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CHAPITRE PREMIER

Cancer des Mamelles.

Le cancer des mamelles a été connu dès la plus liante antiquité : il en est question dans les livres de médecine de tous les siècles et de.tous les pays j Hippocrate en a parlé comme d'une maladie assez fréquente 5 et de nos jours 011 ne connoît peut-être aucune maladie cancéreuse qui fasse périr un plus grand nombre de personnes. Toutes ces considérations nous déterminent à faire connoître dans le plus grand détail tout ce qui con-

terne cette maladie. Nous exposerons snccessîvemeht, ce dans autant d'articles particuliers : i°. l'histoire générale du cancer des maraelles j 2^. sa description anatomique dans les divers états de squirrlie indolent ^ de squirrhe douloureux et de squirrhe ulcéré 5 3°. les différences qu'il présente selon l'espèce du tissu cancéreux qui le constitue 5 4 • l^s maladies cpii peuvent le simuler 5 5**. les èignes qui le distinguent de ces maladies 5 6^. ses causes 5 ^''. son traitement 5 8°. une série d'oliservations particulières , relatives au cancer des mamelles et aux mala-dies qui peuvent le simuler.

Article Premier*

Histoire générale du Cancer des mamelles.

Le cancer des mamelles n'attaque pas exclusivêinent les femmes 5 nous l'avons observé aussi chez les hommes (1) 5 mais il est très-rare chez ces derniers^ tandis qu'il est fort commun chez les femmes.

Cette maladie ne se développe presque jamais avantl'âge de vingt ans. Elle est très-rare depuis la vingtième année» jusqu'à la vingt-cinquième 5 elle l'est un peu moins depuis la vingt-sixième armée j usqu'à la trente-sixième 5 elle? devient ensuite d'autant plus fréquente chez les lêmraes ,

(i) On ti'duve dans les auteUrs de nombreux exemplfes du cancer des maraelles cliez riiomine : vojez entr'autres Fabrice de Hilden ^ €enti I. Obs. '89.

Bridault , Traité sur la Carotte , p. 358.

Lassùs, Médecine Opérât. , tome II , page 129.

Heister , însl. Chir. , pars, i , lib. iv, cap. xviii , n^. 3.

Pôuteail , Œuvres Posthumes , tora. I^r. , pag. 53.

Sàbatier , Médecine Opérât. , 2^. édit, , toni. II , pag. 281.

Tacher, Dissertation sur le Cancer des mamelles , 174^5 ?• 94^

CANCER DES MAMELLES. ïOâ

qu'elles sont plus près de la quarante-cinquième année^ Depuis la cinquantième année jusqu'à la soixantième on l'observe moins communément ; et de la soixantième année jusqu'à la vieillesse la plus décrépite, elle devient (àe moins en moins fréquente 5 mais elle peut se niani» fester encore dans la dernière vieillesse.

Le cancer squirrlieux primitif des mamelles débute sous la forme d'une tumeur dure comme tous les squir* rlies (P®. partie , chap. 1 ^') ] il suit la même marche et passe successivement par les mêmes degrés. On observa d'abord à la mamelle une tumeur rénittente qui , pendant un certain temps, augmente progressivement de volume, et occasionne quelquefois, à cette époque, un9 douleur plu.s ou moins vive et d'autres symptômes analogues à ceux des plilegmasies chroniques. D^autres fois la tumeur se développe et acquiert un certain volume avant que la malade ait aperçu son existence. Elle continue à faire des pragrès pendant un certain temps et devient ensuite stationnaire. A cette époque elle est toujours indolente, lors même qu'à sa naissance elle avoit été accompagnée de quelque douleur. Dès que la tumeur est devenue stationnaire et indolente, elle reste dans le même état pendant plusieurs mois, et quelquefois pendant une longue suile d'années : elle est connue alors sous le nom de squirrhe. Son volume varie depuis celui d'un pois ou d'une noisette jusqu'à celui des deux poings réunis : mais pour l'ordinaire le squirrhe indolent et stationnaire n'a guère que la grosseur d'une amande , d'ui* marron , ou tout au plus d'un œuf d'oie.

Dans cet état stationnaire et indolent la tumeur peut se présenter sous différentes formes : elle est sphéroïde ou aplatie, saillante ou non éminente, mobile ou adhé» rente , simple ou formée par l'agglomération de plu» ^ieurs tumeurs réunies par un tissu cellulaire endurci^

Lorsque le squirrhe est adhérent, il peut être inti] ment uni avec Ja peau j ou bien avec les muscles pe( jaux j ou même il peut paroitre en quelque sorte cime avec les côtes, ce qui lui donne une immobilité abso Quelquefois il adhère fortement à toutes ces partie î'aide du tissu cellulaire endurci et squirrheux.

Il est rare que la tumeur squirrheuse soit bien ro et parfaitement mobile. Communément elle est point inégale ou anguleuse 5 une sorte d'atmosphère for: par le tissu cellulaire squirrheux Pentoure de t( part , de sorte qu'elle n'est pas parfaitement circc crite. Elle paroît assez souvent tenir au gonflement d' ou de plusieurs glandes lymphatiques 5 d'autres fois semble formée par la tuméfaction d'une partie d glande mammaire , ou par un corps inégal et irrégul dont on ne sauroit trop assigner l'origine et le siège. Pendant que la tu tueur est ainsi indolente , elle 1 quelquefois tout-à'fait stationnaire j d'autres fois elle l'est point j quoiqu'elle le paroisse; car elle contini faire des.progrès qui j à la vérité , sont presque insensil mais qui sont marqués au bout de six mois , un an deux ans.

Il n'y a communément^ à cette époque , qu'une s tumeur; néanmoins dans quelques cas il y en a plusi qui sont plus ou moins éloignées les unes des autres Au bout d'un certain temps la tumeur squirrh cesse d'être indolente. Elle n'est plus alors désignée le nom de squirrhe^ mais par celui de cancer occulte malade y ressent de loin à loin des douleurs vives qu compare à la piqûre d^une épingle ou d'une aigu ou à un coup de canif. Ces élancemens douloureua se manifestent principalement le soir et pendant la 1 ^ont très-légers d'abord et très-rares : ils deviennent suite plus violens et pins fréquens : ils sont spontané

on ne peut les rappeler ni même les augmenter par le toucher. Très-souvent j à cette époque , la tumeur est déjà adhérente à la peau, qui n'a point encore changé de couleur: mais de jour en jour la masse squirrheuse augmente sensiblement de volume , et devient de plus en plus inégale. Quelquefois à cette époque les glandes axillaires s'en «orient. Il se forme en outre une induration qui a l'apparence d'une corde dure et noueuse, ou plutôt d'une sorte de chapelet squirrheux, qui s'étend depuis la tumeur de la mamelle jusque sous l'aisselle , et qui est formé par une suite de petites glandes tuméfiées , ou bien par de petites tumeurs squirrheuses qui ressemblent à des engorgemens glanduleux.

