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(j) Voyez auisi Helvétius , pag. 142 : Cancer comparé à la corne. Peyrilhe ( Journal de Médecine 177^, janvier, pag^ i4) ^t Bierchen ( Gazelle Salutaire , 14 septembre 1775 ) l'ont comparé à un cartilage.
(li) iMém. de V Açad, roy . de Chir. , tom. I , pag. 682.
l4o CANCER DES MAMELLES,
surtout si l'on compare le cancer îarinoïde a grandes cellules , avec le cancer hyaloïde, La structure de la tumeur est celle qui a été décrite dans l'Introduction^ chap. III j art. 2 j §. 2.
§. III. Cancer du sein formé par le tissu larinoïde y ou lardiforme ^i).
Cette variété du cancer du sein a été obseryée par tous les praticiens. Comme elle existe souvent dans le commencement de la maladie , et que c'est la variété la plus commune , la plupart des praticiens ont dit , en général y que le tissu du cancer ressembloit à du lard.
Le tissu cancéreux lardiforme présente trois variétés remarquables :
1**. La variété la plus commune , dont le tissu est à mailles ou aréoles peu grandes , et à-peu-près comme celles du tissu du lard 5
2.^. La variété dont les mailles sont beaucoup plus grandes : cette variété se rapproche wti peu du cancer liyaloïde ; les tumeurs qu'elle forme oeuvent acquérir un très-grand volume 5 sa marche est plus rapide que celle des autres variétés du cancer lardiforme 5
3°, La variété dont les mailles ou aréoles sont peu nombreuses et extrêmement petites. Cette troisième variété se rapproche du cancer chrondroïde et du cancer bunioïJe , avec lesquels on peut la confondre pendant la vie. Les tumeurs qu'elle forme restent assez petites. Il peut se former des cicatrices à leur surface , comme sur les squirrhes formés par le tissu cancéreux bunioïde 5 mais ce cas est très-rare. Les bords de l'ulcère ne se renversent
(i) Yoyez, pour la description anatomique , le ehapitre III de noire Introduction , art. 2 , §. 3.
CANCER DESv MAMELLES. l4l
point 5 ils sont comme tailles à pic , et il n^ a presque point de suppuration : il ne sort de la surface ulcérée qu'une fort petite quantité de sérosité j et la marclie de la maladie est très-lente.
Ce que Pouteau et M. Sabatier ont dit d'une espèce particulière de cancer qu'ils avoient observée , peut s'appliquer en partie au cancer formé par le tissu laiinoïde à petites cellules , mais s'applique mieux encore A celui qui résulte du tissu bunioïde. On verra dans le §. 4> relatif aux cancers du sein formés par le tissu bunioïde, un extrait des remarques de ces deux célèbres chirurgiens.
§. IV. Cancer du sein formé par le tissu cancéreux bunioïde ^ ou Jiapiforme (i).
Le cancer de cette espèce présente des signes particuliers qui le font presque toujours reconnoître pendant la vie.
La tumeur, ou plutôt l'induration , n'est pas bien circonscrite. Elle présente au toucher une rénittence , une dureté et une sorte de sécheresse remarquables 5 la peau est adhérente à la tumeur 5 quelquefois dès les premiers temps elle est comme ratatinée 5 la mamelle est rapetissée 5 les douleurs locales sont légères ou nulles. S^il se forme quelque ulcération , elle ne fait presque pas de progrès 5 et lors même qu'il y auroit eu quelques douleurs lancinantes et même des hémorragies, l'ulcère peut
(i) Voyez pour les symptômes , Ledraii , Mcm.de VAcad, de Chir. , tom. III , pag- 4^ 5 Pouteau , Œuvres posthumes , tom. I, pag. 164; Sabatier, Méd. Opératoire, 2«. édition, tom. II, pag 278 ; et pour la description anatomique , le chapitre III de notre Introduction, art. 2; §.4*
se cicatriser. Il se forme quelquefois une ou plusieurs cicatrices sur riiîduration.
Les sujets affectés de cette espèce de cancer ont souvent une dégénération cancéreuse dans d'autres organes que les mamelles 5 on voit quelquefois sur leur peau de petits durillons cancéreux aussi larges que des leutilles et même que des pois.
La plupart des malades éprouvent dans les derniers temps de vives souffrances , dont la tumeur du sein «""est pas le siège 5 elles ont souvent une transformation cancéreuse dans quelque viscère : elles meurent pres(|ue toujours par l'effet d'une maladie consécutive qui dépend peut-être de cette dégénération cancéreuse d'un viscère. Une toux sèche, opiniâtre, la suffocation , l'iiydiopisie ascite , l'hydrolborax , le marasme, la fièvre liectlque ou des douleurs vagues inexprimables sont les symptômes qui précèdent le plus ordinairement la mort.
Au moment où les malades succombent , il n'y a souvent aucune ulcération à la mamelle : mais on y voit quelquefois des enfoncemens , des sillons , etc. , ou même de nombreuses cicatrices. Il n'y a presque jamais de varices sur la tumeur.
Ce cancer suit quelquefois une marche très -lente ; d'autres fois , les sujets qui en sont affectés succombent dans le cours de la première année du développement de la maladie , et à la fleur de TAge , quoiqu'il n'y ait point d'ulcération à la mamelle. Quelques malades ont, à cette époque , les deux mamelles endurcies et ratatinées.
J'ai vu , eu i8o5 , une dame qui portoit au sein gauche un cancer non ulcéré et indolent, formé par le tissu cancéreux bunioïde: elle jouissoit d'ailleurs d'une bonne santé. Lorsque je la vis pour la première fois , eile étoit âgée d'environ ti-ente-six ans et bien réglée. Elle avoit depuis plus de cinq années le sein gauche très-dur ^ et comme
CArCCER DES MAMELLES. 1 45
desséche et ridé. La pean , la glande mammaire et les côtvîs sembioient ne former qu'un même corps solide. Ou voyoit , a quelques lignes au-dessous du mamelon, un enfoncement transversal qui ressembloit à une fente: mais il n'y avoit ni fissure ni écoulement d'aucune sorte. Aucune douleur ne se faisoit ressentir dans cette tumeur endurcie 5 il n'existoit aucune induration cutanée partielle aux environs de la tumeur. J'ai revu cette malade le 3i mai 1812 : elle coutinuoit à jouir d'une bonne santé , et sa tumeur étoit à-peu-près dans le même état.
Quoique le cancer du sein , formé par le tissu bu. nioïde, n'ait pas été jusqu'ici connu bien distinctement, il est facile de reconnoître , en lisant les ouvrages des praticiens , qu'ils avoieut vu cette vaiiélé du cancer. De Houppeville , Ledran , Pouteau , Sabatier et M. Robert en ont parlé d'une manière assez claire.
« Nous voyons beaucoup de cancers, dit Ledran ( Mtf" moire sur le Cancer^ p. 4^, Méni, de l*Acad. de C/iir. , t. III ) , où il semble que la mamelle se soit raccornie au lieu de se gonfler par l'engorgerneut j dans ce cas , on la sent, du côté de l'aisselle ou ailleurs, plus dure et plus compacte 5 le mamelon est exactement rentré 5 et depuis le mamelon jusqu'à cet endroit qui est plus dur que le reste , on sent nue espèce de corde par laquelle il semble y être attaché. Le tout est exactement fixé et comme collé aux côtes» Ce cancer, quoique très-peu douloureux, ne laisse pas de s'ulcérer quelquefois dans un point ou dans un autre. Les femmes le portent quelquefois nombre d'années, plus ou moins , selon que l'engorgement tarde à s'étendre jusqu'au j>oumon , ou que l'humeur tarde à se porter à la tète j car c'est ordinairement par l'une de ces deux parties que les malades périssent. Quand la maladie est déjà telle que je viena de la décarire , oa voit l'inutilité de l'opération, elc, »
l^J^ CATN^CER DES 3ÏAMELLES.
Pouteau (i) dit qu'il y a des cancers bien pins intraU tables que ]es antres , mais qui sont heureusement trèsrares. Ces cancers, ne se montrent d\ibord au sein que comme un sillon dur et enfoncé 5 avec le temps ce sillon se fend , et Ton voit une gerçure qui laisse échapper «ueh|ues sérosités j les bords de cette gerçure sont dure et calleux 5 au lieu de s'élever , de s'écarter , de se renverser, ils s'enfoncent au contraire en s'approchant des côtt s , ils se replient en dedans et se raccornissent de telle sorte que le sein perd chaque jour de son volume. <c J'ai vu, ajoute Pouteau , chez une femme très-grasse, un cancer de cette espèce attaquer un sein très-volumineux et très-allongé. Placé d^abord sous le mamelon, 1© cancer retira celui-ci en dedans , et Feu fonça dans un sillon si dur et si profond qu'on n'en vit plus aucune trace. J'ai vu tout le sein se raccornir de jour en jour , fi'ap[)latir , rapprocher des côtes le sillon dont il a été parlé , et porter peu à peu le mamelon jusques sous le haut de l'aisselle. Outre les douleurs inévitables dans une tumeur d\m si fâcheux caractère , la malade se plaignoit d'un resserrement extérieur qui gêiioit beaucoup lesniou- Temens du bras et rendoit la respiration difficile. »
Celte description s'adapte assez bien à la marche du cancer formé par le tissu bunioïde , et à celle de la tumeur formée par le tissu cancéreux larinoïde à petites cellules.
C'est encore à cette espèce de cancer que doit être rapportée l'observation suivante , consignée dans l'ouvrage de M. Robert (2) : on voit de plus , dans cette observation, les funestes résultats d'un traitement mal entendu.
ce La veuve Michel,, qui habitoit Marseille , avoit à
(i) OEui^res posthumes ^tom. I , pag. 164.
(::) L'^rt de prévenir h Cancer > 181 2 , pag. 38.
