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CHAPITRE II

Le cou est le véritable lieu d'élection des kystes séreux congénitaux ; c'est là qu'ils ont été particulièrement étudiés, et ce sont les kystes du cou qui ont servi de type à toutes les descriptions de ces tumeurs. Ils occupent principalement les faces antérieure et latérales du cou, plus rarement la nuque ; souvent ils dépassent les limites de ces diverses régions pour s'étendre sur les parties voisines, à la face, au thorax, à l'épaule.

Les kystes de la région postérieure sont bien moins fréquents que ceux des autres parties. On a dit qu'ils s'observent surtout J^m chez des enfants nés avant terme et porteurs de différents vices^^ de conformation ; mais ce fait n'a rien non plus d'absolu et l'o

peut observer un kyste postérieur chez un enfant à terme (Fifield, Macdonald).

Improprement appelés kystes branchiaux, ils ont quelquefois été confondus avec les kystes dermoïdes et mucoïdcs, bien qu'ils n'occupent pas comme eux une place définie, correspondant au trajet des fentes branchiales.

On a distingué, parmi les kystes séreux du cou, deux espèces différentes : les kystes simples ou uniloculaires et les kystes composés ou multiloculaires. On a fait remarquer que les kystes simples ont un siège limité, qu'ils s'observent presque exclusivement à la partie antérieure et du côté gauche, tandis que les kystes composés n'ont aucune localisation particulière. Mais cette division qui n'a rien d'absolu au point de ^Tic anatomique, ainsi que cela a été dit plus haut, n'est pas mieux tranchée pour ce qui est de la distribution de ces tumeurs : c'est ainsi que des kystes de la région postérieure peuvent être simples (Fifield).

Le volume des kystes unilatéraux est généralement moindre que celui des kystes médians ; pourtant il dépasse souvent le volume d'une orange. Les médians sont fréquemment placés en même temps des deux cotés du cou. Leur développement est parfois irrégulier, et l'une des portions ou l'un des lobes de la tumeur l'emporte de beaucoup sur le reste de la masse. Mais d'autres fois ils offrent dans leur disposition une certaine symétrie et descendent de chaque côté au-dessous du menton, cachant ainsi la partie antérieure du cou et le haut de la poitrine, « comme ferait une barbe longue et bien fournie » (Barlhez). Il en résulte dans l'ensemble de la physionomie une expression étrange qui donne au petit sujet le visage d'un vieillard.

Les dimensions de ces tumeurs sont, dans certains cas, considérables ; elles égalent et dépassent même celles de la tête du nouveau-né. Elles forment alors une énorme masse, pendante au-dessous de la mâchoire inférieure et retombant comme une

fM KYSTES SÉREUX

besace au-devant de la partie supérieure du tronc ; elles s^éteudent ainsi jusqu'aux mamelles et même plus bas encore, jusqu*à Tombilic dans le cas représenté pi. YI.

Supérieurement ces kystes sont bornés par la courbe du maxillaire inférieur ; mais il n'est pas très rare de les voir dépasser cette limite et empiéter sur la joue , sans toutefois remonter d'ordinaire au delà d'une ligne étendue de Toreille à la commissure labiale. Ds entraînent, par leur volume et la saillie qu'ils déterminent, des difformités plus ou moins prononcées, telles que Teffacement de la courbe du maxillaire inférieur et de la saillie du menton, la déviation de Torifice buccal, la déformation dupa^^llon de l'oreille. Souvent la tumeur vient proéminer sous le plancher buccal, qu'elle soulève sous la forme d'une tuméfaction molle, fluctuante, d'un blanc bleuâtre.

Latéralement les sterno-mastoïdiens forment, en général, leurs limites ; toutefois, dans certains cas, la tumeur occupe en même temps la région sous-hyoïdienne et le creux sus-claviculaire , passant au-dessous du stemo-mastoïdien qui la bride, et dessine à sa surface un étranglement. Parfois on la voit descendre au-dessous de la clavicule ou s'étendre dans le creux de Taissclle.