Cependant j à mesure que la maladie continue à faire des progrès^ les veines situées sous la peau qui recouvre l'induration y de même que celles des environs de la tumeur squirrheuse;, se gonflent dans la plupart des cas et se distendent : elles deviennent noirâtres, variqueuses , et comme noueuses 5 on voit leurs ramifications serpenter sur la tumeur, dont un ou plusieurs points changent de couleur en prenant un aspect d'un rouge vif, et souvent à\in rouge livide 5 si' le mamelon étoit encore proéminent, il s'enfonce et semble en quelque sorte disparoître. Les élancemens deviennent plus vtfs et plus fréquens 5 il y a enmême-temps une douleur cuisante , comme brûlante^ et souvent aussi un prurit dpuloureux , ou du moins quelques démangeaisons. La tumeur continue à augmenter de volume 5 les points livides et rougeâtres se gonflent, s'élargissent 5 il en sort quelquefois un liquide ichoreux. Le plus souvent la tache d'un rouge livide s'élève un peu en pointe : elle est le siège d'une chaleur brûlante et d'une sorte de titillation ; le sommet de la tumeur rougeâtre s'excorie , ou bien il s'y fait une fissure; il s'en écoule une petite quantité de sérosité , quelquefois sa-

niense. Dès ce momentla maladie prend le nom de cancer ulcéré. La petite ouverture, l'excoriation ou la fissure s'élargissent très-lentement ; leurs bords sont durs et comme secs j rougeâtres , livides j bleuâtres ou noirâtres. Bientôt on aperçoit distinctement une ulcération q^ui chaque jour fait des progrès.

En même temps qu'ilse forme quelquefois dans dVutres parties de la masse squirrheuse d'autres points rougeâtres et livides, suivis d'excoriation , de fissure et d'ulcération, on voit aussi survenir fréquemment , aux environs de l'ulcère, une rougeur érysipélateuse plus ou moins étendue. Lorsqu'il s'étoit formé sur la tumeur cancéreuse plusieurs ulcérations isolées , elles s'élargissent et finissent presque toujours par se réunir. La surface de l'ulcère est inégale et irrégulière , rarement unie et plane , quelquefois enfoncée et lisse , d'autres fois convexe et bosselée , souvent surmontée de végétations fon<^ueuses , ou rendue plus hideuse encore par des fissures, par des excavations et même par des anfractuosilés profondes et sinueuses. Ses bords, quelquefois taillés à pic ou bien enfoncés en dedans , sont plus ordinairement renversés de dedans en dehors. Ils sont épais, irréguliers, sinueux , subdivisés ou même dentelés. Quand ils sont taillés à pic ou bien enfoncés en-dedans, ils soijt très-durs : ils le sont moins quand ils sont renversés en-dehors. Si dans ce dernier cas ils ont peu de consistance , les fongosités sont nombreuses, molles , faciles à détacher et rapidement renouvelées.

La couleur de l'ulcère varie depuis le rouge pâle et le gris blafard jusqu'au brun livide, en passant par toutes les nuances intermédiaires. Il peut présenter successivement toutes ces variétés de couleurs pendant sa durée. Il est rarement d'un rouge uniforme : quelquefois sa surface présente plusieurs de ces couleurs à la fois , queU

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qiies portions étaut blanchâtres , cVantres rouges , et d'autres enfin livides ou noires. Dans les derniers temps Ae la maladie il s'en détache presque toujours des lam* beaux d'une substance très-fétide, molle ^ blanchâtre^ grise ou brune, qui paroit se résoudre en putrilage et se renouveler sans cesse.

La suppuration est très-variée : ichoreuse ou sanieuse dans les premiers temps , elle devient moins liquide pai? la suite , sans être jamais bien liée ni semblable à du pus de bonne qualité. Elle exhale une odeur tout-à-fait particulière , qui à la fin est excessivement fétide. Les parties de la peaii sur lesquelles elle découle se recouvrent de petits boutons , et souvent elles deviennent rouges y douloureuses , dures , enflammées 5 elles finissent même par s'excorier , se fendre et s^ilcérer.

Lorsque l'ulcère est excavé , sans être anfractueux, et que ses bords sont très-durs et taillés à pic , la matière qui s'en écoule est liquide , peu abondante , et peu fétide : il n'en sort presque point, si dans ces cas les douleurs sont peu vives.

Au contraire , la suppuration ichoreuse ou sanieuse est très-abondante et d'une fétidité insoutenable, lorsque les douleurs sont vives , les bords de l'ulcère renversés , et sa surface couverte de végétations fongueuses ou excavée par des sinuosités anfractueuses. Quand l'ulcère est fongueux, il se détache souvent de sa surface de petites masses d'une substance blanchâtre , grisâtre ou brunâtre , frappées de mortifications, très-fétides et faciles à réduire par la plus légère pression en fragmens irréguliers et mollasses.

Il y a quelquefois certains points de Pulcère qui ne sont pas cancéreux , mais seulement enflammés 5 ils peu j vent se recouvrir de bourgeons charnus et fournir du pus de bonne qualité, sans qu'on puisse en tirer ail<

Il4 CANCER DES MAMELLES.

cune induction favorable sur la nature et l'issue de îa

maladie.

On a vu quelquefois une multitude de vers ëclore et grossir avec une étonnante rapidité dans des ulcères cancéreux qu'on pansoit avec soin , sans pouvoir détruire ces insectes. Vacher en cite un exemple remarquable, (^Dissertation sur le Cancer des mamelles, Bruxelles ^ 1740* pag. 81.)

Indépendamment de la matière de la suppuration j les ulcères cancéreux du sein fournissent , dans bien des cas, une grande quantité de sang. Ces hémorragies sont souvent le résultat de la rupture des vaisseaux sanguins artériels ou veineux , dont les parois sont détruites par l'ulcération 5 mais lorsqu'il y a des végétations fongueuses ou des chairs molles à la surface de la tumeur , on voit quelquefois le sang transsuder par tous les points et sortir en nappe. Dans cette circonstance , il seroit impossible de déterminer par quels vaisseaux se fait l'hémorragie 5 il est probable que le sang est fourni par une multitude de vaisseaux capillaires qui parcourent 1& tissu cancéreux et entrent dans sa composition. Il semble qu'il y ait alors un afflux subit , une sorte de raptus du sang vers la tumeur. Au reste , dans les deux cas ^ la plupart des malades qui ont de fortes hémorragies , disent en ressentir les approches par des bouffées de chaleur fréquentes , subite© et passagères , bornées à la partie affectée , où ils éprouvent d'ailleurs une gêue et une pesanteur inusitées.

Lorsque ces hémorragies se réitèrent fréquemment ^ elles affoiblissent beaucoup les malades , et le soulagement momentané qu'elles apportent d'ailleurs , n'est qu'une bien foible compensation de cette perte des forces.

Durant le cours de la maladie^ on observe , à di- Yerses époques , des exacerbations qui durent un ceitaiM

CANCEH DES MAMELLES. 1]5

temps, et qui paroissent tenir à une sorte d'inflamraîîtion. Pendant ces périodes d'irritation, on voit , dans quelques cas, certaines parties de la tumeur, qui auparavant étoieut très-dures, donner issue tout-à-coup à une certaine quantité de matière ichoreuse , rougeâtre , roussâtre ou brune , qui éloit renfermée dans des excavations creusées dans l'intérieur de la masse cancéreuse. Ces cavités s'etant ainsi ouvertes spontanément , augmentent Tétendne de la surface ulcérée, ou sa profondeur, selon l'endroit où elles sont situées. A mesure que l'ulcère s'agrandit , ses bords deviennent plus élevés , la rougeur qui les entoure fait des progrès , et ce sont toujours ks endroits d'un rouge livide qui deviennent la proie de l'ulcération. En même-temps, la tumeur augmente de volume , les parties environnantes deviennent squirrbeuses , les muscles et le tissu cellulaire sousjacent participent à la dégénération. Si à cette époque la tumeur n^étoit point encore intimement adhérente, elle le devient presque toujours. Néanmoins il est des cas où elle reste mobile jusqu'à la fin de la vie.

