‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 87 sur 93 · MARTYRS CONDAMNÉS AUX MINES · texte numérisé non relu

MARTYRS CONDAMNÉS AUX MINES

On nous dit que les souffrances et les indignités supportées par les personnes condamnées aux mines étaient nombreuses.

Pour commencer, on les défigurait par des marques et des brûlures; ils étaient privés de tous leurs biens et de leurs droits de citoyens romains, s'ils en possédaient; ensuite ils étaient frappés de verges et chargés de fers, forcés à se coucher sur la terre nue s'ils voulaient reposer leurs membres fatigués, dégoûtés par la saleté et la puanteur des endroits où ils se trouvaient, et torturés par les périodes de jeûne auxquelles ils étaient soumis. En outre leur tête était rasée en forme de couronne; enfin, sous les empereurs Maximien, Dioclétien et Galère, on leur arrachaïit de plus l’œil et on leur coupait la jambe gauche.

Le fait que ceux que l’on envoyait aux mines étaient d’abord dégradés par des marques et des brûlures est clairement prouvé par un passage, déjà dans ce chapitre, de Suétone, Vie de Caligula: « Beaucoup de personnages de condition respectable, après avoir été premièrement défigurés par des marques brülantes, furent, par lui, condamnés aux mines. »

D'autre part, Constantin, écrivant à Eumelius dans un rescrit daté de Cabillunum (Chalon-sur-Saône) le 21 mars, sous le quatrième Consulat de Constantin Auguste et Licinius : « Si quelque homme a été condamné à l’emprisonnement pénal ou aux mines, sa figure ne doit être marquée d’aucune écriture, la sentence de sa condamnation peut néanmoins être imprimée sur ses mains ou sur ses chevilles par une seule flétrissure. Le visage humain, qui a été formé à la ressemblance divine, ne doit jamais être

Lortures ef Éourments des Martyrs chrétiens

abîmé ni dégradé. » Ainsi Constantin, le premier empereur chrétien, nous montre clairement par ces mots, que, jusqu’à ce jour, on avait continué la coutume de marquer le visage de ceux qui avaient été condamnés aux mines avec des marques noires qui ne pouvaient jamais être effacées et des lettres profondément gravées.

Quant à la confiscation des propriétés et la privation des droits du citoyen, ce fait peut être constaté par diverses lois. De plus, ceux qui étaient condamnés aux mines étaient réduits à la condition d'esclaves, comme on peut s’en convaincre en consultant la loi romaine, d’où il suit naturellement que chaque article de leurs biens devenait propriété publique après leur condamnation.

« Un homme condamné aux mines devient esclave en vertu de sa punition et, en conséquence, celui qui a subi cette sentence voit ses biens confisqués au profit du Trésor. Donc, toute propriété, possédée par la personne que vous déclarerez avoir été subséquemment libérée par notre clémence, appartiendra plutôt aux revenus publics qu’à elle-même. »

En outre, le fait que les saints martyrs, condamnés aux mines, étaient frappés avec des bâtons, chargés de fers, avaient la moitié de leur tête rasée, étaient torturés par la faim, la saleté et les mauvaises odeurs, est certifié par une des Lettres de saint Cyprien, adressée à Nemesianus et aux autres martyrs, ses compagnons, alors emprisonnés dans les mines.

« Mais, que vous ayez été si cruellement frappés avec des bâtons, que vous ayez subi toutes ces souffrances qui sont pour vous une initiation et le premier pas dans la voie de votre confession à la foi en Jésus-Christ, constitue un fait qui doit exciter l'indignation. Pourtant un chrétien a-t-il jamais frissonné devant le bâton, sachant que son espérance est tout entière dans un autre instrument de bois, la croix. Le serviteur du Christ a connu le sacrement de son salut, par la croix de bois il a été racheté pour la

Qartprs condamnés aux mines

vie éternelle; par la croix, il s’est avancé vers la couronne de bénédiction. Qu’y a-t-il d'étonnant, je vous le demande, à ce que vous, vaisseaux d’or et d'argent, ayez été envoyés à la mine, véritable patrie de l’or et de l’argent, sauf que maintenant la nature de la mine est changée, car les endroits qui avaient l’habitude de fournir l'or et l’argent, commencent au contraire maintenant à en recevoir ?