Ces kystes, surtout lorsqu'ils sont d'un certain volume, présentent souvent des prolongements profonds, sous-aponévrotiqucs, sous-musculaires, dont il est parfois très difficile d'apprécier rimportance et l'étendue, recouverts qu'ils sont par la tumeur superficielle. Parfois, au cours d'une opération, on découvre ces prolongements inattendus qui s'insinuent au loin, dans les parties profondes, alors que l'examen clinique n'avait rien révélé de semblable. Ils pénètrent entre les muscles, adhèrent aux gros vaisseaux, aux troncs nerveux, et s'étendent même jusqu'au-devant de la colonne vertébrale, entourant le pharynx et la trachée. Un développement plus insolite est celui que prennent ces tumeurs du coté du médiastin ; on voit alors une multitude de petits kystes secondaires, en continuité avec

la masse principale , et qui descendent le long des gros vaisseaux et de la trachée jusque dans Tintérieur de la cavité thoracique ; l'observation LXTTT les montre développés jusque dans la cavité pérîcardique elle-même. L'observation LXII offre un autre exemple intéressant de cette extension de la tumeur au médiastin : le kyste volumineux qui occupait toute une moitié latérale du cou, plongeait inférieurement dans l'intérieur de la

FiG. 20. — Kyste séreux congénital multiloculairc du dos (obs. LXX).

poitrine et reparaissait à la superficie du côté opposé, sous forme d'une saillie maronnée, située au niveau de la partie externe de la clavicule (fig. 45).

A la région postérieure ces tumeurs sont tantôt médianes et comme à cBeval sur la colonne cervicale, tantôt latérales et étendues du rachis à l'acromion. Rarement elles dépassent en haut la ligne courbe supérieure de l'occipital : dans une observation de Morgan et Loraîn et dans une autre de Després et Lelong, la limite supérieure du kyste correspondait à la fontanelle postérieure. Inférieurement elles empiètent parfois sur

la région dorsale ; dans le cas de Guillaumet lé kyste descend dait jusqu'au niveau de l'angle inférieur de Tomoplate.

D'autres régions que le cou peuvent être le siégé des kystes séreux congénitaux. Parfois la tumeur est dans sa plus grande partie en dehors du cou , en sorte que la portion qui occupe cette région est tout à fait accessoire et ne parait nullement le point de départ primitif de la production anormale. Il y a de la sorte des transitions graduelles, sous le rapport du siège, entre les kystes du cou et ceux qui occupent des parties plus ou moins éloignées, comme le tronc et les membres supérieurs. Ainsi on observe des tumeurs de l'épaule qui empiètent sur le cou et sur le bras, et, d'autre part, on rencontre des tumeurs indépendantes au bras et à l'avant-bras ; nous en rapportons quatre exemples personnels. Ces tumeurs offrent d'ailleurs les caractères habituels des tumeurs du cou, leur aspect extérieur, leur structure et jusqu'aux prolongements qu'elles envoient dans les parties profondes. De même certains kystes du cou s'étendant plus ou moins sur le tronc forment, pour ainsi dire, le passage entre les tumeurs du cou et les tumeurs parfaitement isolées qui occupent différents points de la paroi thoracique, la région sous-axillaire par exemple, le dos et la paroi abdominale. En ces parties, les kystes séreux congénitaux peuvent offrir aussi un énorme volume : ainsi E. Millier a observé une do ces tumeurs, longue de 34 centimètres, qui s'étendait du creux axillaire jusqu'au bassin et occupait toute la moitié droite du troue chez un enfant d'un an. Chez le sujet de notre observation LXXIII (pi. VII et VIII), la tumeur siégeait sur toute la moitié droite du thorax, rejetait le bras en dehors et refoulait romoplatc en arrière; elle recouvrait entièrement les côtes et les dissimulait à ce point qu'on Tavait prise pour une^ hernie congénitale de tout le poumon droit.

Au siî'go les kystes séreux ont été longtemps confondu^^ avec les autres tumeurs congénitales réunies sous les non^^-* d'inclusions fœtales et aussi de cancers et d'encéphaloïdes. Le ^ ^

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