Si divers accidens , dont nous parlerons bientôt , ne faisoient point périr les malades , il est difficile de prévoir où s'arréteroient les progrès de l'ulcère 5 on en a vu qui avoient détruit non-seulement toute la mamelle y mais encore les glandes de l'aisselle , le tissu cellulaire environnant, les muscles pectoraux, et quelques portions des côtes. M. Cayol a vu ce dernier cas à PHôtel- Dieu de Marseille (1) : lorsque la malade mourut , la plèvre costale, devenue très-épaisse , formoit dans plusieurs endroits le fond de l'ulcère.

Le tissu artériel paroît être celui qui subit le plus difficilement la dégénération cancéreuse , et qui résiste le

(i) Dictionnaire des Sciences Médicales ^ tom. III , pag: 548»

llG CANCEP. DES MAMELLES,

mieux à l'action corrosive du liquide cancéreux : on a vu des artères isolées, et complètement dénudées , au milieu d'un cancer ulcéré , rester en cet état peu dan t fort long-temps , tandis que toutes les parties environnantes se détruisoient avec beaucoup de rapidité.

L'ulcère cancéreux fait quelquefois des progrès trèsrapides : d'autres fois il s'élargit très-lentement, de sorte que quelques malades ont , au bout de peu de mois , une ulcération cancéreuse très-étendue : tandis que chez d'autres , au bout d'un très-grand nombre d'années ^ l'ulcère n'occupe encore qu'un tiès-petit espace.

En général , les progrès de l'ulcération sont proportionnés à l'intensité des douleurs. Lorsque ces dernières sont lancinantes, brûlantes , et presque continuelles , la tumeur grossit quelquefois , en peu de jours , plus qu'elle n'avoit iait dans Fespace de plusieurs mois , et l'ulcère s'élargit dans la même proportion. Dans les derniers temps de la vie , les douleurs deviennent chaque jour plus cruelles et pins iutolérables. Indépendamment des douleurs lancinantes, qui sont passagères , il y a d'autres douleurs qui laissent à peine quelques instans de relâche : elles sont cuisantes , brûlantes , prurigineuses , etc. 5 et toujours insupportables. Il y a en même temps à la tumeur, et dans les parties environnantes , une pesanteur et une stupeur excessivement pénibles. Quoique le cancer du sein ne paroisse d'abord qu'une maladie locale , tout le monde convient que dans la suite de sa durée il détermine différens effets , les uns locaux , les autres généraux. Nous croyons devoir les décrire ici.

Tant que le squirrhe du sein est indolent , il ne détermine aucun changement sensible dans l'état de santé. Lorsqu'il est accompagné d'un léger gonflement des glandes axillaires , cet accident dépend plutôt de la

CANCER DES MAMELLES. î l '^

cause qui a produit le squirrlie que du squirrhe luimême.

Quand le squirrhe devient dcwiloureux , les douleurs lancinantes qui se font quelquefois sentir la nuit , peuvent interrompre le sommeil.

Lorsque la peau change de couleur au-dessus de la tumeur y il se manifeste assez souvent une rougeur accompagnée de douleurs y et même d'un léger gonflement des glandes lymphatiques des environs. Ces accidens^ d'ailleurs assez légers, sont peu durahles.

A répoque où le cancer commence ri s'ulcérer , le sommeil devient plus pénihle , il est interrompu par les élancemens douloureux.

Quand la maladie a fait heaucoup de progrès , on voit assez souvent paroître une sorte de gonflement aux: environs de la tumeur. Chez \\\\ certain nombre de malades y lorsque l'ulcération et la tuméfaction des parties environnantes ont acquis une grande étendue j il se forme sur la peau du thorax , du col , et même de l'abdomen , de petites callosités dures et circulaires , dont les plus petites sont larges comme des lentilles^ et les plus grosses comme l'iris de l'œil. Ces durillons squirrheux ne dépassent presque point le niveau de la peau^ ils sont quelquefois très-nombreux , et ilsne disparoissent plus dès qu'on les a aperçus. La plupart sont de la même couleur que la peau 5 il y en a qui deviennent rougeâtres ou livides. !Nous eu avons vu , mais très-rarement ^ qui ont fini par s'ulcérer. Ces petites callosités sont des squirrhes de la même nature que la tumeur du sein.

Souvent, lorsque les glandes axillaires tuméfiées compriment ou irritent les nerfs et les vaisseaux sanguins situés sous l'ais&elle , le bras se gonfle , ou bien il éprouve une sorte de stupeur. On voit souvent alors tout ce membre s'infiltrer et acquérir un volume énorme j on l'a

Il8 CATCCER DtS MAMELLES.

Vil frappé de paralysie , cVinflamiiiation j de suppura*'

tion et même de gangrène.

Il est rare que les deux mamelles soient attaquées d^un squirrhe en même temps 5 mais lorscjue le squirrlie quit s'étoit manifesté à une mamelle , est arrivé à l'état d© squirrhe lancinant j ou même à l'état d'ulcération , on Toit quelquefois se former un autre squirrhe à la mamelle qui jusques-là avoit paru saine.

Il arrive aussi quelquefois , lorsque le cancer est ulcéré , qu'il se développe d'autres dégénérations cancéreuses, soit à la surface du corps , soit dans san intérieur 5 mais nous avons vu ])lus souvent survenir ce dernier accident chez les Icnimes auxquelles on avoit déjà extirpé le cancer des mamelles , que chez celles qu'on n'avoit point opéiées.

Quoique l'ulcère persiste depuis long-temps , et qu'il ait même une assez grande étendue , tant qu'on ne voit point paroître les signes de la cachexie cancéreuse, on peut espérer la prolongation des joins de la malade.

Le pouls devient quelquefois plus fréquent aux époques où la maladie suhit une exacerhation passagère, ou même lorsque les douleurs sont vives durant quelques momens, sans qu'il y ait, d'ailleurs, aucun signe d'exacerhation nouvelle. Mais celte fréquence du pouls n'est que momentanée, et, d'ailleurs, toutes les fonctions continuent à s'exercer avec assez de régularité 5 aussi la plupart des femmes qui sont dans cfet état se félicitent -elles de leur bonneconstitution^ elles n'ont point de fièvre 5 elles conservent l'appétit, l'embonpoint et les forces 5 elles se regardent à peine comme malades , et elles sont en général assez tranquilles , pourvu qu'une fâcheuse prévoyance ne vienne point empoisonner leurs jours.

Mais, tôt ou tard, on voit paroître les signes gêné- Taux de la cachexie cancéreuse ( I^®. partie , chap. III }*

CANCER DES MAMELLES. 1 ig

Ils procèdent rarement IVpoqiie de rulcération, excepté dans les cas ou les douleurs sont très-vives et tenaces, et dans ceux encore où la tinneiir est très-dure et la mamelle comme desséchée. Souvent ils ne se manifestent que longtemps après que Tulcération est établie, principalement dans les cas où les douleur* locales ne sont pas très-vives j mais on les voit sur-tout paroître aux épo(|uesoù les souffrances locales sont très-vives , en même-temps que l'ulcélation s'élargit plus rapidement. Néanmoins ils surviennent (juelquefois dans t ertams cas où la tumeur n'est ni très-dure, ni fort douloureuse , m ulcérée. Plusieurs femmes éf)uisées par un cancer du bem , n'ont pas une véritable lièvre hectique, mais seulement des mouvemens fébiiles très-fiigaces. Dans d'autres cas très rares , nous avons vu la iievre hectique bien caractérisée précéder de plusieurs mois le moment de la mort.