Cancer des mamelles. i/jS
Xine mamelle un cancer de l'espèce signalée par Poiiteau. La tumeur avoit été biùlée par un caustique , ce c|ui avoit ajouté encore à la perte de substance de la mamelle. L'infortunée portoit une cuirasse àe glandes cancéreuses sur toute la poitrine et le bas-ventre. Un érisypèle d'un rouge ^^olet et d'un aspect gangreneux , étoit permanent sur cette partie du corps j qui paroiïSoit avoir acquis une consistance ligneuse. La malade, déchirée par les douleurs les plus vives^ poussoit jour et nuit non des cris ai^us , mais des hurlemens affreux 5 chaque articulation étoit à la fois le siège et l'mstrument de son martyre j enfin un épanchement subit dans la poitrine termina , après quelques heures d'agonie j sa déplorabl© existence, aumoisdVvril 1810. 5)
Lorsqu'on veut guérir les malades qui ont un cancer formé par le tissu bunioïde, on accélère leur mort, soit qu'on extu'pe la tumeur cancéreuse, soit qu'on y applique des médicamens irritans 5 mais l'observation des règles de Thygiène , et l'usage des moyens capables de rallentir la marche de la maladie, produisent les effets les plus avantageux.
De Houppeville , en i6t;3 , dit (1) que lorsque le cancer n'est pas ulcéré , ou lorsqu'il est sec , on peut espérer de voir les malades parvenir à une vieillesse avancée, à l'aide des palliatifs y des saignées du bras et du pied , répétées de temps en temps , des purgations douces et rafraîchissantes , des bains , etc. Nous présumons , d'après ce passage , qu"'il avoit vu aussi le cancer formé par le tissu lardiforiïie à petites cellules , et peut-être aussi celui qui est formé par le tissu cancéreux bunioïde.
M. Sabatier avoit aussi aperçu ces sortes de cancers ;
(i) La Guéri-son du Cancer^ P^g- i^^'
l46 CANCER DES MAMELLES.
après avoir divisé les cancers Jii sein en aigns et en chroniques , il ajoute j qu'on a vu périr des femmes qui étoient attaquées de cancers chroniques du sein ulcérés depuis vingt ans et plus , et qu'on n'avoit jamais soupçonnées d'être atteintes de cette maladie.
Dans le même chij pitre, en décrivant les symptômes de la formation du cancer , il dit (i) :
<c Quelquefois ce n'est pas le corps glanduleux de la mamelle qui est affecté : la peau qui la couvre paroît être le foyer du mal , il s'y forme des tubercules durs, dont la couleur est violette , et qui se répandent à quelque distance les uns des autres. Ces tubercules deviennent nombreux, ils se rapprochent, les tégumens contractent de la dureté , ils se froncent et se retirent sur la lyamelle desséchée j le mamelon s'elface , les glandes de l'aisselle se prennent , et la malade éprouve des élancement (jui ne laissent aucun doute sur le caractère de son mal. Cette espèce de cancer e;>t aussi sujette à s'nlcéier 5 mais cela arrive beaucoup plus tard , et le mal ne fait pas des progrès aussi rapides que dans les autres espèces de cancers. »
Cette description , surtout en ce qui concerne les Commencemens de la maladie , ne permet guère de nîécounoître le cancer formé par le tiasu bunioïde.
§. V. Cancer du sein formé par le tissu encêphaloïde j ou cérébriforme.
Cette variété du cancer des mamelles n'est pas trèsrare. La tumeur peut acquérir un volume énorme 5 les douleurs ne sont pas très-vives quand la dégénération est parfaitement uniforme j elles sont cependant lancinantes.
(i) MêdeGine Opérât, ,-*«. édit. , tom. II , pag. 278,
Quelquefois la masse cancéreuse gêne plus par son volume que par la violence des douleurs. Elle présente une mollesse remarquable, et quelquefois elle semble lobée 5 pour Fordinaire^ la peau n'adhère pas intimement à la tumeur. Lorsque ce cancer vient à s'ouviir j les bords de l'ulcère ne sont pas très-épais, la surface ulcérée est molle et fongueuse , il y survient facilement des hémorragies 5 et quand la tumeur est considérable , les veines sous-cutanées sont gon£ées et plus ou moins variqueuses.
Nous avons décrit la structure de la désénération organique qui constitue ce cancer, dans le chapitre III de l'Introduction 5 art. 2 , §. 5.
Comme les cancers du sein formés par le tissu cérébriforme , sont ceux qui peuvent acquérir le volume le plus considérable^ je soupçonne que le célèbre Heister avoit vu cette variété du cancerj car il dit avoir ampulo un cancer du sein qui pesoit douze livres (i).
Ce cancer, dès qu'il est bien caractérisé, suit une marche assez rapide. Il se ibrme quelquefois dans son intérieur des épanchemens de sang plus ou moins considérables. C'est à cette variété du cancer que doivent être rapportées les observation* 1^'®. , 3*^. et 4®. , d'Alexandre Monro , consignées dans le cinquième volume des Essais de Médecine d'' Edimbourg ^ tom. V, sous le titre suivant : Observations sur des amas de lymphe sanguinolente dans des mamelles attaquées de cancer, La 2*. observation rapportée par cet auteur paroit appartenir au cancer formé par le tissu gélatiniforme.
(i) Heister, but. ChLrurg. , pars II , sect. 4? cap. 107.
§. VI' Cancer du sein formé par le tissu cancéreux colloïde^
ou gé latin if or me.
Lorsque ce cancer commence , la tumeur est dure et rénittente*, mais quand les douleurs sont établies j elle devient molle , et on ne tarde pas à y trouver une fluctuation distincte. Lorsque la tumeur est ouverte spontanéraentj ou »\ l'aide de Piustrument tranchant, il s'en écoule une grande quantité de liquide séreux , mêlé de sanie et de saug. Après cette ouverture on voit encore s'écouler continuellement par la plaie un liquide trèsabondant jusqu'à la fin de la vie.
Lorsqu'on dissèque la tumeur à l'époque où son centre contient déjà l'épanchement séreux , mêlé de sanie et du détritus d'une portion décomposée delà tumeur, on trouve la dégénération dans l'état décrit précédemment. ( Introduction , chap. III , art. 2, §. 6. )
Nous présumons que cette variété du cancer des mamelles avoit été aperçue par Alexandre Monro ( ^.y^û!2.s de Médecine d'Edimbourg , traduction française , tom. V, art. 32, p^g- 5^4? 2^* observation). A la vérité, cet auteur ne parle point d'un tissu gélatiniforme trouvé aux parois du sac vidé 5 mais on sait que souvent il faut déjà être averti pour bien voir ; et la maladie qu'il a décrite dans cette observation nous a paru d'ailleurs parfaitement semblable au cancer gélatiniforme.
§. "VU. Cancer du sein horiié à la peau , et formé par le tissu cancéreux entremêlé.
Souvent cette maladie ne diffère pas du cancer rongeant de la face ; elle commence de même et suit la même marche. La structure de la lésion organique qui
la constitue a été décrite ailleurs ( IntroJ. , cliap. HT, art. 2 , §. 8 ). Pour ce qui est tie sa marche et de ses symptômes , nous en parlerons dans le ciiapitre relatif aux cancers rongeans de la peau.
An reste , la peau de la mamelle peut devenir le siège de deux sortes de cancers primitifs bien distincts^ savoir, le cancer rongeant et le cancer sqnirrheux (I"^^. Partie , cbap. II 5 art. 2)5 car on doit ranger au nombre des cancers sqnirrheux les petits durillons cancéreux dont nous avons déjà fait mention, art. i^'.y et dont nous parlerons plus en détail dans le chap. YI , parce qu'on les observe quelquefois chez des individus qui n'ont d'ailleurs aucune autre dégénération cancéreuse à la mamelle.
Le cancer rongeant et le cancer squirrheux de la peau peuvent déterminer , par la suite , la dégénération cancéreuse de la glande mammaire et des parties environnantes. Fabrice de Hilden ( Cent. 3 , obs. 87, Hist, de Cancri occulti perle, curât, ) rapporte l'observation d'un cancer du sein qui commença par une tubérosité au mamelon droit. On trouve un autre exemple remarquable du cancer cutané des mamelles j dans Vacher {^Dlssert. sur le Cancer des mani. , pag. 171 j Bruxelles, 1740) • après l'extirpation du mamelon cancéreux, la malade guérit parfaitement.
§. VIII. Cancer du sein formé par le tissu cancéreux
composé.
Le cancer des mamelles , formé par la réunion de plusieurs des espèces simples du tissu cancéreux , est le plus commun de tous , surtout à l'époque où la tumeur est ulcérée. Il présente une foule innombrable de variétés. C'est principalement à ce cancer et à ses nom-
l6o CANCER DES MAMELLES*
breuses variétés que convient la description générale clu cancer des mamelles , qui a été l'objet du premier article de ce chapitre , et la description anatomique du tissu cancéreux composé dans ses divers degrés : 'voyez cidessus le 2^. article de ce chapitre , et plus spécialement le §. 7 j art. 2 du second chapitre de l'Introduction.
§. IX. Différences que présente le cancer du sein , selon que la dégénération cancéreuse affecte telle ou telle des parties constituantes de la mamelle ,
Le cancer des mamelles peut commencer dans le tissu de la glande mammaire ^ ou dans le tissu celhilaire qui environne cette glande. Il est formé tantôt par une dégénération cancéreuse de la glande mammaire , ou des glandes lymphatiques situées auprès de cet organe^ tantôt par le développement accidentel d'un corps cancéreux. Il peut aussi tenir à une dégénération cancéreuse du tissu de la peau. Le cancer formé par la transformation cancéreuse de la glande mammaire j toutes choses égales j est bien plus douloureux que celui qui est formé par le développement d'un corps cancéreux.
§. X. De la manière dont les tissus cancéreux s'unissent ou se succèdent les uns aux autres dans la même tumeur.
Le cancer peut être formé par une seule espèce de dégénération cancéreuse 5 il est alors lardacé , cartilaginiforme j cérébriforme , vitréifornie , gélatiniforme ou napiforme 5 enfin celui qui est borné à la peau peut être un cancer eniremêlé : ce qui constitue sept espèces de cancers simples des mamelles.
Mais le cancer simple des mamelles est une maladie très-rare 5 et le cancer composé estj au contrairej wut ma-
CANCER DES MAMELT.ES. l5î
îaJie très-commune. La plupart des cancers qui ont été simples dans leur origine ^ deviennent à la fin composés: et pour l'ordinaire , lorsque la maladie est très-étendue et qu'elle a produit de grands ravages , la tumeur ne présente pas seulement plusieurs espèces de dégénératious cancéreuses 5 on y trouve encore des traces évidentes de mélanose ou de quelques-unes des altérations organi* ques qui ont été décrites dans l'Introduction j chap. II j art. 2.
