CHAPITRE III
De la Cachexie cancéreuse.
La cachexie cancéreuse ne doit pas être confondue | comme on l'a fait généralement j avec la diathèse cancéreuse. Celle-ci est la disposition au développement de la dégénération cancéreuse. La cachexie cancéreuse est uu dérangement que le cancer , parvenu à un certain degré , occasionne dans les propriétés vitales , dans la nutrition et dans toutes les fonctions , d'où résultent une altération particulière du teint, l'amaigrissement, la débilité universelle , quelquefois la fièvre hectique et plusieurs autres symptômes.
Tous les cancers , internes ou externes , ulcérés ou li'an ulcérés , indolens ou douloureux , lorsqu'ils sont parvenus à un certain degré , déterminent avec plus ou moins d'intensité la cachexie cancéreuse.
Le premier signe qui décèle cette sorte de cachexie est une coloration particulière de la peau qui devient d'un blême jaunâtre ; ce symptôme seroit assez bien désigné par le nom de teint cancéreux 5 car il est véritablement propre aux maladies cancéreuses. Le teint des sujets cancéreux est moins blême que celui des jeunes per-
AUX MALADIES CANCEREUSES. Sq
sonnes afFectées de chlorose , moins terne que celui qui résulte d'une fièvre intermittente ancienne j et moins jaune que celui qui caractérise l'ictère.
A mesure que la cachexie cancéreuse s'établit , l'amaigiissement fait chaque jour des progrès , les forces diminuent. Au bout d'un certain temps les digestions se * dérangent , l'appétit est moindre , il devient capricieux ou cesse entièrement. Quelques malades éprouvent une constipation opiniâtre ou une diarrhée continuelle , il en est qui sont tourmentés par des vomissemens fréqueus. La langue reste souvent nette jusqu'à la fin , excepté dans certains cas où elle se recouvre tout-à-coup d'une couche blanche, qui bientôt se détache et laisse apercevoir les papilles dénudées et comme excoriées ^ en mêmer temps qu'il survient des aphtes dans la bouche.
Le sommeil est plus mauvais de jour en jour y et les d.ouleurs deviennent de plus en plus difficiles à supporter.
Vers la fin de la vie les symptômes généraux de la cachexie cancéreuse ne cessent d'empirer 5 la maigreur ^ masquée quelquefois par une sorte de bouffissure, devient extrême. La peau, qui n'étoit que jaunâtre, semble se recouviir d'une crasse terreuse. Les chairs sont d'une mollesse remarquable et dans un état très-voisin de l'œdème. Le malade éprouve souvent une répugnance insurmontable pour les alimens 5 il a une constipation opiniâtre , remplacée de temps à autre par une diarrhée coUiquative 5 enfin il succombe, épuisé par la fièvre hectique et par les plus cruelles souffrances.
La fièvre hectique des personnes affectées d'un cancer n'a pas de redoublemens accompagnés de frissous • elle ne ressemble en aucune manière à la fièvre quarte, quoi qu'en aient dit les anciens , qui assurent positivement que cette fièvre est ime fièvre quarte. Plusieurs malades n^ont pas même de n>-Tre hectique bien cai'aç-
go GENERALITES RELATIVES
térisée : ils liront que quelques mouverneiis fébriles trèsfugaces. !Nous en avons vu dont le pouls n'a été unpeu accéléré que dans les derniers jours de la vie : ces malades n'éprouvoient d'ailleurs ni frissons j ni chaleur j ni altération , et ils sont morts sans avoir eu de fièvre hectique bien caractérisée.
CHAPITPvE IV.
Caractère distinctif des maladies cancéreuses , ou caractère coimnan cl toutes les maladies caucé-
reuses.