Quelques malades ont , dès les premiers temps de la maladie^ ou seulement à ses dernières périodes, des flueurs blanches d'une odeur fade, ou même très-létides j quelques autres perdent l'odorat 5 mais cela est extrêmement rare , quoiqu'on ait assez généralement afïirmé le contraire. Dans les derniers temps , la plupart des malades sont tourmentées par une toux aigre €t par une chaleur mordicanle derrière le sternum.

En général , il est assez rare que le cancer des mamelles parvienne à sa dernière période , sans quelqii'accident qui accélère la perte des malades. Dans quelques cas très rares la gangrène sVst emparée de la mamelle cancéreuse et a déterminé promptement la mort (1 ) 5 d'autres iois les malades ont succombé à la gangrène du bras occasionnée par la tuméfaction des glandes axillaires qui

(x) Quesnay, Trailé de la Gangrène, pag. 3i2o

s 20 CANCER DES MAMELLES.

comprimoieiil les neifs et les vaisseaux sanguins situé» sons l'aisselle.

Il ne faut pas toujours attendre que la malade soit dans un état de marasme ou de fièvre hectique pour regarder la maladie comme arrivée à son dernier terme* Lie pronostic doit être fondé sur Fétat des forces et des principales fonctions , bien plus que sur tel ou tel symptôme en particulier. Il ne suffit pas de bien apprécier le degré d'affoiblissement , il faut savoir encore de quelle manière il s^est opéré : s'il est survenu par degrés insensibles , la malade peut avoir encore long-temps à vivre , quoiqu'elle paroisse toucher à sa fin. Si , au contraire, les forces ont diminué très-rapidement, si l'appétit a cessé tout-à-coup, si les douleurs ont pris depuis peu de temps une grande intensité , s^il s'est opéré quelque détérioration notable dans les fonctions organiques ou dans Pétat moral, on a lieu de craindre que la malade ne périsse bientôt , lors même qu'elle conserveroit encore de l'embonpoint , et qu'elle paioîtroit loin du dernier degré d'affoiblissement.

Diverses maladies viennent compliquer le cancer du sein dans ses divers degrés , mais surtout lorsqu'il est arrivé à l'état d^ilcération , et au moment où l'on remarque les signes de la cachexie cancéreuse. Cette dernière 5 en affoiblissant et en altérant les organes et leurs fonctions , paroît les disposer à ces nombreux dérangernens.

Dès qu'une nouvelle maladie se joint à l'affection cancéreuse du sein , l'état des malades empire à vue d'œil. Lies unes deviennent scorbutiques 5 des ecchymoses plus ou moins nombreuses , et d'autres symptômes scorbutiques annoncent cette complication. D'autres sont prises d'une pleurésie aiguë ou chronique , ou d'hydrothorax 5. elles éprouvent une toux sèche et pénible , une oppres-

sion cruelle , des douleurs thoraciques indéfinissables ^ et de plus une gêne excessive de la respiration. Il en est d'autres chfz lesquelles il se manifeste une liydropisie générale ou partielle. Plusieurs sont attaquées d'une véritable fièvre adynamique ou même d'une fièvre nerveuse ataxique. Quelques-unes , parvenues à un état de maigreur plus ou moins considérable , sont prises d'une fièvre continue rémittente qui a des paroxysmes tiès-irréguliers , qui ne ressemble point à la fièvre hectique, et qui est presque toujours symptomatique. Quelques-unes ont des défaillances , d'autres sont tourmentées par des douleurs ostéocopes ou par des douleurs erratiques trèsaiguës qui parcourent les articulations , et même toutes les parties du corps. 11 en est qui ont des syncopes do temps à autre.

On a vu des lualades qui , conservant encore de l'embonpoint, malgré l'étendue de l'ulcère , ayant bon appétit , et pouvant vaquer, au moins en partie, à leurs affaires , sont mortes subitement , ou après quelques Jieures d'agonie.

On ne voit presque jamais les malades mourir d^hé-

niorragie.

Lorsqu^on a enlevé le cancer du sein^ en retranchant la mamelle cancéreuse et ulcérée, il ne faut pas regarder la malade comme soustraite au danger d'une mort prochaine. Dans le plus grand nombre des cas , la plaie qui d'abord sembloit marcher promptement vers une guéiison parfaite , change d'aspect : elle se couvre d'un pus de mauvaise nature j les chairs pâlissent et perdent leur consistance 5 la peau des bords et la cicatrice elle-même be détruisent , les tégumens qui environnent la plaie se durcissent et prennent une couleur violette 5 de petites fongosités cancéreuses s'élèvent dans un ou plusieurs endroits de la plaie. Il se forme sur la peau des.

environs de petites tumeurs dures qui font ressentir de» douleurs lancinantes , et dont le sommet s'ulcère et donne issue à une matière sanieuse ; enhn on voit se déclarer les signes d'une diatlièsc cancéreuse générale y et rien ne peut plus sauver la malade. A me^uie (jue le nouveau cancer fait des progrès , il ronge les parois des vaisseaux qui aboutissent à l'ulcère. Les douleurs, l'iasoninie, la fièvre, les hémorragies veineuses et artérielles épuisent promptement les forces des malades et liaient l'instant de leur mort. La plupart éprouvent, dans les derniers temps , une toux sèche et fatigante ^ accompagnée d'une oppression considérable j et ellessont prises d'un dévoiement colliquatif.

Quant à la durée du cancer des mamelles , il est trèsdifficile de l'assigner. On a vu quelques malades qui ont porté un squirrhe pendant trente et même quarante ans, avant que la maladie se soit présentée sous la forme d'un cancer ulcéré, mais chez un assez grand nombre d'autres le cancer devient ulcéré , six mois , un an ou deux ans après le moment où elles ont aperçu les premières traces de la tumeur squirrheuse.

Le passage de l'état de squirrhe indolent à celui de squirrhe douloureux , est tantôt spontané , tantôt provoqué ou accéléré par des causés extérieures , telles que des applications irritantes , des fVoissemens , des conlufeions. Dans les deux cas , et surtout dans le premier , ce funeste accident se déclare assez ordinairement à la suite delà suppression des menstrues : l'époque de la cessation naturelle de cet écoulement est celle où les femmes sont îe plus exposées au cancer des mamelles, et surtout^ voir empirer les tumeurs squirrheuses indolentes qu'elles portoient déjà antérieurement dans le tissu cellulaire de ces parties.

Parmi les femmes qui ont un cancer ulcéré j les une».

CAVr.ER DES MAMELLES. 1^5

▼ivent cinq à six mois , d'antres nn an y iin an et demi ou deux ans. La plupart succombent même avant la fin <le la deuxième année. Il en est qui ne meurent qu''a« près deux , quatre , six ou dix ans , et même après un bien plus grand nombre d'années j mais il est bon de remarquer que la durée de ces cancers ulcérés dépend souvent de Fespèce et de la variété du tissu cancéreux , du deoré d'irritabilité des malades, et d'autres circoustances qu'on ne peut pas toujours bien apprécier.