Il arrive donc assez ordinairement que dans les premiers temps le cancer des mamelles est formé par une seule es[)èce de tissu cancéreux , et que pendant sa durée il se forme dans la partie malade de nouvelles dégénérations cancéreuses qui ne sont pas de la même espèce que la première. Lorsqu'un cancer du sein a été amputé, et qu'il repuUule , le cancer nouveau n'est pas toujours formé par un tissu cancéreux de la même espèce que celui qui a été extirpé 5 mais on peut observer qu'en gé" néral les caiicers qui suivent la marche la plus lente sont ceux dont le ti.ssu est le plus ferme^ et que les can* cers extirpés sont toujours remplacés par des cancers dont le tissu est moins ferme , et par conséquent la marche plus rapide. Cette remarque devient très-importante dans la pratique.
Enfin , dans les cancers qui ont été simples à leur invasion, et qui sont devenus composés, le tissu caucé» reux formé le dernier est toujours celui qui est le moins dense (1). Ainsi on ne voit pas le tissu lardacé venir compliquer le tssu cérébrifbrme j mais on voit souvent l'inverse. De même , le tissu cartilaginifbrme ne vient pas s'unir au lissu lardacé ; mais ce dernier vient souvent
(i) Yoyezia Visiertadon de Triller, dans Haller, Disput. ehir<, ie nocivd cancn invelerati Exiirpatione*
l53 CANCER DES MAMELLES.
compliquer le tissu car tilaginif orme j ou lui succède si la maladie repullule.
Ainsi , quoique les diverses espèces de tissus cancéreux soient quelquefois distinctes , il seroit très-possible qu'il n'y eût réellement qu'un seul cancer dont chaque tissu cancéreux ne seroit qu'une variété, comme il n'y a qu^un seul principe siphilitique , quoique la sipliilis se présente sous des formes très-variées.
Ce que nous venons de dire prouve aussi qu'on ne^ doit jamais prononcer qu'avec la plus grande réserve sur la durée d'uD cancer, sur la marche qu'il doit suivre ,etc. j car dans un cancer formé par le tissu napiforme, ou par le tissu cartilaginiforme , etc. , il peut se former un tissu cancéreux lardacé à grandes aréoles , ou un tissu cérébri-forme , et l'on voit alors la maladie faire bientôt des progrès très-rapides.
Mais un tissu cancéreux ne se transforme pas en un autre tissu d'une espèce différente j ainsi le tissu lardacé, en se détruisant , ne devient pas cérébriforme ou gélatiiiiforme : il se décompose à sa manière 5 mais les parties non cancéreuses voisines d'un cancer lardacé peuvent se transformer en cancer cérébriforme , etc. 5 enfin la partie sur laquelle est situé un cancer lardacé , peut cesser de se transformer eu tissu lardacé, et se transformer en tissu cérébriforme. Le tissu cancéreux lardacé n'est donc pas un degré plus avancé du tissu cancéreux cliondroïde , ou un degré moins avancé du tissu cancéreux cérébriforme ; c'est un tissu primitif et qui reste de la même nature jusqu'à sa destruction. Il en est de même de chaque espèce de tissu cancéreux.
Il n'est aucun médicament interne qui guérisse les cancers : toutes les espèces sont également incurables ^ lorsque la maladie est assez bien caractérisée pour qu'on ne puisse plus la confondre avec une autre \ mais tous les.
CAINCER DES MAMELLES. 1 55
eancers ne suivent pas la même marche quand ils restent dans leur état de simplicité.
Les cancers formés exclusivement par le tissu bunioïdej par le tissu lardacé à petites cellules, et probablement aussi par le tissu cliondroïde , peuvent se cicatriser j lors même qu'ils ont été ulcérés pendant un certain temps. Souvent ces cancers , dont le tissu est très-compacte , ne conduisent à la mort qu'après ua ^rand nombre d'années , et seulement à l'époque où la diatlièse cancéreuse s'est étendue à d'autres organes^ tandis que les cancers dont le tissu est moins dense , ne cicatrisent jamais , et se terminent toujours par la mort, qui est la suite de l'ulcération ou de quelque maladie accidentelle qui a été provoquée par l'ulcération^ par la suppuration 5 ou par la cachexie cancéreuse.
Il paroît que les cancers qui se recouvrent de cicatrices, restent toujours, à 4eur intérieur, dans l'état de crudité , et que lorsqu'il survient une inflammation dans un des points du squirrhe , c'est à la surface que cette inflammation se développe. Lorsqu'il est survenu une ulcération , celle-ci n'affecte souvent que la peau et le tissu cellulaire, quisont enflammés^ mais non squirrheux. Lorsqu'au bout d'un certain temps l'inflammation cesse, la partie ulcérée se cicatrice. Si le squirrhe subjacent n^a éprouvé aucune altération, rien ne s'oppose à la cicatrisation parfaite 5 mais si un point de la surface squirrheuse a été un peu ramolli , la cicatrice n'est pas pariaite , la membrane mince et presque sèche qui la recouvre n offre pas le même aspect que celle qui recouvre les cicatrices parfaites 5 aussi voit-on quelquefois sur ces cancers des cicatrices parfaites et d'autres cicatrices de natur© suspecte.
l54 CANCER DES MAMELLES'.
Article IV.
Maladies qui peuvent simuler le Cancer des
majnelles.
Les indurations fies mamelles qui paroissent de nature cancéreuse se présentent sous diverses formes et dans diverses circonstances , qui doivent décider le praticien sur le chvix du traitement qui peut être mis en nsage. (.'onime il n''y a pas de signe certain pour distinc^uer dans tous les cas une tumeur cancéreuse , il est souvent impossible de décider si une affection sur laquelle on est consulté , est ou n'est point de nature cancéreuse j on ne doit donc prononcer qu'avec la plus grande circonspection. Des tumeurs regardées comme non cancéreuses ont résisté à tous les traitemens , et sont devenues des cancers ulcérés et mortels. DVutres tumeurs regardées comme incurables se sont terminées par la résolution ou par une cicatrice parfaite. Très-souvent on a guéri des tumeurs qui depuis peu de temps s'étoient formées aux mamelles , et qui présentoient les mêmes apparences que d'autres tumeurs qui n'ont pas été traitées ^ et qui ont fini par former des cancers ulcérés. .
Ces différentes terminaisons ne doivent pas nous porter à établir , comme on l'a fait trop communément , que le squirrlie commençant est facile à guérir, ou du moins qu'il est ordinairement curable 5 et que toute induration du sein qui persiste depuis quelques mois est incurable ^ et se termine toujours par un ulcère cancéreux.
La structure intime des indurations qui se guérissent n'est pas la même que celle du véritable squirrlie 5 elle est au contraire la même que la structure des glandes affectées de phlegmasie chronique.
D'aiilenrs les praticiens qui observent attentivement la marclie des maladies , savent bien que très-souvent ils ont inutilement cherché à prévenir le cancer du sein chez des femmes qui y étoient pjédisposées j ils savent que plus souvent encore ils ont inutilement tenté de guérir des sqiiirrhes commençaus qui étoient encore d'un assez petit volume j enfin ils ne peuvent se dissimuler que chez les femmes auxquelles on a extirpé un sein cancéreux j il est presque toujours impossible d'empêcher le développement d'un nouveau cancer,
La différence de la marche et des effets des tumeurs qui se manifestent dans les seins, dépend de ce que plusieurs maladies peuvent simuler le cancer des mamelles dans ses divers de2,iés. Parmi ces maladies , les unes ressemblent au squirrhe indolent , les autres an squirrhe douloureux , et d'autres enfin au cancer ulcéré.
Les maladies qui simulent le cancer dans l'état de squirrhe commençant et de squirrhe in dolent^ sont toutes les indurations qui surviennent aux mamelles , et qui peuvent être, i°. inflammatoires 5 2=°. scrophuleuses 5 3*^. laiteuses 5 4*. fibreuses 5 5°. enkystée^.
Celles qui simulent le cancer dans l'état de squirrhe douloureux, sont de même nature que les précédentes.
Enfin celles qui simulent le cancer ulcéré sont principalement :
1°. Des ulcérations inflammatoires ;
2", Des ulcérations scrophuleuses j
3**. Des ulcérations laiteuses 5
4^. Des ulcérations fistuleuses.
Pour éclairer le diagnostic il est essentiel de dire quelques mots de ces diverses affections , qu'il importe de connoître d'une manière précise pour ne pas tomber dans des erreurs graves.
l56 CANCER DES MAMELLES.
§. 1^^. Thlogose mammaire,
II n'est pas rare de voir chez Ips femmes nne mamelle liabituellenient un peu plus volumineuse et plus sensible que l'antre j sujette à devenir douloureuse surtout aux approches des règles. Cette exaltation de sensibilité , accompagnée d'une sorte de fluxion , peut aussi occuper les deux mamelles, qui présentent alors, aux approches des règles , un gonflement considérable et élastique j accompagné quelquefois d'élancemens douloureux , perçans et instantanés. Si les règles sont peu abondantes , cette affection peut être accompagnée de crachement de sang ou d'un léger saignement de nez. Il se forme quelquefois dans les mamelles une ou plusieurs indurations qui ressemblent à des squirrhes , et qui persistent pendant un certain temps, surtout lorsqu'une cause quelconque produit une suppression ou une diminution notable des règles. On parvient à faire disparoitre ces tumeurs en régularisant la menstruation , ou bien on prescrivant des évacuations sanguines et des applications narcotiques. Cette maladie a été très-bien décrite par Mercatus et par de Houppeville (i).
§. II. Phlegmasie des glandes lymphatiques des mamelles.
Il est des femmes chez lesquelles nous avons vu se former spontanément , à différentes reprises j de petites tumeurs glanduleuses, mobiles et douloureuses, situées sur le trajet des vaisseaux lymphatiques qui se portent du sein à l'aisselle. Après avoir été douloureuses , ces in-
(ï}Z(0 Guérison.du Cancer > pag. jS,
Jurations peuvent devenir indolentes et persister dans cet état pendant plusieurs mois j elles sont grosses comme iles lentilles ou des pois.