« On a de plus mis des fers à vos piedsetlié vos membres sacrés, ces temples de Dieu, avec des chaînes dégradantes, comme si l'esprit pouvait être lié ainsi que le corps, ou votre or souillé par le contact du fer. Pour ceux qui se sont consacrés au service de Dieu et témoignent leur foi en lui par leur vie religieuse, ces choses sont des armes et non des liens, ce n’est pas à leur honte qu’on enchaîne les jambes des chrétiens, mais à la gloire et à l'éclat de leur perfection.

« O pieds heureusement mis aux fers, qui ne seront pas délivrés par le forgeron, mais par Dieu lui-même ! O pieds heureusement mis aux fers qui partent sur la route bénie pour le paradis! O pieds attachés et liés pour un court espace de temps, afin d’être libres pour toujours ensuite. O pieds qui trébuchent pour quelque temps, garrottés par des chaînes et des barres en croix ; mais qui courront bientôt dans le glorieux sentier qui conduit vers le Christ ! Qu'importe si une cruauté envieuse et malintentionnée vous tient dans les liens et les chaînes, quand vous devez bientôt quitter cette terre et ces souffrances pour le royaume des Cieux ? En vérité, dans les mines, le corps n’est pas flatté par de molles couches et de bons lits; mais il est réconforté par le rafraîchissement et la consolation qu'il trouve dans le Christ. Vos membres épuisés couchent sur la terre nue; mais ce n’est pas un châtiment que de coucher avec le Christ. Vos corps sont souillés par les impuretés et les croûtes, faute de bains ; mais vous êtes lavés éternellement dans l'esprit. Votre pain est rare et

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Lortures et Éourments des Martprs rétiens

malpropre ; mais l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de la parole de Dieu. Vous tremblez et n’avez rien pour vous couvrir; mais celui qui se revêt de Jésus-Christ est vêtu et chauffé abondamment. Vos têtes sont à moitié tondues et vos cheveux sont rudes et en broussailles; mais lorsque le Christ est votre tête, combien belle doit être cette tête qui a reçu le nom du Seigneur ! Toute cette difformité qui est haïssable et abominable aux yeux des païens, quelle splendeur sera jugée digne d'elle? » Presque identiques sont les termes de la lettre suivante envoyée en réponse par les patients en question à saint Cyprien : « Nos compagnons de prison te remercient grandement en Dieu, très cher Cyprien, d’avoir rafraîchi, par ta lettre, leur poitrine fatiguée, d’avoir guéri leurs membres contusionnés par le bâton, d’avoir délivré leurs pieds liés par les entraves, d’avoir renouvelé les cheveux sur leur tête à moitié chauve, d’avoir éclairé les ténèbres de leur cachot, d’avoir nivelé les pentes escarpées des mines, d'avoir même placé devant leurs narines des fleurs embaumées et chassé dehors la suffocante odeur de la fumée. En outre, ton ministère, aussi bien que celui de notre bien-aimé Quirinus, a été rempli et les provisions envoyées ont été distribuées par Herennianus, le sous-diacre, Lucanus, Maximus et Amantius, les acolytes, employés pour subvenir à tout ce qui manquait pour notre subsistance. » Enfin nous savons, par le Martyrologe Romain et par Eusèbe, que les Martyrs condamnés aux mines avaient souvent l’œil droit arraché et les nerfs de la jambe gauche coupés. Eusèbe écrit : « Bientôt, quand Dioclétien et Maximien furent las des excès de souffrances qui nous étaient infligés, et fatigués du massacre des créatures humaines, quand ils furent rassasiés et saturés du sang versé, et quand on sut à quoi s’en tenir sur la clémence et la pitié que l’on pouvait attendre d'eux, pour éviter à l'avenir de paraître exercer sur nous aucune cruauté spé-