Dans un traité des maladies cancéreuses il étoit indispensable d'assigner avec précision ce que ces affections ont de commun entr'elles , et ce qui les dislingue des autres maladies. Sans cela, comment distinguer les maladies cancéreuses d'avec celles qui ne le sont point ? Comment éviter de réunir , sous le nom de maladies cancéreuses , des affections qui n'ont entr'elles aucun rapport? Il falloit donc indiquer le signe pafhognomolîiquedes maladies cancéreuses j et si ces diverses maladies n'ont aucun signe pathognomonique commun , iî étoit indispensable d'assigner le caractère qui établit entre elles un rapport incontestable. En un mot , si on ne peut pas rapprocher les maladies cancéreuses d'après un caractère tiré de leurs symptômes extérieurs ou de leur signe pathognomonique , il faut chercher s'il n'est pas possible de les rapprocher par quelqu'autre caractère, même difficile à constater , mais qui seroit commun à toutes ces maladies , et qu'on désigneroit par le nom de caractère essentiel ou distinctif,
Nous avons parlé précédemment ( chap. 11^ art. 2)
AUX MALADIES CANCEREUSES. gi
des principales différences que présentent les maladies cancéreuses , et nous avojis dit que parmi les cancers nicérés, les uns étoient des cancers squirrlieux ^ c'est-àdire des squirrbes nlcérés 5 les autres des cancers rongeans , c'est-à-dire des ulcères cancéreux qui n'avoicnt pas succédé évidemment à une tumeur squirrheuse. Nous avons aussi distingué le cancer en primitif Qt en consécutif.
Ces cancers ne sont pas accompagnés des mêmes symptômes dans toutes les parties 5 et dans quelques cas^ des affections qui ne sont point cancéreuses présentent les mêmes apparences que les véritables, cancers.
De là la difficulté du diagnostic des maladies cancéreuses. Il est cependant indispensable de distinguer ces maladies d'avec celles qui peuvent dans quelques cas les simuler.
Or , la distinction des maladies cancéreuses et de celles qui ne le sont point ne peut être fondée que sur le signe pathoguomonique ou sur le caractère essentiel des maladies cancéreuses.
Le signe pathognomonique d'une maladie est le caractère distinctif qui la fait reconnoître j et qui emuêclie de la confondre avec les maladies qui ont avec elle quelque ressemblance.
Son caractère essentiel est ce qui la constitue^ ce qui la rend différente de toute autre.
Lorsque le caractère essentiel, est connu et facile qi constater, il fournit le meilleur des signes patliognomoniques.
Lorsqu'il est inconnu ou difficile à constater, on est obligé de chercher un awXve signe pathognomonique.
Plusieurs cancers particuliers ont un signe pathognomonique. Les maladies cancéreuses, prises collectivement, n'en ont point, comme nous le prouverons bienJÔt : mais
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elles ont un caractère essentiel dont nous avons bien constaté l'existence j et qui suffit pour établir incontestablement que les cancers diffèrent de toutes les autres maladies j et que tous sont de même nature.
Les cancers particuliers qui ont un signe pathognomonique j sont très-nombreux. On peut citer parmi ce» cancers celui des mamelles, celui des testicules j la plupart des tumeurs cancéreuses sous-cutauées , etc. Parvenu à une certaine époque , chacun de ces cancers a un signe patliognomonique qui permet ordinairement de le connoître sans hésitation. On peut ranger encore parmi les cancers qni ont chacun nn signe patliognomonique y ceux de la matrice , du rectum , du foie , etc.
Dans la plupart des cas relatifs à ces cancers parvenus à une certaine époque , le diagnostic n'est point difficile. Ce n'est cornmniiénient que daus les premiers temps de la maladie qu^il peut y avoir quelque incertitude à cet éaard.
Mais les symptômes qui servent à établir ebacun des signes pathognomoniqués des divers cancers dont noirs venons de faire mention, sont très-difiérens. Le signe pathognomoniqve du cancer des mamelles n'est point le même que le signe patliognomonique du cancer du foie 5 le signe de ce dernier est très -différent aussi du signe pathognomonique du cancer de la matrice , etc. Chacun ides signes dont il s'agit ici , doit donc être considéi<j comme le signe pathognomonique du cancer de tel ou tel organe parvenu à une certaine période j mais ces signes n'ayant rien de commun entr'eux , ne peuvent point être regardés comme des signes généraux des maladies cancéreuses , ils ne peuvent pas constituer un signe pathognomonique commun à ces diverses maladies ^ ni prouver une identité de nature enti-Vllcs.
