‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 20 sur 121 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Cancer des testicules ou sarcocèîe cancéreux.

Cette maladie est très-fréquente. Elle a toujours occupé une place considérable dans les lois de chirurgie, où elle se trouve confondue sous le nom de sarcocèîe, avec plusieurs espèces d'indurations chroniques du scrotum, et avec plusieurs autres tuméfactions chroniques des testicules qui n'ont rien de commun entre elles , si ce n'est quelques apparences extérieures : de là, les nombreuses contradictions qu'on remarque dans les auteurs, au sujet des causes du sarcocèîe , de son diagnostic et des probabilités de sa guérison. Comment en effet auroit-on pu s'entendre, lorsqu'on parloit de choses différentes, en croyant parler d'une seule et même chose. Pour éviter à l'avenir un tel abus de mots , une telle confusion d'idées , il est indispensable d'examiner successivement, et avec quelques détails, toutes les tumeurs du scrotum qui ressemblent au sarcocèîe cancéreux, et qui ne pouvoient en être distinguées avant qu'on eût des idées bien exactes sur les dégénérations organiques. Aussi donnerons-nous un soin particulier à cet examen dans ce chapitre; en conséquence , nous exposerons d'abord la doctrine des auteurs relativement au sarcocèîe ; ensuite, après avoir tracé l'histoire du cancer des testicules ou sarcocèîe cancéreux , donné la description anatomique de la dégénération organique , indiqué les différences que présente la maladie ,

CANCER DES TESTICULES. 5oï

selon la variété du tissu cancéreux, nous nous occuperons spécialement des sarcocèles non cancéreux, c'est-à-dire, des tuméfactions chroniques des testicules qui nepouvoient pas être distinguées du sarcocèle cancéreux, avant qu'on eût des idées bien exactes sur les dégénérations organiques. JSous parlerons sommairement aussi des autres maladies quipourroient être confondues avec le cancer des testicules. Nous dirons quelques mots sur le diagnostic de cette dernière maladie, et enfin, nous indiquerons son traitement, et nous rapporterons quelques observations particulières.

ARTICLE PREMIER

Doctrine des auteurs relativement au sarcocèle.

Toutes les tumeurs chroniques un peu volumineuses , développées dans le scrotum , et composées d'une substance charnue plus ou moins compacte , ont été désignées sous le nom de Sarcocèle, qui signifie tumeur de aapxoç chair y et y.-nkn tumeur charnue. Les auteurs qui ont voulu mettre plus de précision dans leur langage, n'ont compris, sous le nom de sarcocèle, que celles de ces tumeurs qui ont leur siège dans l'épididyme , dans le testicule ou dans les tuniques qui l'entourent. Heister (i) et Morgagni (2) ont déclaré nettement et avec raison qu'on de voit donner le nom de tumeurs du scrotum , plutôt que celui de sarcocèles y aux affections de cette partie qui n'ont pas leur siège dans le testicule. 31. Roux (5) est à peu près du même avis. Le sarcocèle , considéré en général, a reçu des noms

(i) Heister. Dissert, de sacocete, § 36.

(2) De sedib. et caus. morb., ep. l\ô, i>.°42'

^5) Mélanges de chirurgie, p. ji2 5,

502 CAKCER DES TESTICUI.ES.

clifFérens, selon que la tumeur a commencé à se manifester dans telie ou telle partie , qu'elle a acquis tel ou tel volume, et qu'elle est arrivée à un degré plus ou moins avancé. Nous croyons devoir indiquer ici ces noms qu'il est bon de connoître, lorsqu'on veut lire avec fruit ce que les auteurs anciens nous ont transmis relativement ausarcocèle. Quand la tumeur n'occupe que l'épididyme ou l'extrémité des vaisseaux spermatiques , on l'a nommée caro adnata ad vasa , excroissance charnue née sur les conduits speranatiques.

Si la maladie commence à la surface du testicule , où elle forme une sorte de bosselure, on l'a indiquée sous le . nom de caro adnata ad testem, excroissance charnue née sur le testicule. Lorsque celui-ci est depuis long-temps tuméfié dans toute son étendue, dur , indolent, et sans inégalité à sa surface^ la tumeur est désignée sous le nom de sarcocèle indolent ou squirrhe du testicule, quelle que soit d'ailleurs la nature de l'induration.

Si le sarcocèle, après avoir été indolent, est devenu douloureux, on le désigne sous les noms de sarcocèle dégénéré, cancer bénin ou cancer oculte du testicule, quoique dans divers cas la dégénération organique ne soit pas cancéreuse. Enfin lorsque le sarcocèle est ulcéré, la maladie est nommée sarcocèle malin ou cancer ouvert du testicule; et cette dénomination appliquée à tous les cas d'ulcération d'une tuméfaction chronique des testicules, est d'autant plus inexacte qu'à l'époque où elle étoit encore universellement admise , on avuit déjà vu plusieurs exemples de sarcocèles parvenus à l'état d'ulcération , qui s^étoient ensuite complètement cicatrisés.

Les tumeurs confondues sous le nom de sarcocèles , sont de nature très différentes, comme on le verra dans l'art. 5 de ce chapitre , et l'on ne doit ranger parmi les maladies cancéreuses j que celles qui appartiennent véritablement

CANCER DES TESTICULES. 5o5

à cet ordre de maladies. Les autres dont nous nous occuperons avec quelques détails, dans l'article 5 que nous venons d'indiquer, sont, les unes scrophuleuses, les autres syphilitiques, les autres inflammatoires, etc. ; elles doivent donc être regardées non comme des cancers du testicule, mais comme des maladies de toute autre nature.

ARTICLE IL

Histoire du Cancer des Testicules ^ ou du Sarcocèle cancéreux.

Le cancer des testicules est moins fréquent que ne l'est le cancer des mamelles chez les femmes. Il est cependant très-commun , il constitue la maladie connue sous le nom de sarcocèle cancéreux; sarcocèle beaucoup plus fréquent à lui seul que tous les autres sarcocèles réunis. Il peut survenir, ou se manifester à la suite d'une cause occasionnelle bien évidente, telle qu'un coup, une contusion, une pression long-temps continuée ou fréquemment répétée. On peut encore ranger parmi les causes occasionnelles du sarcocèle cancéreux l'altération des testicules, de l'épididyme, ou du cordon produit par vme inflammation aiguë, ou par le développement d^un sarcocèle non cancéreux. La maladie qui, dans ce cas, n'étoit pas cancéreuse dans l'origine, le devient par la suite d'une manière évidente, et constitue le sarcocèle cancéreux consécutif.

Comme tous les sujets ne sont pas prédisposés au cancer, il y a plusieurs exemples de sarcocèles volumineux et même ulcérés qui ne sont point devenus cancéreux.

Mais lorsque le sujet est prédisposé au cancer des testicules, la plus légère cause sufîit pour faire naître cette maladie; nous croyons devoir donner quelques détails à ce sujet: i** Plusieurs des observations que nous consignons dans cet article prouvent que le cancer des testicules sur-

3o4 CANCER DES TESTîCrLES.

vient quelquefois spontanément par suite d'une diathèse cancéreuse bien prononcée. [Observ. i", et Observ, 6'.) 2° Plusieurs faits montrent que chez les sujets prédisposés au cancer du testicule , la plus légère cause occasionnelle suffit pour faire développer cette redoutable maladie. ( Voyez l'Observation 2°).

M. Boyer citoit dans ses cours de pathologie les deux faits suivans. Un marchand devin (1) reçut de son perruquier un léger coup de sac à poudre sur le testicule; ce coup qui fut à peine sensible détermina un cancer de cet organe, qui fut la cause de sa mort. Un bénédictin (2) se froissa le testicule en miontant à cheval. Il survint un engorgement inflammatoire. Les antiphlogistiques diminuèrent l'irritation et bornèrent l'engorgement, mais la maladie dégénéra par la suite en squirrhe. M. Lassus rapporte dans sa médecine opératoire (t. 1.), une observation dans laquelle on voit qu'une pression inconsidérée, exercée pendant plusieurs années sur un testicule, avoit puissamment contribué à faire développer un sarcocèle cancéreux qui devint mortel. Le célèbre Pott, ^Œuvres chirurgie, tome 2 ) , quis'étoit occupé avec un soin particulier des maladies désignées sous le nom de sarcocèles, ne paroît pas disposé à regarder le cancer du testicule, comme la transformation d'une autre maladie. Il est persuadé que l'induration de Tépidydime qui reste après les inflammations syphilitiques du testicule, peut coïncider avec le développement du sarcocèle cancéreux, mais qu'il n'en est pas la véritable cause. Il fait très-bien remarquer que le gonflement inflammatoire des testicules, occasionné par la syphilis , n'est pas de même nature que le

(1) Dissert, sur te sarcocèle ^^âr M. Bonneterie. Paris i8q5, p. 2i,

(2) Ibid. jjag. i8.

CANCËA DÈS TCSTICILES. 5oa

sarcôcèle cancéreux , et n'est point suivi de cette sorte de dé^énératiou; mais il convient que chez les sujets prédisposés au cancer du testicule, Tirrilation inflanimjloire dont il s'agit, peut faire déclarer cette redoutable maladie. Il avertit que, dès que ce funeste accident est arrivé, lesanlisiphjlitiques deviennent inutiles, et qu ils sont même quelquefois pernicieux, parce qu'ils accélèrent la marche du cancer déjà douloureux, ou ulcéré, comme on le voit par quelques exemples que rapporte ce célèbre chirurgien. On ne peut retirer aucun avantage des antisyphilitiques, pour opérer la résolution du sarcocèlc devenu cancéreux et indolent, quoique le vice vénérien ait été la cause occasiooelle de la maladie. M. Boyer ciloit , dans ses leçons de pa- Ihologie (i), l'observation d'un jeune homme qui contracta deux ou trois gonorrhées, dont la suppression détermina l'engorgement inflammatoire du testicule. Les gens de l'art que le malade consulta, se contentèrent d'administrer des remèdes généraux , propres à faire cesser la douleur. Le testicule ayant été atteint vers ce temps d'un coup léger, il devint gros, douloureux et assez dur. Le malade vint alors consulter M. Boyer, qui le traita par les frictions; malgré tous ces moyens, la tumeur ne diminua point, et le testicule resta squirrheux.

Le sarcôcèle cancéreux n'affecte ordinairement qu'un seul côté; néanmoins, on l'a vu plusieurs fois se développer des deux côtés, soit successivement, soit simultanément. C'est le testicule gauche que nous avons trouvé le plus souvent frappé de celte maladie.

Il seroit cependant possible que dans certains pays, le sarcôcèle se manisfestât bien plus fréquemment du côté droit, que du côté gauche. Fabrice de Hilàen { cent . iv,

(i) M. BoisNETERRE, Dissert, sur U sarcoçéle, pag. i8 (Paris i8o5,) ï. ?0

3o6 CANCER DES TESTICULES.

observ. 64) qtii exerçoit en Suisse, dit n'avoir rencontré dans tout le cours de sa vie , qu'un seul sarcocèle du côté gauche , mais il en avoitvuun grand nombre dn côté droit.

Il est rare que le sarcocèle cancéreux se manifeste avant l'âge de 25 ans. Presque toujours, lorsqu'on observe un sarcocèle avant celte époque, la maladie est de nature scrophuleuse , tuberculeuse, syphilitique, ou inflammatoire, etc. ; mais après l'âge de 20 ans, le sarcocèle cancéreux peut se développer à toutes les époques de la vie. Il paroît toutel'ois qu'il est d'autant plus commun qu'on est moins éloigné de l'âge de 5o ans.

Le sarcocèle cancéreux est une maladie très-grave et souvent mortelle. Ceux qui en sont afTectés, ne peuvent échapper au danger dont elle les menace, qu'autant que le cancer reste dans l'état de squirrhe indolent, ou bien qu'ils sont garantis des suites de cette maladie , par extirpation de la tumeur; ce qui ne garantit pas néanmoins de la possibilité du développement d'un nouveau cancer.

Ordinairement la tumeur et l'induration n'ont d'abord leur siège qu'à l'épididynie, d'autres fois la dégénéralion commence par le testicule. On l'a vu n'occuper d'abord que le cordon spcrmatique (1) , ou la tunique vaginale; elle peut aussi se développer primitivement dans le tissu cellulaire du scrotum. Lorsque dans cette dernière circonstance, le parenchyme du testicule reste intact, la maladie ne mérite peut-être pas le nom de sarcocèle, comme M.Roux(2) l'a remarqué. INéanmoins, la marche de ce cancer étant la même que celle du véritable sarcocèle cancéreux, nous ne distinguerons pas ici ces deux affections qui, en effet,

(i) Voyez deux exemples de cette variété daus Fabrice de Hildenj cent. IV obs. 65.

(2) Mélanges d6 chir,, pag. 225.

CANCER DES TESTICVLES. 307

ne diffèrent en aucune manière, sous le rapport de la pathologie et de la thérapeutique.

Sharp assure (i) que les duretés chroniques de la partie glanduleuse des testicules, se terminent presque toujours par un sarcocèle cancéreux, tandis que cela n'arrive jamais, ou du moins n'a lieu que très-rarement, lorsque ces duretés existent à l'épididynie. Ce fait qui est vrai, sous un certain rapport , dépend de ce que très-souvent l'épididynie est affecté d'une induration qui n'est point de la même nature que les vrais squirrhes, et qui est presque toujours une phlegmasie chronique, tandis que les indurations qui occupent la partie glanduleuse du testicule, sont presque toujours de petits squirrhes, c'est-à-dire des sarcocèles cancéreux dans leurs premiers degrés. Mais on setromperoit beaucoup, si on se persuadoit que le sarcocèle cancéreux commence aussi souvent au testicule qu'à répididyme.

Comme le sarcocèle est presque toujours indolent lorsqu'il débute, on n'y fait presqu'aucune attention; quelquefois il est un peu douloureux dans ses premiers temps et il devient ensuite indolent.

Après avoir grossi pendant plusieurs mois, et même pendant plusieurs années, le sarcocèle cancéreux peut devenir stationnaire et persister dans cet état pendant un temps indéterminé; dès qu'il atteint une certaine grosseur il devient incommode par son poids et par sa masse , lors même qu'il n'est point encore douloureux. Tant qu'il est stationnaire et peu volumineux les malades n'éprouvent aucune incommodité notable, surtout en portant continuellement un suspensoir. Mais il est extrêmement rare que le sarcocèle cancéreux devienne tout-à-fait stationnaire; pour l'ordinaire il va toujours en augmentant de volume , et lors même

(i) Traité (k$ opérations , chap. x, pag. t^G,

ao*

3o8 CaKCEB des TISTICtLfefii

cju'il n'avoit pas été douloureux dans son principe, il le devient au bout d'un certain temps; dès lors il prend avec rapidité de nouveaux accroissemens. J'en ai vu plusieurs qui ne sont pas devenus plus gros que le poing ; mais j'en ai vu quelques autres qui étoicnt plus gros que la tête d'un enfant (ij. Dans certains cas la tumeur étoit si volumineuse et les parties environantcs tellement déformées que la verge étoit entièrement cachée dans la tumeur. Celle-ci sernbloit remonter dans i'abdomen, ou plutôt se continuer danj cette cavité à travers le canal que forme l'anneau inguinal. Communément les veines sous-cutanées prennent un développement variqueux toutes les fois que le sarcocèle est un peu volumineux.

Soit que le sarcocèle cancéreux après avoir été stationnaire recommence à grossir, soit qu'il ait toujours continué à au-;menîcr de volume depuis son invasion ; si on abandonne la maladie à elle-même, elle devient constamment mortelle, quand le malade} ressent des douleurs lancinantes; elle le devient aiissi lorsque les douleurs, même non lancinantes , qui h'éloient assoupies , recommencent à se faire sentir de nouveau après ce calme perfide, car il est bon de remarquer que dans certains cas les douleurs du sarcocèle ne deviennent jamais lancinantes.

Lorsque le sarcocèle cancéreux est accompagné de douleur» plus ou moins vives, surtout s'il existe déjà un gonflement et une induration du cordon spcrmatique et des parties environnantes, on voit presque toujours la tumeur contracter des adhérences intimes avec la peau qui la recouvre.

(i) 11 t'»t paiJé dans Morgagni , De. sedibu» et causis morh. , r'^p. 43 ïi" 4'» tl'uu fcarcocëie bien plu» volumineux encore, rnaiu 8<.îon toultij les nppari'nccè il i*'clait pa« de. riiilure cancéreuse,

tiCsarcoeèle cancéreux a touiours une pesanteur remarquable et beaucoup de dureté; il n'oftVc pas constamment les mêmes apparences e.\térieui*es ; ilj forme quelquefois une tumeur assez uniforme , d'autres fois on y aperçoit un grand nombre d'inégalités qui sont tantôt anguleuses, tantôt bosselées, et formées par des lobes plus ou moins distincts. Quelquefois la timieur très-dure dans plusieurs endroits est molle dans quelques autres ; elle peut même présenter dans certains points une sorte de lluctuafion ; le praticien indécis soupçonne l'existence d'un lluide séreux ou purulent dans la tunique vaginale ou dans la tumeur; il est d'autant plus embarrassé qu'il y a assez souvent un hydro-sarcocèle dans des cas où l'on croit qu'il n'y a qu'un sarcocèle ; tandis que souvent il n'y a aucun liquide, quoiqu'on ait cru sentir une llucluation marquée.

Le cancer du testicule peut devenir mortel sans avoir déterminé aucune ulcération ; il y a presque toujours alors des douleurs 1 )calos et même des douleurs synipathi([ues dans la région lombaire, et ce dertner symptôme a clé observé dans tles cas où il n'y avoit absolument aucune dégénération cancéreuse dans l'abdomen.

Il faut cependant avouer tpie dans la plupart des cas, lorsque les malades succombent avec un sarcocèle cancéreux non ulcéré, ils périssent par suite d'une dégénération cancéreuse des glandes mesentériques, ou du foie, ou d'une autre partie située dans rabdomen, ou bien par retl'et du développement de masses cancéreuses abdominales; aussi voit-on un certain nombre de sujets mourir avec un sarcocèle cancéreux pou considérable.

Il est des malades qui sont sujets à de fréquentes attaques de colique avant le développement du sarcocèle cancéreux, d'autres en éprouvent de temps à autre , lorsque déjà le sarcocèle existe d'une manière bien évidente ; ces coliques ne sont [kis un signe certain de l'existence d'une

dégéiîération cancéreuse dans Tabdomen (i), mais elles donnent une crainte fondée à cet égard ; d'un aulre côté on a vu quelquefois des squirrhes cancéreux: déjà développés dans l'abdomen^ lorsqu'aucun symptôme n'avoit pu en déceler l'existence (2).

Quand le sarcocèle cancéreux a acquis un certain volume et qu'il continue à faire des progrès, ie cordon «permatique se tuméfie presque toujours, il est très-dur et par la suite les glandes iliaques et d'autres glandes abdominales augmentent aussi considérablement de volume et deviennent cancéreuses. Le tissu cellulaire situé sur le trajet du cordon des vaisseaux spermatiques se durcit aussi et augmente considérablement de volume ; j'ai vu même la peau et le tissu cellulaire des environs du cordon et de l'anneau inguinal, se gonfler, se durcir, et devenir manifestement squirrheux dans une étendue aussi grande que la main.