Nous avons vu, presque constamment, ces sortes de tumeurs céder au bout d'un certain temps par l'usage d^une tisane de racine de patience , des applications narcotiques et de quelques bains. La saignée a quelquefois accéléré la guérison. Quand ces remèdes ne réussissent point, et que les petites tumeurs, au lieu de se résoudre, paroissent se durcir de plus en plus , en restant tout-àfait indolentes , on prescrit la tisane de bois sudorifiques , quelques légers purgatifs , des emplâtres résolutifs y «t même de légères frictions mercurielles dans les ^endroits d'où partent les vaisseaux lymphatiques qui se rendent aux glandes tuméfiées. Presque toujours ces moyens suffisent pour guérir cette maladie.
§. III. Phlegmasies partielles spontanées des glandes
mammaires .
On voit quelquefois se former spontanément, dans divers endroits des mamelles , de petites tumeurs qui ne paroissent pas glanduleuses et qui sont un peu inégales ^ assez dures , bien mobiles , indolentes ou presqu'indolentes , et qui ont un caractère chronique. Ces tumeurs , qui paroissent avoir leur siège dans le tissu de la glande mammaire, et qui sont peut-être quelquefois dans le tissu cellulaire et la graisse de la mamelle , cèdent à l'usage des résolutifs , des émolliens , des narcotiques et des évacuations sanguines générales ou simplement locales.
Yanswieten^ quiregardoitces sortes de tumeurs comme des squirrhes (i) , conseilloit de les traiter en exposant
(i) Comment, in Aphor. , 490-
î58 CANCER DES MAMELLES,
deux fois par jour la partie affectée à la vapeur de Peau chaude, d'y faire ensuite une légère friction j et d'y appliquer un emplâtre aromatique dans lequel entroient principalement les gommes férulacées , ou bien des fomentations et des cataplasmes préparés avec des substances de même nature ; il ajoute : ce Je me souviens avec plaisir d'avoir guéri par cette méthode , continuée pendant plusieurs mois j des squirrhes récens des mamelles. J'ai vu aussi employer avec beaucoup d'avantage une dissolution de savon de Venise dans du lait j réduit par ce mélange en consistance de bouillie. 33
§. IV. Phlegmasies mammaires provoquées par des pressions réitérées.
Les femmes qui recherchent fréquemment, avec inquiétude J si elles n'ont pas au sein quelque glande engorgée susceptible de devenir cancéreuse, finissent, à force de toucher et de presser cette partie , par y faire naître et par y découvrir de petites indurations , que de nouveaux attouchemens , et l'effroi qui résulte de cette découverte , entretiennent et font même grossir.
Il suffit de calmer l'imagination de ces malades , et dans les cas les plus graves , de prescrire quelques applications locales, émollientes ou narcotiques, et, à l'intérieur , une érnulsion ou un léger parégorique , pour faire disparoître ces indurations.
Vacher (i) rapporte un fait bien remarquable concernant cette affection. En 1732, presque toutes les femmes de Be.'^ançon , effrayées par un opérateur intéressé ou peu instruit , à force d'examiner leur sein , finirent par y découvrir des duretés, de sorte qu'un très-grand nombre
(i) Dissert, sur h Cancer des Mamelles 3 pag. ^^,
se firent opérer irial-à- propos. Celles qui furent assez raisonnables pour suivre l'avis de Vacher , et qui se contentèrent de renoncer à Thabitude pernicieuse qu'elles avoient récemment contractée, virent leurs indurations se dissiper spontanément.
§ V. Phlegmasies mammaires par suite de contusion»
Les coups , les pressions fortes et réitérées du sein , etc. , déterminent quelquefois des contusions, des ecchymoses, et même l'inflammation partielle ou générale d'une mamelle, qui devient alors plus ou moins dure et douloureuse. Lorsque la maladie est livrée à elle même ^ ou traitée peu méthodiquement, elle ne guérit pas toujours en entier 5 souvent il reste à la mamelle une induration.
Plus souvent encore il reste seulement à la partie qui avoit été affectée , une exaltation de la sensibilité , qui persiste pendant long-temps , et qui tourmente les malades lurs même qu'il n'y a absolument aucune induration. Cette exaltation de la sensibilité dispose la mamelle à des récidives de phlegmasie , soit aiguë^ soit chronique 5 aussi voit-on souvent se former, quelque temps après , et dans le moment où la malade ne pensoit plus à son indisposition , une induration indolente ou peu douiou* reuse à la mamelle qui avoit été malade.
Ces sortes de tumeurs qui succèdent immédiatemenfe aux contusions et aux phlegmasies, ou qui s'établissent au bout d'un certain temps , sont quelquefois indolentes, dures et inégales 5 elles peuvent être confondues avec des tumeurs cancéreuses dans l'état de squirrhe indolent. Si une cause accidentelle , interne ou externe , fait passer l'inflammation de l'état chronique à l'état aigu , la tumeur peut simuler un cancer à son deuxième degré , c'est-à-dire un squirrhe douloureux.
\èo CANCER DES MAMELLES.
Les saignées générales, les applications réitérées de sangsues autour de la mamelle j les fomentations émol= lîentes et narcotiqnes , un régime adoucissant j guérissent ces sortes de tumeurs, qui trop souvent ont été prises pour des cancers j et même extirpées par suite de cette erreur de diagnostic. Un des principaux caractères auxquels on peut reconnoîlre les diverses plilegmasies que nous venons de désigner, c'est qu'elles sont toutes plus ou moins douloureuses au toucher , tandis qu'au contraire le véritable squirrbe y est insensible , même à l'époque où les douleurs lancinantes ont commencé à se déclarer , pourvu qu'il n'y ait pas dans les environs une inflammation accidentelle et passagère.
§. VI. Tumeurs scrophuleuses ou lymphatiques des
mamelles.
Chez les femmes scrophuleuses, chez les femmes grosses j et même chez certaines femmes qui ne sont point grosses, et qui, sans être évidemment scrophuleuses, ont les lèvres épaisses, le nez épaté, les yeux arrondis, les angles de la mâchoire inférieure saillans , un tempérament lymphatique ou lymphatico-sanguin , etc. , il se forme quelquefois dans les mamelles, sans cause connue ou par les causes les plus légères , des indurations qui acquièrent un volume considérable , tel que celui d^une noisette , d'un marron ou d'un petit œuf. Ces indurations, peu douloureuses ou même indolentes , surviennent principalement depuis l'âge de la puberté jusque vers la trente-sixième année 5 elles peuvent être très -chroniques. Souvent elles sont Long-temps rebelles au traitement le plus méthodiquement administré, et cela chez les femmes non mariées , conaime chez celles qui ont eu des enfans 5 chez celles qui sont grosses comme chez celles qui nournssent.
CANCER DES MAMELLES. l6l
Kous avons vu cette malaclie céder, après plus d^nn an de durée j à l'usage des toniques et des anti-bcrophnleux administrés à l'intérieur , pendant qu'on eniployoit sur la tumeur tantôt des cataplasmes émolliens , contiuués très-peu de temps , tantôt des linimens faits avec l'Iiuile , le camphre et l'ammoniaque. Quelquefois on étoit obligé de suspendre ces derniers topiques pour recourir aux applications narcotiques. Les cataplasmes résolutifs , ceux de feuilles de ciguë, etc. y produisoient aussi des effets avantageux dans des cas où les cataplasmes émolliens devenoient nuisibles. L'administration des raédicamens purgatifs réitérés quatre à huit fois tous les mois , sous forme de pilules ou d'eaux minérales laxatives , contribue puissamment à résoudre celles de ces tumeurs qui avoient été rebelles aux autres moyens employés isolément.
Il arrive quelquefois que ces tuinenrs, qui sont peutêtre de nature scropliuleuse , s'enflamment, et qu'elles finissent par suppurer en déterminant un abcès profond et rempli d'une grande quantité de pus. D'autres fois il ne se forme point d'abcès dans la tumeur 5 mais on voit pa-' roître à sa surface une ou plusieurs taches d'un rouge blafard ou livide 5 il s'y forme des ulcérations qui simulent le cancer ulcéré , et qui en ont imposé même à des praticiens d'ailleurs instruits. Celte méprise est surtout facile lorsque l'ulcération sV^ablit à la suite d'ime induration plus ou moins étendue , qui d'abord étoit indo» lente, et à laquelle il est survenu une inflammation, qui a donné lieu à une ulcération.
Ces ulcères, d'apparence cancéreuse, commencent aussi quelquefois par l'inflammation de toute une mamelle^ qui , après avoir été très-long-temps douloureuse, finit par s'ulcérer à la surface , en fournissant dans le principe uuq plus ou moins grande quantité de pus ; les douleurs I. 11 '
l63 CANCER. DES MAMELLES.
sont alors plus ou moins violentes j et les malades disent qu'elles ont été lancinantes.
Il en est d^autres enfin qui commencent par une induration presque cutanée et d'un rouge terne, f]ui, après avoir persisté pendant très-loug-tenips , £nit par s'excorier et par former une ulcération ronde , à bords durs et relevés , et à surface enfoncée et blafarde.
Ces diverses ulcérations du sein finissent quelquefois, lorsqu'elles sont mal traitées j par présenter prescjue toutes les apparences des cancers du sein : les environs de l'ulcère sont d'un rouge tantôt plombé , tantôt livide , tantôt cramoisi 5 sa surface est inégale, fongueuse , et ses bords sont quelquefois renversés 5 sa base est dur© , et les slandes des aisselles sont assez souvent engorgées. On voit sur la tumeur des veines gonflées. Les médicainens débilitans , et les applications éuiollientes long-temps continuées , exaspèrent conimunément ces sortes d'ulcères; tandis qu'on parvient assez souvent à les guérir h l'aide des préparations alcalines , du sirop anti-scorbutique , des pdules d'extrait de cigue , des applications tantôt narcotiques j tantôt légèrenjeut excitantes, et en un mot en mettant en usage les moyens que nous avons dit conveinr pour combattre ces tumeurs dans l'état d'induration chronique.