Les signes et les caractères généraux des muiadies can-
AUX MALADIES CANCEREUSES. qS
céfeuses,quiontété indiqués dans les chapitres précédens, ne suffisent pas non plus pour établir d'une nianière solide quelles sont les maladies particulières que l'on doit exclusivement regarder comme cancéreuses. Ils ne suffisent pas davantage pour distinguer nettement les maladies cancéreuses d'avec certaines affections qui ont avec elles des rapports extérieurs capables d'induire le praticien en erreur. Tout le monde sait qu^on observe dans certaines parties , et même aux mamelles, des affections siu' la nature desquelles les praticiens les plus instruits ne sont pas du même avis 5 soit pendant la vie des malades , soit après leur mort, ces affections étant regardées comme cancéreuses par des chirurgiens très-habiles, et comme non cancéreuses par d'autres chirurgiens tout aussi instruits. On voit aussi à la face et dans d'autres parties des maladies qui peuvent jeter le praticien dans de grandes perplexités , leur caractère extérieur ne permettant paâ facilement de décider si elles sont ou si elles ne sont point cancéreuses.
Feu M. Peyiilhe avoit décrit , sous le nom de can- CTOïdes j les ulcérations qui simulent le cancer et qui ne sont point véritablement cancéreuses (1)5 mais il n'avoit pas indiqué de signes suffisans pour distinguer ces ulcères cancroïdes d'avec les cancers, et surtout d'avec les ulcères cancéreux consécutifs.
Parmi les cancroïdes il en est qui simulent le cancer rongeant : ils ont une surface inégale , des bords irréguliers , une couleur rouge, et une disposition continuelle à s'élargir. Il en est d'autres qui simulent le cancer squirrheux : ils sont formés par une tumeur dure et ulcérée , dont la surface inégale est marquetée de diverses couleurs , les bords renversés , et les aleutoui'S parsemés
(i) Dissertation Académique sur Iç Cancer , ,^. LXIII,
Oi GENERALITES B-ELATÎVES
de veines variqueuses. Sous le rapport de la marclie de la maladie , les cancroïdes ne diffèrent des vrais cancers cjue parce qu'ils peuvent se terminer par la guérison. Il est facile de voir combien ce caractère est insuffisant pour apprendre en quoi ces cancroïdes diffèrent des cancers. En. effet , si le malade meurt j on ne peut pas savoir si la maladie auroit été incurable dans le cas où le malade eût vécu plus long-temps 5 et s'il guérit y celui qui Fa traité peut se vanter d'avoir guéri un cancer : de sorte qu'une maladie seroit ou ne seroit pas cancéreuse , selon le degré d'babileté du médecin qui l'aiiroit traitée. Heureusement les circonstances dans lesquelles il est impossible de distinguer un ulcère cancroïde d'avec un cancer sont assez rares , et dans la plupart des cas on n'est point embarrassé pour distinguer si une ulcération est ou n'est poiat cancéreuse j puisque , comme lions l'avons vu , plusieurs cancers particuliers ont des signes pathognomoniques qui ne permettent guère de se tromper.
JLa difficulté de prononcer dans les cas embarrassans tient à ce que nous ne çonnoissons aucun moyen à l'aide duquel on puisse toujours reconnoître si une maladie qui présente la plupart des apparences extérieures du cancer est réellement cancéreuse. Non-seulement il est quelquefois difficile de distinguer si une maladie est cancéreuse, mais nous éprouvons même la plus grande difficulté pour indiquer le point de contact qui réunit entr'elles les diverses affections de ce genre ^ et le caractère précis qui les distingue des maladies qui ne sont point cancéreuses.
ÏSl^ous avons senti toute l'étendue de cette difficulté j en commençant cette monographie des maladies cancéreuses.
Nous avons inutilement cherché dans les meilleurs
AUX ÎVIALADTES CA>:C CREUSES. OfO
ouvrages un caractère Histinctif commun à toutes ces maladies 5 il n'est aucun auteur qui ait indiqué un signe d'après lequel nous puissions parvenir à distinguer constamment ces maladies, soit pendant la vie des malades, soit après leur mort.
Nous avons cherché long-temps si nous serions plus heureux 5 nous avions recueilli une infinité d'observations relatives à ce genre de maladie , nous avions disséqué plusieurs centaines de lésions organiques de cette nature 5 et traité un grand nombre de personnes affectées de cancers et de maladies qui simuloient le cancer.