La tuméfaction et la dégénération cancéreuse des glandes abdominales chez les individus qui ont un sarcocèle cancéreux, est un phénomène bien moins surprenant qu'il ne le paroit au premier abord; en effet, quoique le testicule soit placé hors de la cavité abdominale , il s'est formé dans cette cavité ; ses vaisseaux sanguins , ses nerfs, ses vaisseaux lymphatiques , ont une comm.unication immédiate avec les systèmes sanguin, lymphatique, et nerveux de la cavité abdominale^ de manière que le testicule doit être regardé en quelque sorte comme l'un des viscères abdominaux ; aussi le gonflement squirrheux du cordon spermatique, d>es glandes iliaques, etc., dépend peut-être bien moins de la propagation de la maladie, à l'aide des vaisseaux qui partent du sarcocèle, qu'il ne résulte de l'influence de la dia-

(1) V0TI. Œuvres chirurgicales, tom. 2, p. 204. (s) Ibid. , tom 2, pag. 261, obs. 5i,

CANCER DES TESïIC«tES. 5 H

thèse canct^reuse qui se développe dans plusieurs parties à la fois; ce qui me le fait pr^^sniiier c'est que dans bien des cas, lorsque k corJon spermatique se tuméfie, il survient en même temps une dégénération cancéreuse des glandes mésentériques, soit que les glandes iliaques soient dégénérées, soil qu'elles paroissent dans l'état naturel. D'autres fois des masses squirrlieuses développées dans l'abdomen se manifestent avant l'apparition du sarcocèle , et forment une tumeur déjà facile à reconnoître par le toucher , lorsque ce dernier commence. Enfin , j'ai vu survenir la dégénération cancéreuse des glandes lymphatiques abdominales, et de la partie supérieure du cordon spermatique, chez des individus auxquels on avoit, quelques années auparavant, extirpé un sarcocèle qui n'étoit point accompagné de la tuméfaction du cordon spermatique.

On sait aussi, comme nous l'ayons dit plus haut, que cer-» tains sarcocèles commencent par le gonflement de ce cordon , tandis qu'il en est d'autres dans lesquels il ne présente aucune tuméfaction. Mais une remarque très-importante à faire sous le rapport de la pratique, et qui n'a pas échappé a ceux qui ont écrit d'une manière lumineuse sur cette maladie, c'est que le gonflement du cordon spermatique peut tenir quelquefois au développement variqueux de ses vaisseaux, ou à des kistes hydatiformes; or il est très-important de ne pas confondre avec le gonflement squirrheux du cordon , ces deux altérations sur lesquelles nous reviendrons dans la suite en parlant des maladies du testicule.

Quelle que soient la forme extérieure du sarcocèle, l'état du cordon, et même le caractère des douleurs, il est un très-grand nombre de malades chez lesquels les signes de la cachexie cancéreuse (i" part. ,chap. 5) étant bien caractérisés depuis un certain tems, la mort survient, comme nous l'avons dit, sans qu'il se soit formé aucune ulcération , mais cela n'arrive pas toujours ; il est quelques cas dans

3l3 CANCER DES TÉSTiCClES.

lesquels la peau devenue adhérente, plombée, livide, rou-* gcàtre, etc., finit enfin pars'ulcèrer. Presque toujours à celle époque on trouve à la surface de la tumeur , des endroits ramollis, fongueux et comme flucluans. En général la manière dont s'établit l'ulcère, sa forme, sa surface, ses bords, le liquide qui s'en écoule, les hémorrliagies qui y surviennent, les fragmens putréfiés qui s'en détachent, le caractère des douleurs, leur intensité, les cxaccrbations passagères, les progrès de l'ulcération, etc., présentent dans le cancer des testicules les mcmcs variétés et les mêmes ap[>arenccs que dans le cancer des mamelles (2' pari., chap^ i", art. 1"); la principale dinVrencc consiste en ce que les malades meurent fréquemmenl du cancer des testicules avant l'époque de l'ulcération , l mdis que celle dernière existe presque toujours depuis un certain temps, chez les femmes qui succombent à un cancer des mamelles.

Indépendamment des douleurs (jue la plupart des malades ressentent dans le sarcocèle, il y en a presque toujours d'autres dans l'abdomen et dans la région lombaire, et ce sont quelquefois les plus cruelles.

Le sarcocèle devient ordinairement mortel, six mois à deux ans après répo(iue. où les signes du deuxième degré de la maladie ont commencé. Une fièvre adynamique ou divers accidens nerveux, et même une fièvre ataxique, peuvent se manifester et emporter les malades. La plupart d'entr'eux parviennent au dernier degré de marasnje; ils ont presque toujours au moment de leur mort une infiltration considérable dans celle des extrémités inférieures qui est du côté du sarcocèle.

• CÀ5CER DES TESTlCrLES. 5l3

ARTICLE III

Description anatomique de la dé génération organique.

La dégénération cancéreuse (introd., chap. 2, arl. 1".) peut élre bornée à une seule partie, et occuper isolément l'épididyme , ou le testicule, ou une portion de la tunique vaginale , ou le cordon des vaisseaux spermatiques. Elle peut aussi n'être formée par la dégénération d'aucune de ces parties, el constituer un corps particulier accidentellement développé dans le scrotum.

Lorsque la maladie n'a pas commencé dans le tissu propre du testicule, elle peut déjà avoir ac([uis un volume considérable, sans que le parenchyme de cet organe ait subi aucune altération. Dans quelques sarcocèles très-volumineux nous avons trouvé la substance du testicule intacte dans une partie de la tumeur où le testicule étoit comme enchâssé. Dans les cas où la dégénération a commencé dans le testicule, le parenchyme de cet organe a souvent subi en entier la transformation cancéreuse; néanmoins cela n'arrive pas toujours : nous av(jns disséqué des sarcocèles dans lesquels la substance propre du testicule étoit encore reconnoissable, mais divisée en petites masses plus ou moins éloignées les unes djs autres. Il semble que dans ce dernier cas la dégénération cancéreuse ail frappé seulement le, tissu cellulaire du parenchyme du testicule , et que ce parenchyme, resté d'ailleurs intact, ait été comprimé inégalement dans ses diverses parties par le tissu cellulaire, tuméfié, durci et dégénéré, de sorte que cette compression inégale a fini par diviser le testicule en plusieurs petites portions isolées qu'on retrouve disséminées dans divers endroits de la masse squirrhcuse.

3l4 CiSCÈR DtS TESTICtLES.

Le cordon des vaisseaux spermatiques est presque tou jours dégénéré, et il est souvent alors extraordinairement épaissi et tout-à-fait niéconnoissable >'ous ne parlerons point ici de la dégénération du tissu cellulaire, ni de celle de la peau, non plus que de celle des glandes iliaques, mésenlériques, etc.; il suffit de dire que ces diverses parties peuvent être transformées en un tissu cancéreux; nous ne dirons rien non plus des masses cancéreuses qu'on trouve si souvent dans fabdomen . chez les individus qui meurent avec un sarcocèle cancéreux ;'on peut voir ce qui concerne les masses cancéreuses , dans le chapitre qui leur est spécialement consacré (a* part., chap. 27).

La dégénération qui d'abord n'a occupé qu'une seule partie . peut successivement les envahir toutes et changer tellement leur structure intime qu'on ne puisse plus y reconnoîlre la trace d'aucun tissu primitif. Dans bien des cas , en disséquant un sarcocèle cancéreux on reconnoît encore les parties qui ont subi la dégénéralion cancéreuse , et cela est plus facile encore lorsque la dégénération n'occupant qu'une seule partie, les autres ne présentent encore aucune altération; mais quand tout est dégénéré et désorganisé , foutes les parties sont tellement unies et confondues que le testicule, lépididynie, le cordon, la tunique vaginale, le tissu cellulaire, le dartos et lapeau ne forment qu'une seule masse , dans laquelle il est difficile ou même impossible de reconnoîlre ce qui primitivement avoit appartenu à chacune de ces parties.

A l'époque où la maladie locale est passée du premier au deuxième degré et où le malade éprouvoit déjà depuis quelque tems des douleurs lancinantes , on trouve presque toujours dans la tumeur de très-pelites cellules pleines d'une sérosité transparente , et si les douleurs existaient depuis long-temps , on trouve ordinairement dans divers endroits et surtout vers le centre de la masse cancéreuse ,

CIXCBR DES TESTlCrLES. 5l5

de petites excavations pleines d'une sanie liquide, visqueuse, ou puiiforme.

Lorsque le sarcocèle est prêt à s'ulcérer , les petites excavations sont plus nombreuses et un peu plus grandes, elles peuvent même devenir assez amples pour avoir des parois irrégulières et dans un état d'ulcération. Lorsqu'à cette époque la tumeur présente des endroits plus ou moins ramollis, ceux-ci renferment de petites ecchymoses ; ils sont quelquefois imbibés de sang^ de sanie, de sérosité, ou d'une matière blanche comme du lait, et il y a même quelquefois de petits épanchemens de sang ; les endroits ramollis qu'on aperçoit souvent sur divers points de la surface de la tumeur peuvent en imposer pendant la vie, parce qu'en les examinant on croit y distinguer une fluctuation obscure.

Lorsqu'il y a un ulcère cancéreux j, la tumeur présente à sa surface et dans son intérieur, les diverses altérations que nous avons amplement décrites dans le chapitre relatif aux cancers du sein (2* partie, chapitre 1 , article 2', § 5).

Le sarcocèle cancéreux est souvent composé pnr la réunion de plusieurs espèces du tissu cancéreux (inlrod., chap. 3, art. 2), mais il est formé quelquefois aussi par un seul de ces tissus. Ceux que nous avons le plus souvent trouvés isolés, sont : le tissu lardiforme [ilid., § i5), le tissu chondroïde (*7;/t/., § 11), et le tissu cérebriforme [ibid.^ § 5); on peut trouver aussi chacune des autres variétés de la dégénéralîon cancéreuse [ibid., §4 bunioïde, § 2, hynloïde § 6 colloïde); lorsque la masse est lardiforme , ou cérebriforme , ou chondroïde, elle présente les mêmes a]>parenccs que les dégénéralions desmamelles qui sont de même nature.

lorsque la dégénération étant formée par un tissu composé, il y a des portions chondroïdes, ou bunioïdes, on les reconnoît facilement à la densité de leur tissu; on voit en outre dans les portions chondroïdes un tissu uni

5l6 CANCER DES TESTICULES.

très-luisant; et dans les portions bunioïdes des filamens flexueux, durs, opaques, et non luisans.

ARTICLE IV

Reînarquessur les différences que présente le cancer des testicules , selon la variété du tissu cancéreux qui constitue la dégénéralion organique.

Lorsqu'au lieu d'être formé par la réunion de plusieurs variétés de la dégénération cancéreuse, le sarcoccle est formé dans toute son étendue par une seule espèce de tissu cancéreux, il offre quelques particularités remarquables.

Si la tumeur est formée par un tissu très-dense , tel que le tissu bunioïde (introd., chap. 3, art. 2, § 4-)> ^^^ ^^ tissu cancéreux chonciroïde (introd., chap. 5, art. 2, § i.), ou le tissu lardiforne à petites cellules ( ibid. § 3. ), le sarcocèle n'acquiert pas beaucoup de volume, et il est extrêmement dur.

Le sarcocèle formé par le tissu bunioïde ne s'ulcère presque jamais, il est accompagné de beaucoup de souffrances qui n'ont pas leur siège dans la tumeur. Celle-ci semble rester dans un état stalionnaire.

Le sarcocèle formé par le tissu chondroïde n'acquiert pas un volume plus considérable. Lorsqu'il devient douloureux il occasione des douleurs lancinantes de la tumeur, mais ces douleurs sont très-éloignées, et la tumeur s'ulcère rarement.

Le sarcocèle formé par le tissu larinoïde à petites cellules ne devientpas beaucoup plus volumineux que les précédons; il est à peu près aussi dur. Il y survient des douleurs lancinantes qui sont assez fréquentes ; s'il s'établit une ulcération elle est enfoncée dans le centre, ses bords sont durs et

ClîfCCR DES TESTlCrLES. oiy

taillés à pic. La suppuration est séreuse ou sanieuse,el trèspeu abondante.

Lorsque, dans le sarcocèle formé par le tissu lardiforme , le tissu de la dégénération n*a pas une densité notable, la tumeur acquiert un volume considérable; et quand elle est arrivée à son deuxième degré, il s'y manifeste ordinairement des douleurs lancinantes. S'il y survient des ulcérations^ leur surface est inégale et irrégulière, leurs bords s'épaississent, se renversent , et il s'y forme souvent des fongosités qui sont peu volumineuses. La suppuration est alors plus abondante que dans le premier cas^ et elle est plus épaisse.

Lorsque le sarcocèle est formé dans toute son étendue par la dégéuération, cérébriforme (introd., Ibid., § 5' )> la tumeur offre dès ses premiers temps des bosselures arrondies et molles bien distinctes. On n'y trouve aucun point endurci ; on remarque même partout une mollesse remarquable ; ce sarcocèle peut acquérir un volume extrêmement considérable. M. Sabaticr, qui ne savoit pas qu'il y avoit plusieurs espèces distinctes de dégéuération cancéreuse, avoit été frappé de ces particularités, et dans sa médecine opératoire (tome 2 , page 40» ? »" édition ) il dit avoir vu une fois la substance du sarcocèle rester molle et fongueuse , quoique la tumeur qui continuoit encore à prendre de l'accroissement eût déjà acquis un volume énorme. Lorsque le sarcocèle formé par le tissu cérébriforme est ulcéré , il s'y élève des végétations fongueuses très-considérables, et qui se reproduisent avec unepromptitude étonnante, lorsqu'on en fait la résection.

Mais dans la plupart des cas, le sarcocèle est une dégé« nération cancéreuse composée comme la plupart des autres cancers, et il est rare qu'il ne présente pas alors dans (quelques portions la dégénérescence cérébiforme. Dans ces

5l8 CANCER DES TESTICULES.

cancers composés^ on voit quelquefois sur la même tumeur des ulcérations de forme différente.

ARTICLE V

Maladies qui peucent être confondues avec lé cancer des testicules.

C'est surtout par l'élude opiniâtre de la différence de l'état des organes altérés ou dégénérés, que nous avons été conduitsà sentir l'importance de la distinction des diverses maladies des testicules. En disséquant différens sarcocèles tantôt enlevés par l'opération chirurgicale, tantôt trouvés après la mort de divers sujets qui avoient succombé les ims au sarcocélc, les aulres à une autre maladie tout-à-fait étrangère à la lésion du testicule, nous avons trouvé dans la tumeur du scrotum des lésions organiques très-variées, dont les unes n'avoient aucun rapport avec les autres , si ce n'est à raison de leur siège. G'étoit tantôt une dégénération cancéreuse (article 5), tantôt une dégénérescence tuberculeuse (article 5, § i), quelquefois une plilcgmasie chronique (art. 5, § 4)- Nous avous vu une fois la tumeur formée en entier par une dégénération fibreuse (art. 5, g 2), tout-à-fait de même nature que celles qui se trouvent si souvent dans la matrice. Quelquefois la dégénération est tuberciileuse dans quelques points, et formée par une phlegmasie chronique partout ailleurs. D'autres fois nous avons ttonvé un mélange de phlegmasie, de tubercule, de tissu cancéreux et d'œdéme diversement unis et entremêlés. Indépendamment de ces dégénéralions il y a aussi quelquefois dans le sarcocèle des parties cartilagineuses, des ossifications , des concrétions crétacées , ou plutôt formées de phosphate de chaux, etc. On trouve dans les auteurs des

CINCEK DES TESTICULES. SlQ

exemples de la plupart de ces lésions organiques. D'après le résultat de nos observations et de celles des observateurs qui se sont occupés des maladies du scrotum et des parties qu'il renferme, les maladies qui peuvent être confondues avec le cancer des testicules ou sarcocèle cancéreux sont : 1° le sarcocèle scropliuleux ou tuberculeux; 2° le sarcocèle fibreux; 5° le sarcocèle syphilitique; 4° le sarcocèle inflammatoire; 5° la dégénération cartilagineuse de la tunique vaginale ou de la tuni([ue albuginée; 6* la rupture ou Texfoliation de la tunique albuginée; 7'' les tumeurs enkystées dans le scrotum; 8^ la tuméfaction avec induration chronique du tissu cellulaire du scrotum; 9° certaines tumeurs non cancéreuses qui acquièrent un volume énorme et dont on ne connoît pas bien la nature; lo"' Thydrocèle; 1 1° le varicocèle; 12" loschéocèle ou hernie inguinale scrotale; i5° les fistules uriuaircs.

Ces diverses maladies ne simulent pas toujours le sarcocèle cancéreux, mais il n'est aucune d'entr'elles qui dans quelques cas ne puisse se présenter sous une forme et avec des symptômes capables d'induire en erreur le praticien qui ne seroit point assez prévenu. J'ai commis moi-même de pareilles méprises; j'en ai vu commettre à des personnes bien plus exercées que moi à distinguer les maladies qui sont du domaine de la chirurgie. Le célèbre Pott, dont on ne sauroil contester les profondes connoissanccs chirurgicales, avoue ingénument qu'il a pris un hydrocèle pour un sarcocèle; et, par suite de cette erreur, enlevé un testicule qui aurait pu être conservé(i}.

On trouve dans les livres de l'art plusieurs autres exemples de tumeurs du scrotum prises mal à propos pour des sarcocèlcs.

{i) Œuvres chirurgicaU$, tom* 2, pag, 332.

Pour rendre moins fréquentes ces erreurs de diagnostic, nous dirons ici quelques mois de chacune des maladies qui peuvent être confondues avec le sarcocèle cancéreux, et nous insisterons un peu plus sur celles qui sont moins connues. Examinons successivement les unes et les autres.

§ I. Le sarcocèle scropludeux ou. tuberculeux.

Je réunis ces deux variétés du sarcocèle, parce que dans les tuméfactions chroniques du scrotum évidemment scrophulcuses, on trouve toujours une dégénération tuberculeuse, et qu'il est rare de trouver une dégénération tuberculeuse dans le scrotum des sujets qui paroissent entièrement exempts du vice scrophuleux.

En disséquant des sarcocèles formés par une dégénérescence tuberculeuse fintr., cliap. 1, art. 2, § i), nous y avons trouvé des tubercules, les uns enkystés, les autres non enkystés bien faciles à distinguer de la dégénération cancéreuse [ib., chap. 2, art. i) parce qu'ils ne sont ni luisans ni brillans, mais ternes, opaques, bl-mchàtres, d'un jaune serin ou grisâtres; lorsqu'ils sont ramollis on y voit une matière grumeleuse, et dans les cas où la tumeur présente à l'extérieur des points de suppuration , on trouve des îi ajets fistuleux qui s'étendent depuis l'endroit où existe la suppuration du tubercule, jusqu'à la surface de la peau.

Le sarcocèle scrophuleux ne présente pas à beaucoup )>rès les mêmes dangers que le sarcocèle cancéreux; il ne devient point mortel si on le livre à lui-même; il peut se cicatriser après avoir long-temps suppuré; il est accompagné des mêmes signes généraux que les autres affections scrophuleuses ; il ne peut contribuer à la mort qu'autant qu'il co-cxiste avec plusieurs autres dégénérations scrophuleuse su pp urées.

Le sarcocèle scrophuleux se montre quelquefois avant

Tage de puberté, d'aulres fois il survient après cette époque; assez soiiveut il se déclare par l'effet d'une maladie vénérienne qui a été guérie à la vérité , mais à la suite de laquelle le \ice scrophuleux qui sembloit assoupi s'est réveillé avec une sorte de fureur, et s'est porté sur les parties qui ont été le siège de la syphilis.

Le sarcocèle scropliuleux est peu douloureux quand il ne tend pas à la suppuration ; s'il vient à suppurer il guérit rarement en entier; il reste presque toujours uneulcéralion fisluleusc; le malade n'éprouve d'ailleurs aucune autre incommodité; il est cependant très-important de guérir cette maladie parcequ'clle peut, dans la suite, devenir la cause occasionnelle d'un cancer. Nous avons indiqué les lésions organiques qu'on trouve dans cette espèce de sarcocèle non-cancéreux. Nous rapporterons dans cet ouvrage , un exemple particulier de celte maladie (obs. ii). On trouve aussi quelqucl'ois chez des vieillards des sarcocèles indolens et peu volumineux, formés presqu'en entier par une dégénéralion tuberculeuse dans l'élat de crudité.