§. VII. Abcès laiteux,
Lfcs femmes récemment accouchées , surtout lorsqu'elles nourrissent , sont quelquefois prises d'une inflammation de la mamelle , suivie de suppuration , et souvent il s'établit ainsi dans cette partie plusieurs abcès qui forment chacun une ouverture particulière. Pour l'ordinaire cette maladie ne ressemble pas à un cancer; mais il est des cas oii il se manifeste tout-à-coup, dans
CANCER DES MAMELLES. l65
îa mamelle qui siij)pLire , de vives douleurs avec des élancemens douloureux; quelciiies parties de la inanielle deviennent très-dures et même livides 5 les ulcérations s'élargissent , le pus devient de mauvaise nature : les veines des environs sont oonflées , etc. , et la maladie présente un aspect cancéreux. Ces cas sont d'autant plus effrayans , que rien n'empêche qu'une partie, qui n'étoit d'abord que dans un état d'inflammation ne
subisse la dé"énératioii cancéreuse, o
On peut cependant avancer qu'il est excessivement rare que dans le cas dont il s'agit ici, ce funeste accident ait eu lieu, et que très-probablement il y a eu erreur de diagnostic dans la plupart des cas où l'on a cru. voir cette transformation. Cette maladie doit être traitée comme une plilegmasie chez un sujet dont toute l'économie est fortement influencée par la disposition à la sécrétion du lait dans les mamelles. Les auteurs (lui ont écrit ea: professa sur les maladies des femmes (1), donnent à cet égard les plus sages conseils.
§. VIII. Phlegmasies laiteuses^
Il se manifeste assez souvent, chez les femmes qui nourrissent, une inflammation connue sous le nom de oo/7, ou mastodynie inflammatoire, qui ne tarde pas à se dissiper 5 mais dans certains cas, très-rares à la vérité , il reste, après cette afleclion, une petite induration qni persiste pendant des semaines, dcS mois, ou même des années. ,
Communément, lorsque les femmes sèvrent leuTS eu» fans, il survient aussi dans leius mamt lies de petites tu-
(i) Voyez enlr"'autres roiivrage de M. Gardien , sur .es ^nccouchemens , les Maladies clps femmes et des en/uns , 4 "^ol. in-80,
l64 CANCER DES MAMELLES,
meurs qui se terminent par résolution au bout de quelques jours 5 mais dans certains cas on a vu des tumeurs de cette espèce persister long-temps et rester dures et indolentes.
Ces indurations , dont l'origine date d'une époque où les mamelles étoient remplies de lait j ont été nommées tumeurs laiteuses , squirrhes laiteux.
Nous avons vu , chez une femme qui avoit une pareille tumeur, la mamelle renfermer vin peu de lait ou du moins une sérosité blanchâtre, quoique pendant plusieurs mois nous eussions administré les remèdes qu'on assure être les plus efficaces pour faire passer le lait. Nous avons TU, chez une autre femme, la tumeur persister, quoiqu'il n'y eût plus de lait dans le sein depuis long-temps.
Ces tumeurs sont-elles laiteuses? Notre question pourra paroître ridicule , mais nous avouerons ingénuement que nous n'avons à cet égard aucune opinion arrêtée. C'est à l'aide des sudorifiques ^ des évacuans, des remèdes nommés anti-laiteux, des applications résolutives , que nous avons vu se terminer de pareilles tumeurs qui étoient dures , inégales et tout-à-fait indolentes 5 elles ne présentoient cependant pas une dureté comme ligneuse. Plusieurs praticiens ont traité et guéri par des moyens analogues des tumeurs de même nature. Fabrice de Hilden (i) en rapporte un exemple remarquable. Une femme jeune et robuste, qui nourrissoit son enfant , fut attaquée d'une inflammation à la mamelle gauche. Lorsque Finflaramation fut apaisée , il resta une tumeur volumineuse et très-dure qui fît craindre la formation d'un squirrhe : on fit des tentatives inutiles pour en obtenir la résolution. Fabrice de Hilden ayant été appelé , ordonna sur-le-champ de sevrer l'enfant , et administra
(i) Cent, â , obs. 80.
CANCER DES MAMELLES. l65
à la mère un purgatif énergi(|ue. Il fit oindre tous ks jours les mamelles et les parties environnantes avec une dissolution, de gomme ammoniaqtie dans du vinaigre scillitique j il faisoit en outre appliquer sur la tumeur un cataplasme émoUient. A l'aide de cette méthode , et des évacuations alviues qu'il provoquoit de temps en temps , il obtint à la fin une résolution complète de la tumeur, et il guérit parfaitement la petite ulcéiation qui existoit près du mamelon. Cette malade , qui avoit été guérie contre toute espérance, jouit, dans la suite , d'une trèsbonne santé.
Le même auteur dit avoir retiré des effets tout aussi avantageux de la même méthode de traitement dans un autre cas semblable qui s'étoit présenté à lui en 16070
§. IX. Inflammation par sympathie de contiguiié^
On a vu fréquemment une dartre située autour du mamelon , ou sur une autre partie du sein , déterminer au bout d'un certain temps une douleur et une tuméfàc tion au-dessous de la peau et jusque dans Pintérieurde la mamelle. Cette tumeur peut devenir volumineuse, inégale et fort douloureuse. Quoique les malades comparent quelquefois les douleurs à des coups d'aiguille ou à des coups de canif , la maladie est pour l'ordinaire trèscurable , parce que ce n'est qu'une itiflammatîon susceptible de résolution. Il suffit ordinairement de combattre efficacement la dartre pour voir la tumeur de la mamelle se résoudre spontanément \ d'autres fois on employé en même temps le traitement antiphlogistique indiqué précédemment. Nous avons traité deux malades quiprésentoient cette affection 5 nous leur avons prescrit , avec une tisane de saponaire et de racine de bardane «i l'usage habituel de deux pilules de Belloste , ua vésica*
l66 CANCER CES MAMELLES,
toire au bras, et l'application constante d'une pommade composée avec du cérat , du soufre et de la trique pîlée : elles ont été complètement guéries de la tumeur du sein en moins de deux^mois. M. BridauU a traité plusieurs malades atteintes de cette inflanniiation sympathique ^ et les a guéries par l'application d'un cataplasme de carotte râpée sur la dartre.
§. Xé Reliquats d'une maladie antérieure des mamelles.
Lorsque la mamelle a été pendant long-temps le siège d'une inflammation quelconque ^ et surtout à la suite d'une suppuration de cette partie , il reste quelquefois une mrluration iudolénte très-opiniatre qui n'est point ïm squirrlie , mais une phlegmasie chronique. Cette maladie guérit spontanément par le seul laps du temps 5 et si elle continue trop long-temps , ou si elle devient douloureuse, on la traite souvent avec succès par les moyens que nous avons indiqués précédemment ( §. i®"^. à 8 ).
§. XI. Engorgement humoral erratique»
Les personnes sujettes à des douleurs de rhumatisme ^ de goutte vague, ou à certaines douleurs d'une nature inconnue , et probablement névralgiques , ont quelquefols, dans le seiri , des tumeurs dures , tantôt indolentes y tantôt douloureuses, qui dimimient par l'eifet d'un traitement anti-artbntique , et qui disparoissent lorsque }a. douleur névralgujue se déplace, de même que lorsque la goutte ou le rhumatisme se portent sur les articulations*
§. XII. Ecoulement d'un liquide non laiteux par Is
mamelon i
Astruc a décrit sous le nom de cancer henin des mame lies y une maladie qui ne nous semble pas cancéreuse
de sa nature , mais qui peut le devenir avec îe temps ^ dé niême que les diverses espèces de tumeurs désignées cidessus. Morgagni , Pouteau et Ledran paroissent avoir connu cette maladie, qu'ils ont vue à son début seulement. N'avant pas eu occasion de l'observer nous-même», nous nous bornerons à réunir ici ce qu'en ont dit ces divers auteurs. Yoici quelle est sa marcbe , et quels sont ses caractères , d'après Astruc (^Malad, des Fem?îi,y tom. YI, chap. VII, §. 2).
Description. — Dans les commencemens il sort de temps à autre , par l'extréraité du mamelon , une liumeur grisâtre 5 gluante, plus ou moins épaisse, d'abord sans odeur, et dans la suite un peu fétide.
A cette époque il n'y a dans la partie malade ni chaleur, ni rougeur^ ni tuméfaction, ni douleur, et lesraalades ne s'en aperçoivent que par la tache qui paroît de tenips en temps à leur chemise.
Pendant long-temps cette humeur ne coule que de loin à loin et presque sans aucune douleur, et sans aucun changement dans le Tolume , dans la souplesse ni dans ïa couleur de la mamelle. 11 paroît évident que cette humeur vient de dessous le mamelon et l'aréole , puisque , quand elle doit couler, la malade ressent à cet endroit de la chaleur et une espèce de chatouillement. Si cet écoulement éprouve quelque retard , l'humeur s'accumule, l'aréole s'enfle et devient douloureuse j le gonflement , la chaleur et la tension se font ressentir pendant quelques jours , jusqu'à ce que l'humeur purulente s'ouvre une issue et s'échappe 5 ce qui fait cesser tous les accidens.
ce J'^ai vu , dit Astruc , des femmes rester dans cet état, sujettes de temps en temps à la suppression de cette humeur , ce qui les faisoit souffrir quelques jours sans que leur mal empirât notablement j mais j'en ai vu d'autres
l68 CANCEP. DES MAMELLES.
en qui la cavité où cette humeur se fbrmoit ^ devenoit calleuse et assez réiiittente pour mériter presque le nom de squirrhe bénin 5 en qui cette humeur étoit plus purulente et contmuoit de couler par intervalles 5 en qui le volume de la mamelle avoit un peu augmenté 5 sans que les malades en ressentissent d'ailleurs aucune incommodité. »
ce Lorsque Fulcère devient calleux, la partie malade reste constamment enflée , tendue , douloureuse y ce qui va en .njgnientant à mesure que la callosité de Pulcère fait de^ progrès. Jusque-là cette maladie n'est qu'un ulcère fistuleux. D)
ce Mais j'ai vu , continue Astruc , deux personnes en qui cette cavité est dt venue chancreuse , s'est ulcérée , a détruit le mamelon , et a formé un cancer iucapable à la vérité de résolution et de suppuration, et sujet à des douleurs assez vives et souvent lancinantes , mais à cela prèsj un cancer bénin dont les bords ne se renversoient pas « qui ne changeoit presque point dé forme , et qui fourîiissoit même du pus assez louable en quelques endroits. »
ce Lorsque dans ces cas l'ulcère s'ouvre , le mamelon rongp dans sa base tombe 5 il se forme un cancer ouvert et ulcéré, mais d'un caractère bénin. »
ce II est aisé de voir par cette description y que le mal dont il s'agit n'est qu'un ulcère fistuleux au commencement; que cet ulcère, faute d'être détergé, devient calleux^ et même sqiiin heux , et qu'enfin il dégénère quelquefois en un cancer d'une espèce particulière dont la marche n'est pas la même que celle des cancers ordinaires. y>
ce Je n'ai obbervé ce mal que chez des femmes mal réglée.^ on déjà dérangées. r>
Cet ulcère reste quelquefois dans le même état sans faire aucun progrès j et quand il en fait j ces progrès ^Qnl
fort légers, mais enfin il dégénère quelquefois en cancer, tl CQ cancer ^ tout h enin qu'il est ^ ne peut être guéri que par l'extirpation , supposé que l'extirpation puisse être pratiquée. ^
Telle est la description d^Astruc , dont j'ai seulement retranché ce* qui est évidemment hypothétique, en ayant soin de réunir divers caractères que l'ordre adopté dans la rédaction de son ouvrage l'obligeoit de séparer.
