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CHAPITRE IV

DES DIFFÉRENTS TISSUS QUI PEUVENT ENTRER DANS LA CONSTITUTION DES TU3IEURS DERMOÏDES

Le système nerveux est parfois représenté dans les tumeurs dermoïdes, principalement par les éléments de ses parties centrales. Ce sont des cellules uni- ou multipolaires, semblables à celles des ganglions ou du cerveau avec un réseau vasculaire comparable à celui de Tencéphalc : ramifications arborisées et gaines lymphatiques manifestes (Cornil et Ranvier). On y a aussi rencontré des fibres nerveuses à double contour (Steinlin, Friedreich, Lang), ainsi que des fibres de Remak.

Virchow, cité par Pauly, a trouvé une masse nerveuse stratifiée analogue au cervelet. Rokitansky a décrit un petit système nerveux en miniature : dans ce cas très curieux, on remarquait y attenant à un cylindre osseux recouvert par la paroi dermoïde, un ganglion nerveux représentant la partie centrale, d'où partait un filet nerveux représentant la partie

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périphérique se ramifiant dans le corps osseux et dans son enveloppe cutanée.

La fréquence du tissu nerveux dans les tumeurs dermoïdes est peut-être plus grande qu'elle ne le paraît. En effet, le tissu nerveux étant facilement altérable, sa recherche exige un certain soin ; souvent rien n'en fait soupçonner Texistence dans Texamen à l'œil nu, et dans tous les cas l'examen histologique est nécessaire pour en affirmer la présence. C'est ainsi que, dans un kyste ovarien de Chantreuil, une petite masse qui ayaît été considérée à l'œil nu comme de nature musculaire était en réalité formée de tissu nerveux, ainsi que le démontra l'examen histologique fait par Cornil et Ranvier. Inversement, on a parfois considéré comme de la substance nerv'euse des masses qui n'en avaient que l'aspect extérieur et la consistance, sans que la structure microscopique en eùl été reconnue et par conséquent sans prouves suffisantes (cas cités par Pauly, de Chalice, de Alt et de Fauteur inconnu d'une observation rapportée par Schromecker , tumeur sacro-coccygienne de Wils).

Le tissu osseux peut se rencontrer soit dans la paroi des kystes dermoïdes, soit dans leur cavité. Le plus souvent c'est dans l'épaisseur même de la paroi que l'on trouve incrustées les plaques osseuses, et c'est toujours en ce point d'ailleurs qu'elles se développent primitivement. Sur 19 cas de kystes pili-osseux cités par Lcbert, 12 fois il est noté que cette dernière disposition existait. Les os sont fréquemment enveloppés d'un périoste. Dans un fait de Heschl, deux pièces osseuses étaient réunies à la manière d'une pseudarthrose par un tissu fibreux.

Les pièces osseuses rencontrées dans ces tumeurs sont le plus souvent informes. Dans un grand nombre de cas, les auteurs qui les ont décrites se sont efforcés de leur trouver une ressemblance avec les différents os du squelette, avec des os longs des membres, des côtes, des vertèbres et même des os du crâne et de la face ; mais le plus souvent les analogies sont

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des plus lointaines et rassimilation de ces pièces osseuses au squelette normal est tout à fait factice. Par exemple, un os portant des dents est souvent comparé à un maxillaire , soit inférieur, soit supérieur ; mais il est facile de voir, d'après les descriptions, qu'il leur ressemble uniquement par les dents qu'il supporte. Aussi Lebert, qui insiste avec raison sur ce point, dit-il avoir désigné dans ses notes ces pièces osseuses par le nom de maxilloîdes. Nous avons vu d'ailleurs précédemment que le groupement des dents, si îrrégulier et si peu conforme à la disposition normale, n'est point en faveur de cette prétendue comparaison. On doit donc faire une distinction entre les cas précédents et ceux, d'ailleurs exceptionnels, dans lesquels on a rencontré des membres reconnaissablcs, par exemple dans les tumeurs de l'abdomen, de la région sacro-périnéale et des maxillaires. Les os ressemblent alors aux os des membres par leurs principaux caractères, bien que d'ordinaire leur configuration ne soit pas encore exempte de quelques anomalies. Dans des cas semblables, Pigné dit avoir remarqué que les os, bien qu'arrêtés ordinairement dans leur développement, ont néanmoins continué leur ossification; leurs épiphyscs sont soudées comme chez l'adulte, leur ténacité est extrême, et leur éburnation est peut-être supérieure à celle des os des adultes.

