ORIGINE FOLLICULAIRE
Les théories qui précèdent étaient surtout applicables aux kystes dermoïdes complexes. Au contraire, d'autres théories non moins restreintes convenaient seulement aux kystes dermoïdes simples ot sous-cutanés : telle était l'opinion qui attribuait ces derniers à la distension des follicules sébacés par rétention des produits sécrétés, assimilant de la sorte les kystes dermoïdes aux kystes sébacés glandulaires. Cette confusion entre ces deux sortes de tumeurs auxquelles étaient réservées les
dénominations communes de loupes, athéromes^mélicéris, etc., a régné pendant longtemps à une époque où la structure de leur paroi était encore très imparfaitement connue. On avait bien remarqué quelquefois dans ces kystes Texistence de poils : ainsi Girard [Lupiologie, 1775) avait observé dans une loupe un peloton de cheveux mêlés avec une matière analogue à du suif; mais on n^établissait pas de distinction entre les tumeurs à contenu purement sébacé et les tumeurs pilifères, et Astley
Fio. 14. — Kyste sébacé du prépuce.
(îooper * qui avait fort bien étudié les kystes sébacés et leur siège folliculaire, parlait en même temps des kystes renfermant des poils sans les séparer aucunement des précédents. On avait pourtant essayé d'interpréter la présence des poils dans le contenu sébacé. Sans parler de Topinion de Tyson, cité par Cruveilhier, d'après qui les poils se formeraient au sein de la matière grasse, on avait pensé que leur accumulation dans l'intérieur de la poche résultait de la chute et de la reproduction successive du poil auquel la glande sébacée était
1. AsUey Cooper, Œuvres chirurgicales, trad. Chassaignac et Richelot, Paris, 1835, p. 589, Mémoire sur les tumeurs enkystées.
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annexée, le follicule pileux ayant été englobé dans la dilatation kystique. Quant au pédicule qui doit rattacher le follicule oblitéré à la surface cutanée, on expliquait son absence en disant qu'il s'était aminci et allongé par les progrès de la distension de la poche , au point de permettre le glissement de la peau sur la tumeur. Telle est l'opinion exprimée par de Wecker à pVopos des kystes de l'orbite, évidemment dermoïdes, et auxquels il assigne une origine foHiculaire.
II est clair que ces interprétations ne peuvent plus se soutenir aujourd'hui pour les cas de tumeurs dermoïdes dont la paroi présente en grand nombre des follicules pileux, des glandes sébacées parfaitement normales et à plus forte raison des glandes sudoripares. Mais il faut reconnaître qu'il y a entre certains kystes dermoïdes et les kystes sébacés glandulaires une assez grande analogie. En général, le kyste glandulaire est rattaché à la peau par le vestige du conduit excréteur, en sorte que le tégument ne peut être librement déplacé au-devant de la tumeur et la poche ne présente aucune adhérence avec les parties sous-jacentes; au contraire, le kyste dermoïdc a précisément des caractères inverses : mobilité de la peau à la surface, adhérence périostique dans Ja profondeur et parfois même dépression des os. Mais il y a des exceptions : le kyste glandulaire peut ne plus adhérer à la peau lorsque le pédicule s'est allongé, et le kyste dermoïdc peut n'être pas complètement indépendant de la peau, soit par le fait d'une inflammation, soit par une disposition naturelle qui rappelle sa formation par une invagination du tégument externe. L'existence d'un point noir central, trace de l'orifice oblitéré, qui a été donnée depuis Astley Cooper comme caractéristique des kystes glandulaires, n'a pas une valeur aussi absolue : car elle peut manquer dans les tumeurs de cette espèce, et les kystes dermoïdes peuvent eux-mêmes présenter quelque chose d'analogue (Voy. nos observations XX, XXI et XXV). Quant au contenu, il offre exactement les mêmes caractères dans les deux sortes de kystes,
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hormis la présence de poils; encore ceux-ci se dérobent-ils à un examen superficiel lorsqu'ils sont en petit nombre, très courts et très fins. La paroi, lorsqu'elle n'offre pas de poils implantés, n'a rien non plus qui permette de faire la distinction à l'œil nu; la structure microscopique elle-même peut ne donner aucun résultat certain, lorsque le kyste dermoïde ne contient ni poils ni glandes, et cela d'autant plus facilement que ces organes peuvent n'exister qu'en une partie très limitée de la paroi kystique.
Néanmoins, nous pensons que la distinction est aisée dans la plupart des cas, et qu'elle repose, non pas sur un seul caractère, mais sur un ensemble de signes et notamment sur la structure de la paroi kystique examinée aux différents points de sa surface. Nous rapportons plus loin, comme exemple, l'observation d'un kyste sébacé qui pouvait, par son développement chez un enfant, par son siège au voisinage de l'orbite, par l'absence de point noir central, faire songer jusqu'à un certain point à un kyste dermoïde (Voy. obs. XXXII).