On trouve dans les livres de l'art , des observations qui paroissent avoir quelque rajiport avec la maladie décrite par Astruc j et qui montreroient qu'elle dégénère en un véritable cancer lorsqu'elle se manifeste chez des femmes prédisposées à cette dernière maladie.
Pouteau (1) dit qil'une femme âgée de trente ans ^ rongée par des chagrins domestiques , eut pendant plusieurs années une douleur habituelle à l'estomac , à laquelle trois grossesses et les suites de deux couches n apportèrent aucun allégement. Pendant les couches de la troisième grossesse il survint au sein un dépôt de laitj une dureté et un écoulement par le mamelon 5 la douleur d'estomac cessa. Cette femme montra à Pouteau la glande qu'elle portoit au sein , et ce célèbre chirurgien trouva qu'elle présentoitjles dispositions tout-à-fait cancéreuses. Il ajoute que cette glande faisoit ressentir des douleurs déjà très-incommodes, et que ces douleurs ne pouvoient qu'augmenter avec le volume delà glande , s'd survenoit une suppression de Thumeur sale qui sortoit par le mamelon. Une dit pas si cet écoulement avoit précédé ou suivi la formation de la tumeur ; mais il continue en ces termes : a On voit souvent \u\ pareil écoulement par le mamelon j soit de sang, soit de sérosité, soit de quelque
(i) Œuçres posthumes y îom, ler, , pag. 61,
i70 CANCER DtS BIAMELLES.
autre htimenr y sans la moindre dureté y servir d'arantcoureur à uu engorgement du plus mauvais caractère. »
Mais cet écoulement n'est pas toujours accompagné d^nne lésion ors^anique des mamelles. Morgagni ( ep. 21 y^ 11^.47) parle d'une femme qui avoit eu à la mamelle gauclie des douleurs pour lesquelles elle s'étoit autrefois rendue à l'hôpital 5 elle mourut dans la suite d'un ané- Trisnie rompu dans la poitrine. Lorsqu'on fit l'ouverture du cadavre^ on trouva qu'en comprimant certaines petites duretés qu'on apercevoit à cette mamelle y on faisoit sortir par divers petits conduits du mamelon y une matière liquide qui avoit la couleur du tabac ; en comprimant d'autres duretés , on en faisoit sortir un liquide d'un vert noirâtre. Enfin, lorsqu'on incisa le tissu de la glande mammaire , on en vit transsuder un liquide noir dans certains endroits , vert dans d'autres 5 mais après qu'on javoit bien essuyé ce liquide , on trou voit le tissu propre de la glande blanc et sain , sans dégénération organique. Morgagni dit ailleurs ( ep. 5o y n°. 47 ) q"e lors même que cette femme auroit vécu long-temps , il n'oseroit pas décider si par la suite elle auroit eu ou non un cancer au sein.
Si ou mettoit en doute le danger d'un écoulement non naturel par le mamelon j et si on imaginoit qu'il ne peut point être l'avant-coureur du développement d'un cancer j on seroit détrompé par Ledran (i) , qui rapporte à ce sujet une observation très -précise , et dans laquelle j'ai cru reconnoitre quelque rapport avec la maladie décrite par Astruc.
ce Une femme très-grasse y qui avoit cessé d'être réglée depuis six ou sept anSj s'aperçut un jour que du bout de
(i) Menu sur le Cancer, obs. 28, Mcm, de VAcad, roj. d^ Chî'r. , tom. ÎII , pag. 41*
CANCER DES MAI\IELLES. 1 rf î
sa mamelle droite il snintoit un peu de sérosité sanguinolente par le mamelon , qui n'étoit pas saillant couim© l'autre , et que cette mamelle étoit pins grosse que Tantre. Ce suintement étant très-lé^er et avant ces^é dans les vingt-quatre heures ^ elle n'y pensa plus. Il revint peu après , et pendant trois mois il reparut encore un peu de temps en temps \ puis il cessa pendant treize mois. L''engorgement augmenta , et il survint des douleurs assez vives et fréquentes : alors on me consulta , mais trop \ tard, n
ce Je trouvai toute la mamelle fixe , immobile , et dura || même jusque sous l'aisselle. Je proposai j quoiqu'à regret, Popération comme étant l'unique ressoiuxe, et je ne fus pas écouté parce que la tumeur n'étant ni rouge , ni ulcérée , la malade et ses amis en conclurent que ce 11 etoit pas un cancer. Elle fit bien des remèdes qu'on lui proposa , la mamelle s'enflamma dans un point et s^ouvrit. Enfin j'appris qu'elle étoit morte au bout de dix-huit mois, d)
§. XIII. Tumeurs fibreuses.
^ Nous avons trouvé des défjénérations fibreuses dans les mamelles comme dans d'autres parties du corps (Introduction, chap. II , art. 2, §• 4 )• ^^^ tumeurs, d'abord charnues , deviennent ensuite fibro-cartilagineuses et enfin osseuses. 11 y a long-temps que cette dégénération a été observée. Ambroise Paré la reconnut chez une femme qu'on croyoit affectée d'un cancer an sein, et qu'on se proposoit d'opérer d'après l'avis de plusieurs chirurgiens qui avoient été consultés avant lui.
Ces tumeurs fibreuses peuvent être non circons-
dites (i) ou parfaitement circonscrites 5 elles sont trèsdures 5 inégales , et tonl-à-fait inclolentes. Mais elles peuvent donner lien à des symptômes bien capables de faire illusion. Il se forme quelquefois , dans le lissu cellulaire qui entoure ces tumeurs, une légère phlegmasie, et dès-lors la mamelle est douloureuse. Si on lait cesser la phlegmasie , la douleur cesse. Quand l'inflammation, augmente^ elle peut déterminer une suppuration et une ulcération j si dans ces sortes de cas la tumeur est bien circonscrite , elle peut sortir par l'ouverture qui s'est faite j et rien n'empêche ensuite la guéiison de cette plaie non cancéreuse. Morgagui a vu une de ces tumeurs parvenue à l'état osseux , et qui étoit sortie de la mamelle d'une religieuse (2). Il a trouvé aussi chez un homme une collection de matière crétacée dans une mamelle qui n'avoit subi aucune dégéiiéiatioii cancéreuse. Enfin, comme une dégéuération fibreuse ne peut pas empêcher le développement d^uue aFft-Ction cancéreuse tians son voitiiiiage , il peut se former autour de l'ossification une dégéuération cancéreuse, dans l'intérieur de laquelle l'oshification se trouve alors renfermée. M. jiridaut en a rapporté un exemple (3) j mais comme il n'avoit aucune idée des tumeurs fibreuses ^ il a cru que le squirrhe s'étoit ossifié.
§. XIV. Tumeurs enkystées.
Nous n'avons jamais observé de loupe dans les mamelles j mais nous y avons vu une tumeur enkystée
(i) Voyez notre obs. ; et Lieutaud , Hùt. Anat. Méd. , lib. IV, obs. 116. Voyez aussi Bonet , Sepulchretum , lib. III , sect. 2.1, obs. 61. '-^^
(2) Ep. 5o,no. 41. ' "
(3) Traité de la Carotte ^ pag. 387.
CANCER DES MAMELLES. . l-jS
pleine de petites hydatides , qui avoit. été prise pour un cancer par deux chirurgiens tiès-liabiles , et qui se termina par une guérison complète. Il paroît que quelques auteurs ont vu aussi des tumeurs enkystées de diverse nature dans les mamelles. Il en est fait mention dans leurs ouvrages.
Ces tumeurs mobiles et indolentes peuvent très-bien simuler, dans quelques cas , un squirrlie indolent, et leur diagnostic peut être quelquefois très-difficile ou même impossible dans l'état d'intégrité de la peau qui recouvre la tumeur.
Article V.
Diagnostic des tumeurs cancéreuses du sein.
Les livres de Tart sont remplis d'observations relatives à certaines tumeurs dures et indolentes qui se sont terminées par une résolution complète j quoiqu'elles fussent stationnaires depuis un certain temps.
Fabrice de Hilden (i) , Dionis (2) , Yanswieten (3) y George Nesse Hill (4) j Lamotte (5) , Vacher (6) , Ledran (7) , et une infinité d'autres auteurs font mention de ces sortes de guérisons.
D'un autre côté , il est certaines tumeurs que des hommes de l'art très-instruits ont traitées sans succès ^ quoiqu'ils aient été consultés dès les premieis temps de
(i) Cent. 2 , obs. 80.
(2) Opérations de Chirurgie , 8-. édit. , pag. 36c).
(3) Conitn. in Aph. , 490*
(4) Ann. de Lit ter. Méd. , etc. , tom. VIII, pag. 5i2.
(5) Obi. , tom. II , obs. 292 , pag. zSi.
(6) Uiss. sur le Cancer ^ pag. 181.