Œartprs condamnés aur mines

ciale, — carils considéraient qu'il n’était pas convenable de contaminer leurs états par l’effusion du sang domestique, ni de souiller, par la tache de l’inhumanité, leur gouvernement que tous tenaient pour être clément et plein de miséricorde — ces princes bénis, voulant au contraire faire bénéficier toute l’humaniité d’un gouvernement royal, pur et généreux, et désirant que personne ne fût puni de mort et que cette sorte de peine nous fût ainsi remise, ces princes bénis décidèrent donc simplement que nos yeux seraient arrachés et l’une de nos jambes brisée ! Car à leurs yeux, ce n’était que nous infliger une légère punition et nous faire endurer de douces tortures. En conséquence il est impossible de dire le nombre de ceux qui, par respect pour leur horrible clémence, ont eu leur œil droit arraché par un poignard (et la cavité d’où il avait été tiré cicatrisée par un fer chaud) et leur jambe gauche brûlée à l'articulation de la jointure, puis eux-mêmes condamnés aux mines de cuivre en diverses provinces, pas tant pour tirer profit de leur travail que pour les tourmenter et les torturer. »

Plus loin, saint Clément déclare que les chrétiens condamnés aux mines étaient gardés par des soldats et la loi nous informe qu'ils étaient régulièrement châtiés avec le fouet, comme des esclaves.

Eutropius nous dit que Tarquin le Superbe fut le premier Romain qui eut l’idée de ce supplice des mines ; mais il n’en fut certainement pas le premier et originaire inventeur, car Diodore de Sicile et Suidas déclarent tous deux, maintes fois, que Sémiramis, reine d’'Assyrie, exploitait les mines et y faisait travailler les prisonniers de guerre. Les femmes, aussi bien que les hommes, étaient quelquefois condamnées à travailler dans les mines.

Éortures ef Éourments des Martyrs chrétiens

INSULTES ET INDIGNITÉS COMMISES PAR LES PAÏENS ET PAR LES HÉRÉTIQUES SUR LES CADAVRES DES SAINTS MARTYRS

Nous avons déjà vu, d’après saint Athanase, dans un passage cité plus haut, concernant les exilés catholiques, comment les ennemis de la foi chrétienne orthodoxe n’exerçaient pas seulement leur cruauté sur les saints Martyrs quand ils étaient vivants, mais aussi quand ils étaient morts. De sorte que nous pensons que ce ne sera pas étranger à notre sujet si nous disons quelques mots, avant de conclure, sur l’inhumanité et la sauvagerie des persécuteurs envers les corps des Martyrs qui n'avaient plus de vie ni de sentiment.

Pour commencer, Eusèbe, dans son Histoire Ecclésiastique, nous donne beaucoup d'exemples de ces horreurs, dont nous citerons une ou deux. À un certain endroit, il écrit: « Pour César, ayant répondu par lettre et ordonné que tous ceux qui confesseraient leur foi au Christ seraient mis à la torture, le gouverneur, comme pour en faire parade etles donner en spectacle à la populace, commanda que les saints Martyrs fussent amenés dans la salle du jugement. Là, il les examine une fois de plus et rend la sentence que tous ceux qui sont citoyens romains soient décapités, mais que le reste soit livré aux bêtes... » Puis, après que lesdits saints eurent victorieusement conquis la couronne du martyre, l'historien ajoute : « Mais, même ainsi, leur rage et leur cruauté contre les saints n'étaient pas satisfaites, car vraiment ce peuple féroce et barbare était excité par une bête sauvage et furieuse, le Démon. Leur haine se ralentit à peine, pour ne pas dire pas du tout, et ils commencèrent à exercer de nouveau sur les cadavres de leurs victimes leurs insultes et leur malveillance. Car, quoiqu'ils eussent été subjugués par la constance des Mar-

