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CHAPITRE III

Nous avons étudié déjà dans la cavité buccale les kystes dennoïdes sublinguaux et différentes espèces de tumeurs kystiques occupant la région des maxillaires. Outre ces productions kystiques, rencontrées chez le nouveau-né ou se rattachant tout au moins par leur origine à un trouble du développement, la cavité buccale peut encore être le siège de kystes congénitaux de diverses natures,

Nous nous occuperons en premier lieu d'une variété particulière de petites tumeurs étudiées par Guyon et Thierry en

Ce sont des kystes situés dans Tépaisscur de la muqueuse buccale, où ils apparaissent sous la forme de petits grains blanchâtres dont le volume représente celui d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet et atteint au maximum les dimensions d'un grain de çhènevis. Souvent multiples, mais rarement au delà d'une douzaine, ils affectent pour siège de prédilection la voûte palatine, principalement au niveau de son raphé médian ou à l'insertion du voile du palais au bord postérieur de la voûte palatine osseuse; quelquefois ils siègent sur le voile, assez fréquemment aussi sur le rebord alvéolaire supérieur, exceptionnellement sur le rebord alvéolaire inférieur.

La fréquence de ces petites productions est très grande, puisque, sur 407 nouveau-nés examinés par eux, les auteurs cités plus haut les ont rencontrées 343 fois. C'est à partir du

sixième mois de la vie intra-utérine que ces kystes se rencontrent. Us disparaissent spontanément vers le deuxième mois après la naissance, par rupture delà petite poche et évacuation du contenu.

Ce contenu, analogue à la matière sébacée, est formé de cellules épithéliales lamelleuses. Les parois sont tapissées d'un épithélium pavimenteux, semblable à celui de la muqueuse buccale.

Considérés par Guyon et Thierry comme des glandes sébacées anormales arrêtées dans leur développement, ces kystes se forment, d'après Cornil et Ranvier, dans les conduits excréteurs des glandes muqueuses.

F.Qnyon et E. Thierry. — Note sur l'eoDistence temporaire de kystes épidermiques dans la cavité buccale chez le fœtus et les nouveau-nés, Arch, de physiologie, 1869, p. 368 et 531.

Cornil et Ranvier. — Manuel d'histologie pathologique, 2* éd., t. II, p. 214. Paris, 1882.

n. Grenoîiillettes congénitales.

Le plancher buccal présente plusieurs espèces de tumeurs réunies sous le nom de grenouillettes congénitales. Parmi ces tumeurs, un premier groupe est formé par des kystes salivaires, et notamment par ceux qui résultent de la dilatation du conduit de Wharton imperforé.

La première observation de cette variété de grenouilletle congénitale est due à Stoltz et date de 1833. En 1866 Guyon en présenta un deuxième cas à la Société de chirurgie. Nous en avons observé plusieurs exemples ; Tun d'eux fut communiqué à la Société de chirurgie en 1879; deux autres faits ont été publiés dans la thèse de Rémignon et nous en rapportons une nouvelle observation (obs. LXXX). Ajoutons encore les cas de Démons (1880) et de Sonnenburg (1883), et nous aurons rassemblé tous les faits non douteux de cette variété de gre-

4» KYSTES CO.Nât.MTAl'I DIVERS

Q-:-aiUelte. NéaDmoins oes îumears ne soni probablement pas d'one très grande rareté, et plusieurs faits de grenouîllette con?éaitale reconnaissent sans Joule celle origÏBe, bien que les observations manquent de renseisnemenls précis k cet égard. La sreDOuiUetle par imperforation du conduit de Wfaarlon forme une petite tumeur à parois très minces, ressemblant & une vessie transparente dont le volume varie de celui d'une plume d'oie à celui d'un petit œuf de pigeon. Elle est nnîlalé-