Il nous fut néanmoins impossible de découvrir un caractère commun tiré des symptômes, applicable k toutes les affections cancéreuses et suffisant pour empêcher de confondre une maladie cancéreuse avec une rùaladie d'une autre nature.
Cependant , pour tr.ieer la monographie des maladies cancéreuses , notre premier devoir étoit de dire nettement quelles étoient les maladies que nous regardions comme cancéreuses , et d'exposer les motifs qui nous autorisoient à ranger telle ou telle lésion parmi les maladies de cette nature 5 en un mot , d'expliquer clairement pourquoi nous regardions comme des maladies du même genre le cancer des lèvres , celui des mamelles , et les tumeurs blanches et luisantes développées dans le foie. Les caractères généraux tirés des signes et de la marche des maladies cancéreuses , sont peut-être suffisans pour montrer qu^il y a entre ces maladies la plus grande analogie 5 mais nous ne saurions disconvenir qu'ils laissent beaucoup à désirer, et qu'ils ne prouvent pas suffisamment l'identité de nature des diverses maladies cancéreuses.
Quel est donc le caractère qui rapproche les diverses jnaladies cancéreuses? Quels sont les motifs qui ont en-
gÔ GÉNÉRALITÉS RELATIVES
gagé les praticiens à les rapprocher ? Quels sont ceux qui nous autorisent à les regarder comme étant toutes de même nature j qui nous permettent de les réunir dans une même monographie? Voilà les questions que nous nous sommes faites , et voici comment nous sommes parvenus à les résoudre.
Les symptômes des cancers des divers organes n'étant pas les mêmes j et ceux du même cancer j dans le même organe, étant très-différens dans les diverses époques de la maladie , nous avons été obligés de reconnoître que nous ne pouvions trouver aucun caractère tiré des symptômes , qui fût commun à toutes les maladies cancéreuses, qui n'appartînt qu'à ces maladies, et qui prouvât évidemment qu'elles sont toutes de même nature.
Nous ne connoissons donc aucun signe pathognomo^ nique , tiré des symptômes , qui soit commun à toutes les maladies cancéreuses.
INIais le cancer des mamelles , parfaitement caractérisé , est pour nous le type des maladies cancéreuses 5 nous ne devons donc regarder comme des cancers^ que les maladies qui sont de la même nature que le cancer du sein. En conséquence , il est nécessaire de savoir ce que le cancer des mamelles a de commun avec les autres maladies qui doivent faire partie du genre des affections cancéreuses;, et en quoi il diffère des autres tumeurs qui ne sont point de la même nature.
Nous 'avons dit que les symptômes et la marche des cancers ne suffisoient point pour faire connoître ce que les maladies cancéreuses ont de commun , et nous avons vu ( P^. Partie,, chap. I^''. ) que les symptômes du squirrhe n'étoient point les mêmes à toutes les époques de sa durée.
En disséquant le cancer ulcéré des mamelles ^ on trouve
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nue la tumeur est formée par une substance d'une nature spéciale , qui ne ressemble parfaitement à aucun des tissus qui existent chez l'homme dans l'état sain. Ce tissu, qu© nous nommons squirrheux ou cancéreux , a été décrit <lans notre Introduction (chap. II , art. I". ) 5 il se présente toujours lorsqu^on dissèque des cancers squirrheux^ A^s cancers rongeans , des tumeurs squirrheuses ulcérées^ Jes ulcères cancéreux primitifs, des ulcères cancéreux consécutifs, etc. Quel que soit l'organe dans lequel s'est manifestée la maladie cancéreuse , le tissu cancéreux présente toujours les mêmes caractères généraux , soit que la maladie ait été accompagnée de douleurs lanci^ liantes, comme la plupart des cancers du sein, soit qu'elle n'ait pas occasionné de pareilles douleurs , comme la plupart des cancers de l'estomac et un grand nombre de ceux de la matrice.
Le tissu cancéreux n'est pas cependant toujours rigoureusement le même, puisque nous y avons distingué plusieurs espèces ou variétés que nous avons décrites { Introd. chap III, art. 2 ) 5 mais ce tissu présente toujours un aspect qui lui est propre : on le retrouve dans toutes les affections que nous comprenons sous le nom de maladies cancéreuses , et qui présentent d'une manière plus ou moins évidente les signes et les caractères généraux des maladies cancéreuses que nous avons indiqués dans les chapitres précédens.