C'est cette variabilité dans la durée de la maladie , à dater de l'époque où elle a commencé à être douloureuse ou ulcérée , qui a engagé plusieuis praticiens à distinguer le cancer des mamelles en cancer aigu et en cancer chronique. On a vu chez quelques femmes le cancer marcher avec une telle rapidité , que toutes les périodes de la maladie se confondoient , étoient en quelque sorte siuudtanées : d'autres fois la maladie étoit arrivée à la dernièro période sans qu'on eût aperçu les symptômes j)ar lesquels elle s'annonce dans la plupart des cas. Cela ai rive surtout lorsque le cancer débute sous la forme d'une inflammation ou sous celle d'tni engorgement aigu. On trouve dans les livre» de médecine plusieurs exemples de cancers très-aigus. M. Legoux , chirurgien en chef de l'hôpital du Mans , rapporte qu'une femme d'environ quarante-cinq ans , qui vint le consulter dans cet hôpital^ avoit à Tune des mamelles un cancer ulcéré , avec tous les symptômes d'une cachexie cancéreuse universelle. Elle assura que le commencement de sa maladie ne datoit pas de plus de trois mois (i). M. lloux (2) a

(i) Dissertation sur le Cancer , Thèse soutenue à la Faculté de Médecine de Paris , Je 12 germinal an XI (i8o3) , pgr M. Legoux^

( 2 ) 5îélunges de Chiru rgi'e , p a^ . 1 6 5 ,

124 CANCER DES MAMEtXÉS.

Vu le sein d'une dame parvenue à Fepoque critique , se gonfler considérablement sans s'endurcir , et se couvrir bientôt d'un large ulcère cancéreux auquel la malade succomba en moins de trois mois. Ce dernier cas est relatif j selon toutes les apparences , au cancer consécutif dont nous parlerons bientôt.

Quoique le cancer du sein détermme presque toujours la mort , lorsque la maladie est livrée à elle-même , il y a cependant quelques cas qui font exception à cette règle générale. Ces cas se réduisent à trois. Nous allons les examiner successivement.

1^. La gangrène , que nous avons déjà nommée parmi les funestes terminaisons du cancer, peut devenir aussi, mais très-rarement , une voie de guérison. On a vu la tumeur être séparée entièrement ])ar l'effet de la gangrène j et la plaie qui résultoit de sa séparation se cicatriser en peu de temps à la manière des plaies simples (i).

2°. On a vu , ainsi que nous venons de le dire, non seulement de véritables squirrlies , mais encore des cancers ulcérés, parcourir leurs périodes avec tant de lenteur qu'ils ont duré longues années et n'ont pas abrégé sensiblement la durée de la vie. Dans ces cas , la maladie ne guérit point à la vérité , mais elle ne constitue qu'une simple infirmité. Nous avons lait remarquer au reste que cette marche bénigne du cancer ulcéré ne s'observe guère que dans certains cancers exempts de complication et chez des personnes très - avancées en âge 5 mais on peut contribuer à cet heureux rallentisseluent des progrès du cancer , par nn traitement bien entendu y comme nous le verrons dans la suite.

(i) Richefand , Nosograph. Chirurg. : Garneri , Bulletin des. Sciences Médicales, décembre i8io, et septembre i8ii.

3°. Quelque chose de plus remarquable encore que les cleiix cas précédens , c'est la cicatrisation d'un cancer ulcéré, la masse squirrheuse subjacente n'ayant été détruite ni par la «angrène ni par l'opération chirurgicale: on en trouve un exenjple daus le Bulletin de la Faculté de Médecine de Paris ( n°. i de l'année 1810 , Observation de M, Nicod)y et nous en avons observé nous-mêmes plusieurs.

Cette marche insolite du cancer tient à ce que dans ces sortes de cas le tissu squirrheux est très-compacte. Nous avons examiné la structure du squirrhe que M. Nicod apporta à l'Ecole de Alédeciue; il olfroit aussi lui tissu très-dense. Au reste , on verra dans l'art. 3 de ce chapitre , que la plupait dos S(juirrhes sur lesquels nous avons remarqué des cicatrices nombreuses et bien consolidées , avoient une structure toute particulière qui caractérise une des espèces du tissu cancéreux ([ui ont été décrites précédemment (Introd. j cliap. III, art. 2).

Le cancer des mamelles n'est pas toujours un cancer squirrheux : il peut être aussi un cancer rongeant. Dans ce dernier cas il ne débute pas sous la forme d'uii squirrhe , mais sous celle d'une verrue , d'un poireau , d'une éruption , etc.

Le cancer squirrheux des mamelles ne s'annonce pas toujours par une tumeur située au-dessous de la peau 5 on l'a vu commencer y^ar l'induration squirrheuse au mamelon ou du tissu de la peau qui recouvre la mamelle. Dans certains cas , on a vu toute la mamelle prise subitement d'une induration squirrheuse qui affèctoit en même temps la peau , la glande mammaire et le tissu cellulaire.

Le cancer du sein est ordinairement primitif. Néanmoins on a vu quelquefois dégénérer en cancer une maladie de la mamelle qui d'abord n'étoit point caucé-

reuse. On trouve des exemples du cancer des mamelles survenu à la suite d'une ulcération cutanée , de nature dartreuse 5 d^aiitres fois y ce cancer a succédé à une induration non cancéreuse de la glande mammaire. Il survient aussi quelquefois à la suite de la sécrétion d'un fluide particulier accidentel qui sort parle mamelon (i). Dans quelques cas rares , il se développe tout-à-coup sous la forme d'une inflammation (2) ou d'un gonflement mou (3) qui passent très-rapidement à l'état d'ulcère cancéreux.

Article II.

Description anatomique du Cancer du sein dans ses divei's degrés , et des altérations qu^il détemiine dans les autres parties du corps.

A Touverture des sujets qui sont morts du cancer des mamelles 5 on a deux choses à considérer , savoir, fétat du cancer en lui-même , et l'état des autres parties du corps.

Nous avons décrit précédemment les dégénérescences simples ou composées qui constituent les tumeurs cancéreuses. Il est indispensable d'avoir étudié ces dégénérescences séparément, et dans leurs diverses périodes, pour les reconnoître dans l'état de mélange où elles se trouvent presque toujours. C'est ce qui a été fait dans l'Introduction de cet ouvrage (chap. III > art. 2). Nous ne

(i) Ledran, Mém. sur le Cancer , obs. xxviiij Méni. de l'Acad. de Chir. , tom. III , pag. 41 •

(2) Manget, Biblioth. Chir. ^ tom.I, pag. 370.

(3) Philib. Roux , Mélang. de Chir. , pag. i65 ; et Mém. sur h Cane. , dans le 3*. vol. des OEm^res de Désunit^ pag. 4i5.

donnerons ici que les détails plus spécialement applicables au cancer des nianielles dans ses divers degrés. On ne peut avoir une idée exacte du cancer ulcéré des mamelles, parvenu à son dernier degré , que lorsqu'on counoît ce qu'a été la tumeur dau*^ l'état de squiiTlie indolent et dans l'état de squirrlie douloureux ou cancer occulte. Nous devons donc décrire ici la structure de la tumeur dans cliacune de ces périodes.

§. P^. Description anatomîque du squirrlie indolent des

mamelles.