On peut traiter le sarcocèle scro{)hulcux avec succès par les anti-scorbuliques, les amers, les médicamcns alkalins, les frictions légèrement excitantes, etc. mais je crois que si l'on pouvoit chez les vieillards rcconnoître qu'wn sarcocèle indolent est tuberculeux , il seroit avantageux de livrer la maladie à elle-même en faisant porter un suspensoir au malade.

§ 2. Le s arco ci; le fibreux.

Le sarcocèle. fibreux est extrêmement rare. Dans un cas de celte nature qui s'est oft'ert à moi, j'ai trouvé la tumeur formée en entier par une dégénération fibreuse (introd. chap. 2, art. 2, § 40 tout-à-fait de même nature que celles qu'on trouve si souvent dans la matrice (2* part., chap.iS, art. 4, § 8); ce sarcocèlç tend à passer à l'état osseux. I 2 1

523 CiNCER DES TESTICULES. ,

Je ne connoîs aucun signe à l'aide duquel on puisse distinguer le sarcocèle fibreux du sarcocèle cancéreux indolent; il peut se manifester dès la plus tendre jeunesse (ce qui peut faire présumer dans ce cas que la dégénération n'est pas de nature cancéreuse), la tumeur est très-dure, très-pesante. Ce sarcocèle devient souvent très-incommode par sa pesanteur, et parce qu'il se complique fréquemment d'un hydrocèle. On diminue les inconvéniens de cette maladie à l'aide d'un suspensoir. Lorsque l'incommodité et la gène qui résultent du siège, du volume, du poids de la tumeur, etc. en nécessitent l'extirpation, ou acquiert des lumières satisfaisantes sur la nature de la maladie. La dissection fait voir que le sarcocèle éloit formé par une dégénération fibreuse ; dès ce moment on est rassuré sur les suites de l'opération. On ne craint pas de voir, après la cicatrisation de la plaie, l'explosion d'une maladie cancéreuse qui r'ouvre la cicatrice ^ ou qui forme des masses cancéreuses abdominales.

§ 3. Le sarcocèle sypIiUitlqae.

Chez les individus qui ont eu fréquemment des inflammations syphilitiques du testicule, et qui n'ont pas été complètement guéris de la maladie vénérienne , il survient rarement l'exfoliation de la tunique albuginée ; mais il se manifeste quelquefois chez eux un engorgement considérable et chronique du testicule qui paroit sarcomateux. Nous donnons à cet engorgement chronique le nom de sarcocèle syphilitique, pour le distinguer du gonflement syphilitique aigu, désigné sous le nom de chaude-pisse tombée dans les bourses, inflammation syphilitique aiguë du testicule, etc. il est souvent très difficile de distinguer le sarcocèle syphilitique du sarcocèle cancéreux indolent. J'ai vu un individu chez lequel le sarcocèle syphilitique qui

ëtoit indolent, fort-dur, et plus gros que le poing, fut parfaitement guéri par les frictions mercurîelles , et Tusage d'une tisane sudorifique , quoique la tumeur existât depuis plus de quinze mois.

Il est facile par la dissection de distinguer le sarcocèle syphilitique du sarcocèle cancéreux , parceque le premier ne présente pas la même structure intime que les tumeurs cancéreuses; mais, d'après les signes de la maladie, le diagnostic est souvent presque impossible. Néanmoins les causes occasionelles de la tumeur peuvent éclairer le praticien , et dans les cas douteux, les effets du traitement anti-syphilitique prudemment administrés serviront a découvrir la nature de la maladie, parce que le cancer résiste à ce traitement qui opère la résolution du sarcocèle syphilitique.

Le traitement du sarcocèle syphilitique a été très-bien indiqué par jM. Gorsse (i), qui assure avoir appris, par une longue expérience, que les recaèdes les plus efficaces contre cette maladie sont : la décoction des bois sudorifiques, et les mercuriaux pris tous les matins; en soumettant les malades à ce traitement sudorifique, il conseille de leur donner un léger purgatif mercuriel tous les trois à quatre jours, il est même d'avis d'exciter la salivation si le sarcocèle est l'effet immédiat d'une gonorrhée supprimée.

On se tromperoit beaucoup si Ton se persuadoil que ce traitement peut toujours guérir complètement des résultats du sarcocèle syphilitique. Souvent la tumeur a déjà subi, lorsqu'on est appelé, une inflammation partielle suivie de suppuration, et il s'est formé une fistule. Le traitement anti-syphililique guérit complètement le vice vénérien; il auroit peut-être produit la résolution de la matière purulente s'il eût été administré avant l'ouverture de l'ab-

(i) Disserl. sur le sarcocèle, Paris iSoS , pag, p. 22.

ces; mais il est insuffisant pour guérir rulcération fistuleuse, de sorte qu'après avoir guéri la syphilis , il reste à traiter un sarcocèle inflammatoire entretenu par l'alcération fistuleuse (obs. de M. Gorsse}.

Enfin il ne faut pas oublier que cbez les individus prédisposés au cancer du testicule ou de ses annexes, le sarcocèle vénérien peut contribuer à produire cette funeste dégénérescence. Pott avoit déjà f lit remarquer que souvent le sarcocèle qui succède aux inflammations syphilitiques aiguës du testicule est cancéreux, et non pas vénérien; or, dans les cas les plus favorables, comme celui que nous avons cité en indiquant les causes occasionelles du sarcocèle cancéreux, lorsque le gonflement du testicule n'est pas simplement vénérien le traitement anti-syphilitique ne peut pas guérir le squirrhe du testicule; il y a bien plus, c'est que, dans la plupart des cas, lorsque le sarcocèle est de nature cancéreuse, quelqu'ait été sa cause occasionelle, le traitement anti syphilitique est plutôt nuisible qu'avantageux. Si quelqu'un étoit tenté de révoquer en doute l'exactitude de cette assertion, il pourra être convaincu de sa justesse par les exemples qu'on trouve dans l'ouvrage de Pott (i).

§ 4* J^^ sarcocèle inflammatoire.

Je désigne sous le nom de sarcocèle inflammatoire une tuméfaction chronique du testicule ou de ses annexes, qui ne paroit entretenue ni par le virus sj philitique, ni par le vice scrophuleux. Cette phlcgmasie est quelquefois produite sympathiquement par une lésion du canal de l'urètre, mais ordinairement elle reconnoit diverses autres causes occasionelles. Dans certains cas la tumeur qui a été produite

(i) Œuvrçi chir.j tom, 2.

CANCER DES TESTlCrLES. 525

d'abord par une maladie vénérienne, pont persister lorsque cette dernière a été complètement détruite ; ce n'est plus alors qu'une phlegniasie chronique indépendante du virus vénérien.

Les sarcocèles qui ne tiennent qu'à une phlegmasie chronique, peuvent se résoudre complètement; ils peuvent suppurer et se cicatriser; s'ils occasionnent la mort dans certains cas rares, c'est par suite de quelque accident qui ne tient pas essentiellement à la maladie locale.

Lorsqu'on dissèque un sarcocèle produit par une phlegmasie clironique, la tumeur ne présente ni tubercules , ni dégénéralion cancéreuse (intr. chap. a), elle est blanchâtre ou rougeàtre, pourvue de vaisseaux sanguins nombreux, quelquefois même on y trouve dans certains endroits du tissu cellulaire infdtré de sérosité. On y rencontre quelquefois aussi de petits foyers purulens, ou des trajets fistuleux, ou des ulcérations déjà bien caractérisées, mais dont la base n'est point formée par une dégénération cancéreuse.

Dans quelques cas où la phlegmasie chronique se trouve unie avec d'autres dégénérations organiques, on trouve dans la même tumeur plusieurs altérations de nature différente; cest ainsi qu'on a trouve des tumeurs formées par la dégénéralion tuberculeuse (§ i) dans quelques points, et par la phlegmasie chronique (intr. chap. 2, art. 2 , § 2) partout ailleurs. D'autres fois nous avons trouvé un mélange de phlegmasie, de tubercules, et d'œdéme diversement unis et entremêlés.

Indépendamment de ces dégénérations, il y a quelquefois dans le sarcocèle inflammatoire des parties cartilagineuses, des ossifications, des concrétions crétacées ou plutôt formées par du phosphate de chaux.

Nous avons parlé jusqu'ici des cas où la phlegmasie chronique est le plus fortement caractérisée ; il y a d'autres cas dans lesquels elle est à peine marquée, et ce ne sont pas

526 CANCER DES TESTICt'IES.

les moins instructifs, ce sont même ceux qu*on a le plus souvent l'occasion de disséquer, en faisant Touverlure de sujet3 qui ont succombé à une affection tout-à-fait étrangère à la lésion du testicule.

On sait qu'à la suite du gonflement aigu des testicules, occasionné par la suppression d'une gonorrhée syphilitique, ou d'un autre écoulement, il reste presque toujours à l'épididyme un petit noyau dur, qui est d'autant plus considérable que le testicule a éprouvé un plus grand nombre de ces gonflemens. 11 reste aussi un noyau de même forme et de même nature, à la suite de l'inflammation du testicule, occasionnée par toute autre cause, telle qu'un coup violent, une phlegmasie spontanée etc.; ce noyau est quelquefois fort dur. Lorsqu'on le dissèque on reconnoit facilement qu'il n'est pas squirrheux, c'est-à-dire qu'il n'est point formé par une dégénération cancéreuse; on le trouve formé en entier par du tissu cellulaire, et par de nombreux vaisseaux sanguins. La structure intime de celte induration n'a aucun rapport avec celle des tissus cancéreux; aussi quoique ce noyau durci qui est dans un état de phlegmasie chronique, ne préserve pas du squirrhe , il n'y dispose pas non plus ; voila pourquoi les individus qui présentent cette légère tuméfaction de Tépididymcj ne sont pas plus souvent affectés du sarcocèle cancéreux que les autres ; il est néanmoins indubitable que chez un sujet qui seroit prédisposé au cancer des testicules, la récidive de l'irritation inflammatoire, pourroit contribuer au développement de la dégénération cancéreuse.

Le sarcocèle inflammatoire que j'ai vu plusieurs fois, est presque toujours indolent dans son principe; il commence souvent par la tuméfaction de l'épididyme, et après avoir acquis un certain volumie il est égal, lisse quand il est simple, et il conserve long-temps une certaine mollesse; mais vers la fln il peut devenir dur, et même inégal. On le distingue

du sarcocèle sypliilitiquc, par sa cause occasionelle, et par le résultat du traitement déjà administré; il diffère du sarcocèle scrophuleux par ses causes ocètisionelles, et par Tétât général du malade exempt du vice scrophuleux. Mais le diagnostic est quelquefois très difficile ; il n'est pas moins difficile de distinguer le sarcocèle inflammatoire du sarcocèle cancéreux indolent; cependant on peut souvent y parvenir, en ce que le sarcocèle inflammatoire ne présente pas une dureté aussi renittente; dans les endroits endurcis il est ordinairement plus régulier; lorsqu'il a une certaine mollesse dans toute son étendue , on n^y trouve pas divers points beaucoup plus mous que les avitres. Néanmoins il est bien des cas où la distinction de ces diverses sortes de tumeurs, ne peut être établie d'une manière infaillible qu'à l'aide du temps, et d'après le résultat du traitement administré; mais cela a peu d'inconvénient parce que tant que le caractère de la maladie est douteux, on ne nuit pas au malade affecté d'un sarcocèle cancéreux en lui prescrivant l'usage des moyens destinés à remédier au sarcocèle inflammatoire, pourvu qu'on examine avec soin les résultais du traitement, pour le suspendre ou le modifier, selon les effets qu'il produit; souvent on guérit par ces tentatives des tumeurs qui réunissoientla plupart des caractères extérieurs du sarcocèle cancéreux.

Il est d'autant plus important de bien connoître le traitement du sarcocèle inflammatoire, qu'il convient toujours de l'administrer pour combattre les tumeurs du scrotum, dont le caractère cancéreux n'est pas évident et qui ne tiennent à aucun principe morbifique connu.

Les moyens à l'aide desquels on a guéri le sarcocèle inflammatoire, sont les suivans : i° Dans tous les cas, on fait porter continuellement un suspensoir. On conseille un repos absolu si la tumeur n'est pas entièrement indolente. Enfin on prescrit un régime approprié à l'état général du malade.

528 CANCER DÈS TESTICXJtËS.

et les alimens doivent être d'aiilant moins abondatîS que la tumeur conserve plus de .sensibilité. 2° Les autres moyens différent selon la cause occasionnelle qui a déterminé la maladie, et quand cette cause est inconnue, on essaie successivement diverses méthodes de traitement. Dans les cas les plus simples , on expose la partie tuméfiée à la vapeur de l'eau cliaude simple ou rendue plus active par Faddition du vinaigre, ou de la gomme ammoniaque dissoute dans le vinaigre. Si ces moyens sont infructueux et s'ils font naître des signes d'inflammation aiguë, on réussit quelquefois en faisant appliquer à diverses reprises des sangsues sur la tumeur. 5° Quand la tumeur est parfaitement indolente et qu'elle persiste depuis long-temps , on réussit quelquefois par l'usage d'un traitement légèrement excitant; c'est dans ces cas qu'on a fait avec succès de légères frictions mercurielles sur la tumeur , quoique la maladie ne fût point occasionnée par un vice syphilitique. J'ai suivi avec beaucoup de soin un malade âgé de plus de cinquante ans, qui a été délivré par le seul emploi de ces frictions d'une tumeur indolente du testicule presqu'aussi grosse qu^un œuf d'oie, et qui persistoit depuis plus d'un an. Il n'est resté à la fm du traitement que la petite dureté de i'épidydime qu'on observe presque toujours à la suite des engorgemens de cet organe. On trouve l'exemple d'une guérison assez analogue dans l'ancien journal de médecine, (t. 17, p. 67, ann. 1762). Le malade étoit âgé d'environ 70 ans; il n'avoit jamais eu de maladie vénérienne. De légères frictions mercurielles opérèrent complètement la guérison du testicule et du cordon des vaisseaux spermatiques qui avoient un volume quadruple de l'état naturel, et qui étoient parfaitement durs et indolens l'un et l'autre; au bout d'un mois le sarcocèle étoit entièrement guéri , et l'on n'avoit pas employé une once d'onguent mercuriel.

Les autrçs moyens légèrement excitans ont aussi dans

CAtîCER t)ES TÈSTlCtlÊS. 339

divers cas procuré la résolution du sarcocèle inflammatoire ; ceux qu'on a le plus recommandés sont le liniment ammoniacal, les cataplasmes résolutifs, les fomentations aromatiques, l'eau-de-vie camphrée etc., et même les fumigations mercurielles. Celse(i) conseilloit un cataplasme fait avec la racine d'élaterium ( momordia elaterium ) bouillie dans le vin de miel, (mulsum.)

On a vanté aussi l'application du dapliné mesereum en cataplasme et son usage à l'intérieur. M. Swediaur(2) assure que plusieurs malades auxquels il a donné cette décoction en étoient très incommodés. On trouve dans le m^éme auteur, qu'on a quelquefois fait usage avec succès d'une décoction déracine d'ononis spinosa, dont on fait bouillir une once dans une livre d'eau que le malade boit dans la journée. On a aussi donné à l'intérieur et avec succès divers médicamens salins.

Un malade qui étoit affecté d'une induration chronique indolente des testicules , sans que la maladie put être attribuée à un principe vénérien , fut guéri en buvant chaque jour matin et soir trois à quatre cuillerées à bouche d'un vin d'Autriche acidulé , dans chaque livre duquel on mettoit une once de carbonate de chaux. M. Swediaur auquel Vanswieten avoit fait part de cette cure, a vu depuis le malade qui continuoit à jouir d'une bonne santé (5). 4° Si la cause occasionnelle de la tumeur est connue, on la combat par les moyens appropriés. Ainsi, lorsque le sarcocèle inflammatoire paroît entretenu par un vice dartreux, les médicamens sulfureux,les préparations mercurielles, etc., peuvent quelquefois produire une guérison radicale. 5" Si

(1) Cilé par Swediaur , lom. 1, p. 182.

(2) Traité des maladies vénér., lom. ij p. 182. (5) Id. Malad.véîi.f tom. i, p. 182,

33o CANCER DES TESTiCtJtES.

la maladie a été produite par une lésion du canal de Turètre, on y remédie en combattant cette lésion. La suppression d'un écoulement quelconque par le canal de l'urètre est dans divers cas la véritable cause de l'engorgement d'un testicule; on introduit alors dans le canal de l'urètre une bougie simple ou enduite de médicamens excitans qui rappellent l'écoulement; ce moyen a quelquefois suffi pour résoudre des tumeurs du scrotum qui avoient résisté à tous les autres traitemens. 6° Mais dans quelques circonstances la plilegmasie chronique n'est accompagnée d'aucun vice interne, et cependant elle ne guérit point, parce qu'elle est entretenue par un ulcère fistuleux qui a son siège dans la tumeur. On ne peut dans ces cas guérir les malades , qu'autant qu'on guérit cette fistule. 7° L'inflammation chronique du testicule peut aussi être produite ou entretenue par une substance cartilagineuse, ou osseuse développée accidentellement dans le scrotum, comme on peut le voir dans le paragraphe suivant. ( § 5.) Dans ces cas, la tunique vaginale et la tunique albuginée peuvent être le siège primitif de la maladie ; mais d'autres fois elle dépend d'un cartilage accidentel, tout à fait libre dans la cavité de la tunique vaginale. Ces substances peuvent agir à la manière de corps étrangers, irriter les parties voisines et produire ainsi le sarcocèle inflammatoire. Il s'agit probablement d'un fait de cette nature dans les mémoires de l'académie royale des sciences, an. 1700, p. 56 et 07. A^oici l'extrait de cette observation : un homme qui demieuroit à Sisteron, éprouva tout à coup une douleur très-vive à un des testicules dans un moment où il étoit disposé à jouir des plaisirs de Vénus. Quelques jours après, il se forma dans le même côté du scrotum une tumeur qui augmenta au point de devenir grosse comme un œuf, naais elle n'occasionnoit aucune douleur. Elle augmenta encore. On en fit l'extirpation, et on trouva dans

CIKCER DES TESTICULES. 53l

le centre de cette masse de chair informe \in globe osseux rempli de deux vessies noires pleines de sérosité. La plaie du scrotum fut guérie en assez peu de temps.

Il est à présumer que l'ossification ou une dégénérescence cartilagineuse existoient déjà au moment ou cet homme ressentit la douleur vive qui décela la lésion organique, dont les progrès furent ensuite remarquables.

Le sarcocèle inflammatoire peut persister pendant plusieurs années sans prendre d'ailleurs aucun mauvais caractère. Manget en a consigné deux exemples remarquables dans sa bibliothèque chirurgicale. Dans l'un de ces cas désigné sous le nom de sarcoceU ingeiis (i), il s'agit d'un sarcocèle ulcéré depuis plusieurs années, et dont la marche étoit extraordinairement lente. Dans l'autre cas (2), on voit qu'il étoit sorti de petits os d'une tumeur du scrotum qui étoit ulcérée et dont le siège paroissoit être dans le testicule. Manget confondoit ces affections avec le sarcocèle cancéreux, mais il étoit frappé des symptômes inusités que ces deux maladies avoient présentés, et de la marche particulière qu'elles avoient suivie.

§ 5. La ciégénératlon cartilagineuse de la tunique vaginale ou de la tunique alùugince,

La tunique vaginale du testicule est sujette comme toutes les membranes séreuses à l'inflammation et à une sécrétion inusitée, tantôt séreuse, ce qui forme les hydrocèles, tantôt albamineuse, ce qui donne naissance à des adhérences cellulaires, et quelquefois au développement de membranes fibreuses qui par la suite deviennent cartilagineuses ou même osseuses, et qui peuvent constituer un

(ij Blbl. chir.j tom. 2, p. /^oG.