Le tissu ou parenchyme cancéreux est le même dans le cancer du sein , examiné à toutes ses périodes 5 il ne diffère que par une plus ou moins grande densité. On trouve, d'ailleurs, absolument la même structure dans la tumeur , soit qu'on dissèque le squirrhe encore indolent, le squirrhe douloureux ou la base endurcie du cancer ulcéré.
Le tissu Cancéreux existe aussi dans les ulcères ca»^
q3 généralités relatives
céreux priinitins, c'est-à-dire dans ceux qui n'ont pas succédé à uii scjuiri lie. Parmi ces ulcères, les uns ont une base formée en entier par le tissu cancéreux , les autres contiennent le tissu squirrheux , eutremèlé dans la substance de la partie ulcérée , ou disposé à sa surface sous forme de petits points isolés d'un blanc liusant. Le lissu cancéreux ainsi entremêlé dans la substance non altérée <le la partie malade , ou situé à sa surface , est de la même nature que les squirrbes cancéreux les plus volumineux 5 il présente absolument la même structure et le même aspect , il forme seulement de bien plus petites masses.
Les ulcères cancéreux consécutifs, c'est-à-dire, les ulcérations qui n'étoient point cancéreuses dans le principe, et qui,de[)uis, le sont devenues, n'ont pris ce funeste caracLère que ])ar l'effet d'une transformation squirrheuse , et lorsqu'on les dissèque on y retrouve le tissu cancéreux.
Ce tissu u'existe point dans les ulcères rongeans , susceptibles de guérisou spontanée. Il ne survient jamais de point cancéreux à la surfiace de ces ulcères, ni dans leur lissu j et les i^Vdudes lymphatiques des environs ne deviennent point cancéreuses, lors même qu'elles se tuméiient.
C'est donc la nature de la dégénération organique , qui établit une différence entre les véritables cancers et les maladies qui, malgré leur ressemblance avec les affections cancéreuses , ne sont cependant pas de la même nature, ne se terminent pas de la même manière, et ne réclament pas le même traitement.
Les maladies cancéreuses sont donc celles dans lesquelles existe ce tissu particulier que nous nommons dégénération cancéreuse , tissu squirrheiix , parenchyme cancéreux , etc. 5 et par conséquent , la présence de ce
ALX MALADIES CANCEREUSES. QC)
tissu est le caractère le plus constant des maladies cancéreuses j c'est celui qui les distnigue le mieux des maladies qui ne sont pas de la même nature j en un mot, la présence de ce tissu peutiourmr le caractère essentiel à^a maladies cancéreuses , caractère quM ne laul pas confondre avec le sif^ne pathognomonique f ki^ui seroit bien plus important, ])uisqu'ilferoit connoitre avec ceititud** la nature de la maladie , sans qu^il iùt nécessaire de recourir à la dissection.
Quoii[uele caractère essentiel de^ maladies cancéreuses ne puisse être constaté , dans bien des cas , que par la dissection , il xx'k^w est pas moins important pour établir le rapport intime qui unit les diverses maladies cau« céreuses.
Ce caractère est d'autant plus précieux, qu'indépendamment de ce qu'il est le seul qui soit coiuiniin à toutes les maladies cancéreuses , il existe dans tous leur^ degrés. Avant qu'il fût connu , il étoit impossible d'assigner avec précision la ligne de démarcation qui sépare les maladies cancéreuses de celles qui leur ressemblent et qui ne doivent pas porter le même nom.
La connoissance du caractère essentiel des maladies cancéreuses résout bien des diilicultés «jui étoient jusqu'ici insurmontables. Il sufiiia d'en rapporter quelques exemples.