Une tumeur dure cxistoit depuis long-temps dans une mamelle : elle étoit tout-à-fait indolente 5 on s'est décidé à en faire l'extirpation, ou bien la malade est morte d'une autre maladie. On examine cette tumeur , et on remarque d'abord qu'elle n'offre point la même structure que les dégénérations organiques non cancéreuses , décrites précédemment ( Introd. , chap. II , art. 1 ]. On reconnoît dans son intérieur une ou plusieurs des espèces de tissu cancéreux dont nous avons parlé ( 7^/V/. , chap. III ^ art. 2 ). La tumeur a , pour l'ordinaire , une forme arrondie ou ovoïde : sa surface, rarement unie j est presque toujours iriégulière, inégale, et bosselée. Elle adhère communément aux parties environnantes par un tissu cellulaire plus ou moins dense et compacte : en général, tout le tissu graisseux non altéré dans les environs , est d\in jaune serein ou d'un jaune saffrané.

La tumeur squirrheuse est située anx environs àe\a. glande mammaire, ou bien elle a son siège dans cette glande elle-même. En Pincisant dans divers sens pour bien voir son intérieur , on la trouve formée tantôt par un tissu homogène , tantôt par une masse qui ne présente pas par-tout la même structure. Pour l'ordi-

1 28 CANCER DES BIAMELLES.

iiaire, sa consistance varie depuis celle du lard jusqu'il celle des cartilages. Presque toujours c'est une niasse charnue, très-ferme , compacte , blanche , ou d'un blanc grisâtre ou bleuâtre , luisante j et souvent demi-transparente. Elle est parcourue par des vaisseaux sauguius très-fins et quelquefois presfju'imperceptibies. Lorsque ces vaisseaux sont très-nombreux, Tintérieur de la tumeur peut offrir une légère teinte rosée. On trouve assez souvent, soit dans la tumeur, soit à sa surface, des vaisseaux sanguins bien plus considérables , dont on peut faire sortir des gouttelettes de sang. Dans quelques cas la tumeur est formée par une seule variété du tissu cancéreux 5 elle est alors cartilagiuiforme , vitréiforme , lardiforme , napiforme , cérébriforme ou gélatiniforme ( Introd. , chap. III > art. 2, §. i^*". à §. 6 ). Mais le plus souvent elle est composée de deux ou plusieurs de ces tissus, auxquels se trouvent mêlés quelquefois d'autres tissus accidentels , tels que des portions de cartilage, de corps fibreux , etc. ( Introd. , chap. II, art. 2, §. i^"^. à §. 5 ) , et même des portions de mélanose. Le tout forihe alors une tumeur qui présente un aspect très-différent dans ses diverses parties.

La masse squirrheuse est souvent formée par une portion du tissu de la mamelle devenue squirrheuse, elle tient rarement au développement d'une glande lymphatique devenue cancéreuse. Dans la plupart des cas, elle est développée dans les graisses qui entourent la glande mammaire , sans qu'on puisse affirmer si on doit la regarder comme la dégénération d'une partie préexistante , ou comme un corps cancéreux développé spontanément dans cette partie , et pareil à ceux qu'on voit se former dans le foie , et qui ne sont pas continus au tissu de ce viscère. La dégénération peut s^étenJre jusque dans le tissu des muscles o

En comparant des portions de glande mammaire encore saines, avec des portions dégénérées de la même glande, on voit que la partie saine est £onple^ d'un blanc de lait en quelque sorte argenté et opaque , tandis que la partie squirrheuse est dure , d'un blauc luisant et un peu transparente, comme la plupart des squirrhes des autres organes.

§. II. Description anaûomique du squirrhe douloureux.

Le cancer occulte ou squirrhe douloureux ne présente pas une structure tout-à fait semblable à celle du squirrli© indolent. La tumeur estplusinégaleetplusirrégulière j elle pénètre plus profondément; elle peut adhérer à la peau et même aux os. En Hncisant, quelle que soit la variété du squirrhe , on trouve son tissu moins dense. On remarque qu'ilest dans quelques endroits pénétré d'unematière molle ou liquide, et souvent il y a cà et là de petites ecchymoses ou de petits épanchemens sanguins. Lorsque le tissu cancéreux contient une certaine quantité de liquide, si on. comprime la tumeur incisée, on en fait sortir : \ . un liquide séreux ou louche ; 2°. un liquide blanc semblable au lait ou à la crème; 3°. une matière molle , blanche semblable à de la crème épaisse ou à du froraase mou , qui sort sous la forme de petits filamens d'un blanc terne opaque. 11 y a des tumeurs qui ne fournissent que l'une ou l'autre de ces matières ; njais il en est plusieurs qui fournissent les trois , en les examinant dans diverses parties.

Lorsque les douleurs lancinantes étoient vives et qu'elles avoient commencé à se faire ressentir depuis un certain temps , on trouve fréquemment dans la tumeur une ou plusieurs petites cavités , dont la capacité peut varier depuis celle qui suffiroit pour loger un grain de

lOO CANCER DES MAMELLES,

millet^ jusqu'à celle qui pourroit contenir un gros poî&. Ces petites excavations renferment un liquide aqueux ou filant 5 séreux ou f<anieux^ etc. Elles sont d'autaiit plus nombreuses et d'autant plus grandes > que la tumeur squirrheuse a plus de volume , qu'elle étoit plus douloureuse et plus prête à se terminer par Fulccratiou cancéreuse.

Indépendamment de ces lésions, il y a quelquefois^ dans la tumeur ou sur la peau qui la recouvre , des jx)rtions de substance charnue plus ou moins rouges y et gorgées de sang. Ces dernières parties ne sout pas toujours squirrheuses : elles sont souvent dans un état de phlegmasie chronique 5 et dans ce dernier cas elles fournissent j lorsqu'elles s'ulcèrent, une mr<tière purulente dont la nature peut varier beaucoup , selon le traitement intérieur et extérieur dont on fiait usage.

§. T.T.J- Description anatomique dit cancer squirrîieux des mamelles f arrivé à l'état d* ulcération,

IjO. masse dégénérée n'est plus circonscrite comme dans les premiers temps j elle a envahi le tissu cellulaire environnant , les muscles et même les os , suivaJCit l'étendue et l'ancienneté de la maladie. Mais quelle ^ue soit la largeur et la profondeur de l'ulcère , on trouve toujours dans Ja tumeur les quatre lésions suivantes :

1°. Il y a des portions qui sont simplement squirrheuses et dans l'état de crudité , comme dans le squirrhe indolent.

2.'\ Quelques portions , comme dans le squirrhe douloureux y sont pénétrées d'un liquide séreux ou sauieux, ou d'une autre natyre , ^,1^ y remarque souvent de petites excavatiojos»

3». D'a\ifres portions de la tumeur sont rongeâtres et clans un état d'inflainination, sans avoir subi la dé<»éneration squirrhense.

On voit à la surface de l'ulcère des chairs putrides trèsmolles et faciles à réduire en fragmensirrégiiliers parune légère pression 5 il s'en exhale une odeur fétide , piquante et tout-à-fait particulière. Quelques portions, également ulcérées , sont encore fermes et sans putridilé. L'ulcère est blanchâtre, grisâtre, brunâtre , livide^ rougeâlre ^ noirâtre, selon la partie que l'on examine, et selon la forme qu'il présentoit dans les derniers temps. En incisant la tumeur, on trouve d'abord une substance charnue de même apparence que la surface de l'ulcère: mais en pénétrant à une ou deux lignes de profondeur, plus ou moins , on reconnoît que la partie squirrheuse fious-jacente est très-dure et de couleur différente, suivant la couleur et la consistance de la partie ulcérée qui la recouvre. L'ulcération est -elle blanchâtre, la portion squirrheuselous-JAcente est très-blanche. La surlace ulcérée e^st-elle noirâtre , la partie sqmrrhcuse qui lui sert dé base présente une couleur rougeâtre et livide qui tient au développement d'une foule innombrable de petits vaisseaux sanguins. En général , la couleur de la partie encore squirrheuse se rapproche d'autant plus de la cou» teur blanche , que la surface idcérée qui la recouvre a elle-même une teinte moins foncée. Lorsqu'on a observé de nombreuses fongo>.ités sur l'ulcère , on trouve que la base de ces fongosités étoit formée par une dégénération cérébriforme , ou par une dégénération lardifbrme.