(•i) Ibîd., pag. 397.

552 CANCER DES TESTICrLES.

cartilage libre et flottant clans la tunique vaginale. La Innique albuginée devient souvent aussi fibro-cartilagineuse et même osseuse, comme M. Roux l'a aussi remarqué. ( mélang. de cliirur., p, 254. )

Ces fibro-cartilages ne doivent pas ôlre confondus avec la dégénération cancéreuse cartilaginiforme (intr., chap. 3, art. 2, § !•) avec laquelle ils n'ont presque point de rapport , car les fibro-cartilages accidentels ressemblent aux fibro-cartilages naturels, et la dégénération cancéreuse carlilaginiforaie ressemble plutôt aux couches cartilagineuses qui recouvrent les extrémités des os longs.

Il est d'autant plus important d'être prévenu sur le développement des cartilages accidentels de la tunique vaginale et de la transformation de la tunique albuginée en cartilage, que ces cartilages peuvent passer à l'état osseux et déterminer divers accidens, comme nous l'avons vu (§ 4? n° 7-) , et comme on le verra dans le cours de ce paragraphe.

Lorsque la tunique vaginale ou la tunique albuginée subissent la dégénération cartilagineuse, elles deviennent beaucoup plus épaisses que dans l'état naturel. Le testicule devient un peu plus volumineux et plus dur; il reste communément indolent; s'il s'y manifeste des douleurs elles ne sont pas lancinantes, et presque toujours elles tiennent à un épanchement séreux qui se fait dans la tunique vaginale. Néanmoins si cet épanchement survient par degrés insensibles, la tumeur reste indolente.

Nous avons souvent trouvé des hydrosarcocèles de cette nature chez des sujets qui avoient succombé à une maladie totalement étrangère à la tumeur du scrotunn, et qui n'avaient jamais éprouvé de douleur notable dans le testicule affecté, quoiqu'ils portassent cette maladie depuis plusieurs années.

La tunique dégénérée étoit épaissie , ferme, résistante, plus ou moins inégale à sa sarface. Quelquefois nous avons

CA^CÏR DES TE«TICBtES. 533

trouvé des points d'ossification dans ces cartilages accidentels. Tantôt la tunique albuginée est seule cartilagineuse , tantôt on n'observe cette dégénération qu'à la tunique vaginale. La sérosité épanchée dans cette dernière, est presque toujours transparente , excepté dans les cas où la maladie ayant pris des accroissements rapides, elle a été accompagnée de vives douleurs.

Lorsque la dégénération cartilagineuse de Tune ou l'autre des tuniques du testicule a produit un hydrosarcocèle et qu'on parvient à reconnoître la véritable nature de la maladie, on peut guérir l'hydrocèle sans extirper le testicule et sans faire cowrir aucun danger aux malades qui conservent un léger sarcocèle cartilagineux qui n'est pas inquiétant , parce que les membranes devenues fibro-carlilagineuses passent à l'état osseux et ne deviennent pas cancéreuses.

Quand la tumeur est petite et indolente, il est presque impossible de distinguer la dégénération cartilagineuse du cancer commençant du testicule. Dans les cas rares où elle est volumineuse et douloureuse, elle simule assez bien le sarcocèle cancéreux à son deuxième degré. Néanmoins, il est à remarquer que le sarcocèle cancéreux ne commence presque jamais avant l'âge de 25 ans, tandis que la dégénération carlilagineuse dont il s'agit ici, commence quelquefois avant cette époque. Le sarcocèle cancéreux est ordinairement moins dur, moins rénittent que la dégénération cartilagineuse. Dans la plupart des cas , le sarcocèle cancéreux est accompagné de douleurs et n'est pas compliqué d'hydrocèle , tandis que les douleurs qui accompagent la dégénération cartilagineuse dépendent de l'épanchement séreux (pii se fait dans la tunique vaginale. Enfin dans les cas où la distinction n'a pas été possible pendant la vie, et où l'on a cru devoir extirper la tumeur, il suffit de l'examiner après l'opération pourrecoanoîtrç sîi nature.

534 CANCER DES TESTlCtLES.

régler le Iraitement subséquent et se rassurer sur les craintes (l'un cancer consécutif.

L'altération organique dont il s'agit ici, n'a voit pas totalement échappé à l'attention des observateurs. Wagner a consigné dans les Ephémérides du Curieux de la Nature (cent. 1"; obs. oo), l'histoire d'un cas très-curieux, relatif à la transformation cartilagineuse de la tunique albuginée, dont la superficie étoit déjà parvenue à l'état osseux. On trouve dans Morgagni, qui eile (ep. 43, art. 42.) le fait rapporté par Wagner, l'indication de quelques autres cas analogues (voyez ep. 43, n° 58, ex Sprœgclio ). Valsalva avoit peut-être aussi rencontré la lésion organique dont il s'agit ici, car il avoit remarqué que l'augmentation de volume du testicule tenoit souvent à l'épaississement de ses enveloppes (1). Morgagnî avoit vu aussi la dégénération cartilagineuse des tuniques du testicule , et il rapporte (ep. 42, art. 28) un cas dans lequel il y avoit uîi point de suppuration à Tcndroit où l'épididymc étoit adhérent à la tunique altérée ; l'albuginée seule étoit épaisse et blanche.

Dans la plupart des cas, cette maladie suit une marche très-lente et n'occasionne presque point de souffrance, comme nous l'avons dit. Mais lorsque la tumeur prend un accroissement rapide, elle peut être accompagnée de vives douleurs, et l'extirpation peut alors devenir indispensable.

Il est probable qu'on doit rapporter à une lésion organique de cette nature l'observation relative à un hydrosarcocèle consignée dans la thèse de IM. Texier, chirurgien à Versailles, voici cette observation (2) : M. Gadré avoit un hydrosarcocéle d'un volume énorme,

(i) Morg. De sede Morb., ép. 43, n'^ 42.

(2) Dissert, sur le sareocéle. Thèse soutenue à fEcolc de mécle-

CÀÎfCER DES TESTICl'LES. 535

les procès de cette maladie avoient été si rapides, qu'on poiivoit en attribuer la cause à quelque vice particulie?. Les douleurs étoicnt vives et pouvoicnt inspirer des inquiétudes sur l'issue de l'opération. Elle fut cependant faite avec succès, et le malade fat guéri sans accident au bout de six semaines. En examinant la partie amputée, M. ïexier trouva la tunique vaginale très-épaisse, presque squirrheuse, contenant un peu d'eau de couleur obscure. La surface du testicule étoit rugueuse , semblable à une pierre murale.

11 est presque certain , d'après ces détails , que la tunique albuginée et la tunique vaginale étoient devenues cartilagineuses, la rugosité de la surface du testicule et l'épaississf.ment praqac sqairrhcux delà tunique vaginale ne permettent guère d'en douter; il pouvoit y avoir en même temps un état de phlcgmasic chronique delà tuni([ue vaginale. Néanmoins , nous croyons devoir faire remarquer que l'auteur ne s'explique pas d'une manière expresse , et qu'il manque à cette observation plusieurs détails importuns. La tumeur fut examinée après l'opération, on ne dit pas si la substance du testicule étoit saine ou dégénérée. Dans l'histoire de la maladie, on ne dit pas non plus quel étoit le caractère des douleurs, etc.; il est probable que les douleurs tenoicnt en grande partie à l'irrilatioii de la tunique vaginale distendue par le liquide épanché dans l'intérieur de celle tumeur dont l'accroissement étoit rapide.

M. Roux, qui a vu aussi celte maladie, en a parlé dans SCS mélanges de chirurgie. Il pense que dans la dégénéralion cartilagineuse de la tunique albuginée, lorsqu'il y a hydrosarcocèle, on pourroit conserver le tcsLicule qu'on

chie de Paris , le 2i pluviôse au xn , (i8o4), P^r M. Tcsicr, chirurgien à Versailles , pag. 20.

enlève nial-à-propos. Il rapporte que quelques mois avant la mort de Bicbat , il assisloit avec lui à une opération faite dans un cas de cette nature. Le malade âgé de 25 ans portoit la tumeur depuis son enfance. Il n'en souffroit pas, elle étoit même stationnaire depuis longtemps. Des praticiens du premier mérite conseillèrent l'extirpation du testicule : elle fut faite. L'examen de la tumeur enlevée, fît juger qu'on auroit fort bien pu se dispenser de l'opération (i).

§ G. La rupture ou l'eœ foliation de la tuniguc albuglnéc.

Dans tous les cas où il se fait une ouverlure à la tunique albuginée, la substance propre du testicule passe à travers cette ouverture, les parties voisines s'enflamment, et tôt ou tard si la maladie est livrée à elle-même, la peau du scrotum s'ouvre et on aperçoit à l'endroit ulcéré une tumeur fongeuse de laquelle ou peut retirer avec des pinces de longs fdamens, qui ne pcrmeltent pas de méconnoître le tissu propre du teslicule, de sorte que celle maladie ne peut pas Gtre confondue avec une dégénération cancéreuse. L'ouverture de la tunique albuginée peut tenir à ce que celte membrane fibreuse très peu expansible, a été distendue trop promptement par la tuméfaction du tissu propre du testicule; elle peut aussi être produite par une altération primitive de cette tunique, irritée par l'action d'un principe XTiorbifique.

Celte maladie, qui n'est connue que depuis peu de temps, simule le sarcocèle cancéreux. Quand on ne la distingue point de cette espèce de sarcocèle, on ampute sans nécessité le testicule affecté.

(i) M. Uoux. Mélanges de chir., p. 236,

ClT^CtR DÏS TESTICFLCS. 557

Les premiôres observations relatives à la sortie du tissu propre des testicules à travers une niplurc de la tunicpio albuginée, ont été consignées par MM. Petit (i), Sabatier (2), et Bertrand (3), dans les Mémoires de TAcadéniie royale de chirurgie. M. Swcdiaur à rapporté aussi un fait relatif à cette maladie (4 •

C'est depuis une époque bien plus récente encore, qu'on a reconnu pour la première fois l'exfoliation de la tunique albuginée; cette exfoliation produite par un vice syphilitique, et suivie de la sortie de la substance propre du testicule à travers l'ouverture de la tunique albuginéc, a été décrite en i8o5, par M. Bonneterre, dans la thèse qu'il a soutenue à l'école de médecine de Paris (5), sur le sarcocèle.

11 paroît que M. ^Vilh'a^l LaAvrcncc, professeur d'analomie à l'hôpital de Saint-Darthélcmy , ne connoissoit pas cette dissertation lorsqu'il a écrit sur l'ouverture spontanée de la tuni([ue albuminée; car il dit qu'on n'a publié sur cette affection que les faits consignés dans les mémoires de l'académie royale de chirurgie.

C'est d'après le mémoire de M. Lawrence (G), et la dissertation de M. Bonneterre, que nous décrirons la rupture de la tunique albugiuéc sans exfolialion, ou avec oxfoliation.

(i) Mcm. det'acad. roy . de cliir., loin. iv.

(2)Ibid. tom. 5, p. G77.

(5) Ibid. lom. 0, Méin. sur i'fiydrocéle.

(4) Traité des maladies vénériennes, totn. 1, cliaj). iv, pag. 186,

(5) Dissert, sur le sarcocele, par M. Connctcrre. Paris, le 5 plii- "viôse an i3.

(6) Inséré dans les Annales de Uliér. viéd, étrangère tom. x, p. 1, Janvier iSio.

I* aa

538 CANCER DES TESTICtJtES. ' •

Ouverture de ta tunique atbughiée sans exfoliation.

Cette maladie est produite par un coup, par une chute, ou par tout autre cause; elle peut être le résultat d'une inflammation syphilitique du testicule; elle peut aussi être spontanée.

La maladie s'annonce par un gonflement douloureux du testicule qui présente une grande dureté; après un certain laps de temps la peau du scrotum s'amincit graduellement et s'ulcère ; mais au lieu de donner issue à un liquide , l'ouverture laisse apercevoir un fongus dur, et ordinairement insensible. La peau et le tissu cellulaire sont durs et enflés tout autour^ de sorte que la masse tuméfiée est considérable. Dès que l'ouverture spontanée s'est faite , la douleur cesse, et le gonflement diminue beaucoup, le fongus est indolent, il saigne quelquefois avec facilité; si on le détruit les téguments se réunissent, et il en résulte une cicatrice inséparablement unie avec le testicule; si on fait l'extirpation de la tumeur, on voit que l'excroissance fongueuse est formée par une portion du tissu propre du testicule qui fait saillie à travers l'ouverture accidentelle de la tunique albugînée.

Cette maladie livrée à elle-même est extrêmement chronique et a peu près indolente. L'ablation du fongus au niveau du scrotum au moyen d'un bistouri, est le moyen le plus efficace et le plus court pour guérir le malade ; il sufîit ensuite de panser la plaie de manière à empêcher une nouvelle issue du tissu propre du testicule.

M. Lawrence rapporte neuf observations particulières relatives à cette lésion du testicule; nous en consignerons ici trois qui nous ont paru les plus importantes.

CANCER DES TESTICrLES. SSq

Première obseii:aiion, (i) — Un homme, âgé de 42 ans, fut admis à l'hôpital saint-Barthélémy au mois d'août 1804 ; cinq mois auparavant il avoit reçu sur le testicule un coup suivi d'une douleur qui fut cruelle pendant une demiheure, et remplacée ensuite par une douleur sourde ; au bout de trois semaines, le testicule commença à se gonfler à sa partie supérieure, où il se forma une sorte de nœud; peu après, le scrotum s'ulcéra, il sortit un fongus sans aucun écoulement. Lorsque le malade fut reçu à l'hôpital, le testicule étoit dur, et il avoit un volume double de celui qu'il a dans son état naturel; un fongus s'élevoit de son sommet ; deux ouvertures qui étoient auprès pénétroient à la profondeur d'un pouce; ces trous n'en formèrent plus qu'un par la division de la peau qui les séparoit; la tumeur fut extirpée en entier, on la disséqua.

Le fongus provenoit de la partie supérieure de la subsstance propre du testicule, dont une moitié avoit son aspect, et son volume ordinaire; le changement étoit graduel depuis cette portion saine jusqu'à l'excroissance. Le cordon spermatique étoit sain (cette pièce est conservée dans le cabinet anatomique de l'hôpital saint-Barlhélemy).

Deuxième observation {2) . — Un homme, dgé de près de 5o ans, entra à l'hôpital au mois de septembre 1804 ; il avoit reçu un coup violent sur le scrotum; ce coup fut suivi sur le champ d'une grande douleur avec gonflement des testicules; au bout d'un mois, le côté droit du scrotum s'ulcéra et laissa à découvert une substance dure et indolente. Le malade en détachoit des morceaux, et môme il en coupoit quelquefois avec un couteau ; lorsqu'il coupoit trop profondément il y avoit douleur et hémorrhagie ; du pré-

(1) Annales de iitt. méd. étrang., tom X; pag 5.

(2) C'est la 7e de Lawrence. Pag. 12.

54o CANCER DES TESTICUIES,

cipité rouge fut chaque jour appliqué sur le fongus, qui fut ainsi consumé, et la plaie se cicatrisa.

Lorsque ce côlé fut guéri, la même affection vint du côté gauche : ce fut ce nouvel accident qui amena le malade à riiOpital; l'excroissance étoit de la grosseur d^'une noix; elle disparut au bout de six semaines par Tapplication des escarrotiques, etlaguérison fut parfaite; l'endroit où le premier fongus avoit paru étoit ridé, et le testicule droit étoit mou et paroissoit bien sain, quand ce malade entra à l'iiôpiial.

5" Observation (i). Un malade qui fut admis à l'hôpital, en décembre 1804, avoit contracté, 7 ou 8 mois auparavant, une gonorrhée qui fut suivie de l'inflammation du testicule- Les parties acquirent un fort gros volume. Le scrotum étoit tendu; enfin, la peau s'étant cntr'ouverte, le testicule se trouva à découvert. Le fongus qui s'y forma étoit au conniionccmcnt Irès-doulourcux lorsqu'on y touchoit, il saignoit de temps en temps; ces syniplômes s'apaisèrent graduellement, et les parties restèrent en cet état pendant les six mois qui précédèrent l'entrée du malade à. l'hôpital.

Le testicule du côlé affecté étoit très-dur et parsemé de plusieurs petits nœuds également durs. L'excroissance étoit fort unie et n'offroit avicune granulation ; elle étoit petite à sa base, et de là, elle s'étcndoit considérablement. La pression n'occasionoit aucune douleur. La suppuration égaloit en quantité celle d'un ulcère ordinaire. L'emploi des sangsues et des ablutions froides diminua les indurations environnantes , et l'on sentoit le cordon qui étoit gonflé sans être douloureux. Après plusieurs essais, on appliqua au pédicule du fongus une forte ligature qu'on serra

(2) Ibid., pag, \o. C'est k 9^ de M. Lawrence,

CANCEîl t)ES TESTiCtIES. Z^l

tiulant qu'on le put. Il en résulta de grandes douleurs ; peu d'heures après il survint des nausées avec une douleur au cordon et dans les reins. On fit mettre un cataplasme, et

on donna du landanum.... Il y avoit un peu de fièvre

Au bout de 8 ou ïo jours, le fongus, qui ne tenoit plus que par quelques fibres, fut excisé.... Peu après, une substance qui avoit la dureté du premier fongus s'éleva de nouveau. Le nitrate d'argent y fut appliqué. On fit une compression locale au moyen de bandelettes aggluUnatives, serrées autant que les parties le permettoient.... Le scrotum reprit sa première mollesse. La tuméfaction du cordon se dissipa, la maladie guérit paffaitement, mais le testicule resta un peu plus gros et plus dur que dans Tétat naturel. Le malade fut visité un an après, et le tout fut trouvé en bon état.

Ouverture de la tunique albuginée avec exfoiiation,

il. Bonnetcrre, qui a observé avec soin Texfoliation de la tunique albuginée, l'a très bien décrite. Cette maladie consiste dans la séparation ou la destruction d'une partie plus ou moins éteiidue de la tunique albuginée, et elle est communément la suite d'une maladie vénérienne. Voici sa description, extraite de la dissertation de M. Bonueterrc (i).

Le testicule à la suite d'un ancien écoulement blennorragique qui a été supprimé , ou bien d'une maladie vénérienne qui n'a pas été radicalement guérie, s'engorge spontanément, ou par la cause la plus légère; cet engorgement, qui est de nature chronique , fait souvent éprouver

(i) Dissert, sur le sarcocèle. Thèse soutenue à l'Ecole de médeciue de Paris, le 5 pluviôse an xiii Ci8o5), par M. S. B. R. Bonneterre.

54a CANCER DES TESTICtILES.

des douleurs aîguës; quelquefois il n'en occasionne que de sourdes. La surface du testicule devient inégale; dans certains points elle s'élève et présente une sorte de fluctuation, clans d'autres elle est dure et elle reste déprimée. Alors, soit que la peau s'altère spontanément, ou bien que Ton ouvre les foyers de la surface du testicule, il ne s'en écoule qu'une très-petite quanlilé de pus, à la suite de Inquelle sortent en plus ou moins grande quantité des lambeaux blancliâtres et à demi putréfiés d'une substance évidemment fibreuse. Bientôt le tissu propre du testicule se présente à rorifice de la peau qui s'arrondit; une sorte de fongus semble naître du fond de la plaie et en remplit l'ouverture.

Dans cette maladie, le cordon des vaisseaux spermatiques ne s'engorge point; les glandes, soit inguinales , soit abdominales, ne se tuméfient pas. L'ulcère ne s'élargit point, ses bords ne se renversent pas.

