‹ Traité des kystes congénitauxChapitre 2 sur 99 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — DIVISIONS DU SUJET · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. — DIVISIONS DU SUJET

L'expression kystes congénitaux, qui sert de litre à ce travail, n'est pas à l'abri de toute critique. Le mot kyste, en effet, est par lui-même un terme assez vague et plutôt consacré par l'usage qu'établi sur une définition rigoureuse. En outre, parmi les tumeurs que nous réunirons dans cette étude, il en est qui ne répondent pas au sens généralement attribué au mot kyste et dans lesquelles l'élément kystique est même tout à fait accessoire. Néanmoins, nous nous croyons autorisés à nous servir de cette expression, car la plupart des tumeurs qui nous occuperont sont incontestablement des kystes et sont ainsi désignées par tous les auteurs ; quant aux autres, elles se ratta- •chent aux kystes véritables par des liens étroits, et c'est d'ailleurs l'élément kystique qui nous intéresse particulièrement en elles.

Enfin l'épithète de congénital ne doit pas être prise ici au :s^ns littéral et n'implique nullement la constatation de ces tumeurs au moment de la naissance. Elle indique seulement que les conditions déterminantes de leur formation existaient dès la vie intra-utérine et que leur pathogénie se rattacbe à un trouble du développement. C'est d'ailleurs la même signification qui s'attache généralement au terme d'affections congénitales ; ces affections ne se révèlent parfois qu'à une époque plus

OU moins tardive; mais alors elles existaient pour ainsi dire eng(>rmc et ii l'élal talent de» la naissance, et plus tùl même, dès la vie embryonnaire ; il suffit de citer, comme exemple, la hernie inguinale congénitale duc aune malformation, à la persistance d'un état fœtal, et qui peut n'apparaître que plusieurs années après la naissance. Pour ces motifs, nous croyons pouvoir nous dispenser de créer un terme nouveau et nous conserverons l'expression communément usitée de kystes congénitaux, en lui donnant loulefiiis une acception plus large et en comprenant sous cette dénomination certaines tumeurs très voisines des kystes congénitaux proprement dits, mais dans lesquelles l'élément kystique n'a pourlanl qu'une part très restreinte.

La CLASSIFICATION DES RÏ3TES cn général est encore un sujet de discussion; celle des /ti/stes congénitaux se ressent de& mémos incertitudes, d'autant plus qu'ils sont d'ordinaire moins bien connus que les autres kystes dans leur structure et leur développement.

On admet généralement aujourd'lmi qu'une classification des kystes doit tenir compte beaucoup moins des qualités du contenu que de la structure des parois, et notamment de la nature de l'épithélium qui, dans les parois kystiques, est l'élément le plus important et le plus caractéristique. D'autre part, les kystes congénitaux, en tant qu'alFoction congénitale, liée au développement, doivent être caractérisés autant que possible par leur origine. On se trouve amené de cette manière à rechercher si l'on pourrait les classer d'après la provenance embrjologique de leur épitbélium, et s'il y aurait lieu, par exemple, de distinguer plusieurs catégories de kystes congénitaux, selon que le revêtement épithélîal dérive des feuillets externe, interne ou moyen du blastoderme.

Or, les faits observés montrent que cette idée séduisante est fausse et qu'elle exposerait à des erreurs. Un ne peut, en elTet, considérer les feuillets biastodermiquos comme des organes primitifs, no produisant que des tissus d'une seule

CLASSIFICATION o

espèce et complètement indépendants les uns des autres au point de vue de leurs dérivés.

Cette conception générale, développée surtout par Remak, qui attribuait à chaque feuillet un rôle spécial dans la genèse des divers tissus de l'organisme, est loin d'être justifiée par les faits, et Ton ne peut accorder qu'une signification purement morphologique aux trois feuillets du blastoderme. En outre, dans bien des cas, les kystes congénitaux ne résultent nullement d'une altération pathologique d'un tissu, d'une maladie d'un feuillet blastodermique, mais bien d'un trouble du développement, portant beaucoup moins sur les propriétés organiques des éléments et des tissus que sur leur siège dans l'organisme embryonnaire. Ce vice de formation est plutôt en effet une maladie de région ; il peut intéresser plusieurs feuillets et telle ou telle partie plus ou moins différenciée de ces feuillets. Voilà pourquoi l'on peut observer dans ces produits anormaux des dispositions de structure très variées, mais aussi reliées les unes aux autres par de nombreux intermédiaires ; voilà pourquoi aussi, en raison de ces variétés nombreuses et de ces affinités multiples , on ne peut faire intervenir les éléments d'un seul feuillet blastodermique pour caractériser les kystes congénitaux. Enfin, comme le désordre embryologique qui est l'origine de ces formations, nous est à peu près inconnu dans sa nature intime, nous ne pouvons non plus nous en servir comme d'un élément de classification et nous devons nous contenter, en définitive , pour distinguer les kystes congénitaux, des caractères anatomiques de leurs parois.

Quant aux tumeurs complexes, renfermant dos kystes de nature variée et des tissus de toute sorte, on doit procéder pour elles du simple au composé et étudier à un point de vue spécial leurs différentes cavités kystiques, pour les réunir ensuite par la pensée en une même tumeur.

D'après les caractères anatomiques des kystes congénitaux, nous distinguerons d'abord ceux dont les parois offrent la

0 KYSTES CONGÈMTAIIX

slruclure de la peau et des membranes muqueuses : les kystes UERMOÎDES ET LES HYSTES MucoïDES ; lie là dcux catégorics de kystes, qui feront l'objet des deux premières parties de ce travail. Dans une troisième partie nous étudierons une variété toute spéciale de kystes congénitaux, les kystes séhei:x. qui se distinguent nettement des autres kystes. Enfin, dans une quatrième partie, nous rassemblerons des kystes divers, n'ayant pu rentrer dans les catégories précédentes, soit parce que leur étude est trop incomplète, soit à cause de leur nature différente qui les rapproche des kystes ordinairement développés chez l'adulte.

Les h/sles dermotdes et les h/&les nuicoldes, qui seront étudiés dans les deux premières parties, ont entre eux une très grande ressemblance et se trouvent d'ailleurs fréquemment associés. Au point de vue du mécanisme de leur formation, ils ne peuvent même être séparés. Si nous avons établi une distinction et constitué d'abord un groupe de h/stes congénitaux à paroix cutanées, c'est que les tumeurs qui renferment des kystes de cette nature sont les plus fréquentes, les mieux connues, et forment une série parfaitement naturelle et déjà bien étudiée. Mais la différence anatomïque qui les sépare des Âysti's miicoides nous parait dépendre seulement de la localisation différente d'une cause semblable, et nous considérons toutes ces tumeurs comme des organes anormaux, résultant d'une anomalie de position, d'une ectopie de leurs éléments générateurs, qui relève d'une perturbation de même ordre survenue dans le développement fujtal. C'est la nature même do cet accident d'évolution qu'il faudrait connaître pour posséder les éléments d'une classification naturelle. Maïs tout est encore à faire dans cet ordre d'idées et l'on doit au moins commencer, en bonne logique, par les faits les mieux connus ou, pour mieux dire, les moins obscurs; car nous verrons dans le cours de cette élude à combien d'hypothèses il nous faudra recourir, faute de faits démontrés, el combien de problèmes soulevés resteront sans solution.

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