K^ïlei ^iandnlairei tt iTS'^tr: ;a>i la pliachrr de U boocliï, de cbii|Tie c4tj

raie, allongée suivant la direction du canal de Wharlon et incurvée parallèlement à la courbure de l'arcade maxillaire. Elle repose sur le plancher buccal. En Haut elle répond à la face inférienre de la pointe de la langue, sous laquelle elle demeure ordinairement cachée. En dehors elle se prolonge vers la glande sous-maxillaire, qui est quelquefois tuméfiée. En dedans elle se termine par une extrémité libre, conoïde, formant une sorte de papille, au sommet de laquelle se voit parfois un point gris&lrc qui correspond à l'orifice oblitéré du conduit glandulaire. Celle extrémité répond au filet de la langue; quel-

quefois elle empiète légèrement sur le côté opposé. En général la petite tumeur est oblongue et sa petite extrémité tournée du côté du frein; on peut cependant observer une disposition inverse. Ajoutons que ïostium umbilicale ne peut être découvert du cdlé de la tumeur et que la compression de la poche n'est suivie d'aucune réduction et d'aucun écoulement de liquide.

Le contenu est le plus souvent un liquide transparent, visqueux et filant comme du blanc d'oeuf et présentant parfois des grumeaux.

Après l'excision, qui suffit pour remédier à ce vice de con-

Fia. 50. — Kjils coDgénlIat sHué soui la langue (ob». LXXXIT).

formation, on peut engager un stylet fin entre les parois afTaissées de la petite pocbc et on le voit s'enfoncer en dehors vers la région sous-maxillaire, en suivant la direction du conduit de Wharton.

Une autre espèce de tumeurs salivaires consiste dans la dilatation kystique des glemdules du plancher buccal. C'est probablement à une cctasie semblable d'une glande de Blandin ou de Nubn que doit être rapportée la grenouillette congénitale observée par P. Dubois en 1833, et attribuée par cet auteur à la dilatation d'un conduit de Wharton anormal.

Notre observation LXXXI est un exemple de kystes congénitaux développés dans les glandules de la muqueuse et situés symétriquement de chaque cdté du frein (fig. 49).

Enfin il nous reste à parler d'une dernière catégorie de kystes congénitaux, formés d'une poche unique et présentant cette particularité d'être tapissés d'un épithélium vibratile. Un fait de ce genre a été observé parNeumann en i877; nous en rapportons un autre exemple (obs. TiXXXTT, fig. 50} , déjà publié dans la thèse de Gehé ^

On peut accepter pour ces kystes la pathogénie proposée par Neumann. D'après cet auteur, ils seraient le produit d'une ectasie du diverticulum muqueux, décrit par Bochdalek^ et qui, partant du foramen cœcum, s'enfonce profondément audessous de la langue vers la racine de cet organe. Ce prolongement existe assez fréquemment, puisque l'auteur l'a trouvé 12 fois sur 50 cas; comme les kystes en question, il est tapissé d'épithélium vibratile.

En réalité ce sont là de véritables kystes mucoïdes; nous les avons mentionnés à cette place afin de ne pas scinder l'histoire de ces différentes variétés, encore peu distinguées, de gre* nouillettes congénitales.

Blet. — Grenouillette congénitale, Bull, de la Soc. de chir,, 18 mai 1870, 2« série, t. XI, p. 179.

Démons. — GrenouillcUe congénitale par oblitération de Vextrémité antérieure du canal de Wharton, Incision suivie de cautérisation aunitrale d'argent, Guérison avec permanence d'une ouverture fistuleuse, — Bull, et Mém, de la Soc. de chir,, 21 janv. 1880, t. VI, p. 60.

P. Dubois. — Note sur une maladie congénitale de la langue. Gaz. méd, de Paris, 4 mai 1833, n» 45, p. 338.

1. E. Gehé, Des kystes de la langue» thèse de Paris, 1882; obs. IIÎ.

2. Bochdalek junior, Ueber das Foramen cxcum der Zunge, Oesterreichische Zeitschrift fur praktische Medicin, 1866, n» 36, 37, 42 bis 45; ei Reicherfs und du Bois' Arcliiv, 1867, s. 77ri, — d'après Neumann.