Cette afTcclion paroît ne tenir qu'à ce (ju'un lambeau de la tunique albuginée se sépare du reste de cette membrane, est frappé de mort, et devient un corps étranger que la nature tend à expulser, en déterminant une inflammation suivie de suppuration; de là, résultent nécessairement deux inconvéniens. Savoir, la tuméfaction et une sorte de hernie de la substance propre du testicule, et une plaie fistuleuse- au scrotum.

Cette maladie est prise ordinairement pour un cancer du testicule. On en fait en conséquence l'extirpation. En examinant la tumeur extirpée avant qu'il ne soit survenu d'ouverture à la peau, on trouve que la substance du testicule n'offre dans son tissu d'autre altération qu'une légère infiltration séreuse. Toute la maladie consiste dans un gonflement de la tunique albuginée, dont quelques lambeaux frappés de mort se sont vséparés du reste de la membrane et sont environnés d'une petite quantité de pus.

ClîîCER DES ItSTICULES. 3jJ5

Si, avant l'opération, la peau sVloit déjà ouverte, ou si on y avoit fait une incision qui eut donné issue au pus et au fragment fibreux séparés du reste de la tunique albuginée, on trouve que la fongosilé est produite par une sorte de hernie de la substance propre du testicule, et que les parties voisines de cet organe ne sont pas confondues avec lui de manière ù former une masse blanche et homogène, comme on le voit dans le sarcocèle cancéreux.

Lorsque cette maladie est commençante, il faut éviter d'ouvrir les petits foyers de la surface du testicule. Cette ouverture fjcilileroil la sortie de la substance propre de cet organe. On doit administrer les antivénériens. M. lîonnctcrre a vu dans deux cas le testicule déjà inégal et otfraul plusieurs points de fluctuation, revenir en moins de vingt jours à son volume ordinaire, et ne conserver de son ancien état que quelques petites duretés qui se sont dissipées quelque temps après.

Lorsque déjà il y a une ouverture à cette tumeur quand on est appelé, il faut encore administrer lesantisypliiliiiques, ne pas retrancher les portions saillantes du testicule, et ne

pas emporter non plus l'organe tout entier Lorsque le

vice syphilitique a été combattu, s'il reste quelque lésion locale, on peut employer le traitement conseillé par M. La- ■\vreuce.

§ 7. Les tumeurs enkystées situées dans le scrotum.

Les tumeurs enkystées situées dans le scrotum sont de véritables loupes. Elles diffèrent des sarcocèles par leur structure et parce qu'elles n'affectent ni le testicule, ni ses annexes.

En examinant le scrotum, on trouve le testicule sain et distinct de la tumeur. Néanmoins il est des cas où la forme

et le volume de la loupe, ses adhérences , ou l'absence d'un testicule, pourroient faire prendre une loupe pour un sarcocèle, si on ne prenoit pas tous les renseignemens convenables sur ce qui a précédé, et si on n'avoit pas toujours l'attention d'examiner près de l'aine le cordon spermatique , et de déterminer ses rapports avec la tumeur.

Observation. ■ — Tumeur squirrheuse enkystée, située dans le côté gauche du scrotum (i).

Un tailleur, âgé de 54 ans, d'une constitution délicate et] ayant le teint blême, étant, vers la fin de l'an i8o5, convalescent d'une maladie abdominale regardée comme une inflammation, aperçut à Taine gauche une petite tumeur indolente qui, pendant plusieurs années, augmenta d'une manière presque insensible. Lorsqu'elle eut acquis le volume d'un œuf de dinde, elle descendit graduellement le long du trajet du cordon spermatique, jusques dans le scrotum. Alors elle commença à le gêner dans sa marche. On sentait distinctement le testicule en haut à la partie postérieure de la tumeur, et, entre elle et le scrotum, il semblait qu'il y avait une substance enflée d'une grande épaisseur. Le corps de la tumeur étoit très -dur et pesant. La compression la plus forte n'y faisoit éprouver aucune douleur. Le malade la faisoit, à volonté, remonter audessous de la peau de l'abdomen jusqu'au sommet de l'os ill'xm. La maladie auroit ressemblé à une hydropisie enkistée du cordon spermatique si on y avoit trouvé quelque fluctuation. Ce malade n'ayant pas voulu laisser extirper cette tumeur, on lui mit un suspensoir vers la fin de juillet 1809. Dans les mois suivans , la tumeur grossit d'une ma-

(i) Ann.de iut, méd. étr,, loin, i3, pag. 072 , octobre 1801.

CANCER DES TESTICriES. 5^5

nière étonnante, et au bout de six mois , le 2 février 1810, elle étoit devenue si volumineuse et si pesante que ce malade pouvoit à peine marcher. On ne voyoit presque plus la verge.

Une incision droite^ de deux pouces de longueur, fut faite depuis l'anneau inguinal jusqu'au sommet de la tumeur. Alors on fit deux incisions latérales , partant de celleci jusqu'à la partie inférieure de la tumeur, et l'on excisa un morceau ovale de la peau du scrotum, pour faciliter son extraction. On vit saillir par cette ouverture une membrane très -épaisse qui ressembloit à l'allantoïde d'une vache, et qui renfernioit la tumeur dans sa cavité, taudis que son extrémité supérieure s'attachoit à l'aine.

Quand la tumeur eut été disséquée et retirée du scrotum, elle se trouva suspendue par un col, comme les testicules renfermiés dans leur tunique sont suspendus au cordon spermatique. On fit la section de ce col, où l'on croyoit trouver des artères destinées à nourrir la tumeur. Mais on n'en découvrit aucune. Le testicule étoit dans l'état naturel. Ou ne trouva pendant l'opération que quatre vaisseaux sanguins, dont le volume n'excédoit pas celui d'une aiguille à tricoter ordinaire. On lia ceux qui donnoient du sang; on rapprocha les lèvres de la plaie, que l'on maintint à l'aide de quelques points de suture, pour empêcher la sortie du testicule.... Un mois après l'opération ^ la plaie étoit parfaitement cicatrisée.

La tumeur avec une partie du sac pesoit quatre livres et demie. Le sac étoit attaché à l'aine par un col; la tumeur^ entièrement renfermée dans ce sac, lui adhéroit au moyen de petits filamens. Elle fut incisée, on jugea que sa structure étoit glandulaire et entièrement squirrheuse. On regarda comme incontestable que c'étoit par son poids qu'elle étoit descendue dans le scrotum , où elle avoit contracté des adhérences. Enfin on décida que la

546 CANCER DES TESirCULES.

tumeur étoit une glande squirrheuse ; et c'est sous celle dénomination que l'observation a été publiée par MAI. Robertson, Stuart et "Wilson.

En séparant les faits et le jugement qu'on en a porté , on voit que celte tumeur étoit une loupe très-probablement squirrbeuse; il y avoit un kyste comme dans toules les loupes. Rien ne prouve qu'une glande lympbatique dégénérée ait été le principe de celle loupe dont le sac adhéroit à l'aine où la tumeur avoit commencé à se développer. La substance squirrheuse recevoit ses vaisseaux nourriciers des parois du kysie. Quant a la structure glandulaire, il est infiniment probable que c'est à la préoccupation des observateurs qu'on doit l'attribuer. Ils auroient tout au plus dû dire que la structure de cette tumeur paroissoit ressemblante à celle des glandes , supposé qu'en effet celle ressemblance existât.

§ 8. L'induration clironiqac du tissu cellulaire du scrotum.

Lorsque la maladie nommée cléphoniiasis des Arabes, et si bien décrite par M. Alard, affecte le scrotum, après un grand nombre de récidives, cette partie devient dure , rugueuse, inégale, volumineuse, et à la fin elle forme une tumeur qui devient quelquefois énorme, et qui, au premier aspect, se présente sous la forme d'un squirrhe ou d'un énorme sarcocèle. C'est à celle maladie que M. Alard rapporte l'observation du malabou des Indes dont il est parlé dans Dionis, etc. L'histoire de ce qui a précédé , les récidives des inflammations locales et de la fièvre, l'examen de l'état de la peau, et de celui du cordon, la forme de la tumeur, etc. , serviront à distinguer ces deux maladies qui sont de nature tout à fait différente ( Voyez Histoire de l'éléphantiasis des Arabes , par M. Alard, Paris i8o6, p. 3 16).

CANCIR DES TESTICrLKS. 34^

§ Q. Certaines iumcars non cancéreuses , qui acquièrent un volume énorme f et dont en ns connoit pas bien le véritable caractère.

Nous n'oserions pas décider à quel mode de lésion organique on doit rapporter certaines tumeurs du scrotum qui avaient acquis un volume énorme, et qui ne paroissoient pas de nature cancéreuse. Les auteurs en rapportent plusieurs exemples. Morgagni (Ep. j^ù, art. 40 dit avoir vu un homme dont un testicule avoit acquis un volume qui auroit excédé celui de la tète de deux adultes. Cette tumeur qui étoit indolente existoit depuis très-longtems , et paroissoit formée par une masse charnue. Elle n'étoit nuisible que par son poids énorme et par sa masse. Nous ignolons quelle étoit la nature de cette altération du testicule.

Mais en général on peut avancer que la plupart de ces tumçurs non cancéreuses, dont il est fait mention dans les auteurs, appartiennent à l'une ou à l'autre des maladies que nous avons rangées parmi celles qui simulent le cancert des testicules, La plupart de celles qui sont les plus volumineuses sont ducs probablement à une lésion organique du tissu cellulaire. Il en est d'autres qui n'ont pas un volume très-considérable et qui sont des lésions organiques formées par un mélange confus de diverses sortes de dégénérations organiques. La plupart de ces tumeurs ne deviennent point mortelles, et quel que soit leur volume , on les extirpe sans avoir à craindre aucune récidive, ce qu'on ne pourroit jamais affirmer d'une tumeur de nature cancéreuse, lors même qu'elle seroit très-peu volumineuse.

§ 10. Uhydrocèle.

L'hydrocèlc de la tuniqiie vaginale, nommée hydrocèlc par épanchement, se présente souvent sous les mêmes ap-

548 CANCER DES TESTICTJLES.

parences que le sarcocèle. On distingue ordinairement ces deux maladies, parce que le sarcocèle est plus inégal , plus dur et surtout plus pesant sous le même volume que l'hydrocèle. Cette dernière présente communément une demitransparence lorsqu'on l'examine dans un lieu obscur, en ayant soin de placer la tumeur entre Toeil et une lumière. 11 faut cependant avouer que dans divers cas les plus habiles praticiens se sont trompés dans le diagnostic de ces deux maladies.

Le sarcocèle et Thydrocèle existent quelquefois en même temps , et la tumeur est alors désignée sous le nom d'hydro-sarcocèle. Mais cette complication n'est pas toujours facile à reconnoître. On a souvent pris un sarcocèle pour un liydro-sarcocèle. D'autres fois on a cru qu'il y avoit un hydro-sarcocèle tandis qu'il n'y avoit qu'un sarcocèle. Cela dépend de ce que divers sarcocèles sont formés par un tissu cancéreux tellement ramolli dans certains points qu'on y trouve toutes les apparences de la fluctuation d'un liquide. D'après Ramsdem (i), aidc-cliirurgicn de l'hôpital de S.-Barlhélemi, les chirurgiens anglais sont tellement persuadés qu'il est facile de confondre l'hydrocèle avec le sarcocèle que dans les cas où ils vont procéder à l'extirpation de la4;umeur, ils font toujours une ponction dans le sarcocèle pour prévenir toute erreur. Des chirurgiens français très-instruits usent de cette précaution dans les cas qui leur paroissent obscurs.

§ 11. Le varicocèle.

Il est quelquefois difficile de distinguer si le gonflement du cordon spermatique est produit par une dégénération cancéreuse ou par l'engorgement vasculaire qui constitue le varicocèle.

(i) Ann, de Utt. méd.étr., tora. l/^, pag. 299, mars 18 j 2.

CANCER DES TESTICriÊS. 3^A

Voici quels sont les signes qui peuvent éclairer le praticien dans les cas douteux.

Le varicocèle se présente sous la forme d'une tumeur oblongiie et mollasse , produite par le gonflement variqueux du cordon spermatique. Il occupe presque toujours le côté gauche du scrotum; il acquiert ordinairement peu de volume, et lors même qu'il est compliqué du développement de nombreux kystes, semblables à des bydatides ou à de petits grains de raisin, la tumeur ne devient point aussi volumineuse que celle qui constitue le sarcoctle. Elle a toujours moins de consistance et une forme plus allongée.

Quand le varicocèle complique le sarcocèle, l'engorgement variqueux du cordon spermatique peut être confondu avec la tuméfaction squirrheuse du même cordon ; il est important de distinguer avec soin ces deux sortes de gonflemens du cordon; car si la tuméfaction est squirrheuse, et que la squirrosité du cordon se propage dans le ventre, à travers le canal inguinal, cet accident conîrindique l'extirpation du sarcocèle, tandis que le varicocèle ne doit pas y mettre un obstacle absolu, non plus que les kystes semblables à des hydatides qui sont quelquefois situés sur le trajet du cordon des vaisseaux spermatiques, comme on le verra dans ce paragraphe relatif au traitement du sarcocèle. On dislingue la tuméfaction scjuirrheuse du cordon parce quelle est très-dure, tandis que le varicocèle, qui compliqucroit un sarcocèle, présente toujours au toucher une mollesse remarquable.

§ 12. La hernie inguinale.

On a quelquefois pris pour une hernie inguinale un sarcocèle volumineux, inégal, un peu alongé, et réuni avec un gonflement considérable du cordon spermatique. La ma-

550 ClN'CER DES TESTICULES.

ladie peut alors avoir quelque ressemblance avec une oscbéocèle,dans laquelle il y auroit une adhérence intime entre les parties qui forment la hernie et le sac herniaire. Mais pour l'ordinaire dans la hernie, un examen exact de la tumeur fait apercevoir le testicule placé à la partie postérieure et inférieure de la tumeur. Le sarcocèle est d'ailleurs plus dur, plus pesant que la masse herniaire, et les deux maladies ne commencent pas de la même manière. Il est vrai qiie plusieurs malades sont hors d'état de raconter avec exactitude l'histoire de leur maladie. La plupart n'y ont fait quelque attention ou ne l'ont même aperçue qu'à une époque où déjà elle existoit depuis long-temps. Il arrive d'ailleurs, surtout dans les hôpitaux ^ des cas dans lesquels on est obligé de donner des soins à des malades, desquels on ne peut absolmnent recevoir aucun renseignement; en outre, il est des circonstances dans lesquelles on ne peut pas facilement trouver le testicule dans l'oschéocèle. On peut aussi dans un véritable sarcocèle qui présente diverses inégalités, et même des éminences molles, confondre Tune de ces dernières avec le testicule non altéré, situé dans cette partie de la tumeur. En pressant le prétendu testicule ou n'occasionne quelquefois aucune douleur. Il est alors évident que cette portion de la tumeur n'est pas le testicule sain. Mais lorsqu'on produit de la douleur par la pression exercée sur la tumeur, ce signe ne suffit pas toujours pour faire distinguer si cette tumeur est formée par le testicule sain ou par une portion molle du testicule squirrheux, attendu que dans ce dernier cas on a quelquefois déterminé une douleur pareille à celle que produit la pression d'un testicule sain.

C'est donc surtout par le caractère de la douleur spontanée et lancinante lorsqu'elle existe , et principalement par la pesanteur de la tumeur j et en partie par sa forme ,

CA^*CER DES TÉSTICtJtES. 55 1

qu'on parvient dans les cas embarrassants, à distinguer le sarcocèle cancéreux de la hernie.

§ i3. Les fistules ur Inaires.

L'infiltration, l'induration et Tinflammation du tissu cellulaire du scrotum occasionnées par des fistules urinaires, en a imposé quelquefois à des patriciens habiles qui ont pris pour un sarcocèle cette maladie, qui au premier abord paroîlroit ne pouvoir nas être confondue avec le cancer du testicule. J'ai vu commettre cette erreur, et j'avoue que la maladie étoit capable d'en imposer ^ car il sortoit très-peu de sérosité par les orifices fistuleux auxquels on n'avoit pas fait attention. La dissection du cadavre me prouva d'une manière évidente cette erreur que j'avois déjà soupçonnée, parce que j'avois remarqué les orifices de deux de ces fistules, et que le malade exhaloit une odeur d'urine bien distincte.

Dans les cas douteux, on parviendra facilement à distinguer la nature de la maladie, en l'examinant avec soin et en prenant sur sa cause occasionelle et sur ses premiers temps les informations nécessaires. Les fistules existantes, le caractère de la sérosité qui s'en écoule, la forme de la tumeur, sa consistance, l'état du cordon spermatique, etc. scrviroient principalement à distinguer ces deux maladies.

ARTICLE YL

Diagnostic du cancer des testicules ou sarcocèle cancéreux.

Le cancer des testicules ou sarcocèle cancéreux est de même nature que le cancer des mamelles. Indolent dans l'état de squirrhe stationnaire, il devient douloureux dans sa deuxième période; si le malade ne succombe pas pendant la durée de celle-ci , le dernier degré de la maladie

353 CiNCER DES TESTICULES.

arrive, et il s'établit à la surface de la tumeur des ulcérations semblables à celle du cancer des mamelles. Dès qu'il est parvenu à son deuxième degré, ce sarcocèle cancéreux, livré à lui-même, devient constamment mortel.

Lorsque le sarcocèle cancéreux débute, il est souvent impossible de le distinguer des autres tuméfactions du testicule ( art. 5, g 1 à 19). La cause occasionelle de la maladie ne peut fournir à cet égard que des renseignemens insulïisans, parce que la même cause occasionelle peut entraîner des maladies de différentAjnalure à raison de la prédisposition du sujet. Il faut donc observer avec soin tout sarcocèle commençant, et se décider à administrer les moyens qui paroissent les plus convenables à la nature présumée de la maladie qu'on a sous les yeux, et qui se rapproche plus ou moins du cancer des testicules (art. 2 ) , ou de l'une des maladies qui peuvent le plus facilement être confondues avec lui (art. 5, § 1 à 10); le résultat du traitement et la marche subséquente de la maladie éclaireront le praticien sur le diagnostic.

Lorsqu'une tumeur volumineuse du scrotum est indolente et stationnaire, on parvient par voie d'examen et d'exclusion à reconnoître si elle doit être ou non rapportée à l'une ou l'autre des maladies examinées plus haut (art. 5 , § 1, 5, 6, 7. 8, 11 , 12 et 10); mais il est quelquefois assez difficile de savoir si on doit la regarder comme un sarcocèle cancéreux indolent (art. 2), ou si elle doit être regardée comme l'une des maladies désignées dans le même article 5, § 2, 3, 4? 9? 10' C'est encore le résultat du traitement mis en usage et la marche subséquente de la maladie qui peuvent éclairer dans ces cas douteux.

Si la tumeur, après avoir été indolente, est devenue douloureuse, elle peut être cancéreuse à la vérité, mais elle pourroit aussi n'être qu'une tuméfaction non cancéreuse frappée d'injGiaïXimation , et tendante à la suppura-

tion, on même une tumeur non cancéreuse dans laquelle un épanchement séreux distendant la tunique vaginale , pioduiroit les douleurs actuelles. Un examen attentif pourra éclairer à ce sujet.

Enfin, quand la tumeur est ulcérée , l'aspect de l'ulcération, l'état général du malade, la conformation et le volume de la tumeur, l'état du testicule et de ses annexes peuvent faire connoîlre quelle est la nature de la maladie. En général, la réunion des symptômes indiqués (art. 2) suffit pour caractériser le sarcocèle cancéreux dans ses divers degrés. L'examen allenlif des signes de chacune des maladies ( art. 5, § 1 à 10) et la mélhode d'exclusion de chacune de ses maladies appliquée à une tuméfaction du testicule qu'on a sous les yeux est aussi ordinairement suffisante pour établir que celte aftection est un cancer des testicules.