1°. Parmi les tumeurs chroniques dures et indolentes, celles qui sont formées par un tissu cancéreux appartiennent aux maladies cancéreuses , et ne sont pas de la même nature que celles qui se présentent sous la même apparence , sans être formées par la même dégénératîou organique.
a**. Les ulcérations (jui ne présentent pas une basô squirrheuse, ou du moins de petites portions de tissu squirrheux entremêlées dans le tissu de la partie qui <?6t
-iOO GENERALITES RELATIVES
le siège de l'ulcération , ou situées à la surface de l'ulcère,^ ne doivent donc pas être regardées comme des cancers , lorsque, d'ailleurs , elles ne sont pas susceptibles de déterminer une dégénération cancéreuse des glandes lym» phatiques du voisinage: mais lorsqu'elles simulent le cancer jon doit , avec le professeur Peyrilhe , les désigner par le nom de cancroïdes.
3**. Les doutes qui pouvoient exister encore sur l'identité de nature des diverses maladies cancéreuses , disparoissent dès qu'on a reconnu , dans toutes, la présence du tissu cancéreux : la justesse du rapprochement des divers cancers , tels que ceux de Testomac , du foie , des pouïnons et des mamelles , etc. , est confirmée; enfin toutes les difficultés s'évanouissent par Pétude et la comparaison de ces tissus particuliers, qu'on observe dans toutes les affections cancéreuses , et qu'on ne trouve dans aucun autre genre de lésions organiques.
On voit , par ces exemples^ que la connoissance du caractère essentiel des maladies cancéreuses est bien plus importante qu'on ne l'imagineroit d'abord, surtout pour donner \m\q monographie exacte des maladies cancéreuses. Ajoutons que sans ce moyen de distinguer par- " faitement les maladies cancéreuses d'avec celles qui les simulent et qui sont cependant d'une autre nature , on ne pouvoit tirer que des conclusions vagues de l'emploi des moyens curatifs qu'on avoit administrés avec succès, ou sans succès , dans le traitement des maladies regardées comme cancéreuses.
Nous espérons qu'on nous pardonnera les longs détails dans lesquels nous venons d'entrer relativement au caractère essentiel des maladies cancéreuses. L'impossibilité d'indiquer un signe pathognomonique commun à toutes ces maladies, rendoit nécessaire la désignation d'un caractère commuri à toutes j et il nous a parii -
AUX MALADIES CANCEREUSES. lOI
indispensable de donner des détails sufiisans pour constater l'existence et l'utilité de ce caractère.
Mais, nous dira-t-on , puisqu'on ne peut connoître l'existence du tissu squirrheux que par la dissection, à quoi sert cette connoissanee sous le rapport de la médecine pratique ?
Nous répondions, que cette connoissance répand le plus grand jour sur diverses maladies que l'on connois* soit très-bien isolément lorsqu"'on les avoit sous les yeux j mais dont on ne voyoit pas l'analogie ou l'identité de nature ; telles sont les tumeurs cancéreuses du foie et 1© sarcocèle cancéreux.
Il est facile de concevoir combien il est important ^ sous le rapport de la thérapeutique , de connoître les rap-* ports intimes qui lient certaines maladies en apparence très-dissemblables. Tout ce qui tend à affermir, sous ce point de vue, les connoissances médicales , est d'une utilité incontestable.
En second lieu , il est quelques cas particuliers dans lesquels il importe de pouvoir constater , par la dissection , la présence ou l'absence du tissu cancéreux.
Dans quelques cas on est consulté relativement à certains ulcères , sur la nature desquels il est impossible de prononcer en considérant leur forme, leur marche, leur invasion , leurs signes comrnémoratifs, et même le résultat des traiteraens qui ont été administrés. Parmi ces ulcères, les uns sont cancéreux, les autres ne le sont point: ils ne diffèrent en aucune manière, si on en }uge d'après les apparences 5 mais les uns renferment un tissu squirrheux , et les autres n'en contiennent point. Ces derniers ne sont poiut des maladies cancéreuses , ils ne sont pas incurables^ mais comment les distinguer des autres au moment où l'on est consulté ?
C'est encore ici l'un des cas ou l'on reconnoit bien les
Î02 GENERALITES RELATIVES
avantages de l'anatomie pathologique. Supposons qu'après l'examen le plus attentif on soit resté dans l'incertitude sur le caractère de la maladie , et que , cependant, pour prendre le parti le plus sûr , on ait cru devoir iaire extirper la partie ulcérée : si l'on est privé des lumières de l'anatomie pathologique , on reste, après l'opération, dans la même incertitude qu'auparavant 5 mais avec le secours de cette science on reconuoît , en exatiunant la partie extirpée, quel est son véritable caractère, et dèslors il ne reste plus d'incertitude sur le pronostic, ni sur les moyens qu'on doit employer soit pour guérir la plaicj soit ponr prévenir une récidive.