(7) Mém, de l'Acad. 10/. de Chir. , tom. lîl , pag, 2Z,
l'invasion de la maladie. La différence de ces résidtats tient à ce que toutes les indurations chroniques et indolentes du sein ne sont pas de la même nature j'cûmme on vient de le voir (art. 4)*
Les rné[)rises auxquelles ont donne lieu les maladies qui simulent le cancer, n'ont pas moins contribué que la mauvaise foi ou le charlatanisme, à la vogue momentanée qu'ont obtenue tous les remèdes proposés jusqu'à ce jour contre le cancer : vérité affligeante , mais qu'il impoi te de dire avec franchise pour écarter des illusions qui nuisent essentiellement aux progrès de la médecine. A la vérité , tous les médecins savent que parmi les indurations qui se forment dans les marnelles , il en est plusieurs qui sont susceptibles de rébolulion. Dionis Vacher , George Nesse Hill , et une infinité d'autres s'expli<|ueiit à cet égard dans les termes les moins équivoques. Dionis et Vacher remarquent que c'est en faisant ])assor pour des cancers ces sortes de tumeurs susceptibles de résolution , que les charlatans font des cures merveilleuses et acrpiièrent une grande vogue momentanée. G. N. Hill, chirurgien à Cliester , va bien yjlus loin encore , et il fait très-bien sentir les erreurs dans lesquelles tombent souvent les hommes les plus instruits , en se hâtant trop de prononcer sur la nature des tumeurs SU! venues aux mamelles. Il ajoute : ce J*ai souvent vu se terminer yjar résolution des tumeurs que des chirurgiens renommés avoient assuré ne pouvoir être gtîéries que par l'extirpation. Les tumeurs susceptibles de se terminer de celte manière ne sont point squirrheuses, et ne peuvent point dégénérer en cancer. Autrefois j'ai extirpé plusieurs glandes engorgées 5 aujourd'ljui je suis pleinement convaincu que la plus grande partie d'entre elles n'auroient jamais dû être extirpées. Dernièrement; encore ^ je suis parvenu à résoudre plu-
CAiSCER DES MAMELLES. jj^
sieurs tumeurs semblables en persévérant dans l'emploi des moyens appropries.
Tl est bien vrai que les tumeurs squirrheuses des mamelles ne se terminent point par résolution , et qiie , parmi les autres tumeurs j celles (]ui ne sont ni fibreuses ni enkystées sont susceptibles d'une parfaite résolution. Il est vrai encore que les plus habiles médecins n'ont pas la certitude d^avoir ^uéri un seul cancer, même dans l'état de squirrhe indolent, tandis que des charlatans qui ignorent jusqu^aux premiers élémens de la médecine, font tous les jours des cures merveilleuses en ce genre. Mais on est forcé de convenir que c'est à la difficulté du diagnostic que doivent être rapportées la plupart des erreurs dans lesquelles tombent trop souvent des hommes, d'ailleurs très-instruits , qui prononcent trop légèrement et avec trop d'assurance sur la nature des tumeurs des mamelles pour lesquelles ils sont consultés.
Comment, en effet , ne seroit-on pas fréquemment induit en erreur concernant la nature de ces indurations ? Il en est quid'ahord ne paroissoient pas des squirrhes, et qui au bout d'un certain temps en offrent tous les caractères 5 d'autres qui parolssoient squirrheuses, disparoissent d'elles-mêmes avec le temps , ou cèdent à un traitement méthodique , et dans quelques cas à des remèdes conseillés par des bonnes femmes ou par des charlatans.
Presque tous les hommes instruits conviennent que les tumeurs non cancéreuses sont pour la |)hipart susceptibles de résolution , et que les vrais squirrhcs, c''està-dire les cancers commênçans qui sont à l'état de squirrhe indolent, ne sont point susceptibles dti résolution. Mais comment distinguer sur le sujet vivant les tumeurs du sein susceptibles de résolution, d'avec celles qui ne peuvent pas se terminer de la même manière , et qui
peuvent dans la suite occasionner la mort ? En un mot j, comment distinguer les tumeurs cancéreusesdes mala* dies qui les simulent ? Il est d'autant plus intéressant de connoître quelle est la nature de la tumeur^ que le traitement doit être fondé sur le jugement qu'on en. porte. Ces divers motifs nous ont engagé à réunir ici tout ce qui nous a paru propi e à éclairer le diagnostic des tumeurs cancéreuses du sein.
Si l'on compare attentivement les diverses maladies dont nous venons de présenter le tableau dans le paragraphe précédent, avec les tumeurs cancéreuses du sein, en ayant égard aux nombreuses variétés qu'offrent ces dernières , relativement à leur origine, à leur accroissement, à leurs symptômes, à leurs divers degrés , etc., on concevra sans peine quelle doit être dans certains cas la difficulté du diagnostic. Aussi ne craindrons-nous pas d'avouer que cette partie laisse encore beaucoup à désirer.
La dissection de la tumeur , la marche de la maladie , sa terminaison favorable ou funeste éclaireront tôt ou tard sur sa nature 5 mais quand il s^agit de donner des conseils à un malade , l'occasion est pressante , l'indécision est dangereuse, les délais peuvent devenir funestes. Il est donc indispensable de ne rien négliger pour reconnoitre quelle est la nature de la maladie, sans recourir à l'amputation et sans attendre la guérison ou la mort des malades.
Nous espérons qu'on pourra , presque dans tous les cas , décider le parti qu'il convient de prendre dès qu'on aura comparé attentivement les signes de la tumeur qu'on a sous les yeux, avec ceux qui distinguent assez ordinairement les tumeurs cancéreuses d'avec les autres indurations 5 mais pour ne pas errer en prononçant sur la nature d'une tumeur qui n'offre pas ^ d'une manière bien
CANCER DES MAMELLES. in^
évidente, tous les caractères d'un véiitable squirrlie , il ne faut pas considérer sépaiénient un seul des situes distinctifs : chacun d'entr'eux en paiticiilier seroit piesque toujours insuffisant 5 la réunion de plusieurs permet difficilement de tomber dans Terreur.
Les signes suivans seront très-utiles pour éclairer le praticien dans les cas douteux*, ils peu^e!Jt servir à distinguer le cancer dans l'état de squirrlie njdoleiit , de squiirhe douloureux et de squirrlie ulcéré , d'avec les maladies qui peuvent le simuler dans chacune de ces trois périodes :
1°. Les tumeurs cancéreuses commençantes ne sont pas toujours douloureuses. Les autres tuuieius du sein ( art. 4^ §• ^^'^ ^ §• 1 1 ) Is sont presque toujours au moment où elles commencent.
2". Les tumeurs cancéreuses qui ont été un peu douloureuses au moment de leur début, deviennent toutà-fait indolentes dès qu'elles ont cessé d'aug.iienter de volume. Les autres tumeurs (art. 4 > §• i^*^ '^ §• 1 1 ) conservent très-souvent un peu de sensibilité lorsqu'elles ont cessé de grossir. On augmente cette souffrance ou bien on la réveille par une légère pression.
3**. Les tumeurs indolentes , lisses , égales et régulières , sont rarement cancéreuses. Les tumeurs indolentes qui sont en même' temps inégales, irrégulières ^ anguleuses , et comme recouvertes d'aspérités , le sont presque toujours , et cela surtout dans les cas où elles ne sont pas formées par une tuméfaction partielle de la. glande mammaire,
4**. Les tumeurs stationnaires , ovales ou sphéroïdes, et mobiles, de nature cancéreuse, sont tout-à fait indolentes , très-dures , très-rénittentes , et dans la plupart des cas comme ligneuses ou pierreuses. Les tumeurs non cancéreuses qui présentent d^ailleurs les mêmes formes ^ L 12
ï^8 ~ CANCER DES BIAMELLES-
et qui sont tont-à-fait incloleiUes , conservent nne sorte de souplesse élastique, si elles appartiennent à quelque altération de la nature de celles qui ont été décrites dans l'art. 4? §• 1^^ ^ §• 1^* I^ ^^^'y ^ ^"^ ^^^ tumeurs fibreuses (art. 4) §• i3 ) et les tumeurs enkystées Tart. 4? §• i4 ) qui puissent offrir la même rénittence que les tumeurs cancéreuses j mais ces sortes de tumeurs sont très-rares dans les mamelles.
5°. Les tumeurs cancéreuses indolentes , quoique ovoïdes f lisses , et njéme mobiles , sont entourées d'iine sorte d'atmosphère endurcie et indolente. Les tumeurs non cancéreuses indolentes n'ont autour d^elles aucune atmosphère endurcie j et si elles en ont une , elle est formée par une phlegiuasie cellulaire qui devient douloureuse par la piession.
6^. Lorsque des tumeurs cancéreuses indolentes occupent ime portion de la glande mammaii e , elles ont une surface inégale , souvent irrégiiHère et même anguleuse , et en ujême temps nue extrême dureté et une sorte d'insensibilité , de sorte qu'on peut les comprimer sans y occasionner de la douleur. La plupart des tumeurs partielles de la glande mammaii'e j qui sont indolentes sans être cancéreuses ni fibreuses^ ne présentent ni autant de duieté ni autant d'insensibilité y quoiqu'elles soient inégales , inégjdières et-rangideuses.
y^. Les tumeurs cancéreuses qui ne sont point lisses et régulières , font éprouver , lorsqu'on les touche , une sensation pareille à celle qu'on éprouveroit s'il y avoit au-dessous de la peau une substance ligneuse , pierreuse ou inorganique. Les tumeurs non cancéreuses ne font point éprouver cette sensation y pourvu qu'elles ne soient pas fibreuses.
8^. Les tumeurs cancéreuses indolentes qui sont irrégulières J anguleuses p ou recouvertes d'aspérités ^ ne
sonl: pas parfaitemeut circonscnres. Les autres tumeursci es m ameiles qui présentent les luênies apparences , et qui ne sont point fibreuses y sont parfaitement circonscrites 5 celles qui ne le sont pas aussi exactement, ne sont pas tout-à-fait insensibles à la pression y parce que le tissu cellulaire qui les entoure est dans un état de légère phlegmasie,
9^. Les tumeurs cancéreuses peuvent être tout-à-fait immobiles, quoiqu'elles soient parfaitement indolentes. Les autres tumeurs indolentes sont toujours mobiles j excepté peut-être dans quelques-uns des cas où elles sont fibreuses.