Giraldès. — Bull, de la Sœ. de chir., 18 mai 1870, 2* série, t. XI, p. 180.

Qnéniot* — Ihid., p. 181.

Giiyon* — Dilatalion congéniale du conduit de Wharton, Bull, de la Soc, de dur., 4 avril i866, 2« série, t. VIÏ, p. 145.

Lannelongue. — Grenouillette congénitale due à la dilatation du canal de Wharton imperforé, Bull, et Mém. de la Soc. de chir., 26 nov. 1879, t. Y, p. 898.

Lombard. — C. R. de la Soc. méd. de Toulouse, 1862, — cité par Chauvel, art. Grenouillette du Dictionn. encyclop. des sciences méd.

N. MOUer* — De la grenouillette chez les nouveau-nés (Moscow med. Gaz., extrait, d'après Central Zeitung fur Kinderheilk., 1" nov. 1877) — AnaL in Rev. des Se. méd., 1878, t. XI, p. 610.

E. Neumaxm. — Ein Beitrag zur Kenntniss der Ranula. Langenbeck's Archiv f. klin. Chir., 1877, Bd. XX, b. 4, s. 825.

Th. Rémignon. — De la grenouillette congénitale par dilatation du canal de Wharton imperforé. Thèse de Paris, 1885,

E* Sonnenburg. — Sitz und Behandlung der Ranula. Langenbeck's Archiv f. klin. Chir., 1883, Bd. XXIX, s. 627. — Cas cité p. 632.

J.-A, Stoltz (de Strasbourg). — Remarques et observation sur la grenouillette des nouveau-nés. Gaz. méd. de Paris, 9 nov. 1833, n» 72, p. 763.

Obs. LXXIX. — Tumeur congénitale de la lèvre supérieure (Voyez pi. X, fig. 2). — Legrand (Léonie), âgée de onze ans, entrée à l'hôpital Sainte-Eugénie, le 26 avril 1877, salle Sainte-Eugénie, n" 33.

Cette enfant porte à la lèvre supérieure, du côté gauche, une tumeur qui en modifie la forme. La lèvre, en effet, est épaissie de ce côté à partir de la ligne médiane et, quand la bouche est fermée, elle vient se placer devant la lèvre inférieure. En relevant la lèvre supérieure, on trouve sur la muqueuse une série de saillies, groupées comme les petits grains d*une framboise, mais plus détachées cependant. Ces petites saillies sont les unes sur les autres au milieu de la tumeur, tandis qu'un peu plus loin elles se dessinent moins et soulèventla muqueuse. Chacune d'elles est transparente et parait remplie

KYSTES CO>GÉMTAUï DIVERS

d'uii ]:r-:ie c!iir : il s-rx-ieuf* e^i amincie à son niveau, el il sem- Ll-rrsJ*. q-e Ytiliyii:n ï-eul ii rrvOUTre. L'une d'elles a été piquée et li ^n e^t 5-:rt- 'jn Lquiir cîiir. transparent, séreux, qui, au micr.-îC'>p«ç. p-rt-^nt-r ce E<'inLrei:^<s ceEuIes épithéliales, gonflées el CTai-iru*^. et .q-irîpes leuM-:>-tes.

Cette tuaiejT s-erait d'orifii;e conrénitale . d'après ce que dit la mrrr. el elle n'a j.âis faJl de rrâri? p.roçrès, puisqu'elle a seulement les dlmenfi : ns i'-se amande. L'enfant raconte qu'elle augmente de Tvî-nit- j:«rr.iiLt riiiTrr. Autour de cette tumeur on ne IrouTC point de Vaisseau i •iilAtfs.

Une co-jf-e me*i^ne. antér»>r">stérieure de la tumeur montre qu'elle est f.-rmêe d'un tlss j d'àsrect éreclile. criblé d'orifices visibles à rœli LU el prêseEiUi-t çii et Ik des çlandules hypertrophiées.