C'est ainsi que nous avons reconnu , par l'examen de la partie extirpée , que certaines tumeurs ulcérées , qu'on avoit jugées cancéreuses , et qu'on n'avoit pas pu enlever en entier , n'avoient point ce funeste caractère , et qu'il étoit encore possible de conserver les malades. L'événe- 2nent a justifié notre diagnostic et confirme nos espérances : on a employé les caustiques sans crainte , et avec le plus grand succès, pour réprimer les végétations *qui mettoient obstacle à la cicatrice.
On voit par ces exemples , qu'aujourd'hui, dans les cas qui auroientété lesplus embarrassans , même après l'opération, on se décide avec bien plus de sécunté , puisque la dissection delà tumeur apprend à distinguer sûrement les cancers d'avec les cancroïdes. Il y a plus : lorsqu'on a extirpé une partie cancéreuse , mais dans laquelle le tissu cancéreux n'existe qu'en très*petite quantité , la crainte d'une récidive , toutes choses égales , est bien moindre que si ce tissu y étoit très-abondant.
Concluons que sous le rapport du diagnostic des maladies cancéreuses , Panatomie pathologique fournit des notions importantes dans des cas où l'on attendroit en tain des lumières de la séméïatique. Reconnoissons,
AUX MALADIES CANCEREr>ES. 103
en outre, que si l'on iradmettoit point comme caraclèie distinctif des maladies cancéreuses , rexistence du tissu cancéreux , il seroit impossible d'indiquer le calactère essentiel de ces maladies et le rapport intime qui existe entre nn c^rand nombre de lésions organiques différentes par leiu' siège , par leurs symptômes et par toutes les apparences extérieures : or , on sait que la connaissance de ces rapports intimes est , pour le médecin praticien , d'une très-grande importance. Il est donc évident que l'anatomie pathologicjue a singulièrement éclairé la pathologie 5 elle a prouvé aussi > d'une manière péremptou'e , (jue le sqmrrhe et le cancer ne sont que tlcs degrés diflérens de la même maladie , puisque les tumeurs Sf[uirrlieuses ulcérées et les squinhes indolens présentent la même structun^ et la même organisation. C'est encore par le secours de Tanatomie pathologique qiTon a pu découvrir que le tissu des tumeurs cancéreuses ne ressemble point à celui des autres dégénérations ( Introduction , chap. II. ).
Pour nous résumer en peu de mots, nous pensons qu'on ne doit regarder comme de véritables cancers , que les lésions organiques dans lesquelles existe le parenchyme cancéreux , savoir : i^. les vrais squinhes j 2°. les ulcères dont la base est squirrheuse 5 3". ceux dans lesquels le tissu ulcéré est entremêlé de points ou de linéamens squirrheux, et ceux encore qui présentent ijuelques points squirrheux à leur surface , ou qui occasionnent des tuméfactions squirrheuses dans les glandes voisines. Le squirrho indolent n'est ^ à nos yeux , que le premier ou le deuxième degré du cancer à base squirrheuse.
Dans la suite de cet ouvrage nous donnerons donc indifféremment le nom de maladies cancéreuses aux tumeurs squirrheuses, ulcérées ou non ulcérées j aux
]!04 GENER. RELAT. AUX MALAD. C.ANCER.'
"ulcères cancéreux primitifs , aux ulcères cancéreux eon-sécutifs 5 aux polypes cancéreux , etc., mais nous ne donnerons le nom de squirrhes qu'aux indurations qui présentent la même organisation et le même tissu que la base endurcie du cancer ulcéré des mamelles j et qni^ par conséquent , tendent à devenir le siège d'une ulcération cancéreuse. Toutes ies autres espèces d'indurations ( Introd, , cbap. II , art. 2 ) n'étant point susceptibles de devenir cancéreuses j sans changer de nature^ doivent être désignées par des noms qui ne permettent; pas de les confondre avec les tumeurs qui tendent toujours à passer à l'état d'ulcère cancéreux.
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