Mais indépendamment des parties squirrheuses et des parties simplement enflammées, on trouve souvent dans les masses squirrheuses une véritable dégénération tuberculeuse f qui forme de petites masses ou seulement des points d'une substance non luisante , mais opaque et

l5a CANCER. DES MAMELLES.

d'uu blanc cendré , déposée , et en quelque sorte infiltrée

dans un réseau squirrheux et luisant.

On voit en outre quelquefois dans la tumeur des portions de mélanose qui sont dures et noires comme l'ébène 5 et plus fréquemment encore , on observe dans le tissu cellulaire environnant une infiltration séreuse plus ou moins abondante.

En oénéral , il est rare que dans le cancer ulcéré du sein ou ne trouve pas , à Pépoque de la mort , plusieurs altérations de natures différentes. Il paroît que tiès-soiiveutla maladie a débuté par un squirrhe simple 5 qu'il s'est ensuite formé d'autres tissus squirrheux d'une espèce différente et qu'enfin l'irritation produite par la dégénération du tissu squirrheux a déterminé diverses lésions dans les parties .non squirrheuses , de sorte qu'on trouve trèscommunément dans ces tumeurs : 1". une ulcération ; 0,0. une ou plusieurs espèces de squirrhes j 3°. une phlegmasie chronique : 4-"* ""^ dégéuération tuberculeuse ; 5". des varices 5 6"*. une infiltration séreuse ; 7°. de petites ecchymoses 5 S", des portions de mélanose, etc.

Ces diverses altérations sont quelquefois tellement unies et si intimement confondues , qu'il ne faut rien moins qu'une étude spéciale et une longue habitude pour parvenir à les distinguer. Aussi les auteurs qui en ont parlé n'ont-ils vu dans le cancer ulcéré qu'une masse informe et inextricable , une tumeur inorganique ou désorganisée^ et impossible à décrire.

§, IV. Description anatomique des squinhes du sein recouverts de cicatrices.

Lorsqu'on examine par la dissection un cancer recouvert de cicatrices , on le trouve formé par une substance compacte et très-ferme j dans l'intérieur de laquelle on

CANCER DES -MAMELLES. l35

n'observe pas de petites excavations. La masse sqnirphense présente la plus grande uniformité dans son tissu. Les parties voisines du tissu compacte ne sont pas altérées comme dans les autres squinlies 5 l'on n'y aperçoit pour l'ordinaire aucune trace d'inflammation : si elle a existé pendant la vie, on voit qu'elle a été peu étendue et peu profonde. C'est probablement parce que ce tissu cancéreux ne se ramollit point , qu'on trouve souvent des cicatrices plus ou moins parfaites à sa surface. Ces cicatrices sont formées par une membjane mince , ordinairement sèche , et quelquefois recouverte d'une petite croûte, ou bien d'une pellicule d'apparence inorganique.

§. V. Etat des diversss parties du corps ^ chez les sujets morts d'un cancer des mamelles.

La graisse des personnes qui ont succombé au cancer du sein est, surtout aux environs de la tumeur, d'un jaune serin, et quelquefois d'une couleur safranée^ lors même qu'on n'avoit observé, pendant la vie , aucune apparence d'ictère. Les muscles, et la plupart des autres tissus, sont d'une flaccidité et d'une mollesse remarquables. Les os ne sont pas plus fragiles que chez les autres sujets du même âge, parvenus au même degré d'amaigrissement par une maladie chronique de la même durée. Cette assertion paroîtra sans doute inexacte, si on en juge d'après ce qu'ont écrit la plupart des auteurs 5 mais nous ne craignons pas d'être taxé d'inexactitude ^ si on prend la peine de vérifier les faits sur lesquels elle est fondée. Nous ferons connoître ces faits avec quelque détail dans la troisième partie de cet ouvrage.

Si le sujet cancéreux a éprouvé, quelque temps avant la mort^ de l'oppression , des douleurs de poitrine , de

l54 CANCER DES MAMELLES.

la toux j etc. , on peut s'attendre à trouver , dans la plupart des caSj un épancheraent séreux dans la plèvre , sans lésion apparente de cette membrane. Quelquefois la plèvre est enflammée et plus ou moins épaissie , surtout dans l'endroit qui correspond à l'ulcère cancéreux. D'autres fois nous^vons trouvé le poumon plus ou moins endurci 5 enflammé, et fortement adliérent à la même partie des parois de la poitrine. Néanmoins , dans ces divers cas , les malades n'ont pas toujours éprouvé des souffrances et présenté des symptômes qui pussent faire présumer l'altération qu'on observe dans la poitrine, et l'on rencontre les diverses lésions "dont nous venons de parler, chez des sujets qui n'avoieut eu ni toux, ni suffocation , ni douleur de poitrine. Le cœur est ordinaireineut très-flasque.

Les viscères contenus dans la cavité du crâne et dans celle de l'abdomen sont très flasques; mais ils n'offrent j d'ailleurs, aucune altération particulière.

Assez souvent la dégénération cancéreuse n'occupe pas seulement toute l'étend ue du sein , elle s'étend encore sous les aisselles , et mêuie le long du col , sur la région cervicale. Dans ces derniers cas, les glandes des aisselles et celles du col ont acquis un volume plus ou moins considérable : les unes sont seulement engorgées, rougeâtres, et dans un état de phlegmasie chronique; les autres sont dures , blanches , luisantes et manifestement cancéreuses^ soit en totalité , soit en partie.

Les petits durillons squirrheux de la peau présentent

aussi, lorsqu'on les incise , un tissu blanc, luisant,

brillant, absolument de mêm.e nature que le squirrhe

ndolent du sein ^ ou l'induration squirrhe use des glandes

axiliaires et cervicales.

Les muscles pectoraux sont aussi quelquefois transformés en une substance blanche j dure ^ luisante et ma-

nifestpment scpiinheiise dans une certaine étendue. Il est jM'objble que presque toujours c^est alors par le tissu cellnlaire que la dégénératiow squiri lieuse des muscles a commencé 5 mais en isolant ces portions musculaires devenues cancéreuses, il seroit impossible , lorsque le sqnirrbe est parfait , de reconnoître quel étoit le tissu priniifif qui a fourni les élémens du tissu squirrheux.

Les C(^tes situées sous la tnmenr cancéreuse, et qui ont contracté avec elle une adhérence intime, ont quelquefois aussisubi la dégénération cancéreuse 5 elles présentent alors Tune ou l'autre des altérations que nous décrirons dans le chapitre relatif au cancer des os, et elles sont très-faciles à casser 5 mais cette fragilité est tout-à-fait locale, et ne s'étend pas au-delà de la portion qui a subi la dégénération cancéreuse. Dans quelques cas , les côtes sont enflammées , cariées ou usées au dessous de la partie ulcérée, sans êlre d'ailleurs manifestement cancéreuses. L'inflammation, la carie ou Vusure sont alors pareilles à celles qu'on observe souvent dans des ulcères non cancéreux, ou dans le voisinage des tumeurs anévrismatiques.

