’avez-vous pas connu de plus grand désir que d’exhaler votre dernier soupir au milieu des plus affreux tourments? C’est pourquoi, dans les temps de persécution, lorsque l'angoisse de vos souffrances s’accroissait de plus en plus, fixant les

Oraison finafe

yeux de votre âme sur la récompense céleste, vous parliez ainsi à Dieu dans vos cœurs, sans mouvoir vos lèvres :

« Ici, sur terre, très miséricordieux seigneur Dieu, fais que les tortures du corps soient multipliées au centuple, afin qu’au Paradis la paix et le bonheur en soient d'autant augmentés! » — O poitrines, brûlant de la flamme de l’amour divin ! O cœurs embrasés de l’ardeur de l'Esprit Saint!

Il n’y a pas lieu de s’étonner en aucune façon, si ces très vaillants athlètes de Dieu, demeurant fidèles au milieu des orages, n'étaient effrayés par aucun péril, mais, au contraire, rendus plus ardents et plus intrépides par la souffrance, demandaient avec insistance que, toutes les heures, des tortures sans cesse renouvelées, les plus terribles et les plus angoissantes, leur fussent infligées, comme s'ils n’eussent pu jamais être rassasiés de douleurs.

Mais, 6 misérables que nous sommes! O malheureux pécheurs! Quelle excuse, quelle excuse, demandai-je, trouverons-nous devant le Seigneur, au jour terrible de Son Jugement, — nous qui, sans avoir à endurer les horreurs de la persécution, ni à affronter la torture, avons tenu la grâce de Dieu ainsi que notre propre salut pour si peu de chose que nous avons choisi de passer toute notre vie dans l’indifférente torpeur d’un sommeil indolent ?

Qu’invoquerons-nous, quand les piliers mêmes des cieux trembleront, quand toutes les nations de la terre hurleront, quand la très noble armée des saints martyrs du Christ, se tenant devant le trône de gloire, pleins de joie et de confiance, découvriront les cicatrices de leurs blessures, brillant sur leurs corps et surpassant, par leur éclat, la splendeur du soleil ?

Qu’aurons-nous alors à montrer? De quels mérites nous prévaudrons-nous ? Quelle justification pourrons-nous donner ? — La grâce et sa parole inviolable. Le renoncement à toutes les joies de la terre, les aumônes, le jeûne, la mortification de la chair. La pitié, la patience, l’aimable componction, la paix du cœur, de

Lortures ef Éourments des Martyrs rétiens

calmes et saintes veillées, passées en oraisons!... En vérite, bénis sont-il, et trois fois heureux ceux qui possèdent de tels boucliers pour les préserver! Ils deviendront compagnons des saints martyrs, et partageront leur gloire et y participeront.

Ainsi, nous vous prions et vous supplions, et nous vous conjurons très sincèrement, par des prières réitérées, Ô martyrs très saints, qui, pour l'amour de Dieu, et par sa grâce divine, avez supporté volontairement, d’un visage joyeux, les supplices, et qui, à cause de cela ne faites maintenant qu'un avec lui, réunis en un doux accord et en une complète sainteté, — nous vous conjurons de plaider auprès de Dieu, en notre faveur, nous misérables pécheurs, courbés sous le poids des plus lourdes fautes et dégradés par les vices de négligence les plus vils, nous vous conjurons de plaider afin que, aimant Dieu de tout notre cœur et de toutes nos forces dans cette vallée de larmes, nous puissions ensuite être trouvés dignes, en ce jour terrible où tous les mystères seront dévoilés, d'obtenir la miséricorde et le salut éternel!

Et par-dessus toutes choses, je vous implore, 6 glorieux soldats du Dieu tout-puissant, de ne pas m'oublier, moi, l’auteur de ce livre, qui suis le plus abject de tous les pécheurs! C’est par votre intercession, et par elle seule que j'attends et espère, avec toute l’onction et l’ardent désir de mon cœur, conquérir l’éternelle félicité, et être comme vous rempli jusqu’au bord des eaux abondantes de la bénédiction de Dieu, et enivré des richesses inexprimables de Sa Demeure.

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