Enfin, dans les cas qui ont paru les plus embarrassans et qui cependant ont nécessité l'extirpation de la tumeur, l'examen attentif de la nature de la dégénération organique fait connoître avec précision si la maladie étoit ou n'étoit point cancéreuse, et dès ce moment on possède des cojHioissances précieuses relativement au traitement subséquent, et au pronostic à porter sur les suites de l'opération.

ARTICLE \II

Traitement du sarcocèle cancéreux.

On a vu que les sarcocèles non cancéreux deviennent rarement mortels. Ils guérissent quelquefois lors même qu'il s'y est formé des ulcérations. D'autres fois il y reste des ulcères fisluleux, et l'individu qui en est affecté se regarde à peine comme indisposé , parce qu'en portant un suspensoir il peut vaquer à toutes ses affaires.

î. «iS

554 CAÎSCER DES TESTICULES.

Lesarcocè'. vénéricD, quoique depuis long-temps abandonné à lui-mcme , ou traité sans succès par des moyens insufïisans, cède souvent aux mercuriaux unis aux sudorifiques. Mais trop souvent le sarcocèle qu'on a cru vénérien est véritablement cancéreux, et comme nous lavons dit en traitant du sarcocèle vénérien ( art. 5, § 5.), le mercure produit communément de très-mauvais effets lorsque la maladie est cancéreuse.

Les sarcocèles vénériens , de même que les scrophuleux et les inflammatoires, peuvent se terminer par une guérison complète, comme nous l'avons vu précédemment ( Voyez aussi Ledran, obs., tom. 2 , p. i4o et i43. ). Ces terminaisons favorables de diverses maladies, désignées sous le nom de sarcocèles , ont porté la plupart des auteurs à regarder tous les sarcocèles comme susceptibles de guérison, quand ils sont traités dès leur principe. Voilà pourquoi on a tant vanté, dans les premiers temps du sarcocèle, les fumigations de vinaigre uni à la gomme ammoniaque , le linimeut ammoniacal, leslinimens camphrés, les frictions mercurielles , les applications résolutives, les fomentations aromatiques, les cataplasmes émoUiens ou toniques ou repercussifs, les vomitifs, les purgatifs réitérés, les drastiques, les antiscorbutiques , etc. Celse couseilloit la racine d'élatérium (momordica elaterium, Linn.), bouillie dans le vin de miel (mulsum)et réduite en cataplasme. On a conseillé aussi ledaphnémezereum employé à l'intérieur et à l'extérieur, rarrette-bœuf(ononisspinosa Linn.) en décoction, le cataplasme déracine de mandragore (atropa mandragora), l'usage interne et externe delà ciguë, etc. VoyezSwedianr, Traité des maladies vcnér. , tom. i, pag. i8i et suiv. Cesmédicamens conviennent en effet dans quelques tuméfactions chroniques des testicules , mais dans celles seulement qui ne sont pas de nature squirrheuse, c'est-à-dire qui ne sont pas une dégénération cancéreuse dans les premières périodes.

CAUÇXR DES TESTICULES. 355

Nous avous vu (art. 6. ) que le diagnoslic du sarcocèle cancéreux nVtoit pas toujours facile. Lors donc qu'on est appelé pour traiter une tumeur chronique du scrotum, il ne faut rien négliger pour découvrir son véritable caractère. Dans les cas douteux on tentera avec prudence la résolution des tumeurs qui ne paroissent pas évidemment cancéreuses. Dans celte vue, ou fait usage des moyens dont nous avons parlé ci-dessus (art. 5, § i, 5, 4 )• EuHn lorsque les sarcocèles non évidemment cancéreux n'ont pu être guéris par aucun autre moyen, on peut les extirper s'ils déterminent des accidens graves. Il faut toujours alors examiner avec soin, après l'opéraliou^ quelle est la nature de la dégénération organique. S'il n'y a dans la tumeur enlevée aucun point qui présente la structure des tumeurs cancéreuses dans leur premier degré , si rien ne paroît suspect, on peut regarder le malade comme à l'abri de toute récidive du sarcocèle; ou du moins, s'il y a un nouveau sarcocèle , on peut regarder comme à peu près certain qu'il ne sera point de nature cancéreuse.

Le sarcocèle cancéreux , dès qu'il est bien caractérisé ( art. 6.), ne peut être guéri par l'usage d'aucun médicament pris à l'intérieur. Il est prudent d'en faire l'extirpation. Plus on tarde," plus le danger de la récidive d'une affection cancéreuse est à craindre, et plus on est exposé aussi à voir se développer des dégénératious squirrheuses dans l'abdomen , ou bien à ce que le cordon spermatique devienne cancéreux.

Ou n'est pas exempt de la récidive d'une tumeur cancéreuse après l'extirpation d'un sarcocèle cancéreux. On voit souvent la même maladie se développer à l'autre testicule. Plus souvent encore dans le trajet de la partie du cordon spermatique qui n"a pas été enlevée.

J'ai dit, dans l'iiistoire générale du sarcocèle cancéreux, que j'avais vu se développer dans l'abdomen à la suite de

356 CANCER DES TEfiTICtLtS.

Textirpation du sarcocèle une ou plusieurs masses squirrheuses très-considérables. J'ai dit aussi qu'on avoit vu des dégéuéralions squirrheuses déjà développées dans Tabdomen avant l'opération , sans qu'aucun symptôme eût pu déceler leur existence. Ces faits ne doivent pas empèclier d'extirper les testicules sqLiirrlieux, puisqu'on n'a que ce moyen de tenter la guérisou du malade , mais ils doivent rendre circonspect pour le prognostic.

En général , on peut cependant avancer que les probabilités de récidive sont d'autant plus grandes et plus imminentes que l'extirpation du squirrhe a été faite plus tard et à une époque où déjà le sarcocèle étoit devenu douloureux. M. Roux (i) soupçonne que les cancers du scrotum qui n'ont pas leur siège dans le testicule même sont moins sujets à la récidive que les autres, mais cet espoir n'est fondé sur aucun fait qui le motive ( Voyez lobs. 8 de cet ouvrage. Il est survenu dans ce cas, après l'opération , des fongosilés qui ont nécessité Tapplicalion du fer rouge et qui ont empêché la plaie de se cicatriser.

Les tumeurs déjà développées dans l'abdomen , quand on peul les reconnoîlre, de même que le gonflement squirrbeux de tout le cordon spermalique doivent empêcher de procéder à l'opération ; mais on a vu des malades sujets à des douleurs quipouvoient faire présumer des lésions intérieures déjà existantes j et qui cependant ont été guéris par l'opération (a). Ainsi ces douleurs ne sont pas une raison suffisante pour abandonner le malade à son malheureux sort j lorsqu'on ne trouve aucune tumeur dans l'abdomen, et que d'ailleurs tout paroît en bon état sous le rapport des diverses fonctions.

(i) Mélanges de chir., pag. 209.

(•2) PoTT, Œuvres chirurgicales, tom. 2, p. 254. obs. 09.

CINCËR DES TESTICULES. 067

Il nefiuî jamais oublier, relativement au gonflement du cordon spcrmalique, que la dureté squirrheuse de celle partie ne doit pas être confondue avec le varicocèle qui est souvent déterminé par le poids et Tagacement du testicule squirrheux , et qui dans d'autres circonstances a précédé la dégénération iquirrheuse. Dans le varicocèle le cordon gonflé reste mou, souple et compressible. Dans le squirrhe, il est très-dur, inégal , reniltent , souvent douloureux.

Le gonflement squirrheux, qui s'étend dans l'abdomen , empêche la réussite de l'extirpation ; le \aricocèle ne l'enipêche point.

On ne doit pas non plus prendre pour le squirrhe du cordon, le développement dun ou de plusieurs k} sles liydatifornies qu'on observe quelquefois sur le cordon des vaisseaux sperma tiques. Ces kystes n'empêchent ni l'extirpation du testicule ni la réussite de l'opération. On les distingue , parce qu'ils ne forment pas une dureté continue, parce que leur toucher n'est point rude, parce que les tumeurs sont arrondies et non pas anguleuses. Il est vrai que cette distinction est quelquefois très-diflicile, et c'est un motif de plus pour être très-attentif lorsqu'on procède à cet examen.

Lorsqu'il existe un hydro-sarcocèle , il est évident que le sorcocèle étant la maladie la plus grave, c'est la nature du sarcocèle qui doit diriger dans l'emploi des moyens curatifs; si le sarcocèle est squirrheux , on ne peut se dispenser d'extirper au pluslôt tout l'organe malade.

On ne peut faire l'amputation du sarcocèle que lorsque la maladie ne présente aucun des obstacles que nous avons indiqués. Si on n'en voyoit aucun, et que cependant le malade Irès-amaigri , livide ou plombé, eût une fièvre heciique, la peau sèche et brûlante, on auroit très-peu d'espoir de succès, parce qu'il est probable que la diatbèsc

cancéreuse entraîneroit une mort prompte peu de temps après l'extirpation de la tumeur.

L'amputation du sarcocèle est une opération fort simple. Nous l'exposerons ici en donnant un extrait du procédé opératoire, indiqué par M. Sabatier (i). Nous n'y ajouterons que quelques détails puisés dans une thèse où il est fait mention de quelques particularités intéressantes d'un procédé employé souvent par M. Dubois.

« Tout ayant été disposé, et la partie étant rasée, on fait coucher le malade sur le côté droit de son lit, quel que soit le testicule qu'il s'agit d'emporter. Si la tumeur est médiocrement grosse et qu'elle ne soit pas ulcérée, le chirurgien soulève les tégumens qui répondent à la partie supérieure, avec le pouce et le doigt indicateur de ses deux mains , de manière à leur faire faire un pli transversal. Il fait tenir ce pli par un aide placé à la partie gauche du malade, et il le tient lui-même de son côté ; puis il le coupe jusqu'à sa base avec un bistouri à tranchant convexe ; et il continue à inciser de haut en bas. Au lieu de procéder de cette manière, on peut également bien tendre les tégumens entre le pouce et le doigt du milieu de la main gauche, et les couper en portant le tranchant du bistouri sur la tumeur. Si l'incision qu'on vient de faire n'a pas assez d'étendue , on la prolonge en haut et en bas , au moyen d'une sonde cannelée et pointue qu'on introduit sous la peau , jusqu'à ce que d'une part on se soit élevé vis à vis la partie supérieure de l'anneau, et que de l'autre on soit descendu jusqu'à la partie inférieure de la tumeur... Si celle-ci est grosse, ulcérée, et que les tégumens qui la couvî'ent se trouvent aussi amincis, et d'une couleur dif-

(i) Méd. opér., 2" édit,, tom. 2 , pag. 296.

CANCER ers TESTictitsr). SSo

férente de celle qui leur est ordinaire, il faut faire put la tumeur même, et sans les élever en pli , deux incisions en forme de croissant , allongées , qui se regardent par leur concavité, et qui circonscrivent un lambeau qui sera enlevé avec le testicule sans en être détaché.

3) De quelque manière qu'on ait incisé les tégumens , il faut mettre le cordon à nu , en coupant le tissa cellulaire et graisseux qui le couvre, à l'aide d'une pince à disséquer qui écarte ce tissu, ou d'une sonde cannelée qui en soulève les feuillets, mais sans isoler le cordon; au contraire , il vaut mieux lui conserver ses adhérences. Lorsqu'il paroît plus gros qu'il ne doit l'être, on cherche si cette augmentation de volume n'est pas due à quelque portion d'intestin ou d'épiploon qui se soit glissée dans son épaisseur. Après quoi, on le soulève avec le pouce et le doigt indicateur de la main gauche, pour passer derrière lui, à quelque distance de l'anneau, une aiguille courbe ordinaire , armée d'un fd, qui doit rester sans usage pour le moment, mais qui pourroit devenir bien utile dans la suite, si le procédé, dont on va se servir pour arrêter Fhémorrhagie , manquoit son effet. Ce lien d'attente placé, on fait saisir le cordon spermatique aussi bas qu'il est possible par l'aide qui a soutenu le pli des tégumens ; on lui recommande de le serrer entre les doigts , on le coupe en travers avec le bistouri au-dessous de l'endroit comprimé, et on procède à la séparation et au retranchement du testicule. Lorsque le tissu cellulaire est lâche on peut le déchirer avec les doigts ; lorsqu'il est serré, on le coupe avec le bistouri , en ménageant les tégumens, et surtout l'urètre dont le testicule squirrheux s'approche quelquefois, et avec lequel on l'a vu adhérer avec force, dans des cas où il avoit acquis beaucoup de volume , et contracté une dureté caranomateuse, qui s'étendoit en quelque sorte sur le tissu cellu- Uire et graisseux dont le conduit de Turètre est entouré.

36o CiKCER DES ïF.STICtLES.

»Le testicule ôté... on se rend maître du sang... Dans cette vue, le chirurgien fait un peu relever le cordon, il recommande à l'aide qui le lient de le serrer un peu moins, afin de voir sortir le sang, et de mieux distinguer les vaisseaux qui le fournissent ; puis il saisit le bout de ces vaisseaux avec une pince à disséquer, garnie d'un gros fil ciré, noué d'un nœud sini^le qu'il fait glisser sur eux, soit avec les doigts, soit avec un stylet boutonné. Il évite de comprendre dans celte ligature les nerfs dont la compression a souvent déterminé un trismus luorlel. Quand il juge que le fil est bien placé, il en fait serrer le nœud par un autre aide, et il fait faire un second nœud par dessus; cela fait, il relire la pince et nettoie la plaie avec une éponge trempée dans de l'eau tiède pour voir si quelque vaisseau ne donne pas de sang... Si une ou plusieurs artères de la cloison du darlos étoient ouvertes, ce qui peut devenir dangereux quand on n'y remédie pas, on la saisiroit avec la pince garnie de fil et on en feroit la ligature...

S'il reste des téguniens amincis et privés du tissu cellulaire qui les tapisse pour ainsi dire intérieurement, on les retranche avec le bistouri, en les faisant soutenir d'un côté par un aide, et en les tendant soi-même de l'autre avec les doigts de la main gauche.

rtll ne reste plus alors qu'à panser la plaie... On la remplit et on la recouvre de charpie, par dessus laquelle on met des compresses de forme longue, une autre compresse fendue et trouée pour servir de couvre-bourse, et un large suspensoir. Le malade est placé au milieu de son lit , sur lequel il doit rester la tète et la poitrine un peu élevées, et les cuisses et les jambes fléchies; un rouleau placé sous les genoux rend cette position moins incommode. Enfin, si on aperçoit que le malade mouille son appareil en urinant, on le couvre avec vin morceau de toile ou de taffetas ciré, percé à «on milieu pour laisser passer la verge.

CASCER DES TESTICULES. 36 1

On met le mnlade à une diète sévère, on lui donne des boissons délayantes et adoucissantes, jusqu'à ce que la fièvre de suppuration soit terminée.

') Lorsque les accidens inflammatoires sont dissipés, et qiîe

8 les suinlemens séreux qui précèdent la suppuration sont abondans, on renouvelle les pièces extérieures de l'appareil; j celles qui sont intérieures sont laissées jusqu'au neuvième ou dixième jour, temps où la suppuration est bien établie; peu après, les ligatures tombent, on ôte le lien qui avoit été pl.icé provisoirement sous le cordon, et on favorise la suppuration.

Quelques praticiens, après l'extirpation du sarcocèle, procèdent à la réunion immédiate de la plaie. M. Bonnelerre (i) a souvent vu le professeur Dubois employer avec succès ce procédé, par le moyen duquel la plaie est quelquefois guérie en dix ou douze jours. Après avoir lié les vaisseaux, on conserve un bout de la ligature, et on coupe Taulre près du nœud; on nettoie la plaie, on ramène le bout des ligatures vers ses extrémités, on met en contact les lèvres de la plaie qui sont contenues par de la charpie brute, et des compresses appliquées sur les parties latérales du scrotum, le tout est fixé par le moyen d'une longue bande.

Cette maladie cancéreuse comme toutes les affections du même genre est sujette à se reproduire, lorsqu'on se flattoit d'en avoir délivré le malade.

M. Sabalier cite à C3 sujet (2) un fait très-intéressant, parce qu'il fait connoître ce qu'il conviendroit de faire en pareille circonstance. Ce célèbre praticien avoit extirpé un testicule squinbeux qui commençoit à causer de forts élancemcns; il se manifesta, quelques jours après l'extirpation.

(i) Dissert, sur le sarcocèle, pag. 29 (Paris i8o5.) {2) Méd. op. ^ 1* édit. , tom. 2, pag. 292.

56a CANCER DES TESTICClES.

une tumeur fongueuse assez grosse àrextrémiJc du cordon spermatique. Cette hyper- sarcose fut couverte avec une poudre dans la composition de laquelle entrent Tarscnic Je cinabre, le sang dragon, etc. Loin d'en être réprimée, elle crût avec une sorte de fureur; il employa une seconde fois le même caustique avec aussi peu de succès; voyant que le mal se reproduisoit, il se détermina à le brûler avec un fer rougi au feu, qu'il porta profondément et qu'il laissa éteindre sur la partie. L'escarre se détacha au bout de quelques jours et le malade guérit. Il jouissoit encore d'une bonne santé quinze ans après son opération.

ARTICLE VIIT,

Observations particulières.

Les observations particulières réunies dans cet article sont principalement destinées à prouver que le cancer des testicules, quoique situé hors de l'abdomen, doit être presque considéré comme un cancer abdominal, parce qu'à raison de l'origine première du testicule , formé d'abord dans l'abdomen au-dessous des reins , il y a entre cet organe et les systèmes lymphatique , sanguin , et viscéral de l'abdomen, la plus grande correspondance; correspondance qui est surtout manifeste dans les dégénérations cancéreuses des testicules, puisqu'elles sont très-fréquemment accompagnées un peu plus tôt, ou un peu plus tard, du développement de quelque dégénération de même nature dans les parties primitivement voisines du testicule.

Nous ferons remarquer encore que le cancer des testicules, bien différent des autres cancers externes, conduit la plupart des'malades à la mort, avant l'époque de Tulcération de la tumeur; caractère d'analogie qui unit encore ce

CAKCER DES TESTICULES. 565

cancer avec celai de chacun des autres viscères abdomiuaux qui n'ont point de cavité.

Nous avons cru devoir rapporter aussi quelques faits relatifs aux maladies cancéreuses du scrotum qui ne sont pas des sarcocèles cancéreux, mais des tumeurs cancéreuses développées dans le scrotum; et à la fm nous avons placé deux à trois observations relatives à des maladies non-cancéreuses qui pouvoient être prises pour des sarcocèles cancéreux.

1". Observation. — Sarcocèle. — Masse sqiiirr lieuse abdominale. — Cancer lardlforme^ cancer cartilaqiniforme, et cancer cérebtiforme, réunis chez le même individu.

Galler, cultivateur âgé de 4^ ans, d'une forte constitution d'un tempérament bilieux-sanguin, avoit toujours joui d'une bonne santé; il n'avoit pas eu de maladie vénérienne, il montoit rarement à cheval, et personne de sa famille n'avoit eu de maladie cancéreuse; marié depuis plus de 18 ans, il étoit père de plusieurs enfans bien portans.