Les femmes qui meurent avec un cancer des mamelles, ont rarement des tumeurs cancéreuses dans d'autres organes , si ce n'est lorsque le tissu cancéreux est de l'espèce que nous avons nommée tissu bunioïdej mais dans cette espèce on trouve très-souvent une ou plusieurs dé- ^énératious cancéreuses internes. Au reste^ quelle qu« soit l'espèce du tissu cancéreux des mamelles , les tumeurs cancéreuses des autres organes peuvent être de la même espèce ou d'une espèce différente. Ainsi y le même individu peut avoir un cancer bunioïde à la mamelle, à la rate et au foie , ou bien un cancer bunioïde au sein , uu cancer lardiforme au foio^ et un cancer cérébiifornie au poumon, etc.

l56 CAINCER DES MAMELLES.

La matrice est pour l'ordinaire parfaitement saine chez les femmes affectées du cancer des mamelles 5 mais la même femme peut avoir un cancer au sein et un cancer à l'utériisj au reste, cette coïncidence est extrêmement rare. A FouTerture du cadavre des femmes mortes d'un cancer aux mamelles, qui avoienteu, dans les derniers temps de leur vie , des flueurs blanches très-abondantes^ nous n'avons aperçu aucune lésion organique de l'utérus ni du vagin.

Article III.

Remarques sur les différejices que présente le cancer des mamelles , selon F espèce de tissu cancéreux qui le constitue , et selon la partie du sein qui est primitivement affectée.

Dans le premier article de ce chapitre nous avons tracé l'histoire générale du cancer des mamelles , tel qu'on l'observe dans le plus grand nombre de cas , et particulièrement dans ceux où le cancer est formé par une dégénération composée de divers tissus morbifiques accidentels. Après avoir donné cette description générale , qui est surtout applicable au cancer composé , nous indiquerons ici les particularités qu'on observe dans les cancers simples , c'est-à-dire dans ceux qui ne sont formés que par une seule espèce de tissu cancéreux.

Les symptômes qui distinguent chacune de ces variétés des cancers du sein ne sont point encore assez connus pour qu'il soit possible d'indiquer des signes capables de les faire distinguer constamment et avec exactitude pendant la vie. Mais les connoissances acquises à cet égard présentent déjà quelques notions utiles dans la pratique, et ce que nous exposerons dans cet article pourra engager les observateurs à faire de nouvelles recherches sur ce genre de maladies dont on verra que l'his-

€A1NCER DES MAMELLES. 1^7

toire^ encore très-incomplète, présente bien des découvertes à faire.

C'est sur-tout dans les cas où le cancer des mamelles est formé par une seule espèce de dégénéralion cancéreuse, qu'on peut distinguer, par la dissection , le caractère propre et spécifique de cette dégénération. C'est dans ces cas aussi qu'on peut assez souvent reconnoître , pendant la vie j quelle est l'espèce ou la variété du cancer. Si cette notion n'étoit que de pure curiosité , elle n'intéresseroit que les médecins qui croient ne devoir rien négliger de ce qui concerne l'étude des maladies, sous le rapport de l'histoire naturelle 5 mais il est très-important de distinguer, dans la pratique, les cancers formés par certaines espèces de tissus cancéreux : il en est dont ou ne doit jamais tenter l'extirpation , attendu qu'ils deviennent rarement mortels , et que Popération , en pareils cas j abrège les jours des malades. Il y a d'autres espèces qui doivent être opérées hardiment , parce qu'elles conduisent inévitablement à la mort , et que l'opération est le seul moyen de prévenir ou d'éloigner du moins cette funeste terminaison.

Nous avons observé dans le cancer des mamelles^ huit espèces de tissu cancéreux, savoir :

1°. Le tissu cancéreuxchondroïde, ou cartilaginiformej

2". Le tissu hyaloïde , ou vitréiformej

3°. Le tissu larinoïde , ou lardiforme 5

4°- Le tissu bunioïde , ou napiibrme ;

5°. Le tissu encéphaloïde , ou cérébriforme 5

6". Le tissu colloïde, ou gélatiniforme 5

fp^. Le tissu entremêlé, qui constitue une des variétés du cancer rongeant 5

8°. Le tissu composé, auquel s'applique, sur-tout, la description donnée dans le premier article de ce chapitre.

l58 CANCER DES MAMELTES.

En traitant des cancers du sein formés par chacune de ces huit espèces de tissn cancéreux, nous aurons soin d'indiquer tous les faits analogues que nons avons pu découvrir dans les auteurs. On verra par là que si la plupart des tissus cancéreux que nous décrivons se sont présentés aux observateurs qui nous ont précédés j on n'avolt pas encore saisi leurs caractères propres, et qu'au lieu de les considérer comme des espèces ou des variétés distinctes du tissu cancéreux, on ne les avoit notés le plus souvent que comme des cas rares ou des anomalies sans conséquence. Ce n'est qu'après de longues reclierches, et après avoir long-temps médité sur nos propres observations, que nous avons pu recueillir dans les livres de l'art ces fragmeiis épars de l'histoire du cancer des mamelles. Nous les présentons comme un moyen de vérifier l'exactitude de nos observations et des conséquences que nous en avons dédiutes.

Ce chapitre sera terminé par quelques remarques sur les différences que présente le cancer du sein, selon que la dégénération cancéreuse affecte telle ou telle partie constituante de la mamelle , et sur la manière dont les tissus cancéreux s'unissent ou se succèdent les uns aux autres dans la même tumeur.

§. I*"*. Cancer da sein formé par le tissu cJiondroïde j ou cartilaginiforme (i).

La tumeur formée par ce tissu est très-dure et inégale ; elle reste toujours très-peu volumineuse. La marche de la maladie est extrêmement lente si la dégénération est tout-à-fait simple , ce qui est très-rare.

Il n'y a pas de signe suffisant pour faire constamment

(i) Observé par Petit, Maladies des os , tom. II , pag. 3io.

CANCER DES !VIAMELLE5. 1 jg

rcconnoître cette variété du cancer pendant la \ie. On peut la confondre , qaand elle est encore indolente^ avec la dégénératloîi fibreuse dont nous pailerons dans Partlcle4j §• 1^5 et lorsqu'il y survient des élancemens douloureux , elle peut être confondue avec le cancer formé par le tissu cancéreux larinoïde h. petites cellules. Cette variété du cancer diffère de celle qui est formée par le tissu cancéreux bunioïde , en ce que, dans ce dernier cas , la peau est très-adhérente à la tumeur et comme ratatinée: au lieu que dans le cancer cartilaginiforme indolent , la peau est dans l'état naturel ; et si elle adhère dans un point , elle est tout-à-fait libre et non ratatinée auprès du point adhérent. En dissé(piant la tumeur après l'extirpation du cancer^ ou après la mort du malade , on y reconnoil la structure que nous avons décrite dans le chapitre troisième de rinlroduction j art. 2 , §. i**^. (i).

§. II. Cancer du sein formé par le tissu cancéreux hyaloide^ ou vitreiformc ['2^,

Les signes extérieurs du cancer formé par celle dégénération ne Saut pas encore assez bien connus pour qu'on puisse apprécier la tiature de la lésion organique autrement que par la dissection. Cette variété du cancer peut être très-facilement confondue avec celle qui est formée par le tissu larinoïde 5 mai» cela a peu d'inconvénient , attendu que le traitement est absolument le même : la durée de ces deux espèces a aussi le plus grand rapport ,

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