Sous le rapport de la structure histologique, le tissu osseux des tumeurs dermoïdes présente ses caractères ordinaires et contient des corpuscules osseux avec des canalicules. D'après Klob, cité par Pauly, les corpuscules seraient moins nombreux et plus gros qu'à l'état normal et émettraient moins de prolongements. L'absence des canaux de Havers a été notée par E. Lang ; mais, d'autre part, ils ont été constatés dans plusieurs observations. On a vu parfois les phénomènes de l'ossification aux dépens du tissu conjonctif comme dans les os du crâne (Terres), et même la calcification du cartilage semblable à celle qui s'observe sur les os rachitiques (Torres).

La présence du cartilage est assez fréquente ; il se rencontre

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ordinairement sous la forme de petites masses situées dans Tépaisseur de la paroi. Quelquefois ce sont de petits amas de noyaux cartilagineux réunis par du tissu fibreux de manière à paraître articulés (Labbé et Yerneuil). La structure histologique de ce cartilage est indiquée comme semblable à celle du cartilage hyalin (J. Bœckel), du cartilage fœtal (Robin dans le cas de Spiess), du cartilage embryonnaire (Chédevergne) ou bien du cartilage hyalin et élastique (Friedlaender).

Les fibrea musculaires lisses ont été très fréquemment rencontrées dans le derme de la paroi. En outre on les a vues encore dans les parois de cavités muqueuses, comparables à des segments d'intestin (Chédevergne, Labbé et Yerneuil, Brœer et Weigert).

Dans le cas de kyste ovarique relaté par Mahot, l'enveloppe externe, épaisse de K à 8 millimètres, était presque entièrement formée de fibres lisses ressemblant à celles de l'utérus gravide.

Les fibres musculaires striées sont très rares dans les tumeurs dermoïdes. On en a trouvé, il est vrai, en abondance dans certaines tumeurs de Tovairc; mais ces tumeurs ne sont point dermoïdes et ont reçu d'ailleurs un nom spécial, celui de myosarcomcs (Virchow); on en a décrit de semblables, également congénitales, dans le testicule.

L'existence des fibres striées dans les kystes dermoïdes de l'ovaire est mise en doute par Pauly; cependant André et Conpat ont décrit, dans un kyste dermoïde de cet organe opéré par Péan, des « vestiges de fibres striées en pleine dégénérescence, immédiatement au-dessous de travées osseuses », et Kœberlé a vu dans un kyste dentifère de l'ovaire une petite masse ressemblant à une langue rudimentaire et composée de fibres striées recouvertes d'une muqueuse pourvue de glandules \

Dans une tumeur du scrotum qui contenait des follicules

1. Article Ovaire ^lM Souveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques,

pileux, A. Malherbe a signalé des fibres musculaires striées ; dans le cas de Dielrich, il est fait mention d'un fémur et d'un bassin avec leurs muscles, mais seulement d'après un examen fait à Tœil nu.

Dans la région sacro-coccygienne, Chédevergne a trouvé dans une tumeur dermoïde une petite masse carrée formée de fibres musculaires striées.

Enfin, dans le tératome complexe du médiaslin dont nous avons fait mention, Virchow a rencontré du tissu musculaire strié comparable à celui qu'il a décrit dans les myosarcomes de l'ovaîre.

Pour terminer cette énumération déjà longue nous citerons encore les cas où l'on a trouvé du tissu lymphoïde (Friodlaender, Lang), des cellules pigmentées pareilles à celles du pigment choroïdien (Verneuil, Pilate, A. Malherbe), un tissu semblable au tissu pulmonaire et présentant des alvéoles (Friedlœndcr).

Enfin, le tissu adipeux peut prendre une part importante à la constitution de ces tumeurs, comme dans le cas de Guersant et Verneuil, où il formait le tiers au moins de la masse morbide.

A côté des tumeurs dermoïdes proprement dites, il faut placer les tumeurs très complexes dans lesquelles Télément dermoïde ne représente qu'une portion accessoire, tandis que la partie principale est formée de tissus multiples, normaux ou pathologiques : le tératome du médiastin de Virchow en est un exemple ; de même aussi les tumeurs mixtes de l'ovaire qui offrent un mélange des tissus les plus divers : épilhéliums variés, perles épidermiques, tissu ostéoïde, etc. ^

Quant aux tumeurs dermoïdes proprement dites, elles peuvent elles-mêmes devenir le siège de formations pathologiques et même de véritables néoplasmes. Ainsi dans les kystes dermoïdes ovariens on a vu se développer du cancer (Ileschl,

1. Oq eQ trouvera quelques exemples dans la thèse de G. Poupinel, De la gé' néralisalion des kystes et tumeurs épilhéliaies de Vovaire, Paris, 188G.

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Schrœder), de Tépithélioma pavimenteux lobule (Cornîl et Babinski), du sarcome (Unverrîcht). On a trouvé aussi du cancer cncéphaloïde dans une production semblable du scrotum (cas de Spiess) et de l'épi thélioma dans une tumeur sacrée (Czemy).

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