Sans avoir reçu aucun coup aux testicules, sans y avoir fait aucune compression, en un mot sans aucune cause connue, il lui survint une tuméfaclion considérable au testicule droit; lorsqu'il s'aperçut de cette maladie qui ne le faisoit point souffrir, le testicule avoit déjà un volume triple de celui du testicule gauche. Dans le mois de mars 1802, c'est-à-dire, six mois après l'époque où il s'étoitpovir la première fois aperçu de cette maladie, le testicule étoit plus gros que le poing; il n'étoit point douloureux; il étoiL fort-dur et très-pesant, on ne pouvoit pas distinguer Tépidydime qui étoit confondu avec la tumeur. Le cordon des vaisseaux spermatiques étoit plus gros que le doigt, très-dur, et très-inégal depuis le testicule jusque dans l'anneau inguinal et probablement au-dessus. C'est à cette époque que

je vis ce malade pour la première fois; il consulta diverses personnes de l'art, qui ne lui conseillèrent que des moyens insigiiifians, et il retourna dans sa famille; il étoit encore a cette époque frès-robuste, fort et musculeux; il avoit de l'appétit et jouissoit en apparence de la plus brillante santé; je n'avois pu reconnoître aucune tumeur dans l'abdomen, mais comme le ventre étoit volumineux et les parois abdominales très-épaisses à cause d'une abondante quantité de graisse sous-cutanée, il est possible que l'on ne put pas distinguer s'il en existoit; il continua ses travaux pendant tout Tété; il portoit un suspensoir, et n'éprouvoit d'autre incommodité que le poids de la tumeur qui avoit cessé d'augmenler de volume, et qui fut stationnaire pendant plus de six mois, mais il éprouva deux ou trois fois des coliques violentes.

Cet homme revint à Paris vers la fin de septembre; il vint me voir; je l'engageai à ne point demander de nouveaux conseils, mais il désiroit trop vivement saguérison, et il ne suivit pas mon avis; il me dit que pendant les coliques qui commençoient tout-à-coup et qui duroient trois à quatre heures, il lui sembloit que des chiens dévoroient ses entrailles; lorsque ces douleurs avoient cessé, il n'en éprouvoit plu$ aucun ressentiment, elles cessoient tout-à coup,/ sans cause connue, à laquelle on put attribuer leur disparition. L'abdomen que j'examinai de nouveau ne me parut être le siège d'aucune tumeur, l'embonpoint étoit le même qu'au mois de mars, et comme je l'ai dit, cet homme paroissoit jouir de la meilleure santé; il s'adressa à un chirurgien très-erudit, et d'après son conseil, il lit usage, pendant le mois d'octobre, de fumigations de vinaigre dans lequel on avoit fait dissoudre de la gomme ammoniaque. On dirigeoit la vapeur de celte dissolution vers le scrotuai, au moyen d'une couverture placée sur un vase et disposée en entonnoir renversé. Au bout de trois semaines de l'usage de

ce moyeuyle volume de la Uimeiir angmenla de nouveau, le malade commença pour ]a première fois à y éprouver de la douleur; cetle douleur devint plus vive de jjur en jour; elle ne se faisoit pas seulement ressentir dans le testicule, mais elle sembloit remonter dans le ventre, où elle s'étendoit jusque dans la région lombaire. Les fumigations furent conlinuées jusqu'au milieu de novembre; les douleurs devinrent alors excessives, et les coliques abdominales revinrent de temps à aulre, bien moins vives qu'avant cette époque, mais bien plus longues; le malade avoit perdu le sommeil, l'appelit et les forcer; il avoit souvent de vives douleurs dans la région lombaire et même dans le dos; il maigrissoit à vue d'œil; toute sa peau avoit pris une teinte jaunâtre, et il avoit senti dans le côté droit du ventre une grosse tvimeur qui sembloit chaque jour augmenter de volume. Il revint encore à Paris à la fin de novembre; la tumeur de l'abdomen étoit oblongueet bosselée, elle sembloit être plus grosse que la tête d'un enfant; le malade disoit y éprouver des douleurs vives, non pas d'élancement, mais de pression et de déchirement; les douleurs qii'il éprouvoit à la tumeur du scrotum étoient de même nature. A cette époque le sarcocèle étoit plus gros que les deux poings; il éloit assez arrondi, mais un peu inégal, et on y distinguoît diverses bosselures, dans le milieu desquelles onsentoit une sorte de fluctuation obscure, dans les autres endroits la tumeur présentoit presque partout une dureté remarquable; la peau étoit lisse, tendue, très-adhérente, parcourue par de grosses veines dilatées, et d'un bleu noirâtre; elle n'avoit cependant point changé de couleur, excepté dans deux endroits où l'apparence de fluctuation étoit plus manifeste, et où la peau étoit d'un rouge un peu plombé; le pouls étoit, surtout le soir, un peu plus fréquent qu'en sauié.

J'engageai ce malade à entrer à l'hôpital de la Charité, mais il s'y refnsfi vl leionvmi chez lui. Quelques semaines

après, un cliirurgien , séduit par Tapparence de fluctuation dont il a été parlé, plongea un trois quarts dans le côté externe et un peu antérieur de la tumeur; en retirant la canule, il fut très-étonné de ne voir sortir que du sang : il s'en écoula tout au plus trois onces; il retira alors la canule. Cette tentative ne produisit aucun effet bien remarquable.

Cependant la fièvre étoit devenue presque continuelle, ramaigrissement avoitfait de très-grands progrès, la tumeur de Tabdomen étoit presqu'aussi grosse que la tête d'un homme, un dévoiement très-liquide, et une constipation très-genante se succédoient alternativement, l'appétit avoit totalement disparu, ei les douleurs abdominales étoient intolérables; les douleurs des lombes et du dos le fatiguoient aussi beaucoup.

Le dévoiement et les douleurs abdominales engagèrent le malade à se faire transporter à Paris, et il entra à l'hôpital de la Charité le 29 décembre 1801. Voici quel étoit son état le 5o décembre : maigreur générale portée jusqu'au marasme; peau jaune, sale et terreuse; face grippée, yeux enfoncés, pommettes saillantes, langue nette, thorax resonnant bien par la percussion, côtes très -saillantes, bras emaciés.

Abdomen volumineux, surtout du côté droit; les parois abdominales étoient amaigries, flasques, et amincies; on sentoit dans le côté droit de l'abdomen une tumeur oblongue, étendue depuis l'hypocondre droit, jusque dans la région iliaque droite et formant en outre une saillie trèsvolumineuse du côté du nombril ; cette tumeur avoit un volume au moins triple de celui d'un foie ordinaire, elle paroissoit fort renitente et toute bosselée.

La tumeur du scrptuai égaloit à peu près le volume de la tête d'un enfant de deux ans, la verge étoit enfoncée, et on ne voyoit qu'un peu de l'extrémité du prépuce; le côté gau-

CiNCEX DES lESTIGULES. 55^

che du scrotum étoit infiltré, l'endroit où l'on avoit enfoncé le trois quarts étoit d'un rouge lidde, mais on n'y voyoit pas d'ulcération. Il en suintait un peu de sérosité rougeatre, par un orifice qu'on n'auroitpas jugé avoir été fait par un trois quarts, tant il étoit petit.

Le cordon s])ermatique avoit une épaisseur au moins trois fois plus considérable que le doigt médius du malade. Il étoit dur et inégal. La peau qui le recouvroit lui adhéroit intimement, de même que celle qui recouvroit le testicule paroissoit aussi partout adhérente à la tumeur. La peau del'aîne droite étoit épaissie, dure, la graisse sous-cutanée paroissoit aussi très-dure, et il étoit d'autant plus remarquable de la voir persister que l'aîne gauche paroissoit ne point offrir de graisse. Les deux extrémités inférieures étoient enflées, principalement celle du côté droit qui l'étoit prodigieusement , tandis que la gauche n'étoit enflée que jusqu'aux genoux, à la partie interne de la cuisse. Le malade avoit le devoiement; le pouls étoit pétri, foible , fréquent , l'urine peu abondante.

Les douleurs l'empêchoient de reposer; ces douleurs qui se faisoient sentir au scrotum et principalement au ventre, étoient compressives, déchirantes et non point lancinantes. Le malade en rendoit très- bien compte.

On prescrivit une infusion de fleurs de tilleul ^ et six grains de pilules de cynoglosse.

Le lendemain le malade avoit dormi, il disoit être mieux. Il mourut qvielques jours après j le 7 janvier i8o5,à5 heures du matin.

Ouverture du cadavre.

Tête. La tête ne fut pas ouverte.

Thorax. Les poumons étoient libres, mous, crépitans et bien sains.

56S CANCEîl DES TESTICULES.

Le cœur étoit dans i'état naturel , il contenoit peu de sar,g à peine coagulé. îl y avoit dans le ventricule gauche un caiilot de fibrine mollasse et imbibé de sérosité.

Les côtes étoieiit fermes et difficiles à casser.

Abdomen. Le foie étoit bien sain, mais refoulé en haut par la tumeur concéreuse. La rate étoit dans l'état naturel de même que le pancréas.

L'estomac et tout le conduit intestinal étoient refoulés dans le côté gauche de l'abdomen. Le cœcum étoit placé près de la ligne blanche, un peu à droite, au-devant du tieis inférieur de la tumeur. Le mésentère renfermoit quelques glandes grosses comme des noisettes, blanches, luisantes, dures, et semblables, à leur intérieur, au tissu de la tumeur qui sera bientôt décrite. L'épiploon étoit comme desséché, et tout retiré près du colon Iransverse, qui luimême étoit refoulé à gauche.

Le rein droit étoit petit, flasque, un peu refoulé en haut. Le bassinet et les calices étoient dilatés et remplis d'urine. L'uretère en conlenoit aussi beaucoup. Il éîoit fort dilaté et plus large dans son tiers supérieur que l'aorte pectorale. Il n'en étoit pas de même de son tiers moyen, placé au-devant de la tumeur dans l'interstice de deux petits lobes entre lesquels il se trouvoit comprimé. Cette partie n'étoit pas dilatée, mais étranglée et rapetissée. Audessous de cet étranglement, l'uretère paroissoit dans l'état naturel de même que la vessie, la prostate et le rectum. Il n'y avoit pas d'ulcération dans les instestins.

La tumeur squirrheuse , dont il a été parlé , étoit placée dans le côté droit de l'abdomen, derrière le péritoine, audevant du muscle psoas, de la région iliaque droite, des vertèbres lombaires , delà veine cave et de l'aorte. Elle étoit étendue de la fosse iliaque droite jusques dans l'iîypocondre droit. Elle étoit toute lobée etprésenloit trois grands lobes, l'un placé près du foie, îe secood près du milieu de

CANCER DES TESTICrLEfî. 36g

l'abdomen, à la hauteur de la région ombilicale; le troisième, dans la région iliaque droite. Ces trois lobes étoient des portions du même corps squirrheux qui, au-dedans de la partie moyenne du muscle psoas , avoit plus de six travers de doigt d'épaisseur. Chacun de ces trois lobes étoit lui-même divisé en un grand nombre de petits lobes. Il fut impossible de détacher cette masse énorme sans enlever une grande partie du muscle psoas qui étoit dégénérée , intimement adhérente à la tumeur et tout-à-fait de même nature qu'elle. Les vertèbres lombaires étoient dans l'état naturel. La veine cave et l'artère aorte , quoique placées derrière le lobe transversal de la tumeur et adhérentes à ce corps, n'en étoient pas comprimées, car on pouvoit avec facilité passer le doigt dans leur cavité qui étoit toutà-fait libre. Il fut impossible de découvrir si cette masse énorme étoit un développement squirrheux particulier, ou bien une dégénération de quelque glande.

La structure de la tumeur , examinée avec soin , parut uniforme dans toute son étendue. Elle étoit seulement un peu plus blanche et un peu plus ferme dans sa partie postérieure, du côté des vertèbres, qu'à sa partie antérieure en arrière. Cette tumeur étoit blanche, luisante, semblable à la substance cérébrale des adultes , mais beaucoup plus ferme. A mesure qu'on l'examinait plus près de sa surface antérieure, elle étoit plus molle , un peu rosée et très-ressemblante à la substance du cerveau des enfans mierts dans les premiers jours de la vie. Il n'y avoit aucun foyer de suppuration. En comprimant des portions de cette tumeur prises en arrière^ on en faisoit sortir un liquide séreux vm peu louche; plus en avant, ce liquide étoit presque semblable à de la crème épaisse ; et tout-à-fait à la partie antérieure, ce liquide offroit une teinte rosée. Le sarcocèle fut examiné avec soin. La peau étoit partout adhérente à la tumeur.

On ne pouvoit plus distinguer la tunique vaginale , la tunique aibuginée , ni l'épidydinie;, ni même la partie inférieure du cordon spermatique. Tout étoit intimement confondu et formoit une seule masse. Il y ayoit cependant près du centre de la tumeur, un peu en avant, une petite portion de la substance du testicule encore reconnoissable. Elle avoit une couleur d'un blanc gris. Avec la pince à dissection, on en retiroit des filamens très -longs et très-minces, tout-à-fait semblables à ceux qu'on voit dans un testicule sain et incisé, dont on cherche à développer les filamens. Tout le reste de la masse du sarcocèle étoit véritablement squirrheux, d'un blanc bleuâtre au centre et presque aussi ferme que la substance du lard, et d'un blanc très-rosé à la surface. Le tissvi de cette dégénéralion cancéreuse avoit plus de ressemblance avec celui des cartilages qui revêtent la tête du fémur , qu'il n'en avoit avec le lard. Mais sa consistance qui étoit moindre que celle du lard s'éloignoit beaucoup de celle des cartilages. Dans les endroits qui repondoient aux bosselures où l'on sentoit une sorte de fluctuation, le tissu de la tumeur étoit très-mou , parcouru par de nombreux vaisseaux sanguins , et semblable au cerveau des enfans. Il n'auroit pas été facile d'indiquer l'endroit précis où ce squirrhe cessoit de ressembler aux cartilages, ni celui où il commençoit à avoir du rapport avec la substance cérébrale. Ces diverses portions faisoient partie de la même tumeur, continue dans toute son étendue. Il y avoit dans le tissu mou, qui correspondoit à l'une des bosselures, un épanchement de sang caillebotté , assez abondant pour remplir un œuf de pigeon. La substance cancéreuse étoit déchirée dans cet endroit et en partie mêlée avec répanchement sanguin. Dans la bosselure où l'on avoit pratiqué la ponction, il n'y avoit pas d'épanchement sanguin, mais le tissu squirrheux, fort ramolli, étoit rougi par de nombreux vaisseaux sanguins, et par de petites

ecchymoses disséminées çà et là dans le tissu ramolli. Il n'y avoit dans ce testicule aucun foyer de suppuration iclioreuse , sanieuse , ni purulente.

Le cordon sperma tique, très-volumineux et très-dur, avoit un aspect blanchâtre et un tissu d'un blanc luisant , véritablement semblable à du lard, mais plus compact et plus ferme. On ne pouvoit plus distinguer les vaisseaux sanguins ni le canal déférent. Tout le cordon formoit une masse homogène. A l'anneau inguinal, la peau, les muscles , le cordon étoient tellement unis et confondus qu'on ne pouvoit plus rien distinguer; tout étoit lardacé, dur, et transformé en une substance homogène. Depuis la crête iliaque jusqu'à la ligne blanche, et depuis le ligament de Poupart jusqu'à l'aîne, le tissu cellulaire et la peau avoient au moins deux travers de doigt d'épaisseur. Leur tissu naturel n'étoit plus reconnoissable, il étoit remplacé par un tissu squirrheux, lardacé et blanchâtre. La tumeur placée dans l'abdomen n'étoit pas continue avec le cordon dégénéré des vaisseaux spermatiques. Elle n'étoit pas continue non plus avec la dégénération squirrheuse du tissu cellulaire et de la peau de la partie inférieure du ventre et du pli inguinal.

1^ Observation. — Squirrlie cérébrlforme du testicule.

Jacques Dumailly, âgé de 47 ans, d'un tempérament bilieux-sanguin, avoit été sujet dans sa jeunesse à des spermatocèles fréqueus que l'émission de la semence faisoit promptement disparoitre. Il avoit eu cinq gonorrhées qui jamais n'étoient tombées dans les bourses ; plusieurs fois il avoit eu des chancres. Il avoit été traité de ces maladies vénériennes, et depuis huit ans il n'en avoit pas eu. Il y avoit deux ans que sa santé étoit presque toujours dérangée; depuis environ un an et demi, le testicule droit s'étoit

5^2 CA^SCER Dr.S TESTÎCULBS.

engorgé , et il avoit fini par acquérir un très-gros volume. Dans le principe , le malade avoit combattu avec succès cet engorgement par les cataplasmes émolliens. Mais ayant négligé l'emploi de ce remède à cause de l'embarras que cela lui donnoit, et parce qu'il ne s'iniaginoit pas que son mal pût avoir des suites graves; le testicule devint de plus en plus gros et dur, il produisit d'abord un tiraillement du cordon qui cessa ensuite et fut remplacé par un sentiment d'ardeur qui se faisoit ressentir de temps en temps dans la tumeur.

Demailly assuroit que son testicule droit n'avoit pas plus de grosseur qu'une amande avant qu'il s'engorgeât, et que le gauche étoit un peu plus gros. Dans ces derniers tems , ce testicule paroissoit participer à la maladie, son volume avoit plus que doublé , et il présentoit de la dureté.

Lorsque ce malade entra à la Charité, il avoit depuis un mois et demi environ de l'œdème aux jambes et aux cuisses. Le pouls n'étoit pas fébrile, cependant la langue étoit couverte à sa base d'une couche brunâtre , et il y avoit du dévoiement. Le ventre étoit fluctuant.

Pendant les 19 jours que cet homme resta à l'hôpital , il eut une fièvre adynamique qui paroissoit avoir une marche peu effrayante et qui cependant le fit périr.

Ouverture , le g germinal.

Infiltration très-considérable des membres abdominaux, légère bouffissure du reste du corps mais non du visage. Beaucoup de sérosité sens l'arachnoïde. Près de cinq gros de sérosité dans chaque ventricule latéral; sérosité peu abondante à la base du crâne. Cœur sain.'Poamons dans l'état naturel, ayant la membrane muqueuse blanche et saine; adhérences cellulaires des poumons à la plèvre. Au moins une pinte de sérosité dans la cavité de l'abdomen ;

coudait alimentaire sain; épiploon adhérant intimement au milieu de la face convexe du foie , dans une largeur de plus de 4 pouces; foie de volume ordinaire, de forme très-irrégulière 5 présentant un grand nombre de bosselures et d'enfoncemens qui le faisoient paroître comme forme par un très-grand nombre de lobes continus par leur base les uns aux autres; chacune de ses bosselures avoit plus de volume que la dernière phalange du pouce. A la surface inférieure du grand lobe, on voyoit dans la substance du foie 3 auprès de la vésicule, des sortes de tubercules dont deux étoient gros comme une petite noix , et l'autre plus volumineux qu'un œuf de poule. Ils étoient formés à l'intérieur par une matière d'un blanc sale, grisâtre, d'un tissu uniforme , fibreux, à fibres parallèles et assez faciles à séparer dans quelques endroits en lames plus ou moins épaisses. En froissant celle substance entre les doigts , elle se divisoit et oflVoit un toucher un peu analogue à celui du fromage qui commence à se ramollir. Dans un de ces corps, on voyoit une lame membraneuse qui pénétroit jusqu'au milieu du tubercule qui, par ce moyen :, étoit bilobé. Tous otfroient une membrane rougeàtre, ferme, épaisse de plus d'une demi ligne , intiuiement unie au tissu propre du foie. La matière grise n'adhéroit que foiblement à cette membrane , et on l'en isoloit assez facilement avec le manche du scalpel.

La rate étoit volumineuse, brunâtre et ferme. L'estomac étoit sain de même que tout le conduit intestinal. Le pancréas étoit très-volumineux , fort dur, et il otïroit des granulations blanches , assez grosses. Le mésentère étoit sain, la vessie contcnoit beaucoup d'urine. On trouva dans le tissu de la prostate , tout près de l'urètre , neuf à dix calculs très-durs, de couleur de chocolat, et un peu plus gros que des grains de millet.

Les reins avoient le volume ordinaire, leur substance

5^4 CANCER DES TESTICUIES.

corticale avoit pris une couleur d'un blanc grisâtre pareille à celle de la substance trouvée dans le foie. Ils étoient d'ailleurs sains.