Éadavres sans sépufture

tyrs, étant donné qu'ils avaient mis de côté tout sentiment humain, leur folie ne fut ni retardée, ni réprimée d’un côté, bien plutôt la haine amère du gouverneur et du peuple fut de plus en plus échaufféel... Donc, les cadavres de ceux que l'odeur empestée de la prison avait suffoqués, que la torture avait tués, étaient exposés pour être déchirés par les chiens et, de plus, soigneusement surveillés nuit et jour, afin que personne, d’aucun parti, ne püt les confier à la tombe. Enfin, les membres des Martyrs tués dans l’amphithéâtre, c’est-à-dire ceux qui n’avaient pas été dévorés par les bêtes, ou consumés par le feu, étaient, soit découpés en petits morceaux, soit brûlés comme du combustible ; en outre, les têtes de ceux qui avaient été décapités étaient recueillies et cachées avec les troncs et gardées par des piquets, afin d’être sûr qu’elles resteraient sans sépulture.

«En même temps, beaucoup de gens venaient pour se moquer de ces pauvres restes et pour crier: « Où est leur Dieu maintenant? À quoi leur a servi leur religion qu'ils préféraient à leur propre vie? » Ni en profitant de la nuit, ni en offrant de fortes sommes, leurs amis ne purent rien faire pour eux, car leurs corps étaient toujours attentivement surveillés, les païens semblant considérer qu'ils obtenaient un grand avantage en réussissant à les laisser couchés à terre sans être enterrés. En fin de tout, après que les restes des martyrs étaient restés six jours et six nuits à ciel ouvert, soumis à toutes sortes d’ignominies, ils étaient d’abord brülés par les mains de vils misérables et réduits en cendres, ensuite jetés dans le Rhône, qui coule tout près de là, afin qu'aucune trace d'eux ne restât nulle part sur terre. » Et encore : « Mais le reste de la bande des chrétiens fut chargé de chaînes et conduit par les officiers sur des vaisseaux de bord que l’on lançait en avant sur la mer profonde et les vagues orageuses. Ceux des serviteurs du grand Roi qui, après leur mort, avaient été décemment et convenablement mis en terre, étaient, par

Sortures et Sourments des Martyrs chrétiens

l’ordre formel des empereurs, les maîtres réputés, déterrés et jetés à la mer; de peur que s’ils étaient déposés dans le tombeau et commémorés par des monuments, le peuple ne les prît pour des dieux et ne les honorât avec une religieuse vénération. » Et autre part encore: «Mais ce monstre de cruauté (le tribun Maxys) commettant des actes d’inhumanité encore plus excessifs, et sa rage contre les hommes religieux s’augmentant encore au point de devenir bestiale, transgressant toutes les lois de la pature, alla jusqu’à interdire que les cadavres des saints fussent enterrés; et, dans ce but, ordonna que leurs corps, laissés dehors à ciel ouvert pour être déchirés par les bêtes, fussent attentivement surveillés nuit et jour. En conséquence, pendant bien des jours on pouvait voir un grand nombre d'hommes remplissant ce rude et barbare devoir, tandis que d’autres continuaient à exercer une active surveillance du haut d’une tour d’observation placée sur une hauteur afin de veiller à ce qu'aucun cadavre ne fûtenlevé. De sorte que les animaux sauvages, les chiens et les oiseaux de proie déchiraient leurs membres et dispersaient leurs restes çà et là, jusqu’à ce que la ville entière fût partout jonchée d’entrailles et d’os humains. Pour tout dire, ceux-là mêmes qui, jusqu'alors, nous avaient été hostiles, déclarèrent qu'ils n’avaient jamais rien vu de plus horrible ni de’ plus atroce, plaignant non pas tant l’infortune des individus si terriblement traités, mais plutôt et surtout eux-mêmes à cause de l’injure faite au respect humain et aux droits de la nature, parente communé à tous les hommes. Car la chair humaine n'était pas dévorée sur un seul endroit, mais on pouvait la voir partout à terre, déchirée, arrachée (spectacle que la plume se refuse à décrire et que la tragédie serait impuissante à représenter) s’offrant à tous les yeux à chaque porte de la ville; quelques personnes déclarèrent même qu’elles avaient vu des membres séparés et jusqu’à des corps entiers, pour ne rien dire des fragments d’entrailles humaines, en dedans des grilles. »

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