10°. Le squirrlie, à son deuxième degré , est accompagné d'abord d'élancemens douloureux bien distincts et semblables à des coups d-'aiguille^ il est parfaitement indolent dans l'intervalle^ souvent très-long, de ces douleurs lancinantes. Les tumeurs non squirrheuses ne font pas sentir de douleur qui puisse être comparée à un coup d'aiguille , lorsqu'elles sont d'ailleurs tout-à-fait indolentes et que la pression n'y détermine aucune douleur,
11*'. Le squirrhe devenu constamment douloureux a été indolent , et il fait ressentir des douleurs lancinantes outre les autres douleurs habituelles. Les tumeurs non. squirrlieuses y douloureuses , n'ont pas été indolentes * et celles qui ont été indolentes ne font pas éprouver de douleur lancinante indépendamment des douleurs habituelles 5 il faut cependant , à cet égard., se défier du rapport des malades; car nous en avons^vu qui disoient avoir ces deux sortes de douleurs, et dont la tumeur du sein s'est dissipée avec assez de facilité. Celles qui disent n'avoir pas de douleur lancinante n'ont pas de cancer ; j mais celles qui disent^voir de pareilles douleurs n'ons î pas toujours un cancer,
12^. Le squirrhe qui e' ulcère ne fournit jamais un@
l80 CANCER DES 3ÎAMELLES.
suppuration de bonne qualité au moment de son ulcération : il fournit un liquide séreux ^ ou sanieux , ou visqueux etc. L'induration non squirrheuse qui s'ulcère fournit souvent j au moment où la peau est percée j une niatière véritablement purulente.
13°. Le squirrhe ulcéré j lardacé j cérébriforme j etc. j est souvent recouvert de vaisseaux sanguins, distendus et comme variqueux, même quand la tumeur est peu volumineuse. Les indurations non cancéreuses peu volumineuses ne présentent presque jamais de veines distendues et comme variqueuses.
lA?. Le cancer ulcéré succède à un squirrlie qui a été indolent avant d'être accompagné de douleurs lancinantes. L'ulcère non cancéreux ne s'est point établi de la même manière.
15°. Le cancer ulcéré qui succède immédiatement à un ulcère non cancéreux , fait éprouver des douleurs lancinantes indépendamment des autres douleurs. L'ulcère cancroïde ne lait pas éprouver de douleur lancinante ; néanmoins, s'il est compliqué de dartres, s'il s'y forme de petits foyers de suppuration , les malades peuvent confondre avec les douleurs lancinantes la douleur puisa tive de l'inflammation ou les picotemens brûlans de la dartre.
16°. Le cancer ulcéré des mamelles ne passe jamais à l'état d'ulcère non cancéreux susceptible d'une parfaite CTuérison ou de former une cicatrice sans qu'il reste audessous une induration squirrheuse. L'ulcère cancroïde est susceptible de reprendre un caractère bénin , et de se cicatriser parfaitement sans qu'il reste à la mamelle une indiu'ation squirrheuse au-dessous de la cicatrice.
ino. L'ulcère cancéreux qui ^succédé à un squirrhe est toujours porté sur une base dont le tissu est cancéreux (Introd. ^ chap. Il j art. i®*^, et I"*^ Partie, chap. II ,
CANCER DES MAMELLES. l8l
art. 2 ). L^ulcère cancroïde ne présente pas clans sa structure intime le parenchyme cancéreux.
18°. L'ulcère cancéreux qui est de la nature du cancer rongeant (I''^ Partie, cliap. Il, art. a), présente dans le tissu de la surface ulcérée des portions de parenchyme cancéreux entremêlées avec le tissu sain ou situées à sa surface, et il peu* être accompagné de la dégénération cancéreuse des glandes axillaires tuméfiées. L'ulcère cancroïde qui simule le cancer rongeant, ne présente pas la moindre trace du tissu squiriheux 5 et s'il est accompagné de la tuméfaction des glandes axillaires , celles-ci sont dans un état de phlegmasie (II®. Partie, cliap. I^"^ , art. 2 , §. 5), et elles n'ont pas subi la dégénération cancéreuse.
Les différens signes dont nous venons de faire mention ne sont point infaillibles, excepté le dernier ( §. 17 et 18 ) auquel on ne peut recourir que dans les cas où des raisons majeures ont nécessité l'amputation de la tumeur. Ces signes ne sont donc pas suffisans pour donner une certitude complète relativement à la nature d'une tumeur pour laquelle on est consulté 5 mais , nous nous plaisons à le répéter, ils suffisent dans la plupart des cas pour éviter l'erreur 5 et la réunion de la plupart d'entr'eux constitue le signe patJio gnomon Ique du cancer des mamelles. En étudiant avec soin tout ce qui peut éclairer le diagnostic d'une induration située à la mamelle , en examinant son degré de sensibilité, sa rénittence ou sa mollesse, sa mobilité , ses causes occasionnelles , etc. , on parviendra presque toujours à distinguer son caractère dans les casoùlatumeur est douloureuse ou même ulcérée. On le distinguera fréquemment aussi à l'époque où la tumeur est indolente 5 mais il ne faut pas se contenter d'un examen superficiel. A combien de causes d'erreur n'est-on pas exposé? On peut confondre avec Fatmo-
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sphère sqnirrheuse ( §. 5 et §. 8) qni entoure quelquefois les tumeurs cancéreuses , l'atmosphère inflammatoire qui entoure certaines tumeurs non cancéreuses. L'état de sensibihté ou cl"'insensibilité de la partie malade que l'on comprime, peut aider à distinguer ces deux soites d'atmosphères 5 mais il est bon de savoir ^(^u'une atmosphère inflammatoire peut se former autour d'un véritable squirrhe et induire le praticien en erreur. On ne peut dans ces cas porter une décision qu'après avoir traité !a maladie. On combat l'inflammation du tissu cellulaire qui entoure la tumeiu'. Dès que cette phlegmasie est dissipée, si la tumeur éioit cancéreuse j elle présente la dureté j la rénittence ^ l'insensibilité et les autres caractères des tumeurs cancéreuses. Si au contraire la tumeiu- étoit une phlegmasie chronique , on y trouve une sorte de souplesse, une certaine niollesse j etc.
Ij'examen du caractère des douleurs n'exige pas moins d'attention. Quand \^n squirrhe indolent passe à l'état douloureux , il se forme souvent une irritation inflammatoire dans ses .alentours. Un traitement convenable dissipe cette inflammation accidentelle : la tumeur diminue, parce qu'une partie de son volume étoit due à l'engorgement inflammatoire j mais il ne faut pas se hâter de décider que la maladie n'est point cancéreuse^ car si elle a ce pernicieux casr^^tère , après les plus belles apparences de résolution , il reste un endurcissement que rien ne peut dissiper, et on finit par ne plus pouvoir se faire illusion sur la nature cancéreuse de la tumeur, dont on s'étoit d'abord flatté d'obtenir la résolution complète.
U sera utile de résumer en peu de mots les règles générales qu'on peut donner sur le diagnostic des indurations chroniques du sein. Ces rè2.1es se réduisent slux
propositions suivantes^ qui sont le résultat d^une multitude d'observations particulières.
1*^. Parmi les signes des tumeurs cancéreuses du sein, il n'en est aucun qui suffise seul pour caractériser ces tumeurs. jn
2°. Une tumeur qui réunit plusieurs de ces signes est presque toujours cancéreuse : ainsi sur cent tumeurs du sein qui tontes sont dures, inégales, insensibles à la pression , et qui existent depuis plus d'un an , il y en a environ (piatre-vingt-dix-neuf qui sont cancéreuses.
3°. Si cette tumeur, cjui offre plubieuis des signes du véritable sfjuirrhe, a ré.sisté au trait^niLnt des phlegmasies cbrôniques , et à celui des engorgemens sanguins j scrophuleiix , laiteux , arthritiques, etc., que nous avons exposéi> art. ^ ? et à ceux que nous exposerons dans l'art, f^, on peut regarder comme à-peu- près certain que cette tumeur est cancéreuse. On se trompera tout au plus une fois Mir mille en pareil cas.
4°. Lorsqu'une tumeur dure , indolente et insensible à la pression , existe dans une mamelle depuis un certain temps , s'il y survient de temjis à autre des élanceniens douloureux, instantanés, et que dans les intervalles des élancemens elle soit absolument indolente et insensible à la pression , on peut assurer que cette tumeur est cancéreuse. Sur dix mille cas pareils on ne se tromperoit peut-être pas une seule fois.
5°. Si l'examen des caractères de la tumeur, <le sa cause occasionnelle , des dispositions moibiflques de la malade , de l'état de santé Je ses parens , etc. , n'a pn suffire pour éclairer le diagnostic, on appliquera à la tumeur le traitement des phlegmasies chroniques , cfeîui des engorgemens scropliuleux , laiteux , arthritiques , dfiitveux , elc. , selon {|u'oii aura lieu de soupçonner l'une pu Tautre de ces affections j elle degré d efficacité du
l84 CANCER DES MAMELLES.
traitement acLevera pour l'ordinaire de fixer les idées sur
la nature de la tiini» ur,
6°. Les ulcères des mamelles f|ni ont succède à un sqnitrhe d'abord insensible à la [>ression , puis devenu lancinant, et cjiil sont poi tés snr une tnnieur très-dure 5 formée par la propai»ation de la tiuneur sqnirrliense , sont ronjonrs cancéreux^ (quelle que soit d'ailleurs l'apparence de leurs bords et des vaisseaux sanguins c[ui entoineni la finneur.
7". Les ulcères du sein, qui n'ont pas succédé à un squirilie tel que celui dont nous venons de parler, peuvei't ne pas ètie cancéreux , quoique le(U' surface soit trèsmép^ale et anfractueiise , leurs bords relevés ou même renversés, en même-temps (|ue la base de la tumeur est très dure , et ses alentours recouverts de vaisseaux variqueux. On ne doit prononcer sur la nature de ces sortes d'ulcères , (ju'après qu'on a inutilement employé, pour les combattre^ les divers traitemcns capables d'apaiser riiiflduimation et de détruire le vice scrophuleux , siphilit!(jU3, ou autre, qui pourroit entretenir la maladiej et si Oïl a cru devoir extirper la tumeur, on doit examiner avec soin quelle est la nature de son tissu , pour régler^ d'après cette connoissance , le traitement ultérieur et le pronostic.
S\ Lorsqu'une malade meurt avec une ulcération du sein , qui a paru cancéreuse quoiqu'elle n'eût pas débuté sous la {"orme d'un S([uirrhe indolent , etc. , on doit examiner avec soin la tumeur , la disséquer et la décrire: si on n'y trouve point de tissu cancéreux, la maladie étoit un ulcère cancroïde et non point un ulcère cancéreux. Il est alors utile de publier le résultat de^ ce^t examen et Fhistoire de la maladie, puisque cela peut conduire à découvrir de nouveaux signes cjui aident à