Obs. LXXX. — Gr^n'iuUht'^ k cng^nit a le par imperforai ion du cond'àt <!•? M'h'irfyn, — Merîé Renr . kzé de neuf jours, nous est préseiâté le 24 ji;:n iS85. à ii c:r.ïultJilion de l'hûpital Trousseau.

Cet enfant jorte s--^;:s Li 1 jujue. du cOtê droit du frein, une petite tumeiir ky^tij-je alion^re. en f.Tme de t^judin. suivant la courbure du maxiliiire infenejr. S^ dirvoti*.»!! est celle du conduit de Wharton. S^.«n extK-milé libre défiasse un peu la li^^ne médiane, de manière à empirrter sur Li nivilie k'auche du f»Lincher buccal. Ses parois sont extrêmement minces et tran-f»a rentes.

On excise avec des «:is:aux rrxlrémité p»ointue de la petite tumeur; la pM'jbe s'affài>se immédiate nient et il s écoule un liquide clair, légèrement opalin.

Obs. LXXXI. — iJeux hjst'is ^l-Triiulaircs congénitaux, situes symétriquement sur le plancher de h ôouche V. lie. 49 . — Laurençon (Armand , âgé de deux mois et demi, porte sur le plancher de la bouche, en arrière et de chaque cOté du frein, deux petites tumeurs exactement sxTnélriques, mais d'un volume inégal. L'une a les dimensions d'un petit pois, l'autre est un peu plus petite. Elles sont demi- transparentes, de coloration rosée et de consistance très moUe.

Leur siège exact est en arrière de la saillie du canal de Wharton, immédiatement derrière la papille qui porte ïostiolum umbilicale. Au premier abord on peut se demander si ces tumeurs ne seraient pas formées par les conduits de Wharton. Mais un examen plus

approfondi montre que le canal de Wharton s'ouvre par une papille latérale, adjacente à la tumeur ; nous en avons vu sortir la salive.

L'incision de cette petite poche donne issue à un liquide purulent. Une partie de la paroi a été excisée.

Obs. LXXXII. — Kyste congénital de la langue (Thèse de Gehé, obs. III) (V. fîg. 50). — Vandenberghe (Henri), âgé d'un an, est apporté à Thôpital Trousseau le 9 juin 1882.

Cet enfant porte une tumeur linguale qui siège à la face inférieure de l'organe; elle occupe les deux tiers postérieurs de cette face. Le filet est dévié vers la droite par le développement de la tumeur. Cette tumeur est d'une coloration blanc grisâtre et on aperçoit quelques petits vaisseaux à sa surface ; on observe aussi de petites raies curvilignes, formées par la muqueuse de la langue.

Les parents du petit malade interrogés nous ont dit que Tenfant est venu au monde avec cette tumeur ; elle avait alors le volume d'un pois et siégeait plus à gauche qu'à droite. L'enfant n'a jamais refusé de prendre le sein. La mère nous a encore dit que cette tumeur grossissait chaque fois que l'enfant pleurait ; elle a ajouté aussi que le petit malade « fut jaune » pendant les trois premiers mois qui suivirent la naissance ; mais celte teinte jaune se borna à la figure et n'envahit jamais les autres parties du corps.

Le père et la mère de l'enfant sont bien portants.

Lannelongue est d'avis qu'on doit enlever celte tumeur. L'opération est faite quelques jours après l'entrée du petit malade. La tumeur a été énucléée facilement et la guérison rapide.

L'examen histologique de ce kyste a été fait par Malassez. De cet examen il résulte que le contenu de la tumeur est un liquide séreux transparent» contenant quelques cellules épithéliales ; mais le fait le plus intéressant est le suivant : Malassez a reconnu que la paroi interne du kyste était tapissée par un épithélium pavimenteux à cils vibratiles.

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