Le testicule gauche adhéroit à la tunique vaginale dans une certaine étendue. Il étoit un peu plus gros que dans l'état naturel. Il y avoit au moins deux gros de sérosité dans la tunique vaginale ; on trouva dans ce testicule deux corps dont l'un étoit gros comme un pois et l'autre comme une fève , tous deux formés par une substance d'un blanc grisâtre, fibreuse et presque lamelleuse , quoique d'un tissu uniforme au premier aspect; cette matière étoit contenue dans une membrane ferme , épaisse d'une demi ligne. Elle lui adhéroit assez fortement, mais elle pouvoit en être séparée avec le manche du scalpel. Le cordon avoit à peu près le volume ordinaire. Le testicule droit étoit aussi gros que trois œufs de poule réunis : son cordon étoit presque aussi épais que le petit doigt. Ce testicule adhéroit intimement à la tunique vaginale, celle-ci au scrotum; en un mot^ tout étoit adhérent. Presque partout la substance propre du testicule avoit disparu ; dans une portion seulement elle n'avoit subi qu'un commencent d'altération ; elle étoit plus ferme qu'à l'ordinaire , mais on y trouva les filets menus qvii forment la substance du testicule. Toute la tumeur étoit due à des masses très-grosses et obrondes, d'une matière homogène, d'un blanc grisâtre, d'un tissu uniforme, fibreux et lamelleux. Cette matière adhéroit médiocrement à une membrane épaisse et ferme, dense, et rougeâtre, dans laquelle elle étoit renfermée. Cette membrane formoit plusieurs loges, dont plusieurs communiquaient avec les autres. La densité de la matière intérieure étoit très-foible dans divers endroits; dans d'autres, elle ofFroit un toucher analogue à celui qu'on éprouve en comprimant du fromage un peu ramolli ; mais elle étoit fibreuse et ferme.

Nulle part il n'y avoit d'apparence de suppuration prochaine dans le centre des masses blanchâtres , soit dans le testicule , soit dans le foie. Il y avoit dans le milieu du testicule un peu de matière transparente du volume de deux lentilles. ( Il est facile de reconnoîlre , d'après cette description , le cancer cérébriforme ).

5*' Observation (i). — Sarcocèle ulcéré.

Un homme de cinquante et quelques années se présente à l'hospice d'Orléans avec un sarcocèle douloureux , inégal , mais sans amas de fluide dans la tunique vaginale. Le cordon paroissoit parfaitement sain. Le malade jouissoit d'ailleurs d'une assez bonne santé ; il ignoroit la cause de sa maladie. Il ne voulut pas être opéré , et il sortit de l'hôpital. Il y revint cinq ou six mois après. La tumeur étoit alors volumineuse, très -douloureuse et ulcérée. Les bords de l'ulcère étoient renversés; il s'en exhaioit une odeur fétide, il y avoit un écoulement ichoreux, jaunâtre et noirâtre. Le moindre attouchement occasionoit des hémorrhagies difficiles à arrêter. Le cordon étoit tuméfié et dur. On sentoit au travers des parois de l'abdomen des squirrhosités. Le malade ^ pâle et décharné, avoit une toux sèche, et des accès de fièvre lente tous les soirs. On employa sur la tumeur des compresses imbibées d'une forte décoction de têtes de pavot. On donna à l'intérieur des narcotiques et des caïmans. Il mourut trois semaines après son entrée à l'hôpital.

La tumeur étant ouverte, offrit plusieurs foyers remplis de la même matière que celle qui teignoit les linges. Dans le reste de son étendue, elle étoit dure et semblable à du

(i) M. Bounetcne, Dissert, sur le sarcocèle; Paris, iSo5, pag. 9.

lard raiice. Sa couieiir n'étoit pas partout la même; elle étoit plus foncée dans certains endroits que dans d'autres. A l'ouverture de l'abdomen , on trouva une grande quantité de glandes lymphatiques squirrheuses ; elles ofFroient le même aspect que le testicule.

4* Observation (1). «Un homme âgé d'environ cinquante ans, me consulta au sujet d'un de ses testicules malade; il avoit environ le volume d'une petite grenade , il étoit fort dur, absolument exempt de douleur, et le cordon spermatique n'offroit aucune apparence de maladie.

Cet homme m'annonça qu'il ne se détermineroit point à subir la castration, et qu'il vouloit seulement savoir si je pouvois employer quelqu'aulre méthode pour le délivrer de son mal. Je lui dis très-librement mon avis, qui fut qu'il n'étoit point du tout vraisemblable qu'on piit le guérir par une autre voie; mais quoique je lui conseillasse de se soumettre à l'opération, il y avoit quelques circonstances relatives à l'état général de sa santé qui me portèrent à ne pas le presser; et je ne fus pas fâché de voir d'abord le malade prévenu contre elle. En effet il avoit un air défait et le teint pâle, il étoit maigre, ses chairs avoient perdu leur fermeté, et il éprouvoit des coliques fort fréquentes, tantôt accompagnées d'une diarrhée menaçante,et tantôt d'une constipation opiniâtre.

Dans l'espace de deux ou trois ans il prit beaucoup de remèdes différens, et consulta un grand nombre de praticiens tant bons que mauvais, mais il n'en retira aucun avantage; son testicule, durant loutcet espace de temps, ne subit aucune altération essentielle, et le cordon spermalique ne devint point du tout affecté.

Enfin il mourut d'une dyssenteric opiniâtre et doulou-

(1) PoTTi Œuvi'eschirurg. y lom. 2, p. 2/17» obs. 44-

OaMCER dés TESTlCttES. 3^^

reuse; el lorsqu'on l'ouvrit on trouva son mésentère plein de nœuds gros, durs et squirrheux. Toutes les glandes lymphatiques autour du réservoir du chyle et du commencement du conduit tlioracique étoient altérées d'une manière remarquable, et le foie étoit très-tuméfié et dur.

Les signes extérieurs d'une mauvaise santé; les douleurs et les autres accidents qu'éprouvoit cet homme, pouvoient être produits par des causes indépendantes de la squirrhosilé de son testicule; et d'après cette supposition, on auroit été autorisé à extirper cette glande par Topération; mais si on Teût tentée il auroit fallu agir prudemment, en portant un pronostic douteux^ et en annonçant Tincerlitude du succès.»

5* Observation (i). « Vn pauvre homme qui étoit entré dans l'hôpital de Sainl-Barthclcmy, pour une plaie qu'il avoit à une jambe, me pria d'examiner son scrotum, dont le volume étoit très-considérable.

La tumeur étoit principalement formée par une quantité d'eau amassée dans la tunique vaginale du testicule; mais à travers le fluide, il étoit facile de distinguer que cette glande n'étoit pas dans un état sain. Le malade se plaignoit d'un malaise que lui occasionnoit le poids du scrotum, et il éprouvait de temps en temps une douleur qui s'élendoit du testicule dans le dos; il avoit aussi quelquefois une colique, avec des nausées et des envies de vomir, et il étoit très-sujet à une espèce de strangurie.

Je fis sortir par le mo5'^en d'un trocart près d'une quarte de fluide jaune et tenu, et après cela je restai si convaincu que le testicule étoit altéré, que je l'aurois extirpé aussitôt si le malade eût voulu y consentir. La plaie de sa jambe fut bientôt guérie , et il fut renvoyé de l'hôpital.

(i) PoTT. Œuvres chirurg.y lom. 2 , p. 25o , obs. 46.

37^ CàNCER des TESTICCtES.

Il étoit maçon. Environ quinze jours ou trois semaines après être sorti de notre hôpital, il tomba d'un échàfaud fort élevé, et se blessa si grièvement qu'il mourut, après avoir encore été deux jours dans l'hôpital.

Je saisis avec empressement l'occasion d'examiner son cadavre.

La tunique vaginale étoit non seulement beaucoup distendue, mais encore considérablement épaissie; le testicule étoit beaucoup plus gros et beaucoup plus dur ([ue dans l'état naturel : mais en le divisant il ne manifesta aucun signe considérable de maladie, si ce n'est dans son centre, où il y avoit une petite quantité de sanie décolorée, et une matière putride. Les vaisseaux sperniatiques avoient absolument conservé leur état naturel, à l'exception de la veine, qui étoit variqueuse.

Immédiatement au-dessous des vaisseaux émulgens du côté droit, il y avoit une tumeur irrégulière, presqu'aussi grosse que le rein lui-même, absolument squirrlieuse, et fortement attachée tant aux vaisseaux sanguins du rein qu'à l'aorte; la partie extérieure de cette tumeur étoit raboteuse et inégale, et d'une couleur blanchâtre; et dans son centre je trouvai absolument la même chose que dans le testicule, savoir une petite quantité de pus et de sanie. Dans l'endroit où cette tvimeur étrangloit l'uretère^ il étoit très-comprimé et son diamètre étoit très-rétréci, mais au-dessous (i) de cet étranglement il étoit considérablenent dilaté; le rein ne paroissoit pas être dans un état tout- à-fait sain.

Si l'on eût fait la castration à cet homme, je ne doute nullement que son squirrhe interne ne lui eût causé la mort, mais c'étoit une circonstance qu'on ne pouvoit pas soupçonner par son état général ou par ses accidens, et qu'il

(i) Ne faut-il pas au-dessus P

n'étoit par conséquent pas possible de prévoir ; l'opération auroit donc été excusable quoique sans succès. »

6" Observation. — Causes du sarcocèle. — La diatlièse cancéreuse (1).

Un homme de quarante-cinq ans, d'une assez bonne complexion, et demeurant à la campagne, vint à Paris consulter M. JMalaval pour un sarcocèle considérable. Il lui dit que son testicule avoit beaucoup grossi depuis trois mois; qu'il étoit devenu depuis peu assez douloureux, et que les douleurs étoient lancinantes. Cela fit soupçonner cette tumeur pour être un cancer; néanmoins voyant que ce mal ne pouvoit être guéri que par l'extirpation, et que le cordon étoit encore libre près de Tanneau, M. Malaval la proposa comme l'unique moyen de guérir. MM. Arnaud et Tibaut, mandés en consultation, furent de son avis, et après les précautions convenables elle fut faite. La suppuration s'établit et fut de bonne qualité, sans qu'il y eût aucun accident dans les huit premiers jours, ce qui fit espérer un heureux succès. Une indigestion qu'il eut lui attira quelques accidens, après lesquels le malade fut plus sage sur le régime, et retourna chez lui guéri.

Il revint trouver M. Malaval trois mois après, ayant à la partie antérieure da col une grosse tumeur qui avoit commencé à se former dans les glandes qui sont entre les deux branches du muscle scalène gauche; elle s'étoit allongée jusqu'à la partie antérieure, de manière qu'elle sembloit être un goitre, mais c'étoit un vrai cancer, comme celui qui s'étoit formé en premier lieu au testicule; en deux mois elle étoit devenue de la grosseur des deux poings, et

{i)3Iém. det'acad. de chir.^ toux, 3.— Ledraa, Mém, sur le cancer, j). 5i , obs. 34.

son volume suffoqua le malade malgré six saignées et antres remèdes appropriés.

7' Observation(i). — Tumeur sqairrheuse développée dans le tissu ceUaîaire du. cordon spermatiqae.

Le nommé Jacques Baron, âgé de quarante-trois ans, boucher, ayant les cheveux et la barbe rouges, le teint blafard, une figure ingrate, entra à l'Hôtel-Dieu de Gaen au mois de septembre 1810. Il portoit dans le scrotum une tumeur du volume de la tête, ovalaire et prolongée du côté gauche jusqu'à l'anneau inguinal dans lequel elle s'enfonçoit un peu. Elle étoit peu douloureuse au toucher, ctproduisoit seulement des tiraillemens très-incommodes lorsqu'elle n'étoitpas soutenue.

Le malade avoit reçu plusieurs coups de pied dans l'aine gauche plus de deux mois auparavant, et c'est à peu près de cette époque que datoit le développement de sa tumeur, qu'il attribuoit aux mauvais traitemens qu'il avoit subis. Elle avoit commencé à paraître à la partie interne de l'aine; elle s'étoit prolongée dans le scrotum par l'effet de son rapide développement, et au mois de septembre elle avoit déjà la grosseur que j'ai indiquée; dans quelques circonstances les tiraillemens occasionnés par son poids étaient si vifs que le malade ne pouvoit les calmer qu'en se couchant sur le dos, les jambes étant très-élevées. On sentoit une fluctuation très-marquée à la partie interne et inférieure dans un point qui était particulièrement le siège de dovileurs très-poignantes. Ces circonstances et la difficulté de marcher que le malade éprouvoit le forcèrent à entrer à l'Hôtel-Dieu. On pensa que la tumeur étoit le résultat de l'altération du testicule , et, quoique dans cette supposition Topération offrît peu de chances avantageuses pour le ma-

(i) Uecueillie par M. le D'. Le Sauvage.

CANCER ©ES TESTICULES. %^l

lade, le bon état de l'alidomen et l'absence des vives douleurs particulières à cette affection, portèrent à tenter l'ablation de la tumeur, et elle fut pratiquée cinq jours après l'entrée du malade dans l'Hôtel-Dieu. Je vis celui-ci pour la première fois deux heures avant qu'on l'opérât; les renseignemens qu'il me fournit ni'éclairèrent bientôt sur le vrai siège de sa tumeur, et je ne balançai pas à avancer que le testicule était étranger à cette affection. L'opération fut pratiquée avec beaucoup de dextérité par M. Dominel, chirurgien en chef de l'établissement; on emporta avec la tumeur presque toute la peau qui l'entourait; on fut obligé d'inciser le pilier interne de l'anneau inguinal, pour atteindre la portion de la tumeur qui s'enfonçait sous cette partie. Il n'y eut point d'autres particularités remarquables.

Je procédai à l'examen de la tumeur immédiatement après l'opération ; la peau étoit parfaitement libre; il existoit au-dessous une grande quantité de tissu cellulaire parsemé de beaucoup de vaisseaux. La tumeur étoit immédiatement enveloppée par une membrane comme fibreuse que lui avoit fournie la tunique vaginale; elle étoit formée d'une seule masse, incomplètement divisée par plusieurs scissures profondes dans lesquelles il existoit beaucoup de tissu cellulaire; son intérieur offroit un tissu solide, parfaitement homogène, grisâtre, et laissant suinter, par la pression, un fluide à peu près incolore. 11 n'y avoit aucun point qui présentât un ramollissement bien évident. Quelques endroits isolés étoientun peu teints par le sang noir; mais il n'y avoit aucune infiltration sanguine, le testicule étoit sain, et collé à la partie interne et inférieure de la tumeur (dans l'endroit oùrépondoient les douleurs poignantes); il étoit légèrement applati; l'épididyme étoit déformé; la membrane séreuse de l'enveloppe du testicule étoit à peu près dans son état naturel; elle contenoit dans son intérieur deux ou trois cuillerées de fluide séreuv limpide. Le malade éprouva

beaucoup de fièvre pendant les premiers jours qui suivirent son opération, il ne tarda pas à se trouver dans un meilleur état^ sa plaie étoit très-étendue et fut près de cinq mois à se cicatriser. On fut obligé de réprimer fréquemment les chairs exubérantes avec le nitrate d'argent fondu.

Depuis cette époque le malade s'étoit livré à ses premières occupations et s'étoit toujours assez bien porté; il éprouvoit seulement un peu de malaise à l'anneau inguinal lorsqu'il se fatiguoit beaucoup. Deux ans après l'opération, il étoit très-bien portant, sa cicatrice s'étendoit depuis l'anneau jusqu'à la partie inférieure du scrotum; du côté gauche elle étoit très-souple et très solide.

8^ Observation. -- Tumeur cancéreuse développée dans le

scrotum (i).

Un cultivateur de Verneuil près Paris, âgé de cinquante ans, entra vers la fin de décembre 1807 à l'hôpital Beaujon; il lui étoit survenu depuis dix mois, à la suite d'une légère contusion, une tumeur au côté gauche du scrotum; aucune cause intérieure ne sembloit avoir contribué à son développement, son volume égaloit au moins celui de la tête, sa surface ofFroit çà et là des bosselures. Les tégumens du scrotum, prodigieusement distendus et amincis, avoient une couleur livide, et adhéroient assez intimement à la tumeur, surtout en devant et sur les côtés. La verge étoit entièrement masquée, on n'en apercevoit que le prépuce; à la droite de la tumeur on découvroit le testicule droit qui lui étoit immédiatement colié et qui paroissoit sain. Il n'y avoit aucun engorgement des glandes abdominales, et le

(1) Mélanges de chirurgie et de physiologie ^ par Philib, Jos. Roux ; Paris, 1809 , p. 226.

cordon spermatiqne gauche qu'on touchoitprèsde l'anneau paroissoit intact. Les douleurs que le malade ressentoit dans la tumeur, étoient sourdes et non point lancinantes; il n'avoit cessé son travail qu'à son entrée à l'hôpital, et sa santé n'éprouvoit d'ailleurs aucune altération; il étoit seulement gêné par le volume considérable de la tumeur.

M. Roux présuma que la maladie a voit son siège dans le tissu cellulaire du scrotum et qu'on trouveroit le testicule gauche placé au centre de la tumeur et intact. Il crut devoir opérer ce malade. Il enleva avec la tumeur presque toute la peau du scrotum, qui étoit comme variqueuse et très-amincie; une partie delà tumeur avoit contracté une adhérence intime avec le corps caverneux et le canal de l'urètre dans l'étendue de trois à quatre pouces. Une dissection très-lente fut indispensable pour ne pas intéresser ces parties. Afin de ne point s'exposer à la rétraction du cordon spermatiqne avant la ligature des vaisseaux sanguins, M. Roux suivit le procédé de Bichat, qui consiste à ne couper d'abord qu'une partie du cordon en laissant intact le canal déférent, que sa dureté et sa position en arrière font distinguer facilement; il fit la ligature des artères, et ne craignant plus les inconvéniens de la rétraction, il coupa le conduit déférent. L'opération terminée, le malade fut pansé convenablement, et la cicatrice étant bien faite, il sortit de l'hôpital deux mois et demi après l'opération.

La tumeur qu'on avoit enlevée fut examinée avec soin, après que le malade eut été placé dans son lit. Le testicule placé au centre, jouissoit de toute son intégrité; il n'avoit même contracté que de très-légères adhérences avec la tunique vaginale; la portion retranchée du cordon spermatique étoit également saine.

Toute la masse de la tumeur paroissoit dépendre de la dégénérescence du tissu cellulaire du scrotum, et étoit formée de deux substances très-différentes l'une de l'autre, au

384 CAÎîCEP. DFS TEs'JICrrP.«.

moins à la vue; l'une, plus considérable et occupant l'exlérieur, étoit mo!le, grumeleuse, et sembloit tenir le milieu, pour l'apparence, entre de la graisse condensée et la pulpe cérébrale. Il y avoit dans celte substance, lout-à-fait à la périphérie de la tumeur, trois à quatre petits foyers de sang épanché. Ces petits amas de sang placés presque immédiatement au-dessous de la peau, produisoient les bosselures qu'on aYoit remarquées à la surface do la tumeur avant l'opération; l'autre substance, placée plus profondément et qui formoit une sorte de noyau, étoit plus ferme, plus consistante, d'apparence lardacée, et offroit plus décidément que la première le caractère carcinomateux. II n'y avoit dans toute cette tumeur aucun indice d'une conversion purulente actuelle ou prochaine.

Remarques. Celte maladie, ainsi que Ta fort bien jugé M. lloux, n'est point un sarcocèle, c'est-à-dire une dégénéralion squirrheusc du testicule ou de l'épididyme; mais on ne peut méconnoître son caractère cancéreux. Le malade n'éprouvoit dans la tumeur aucune douleur lancinante. Mais, comme on l'a vu, il n'y avoit aucune cavité, aucune apparence de destruction prochaine dans la partie lardacée de la tumeur, de sorte que celte partie étoit encore dans l'état de squirrhc indolent. On a pu remarquer que ce cancer étoit composé. La partie delà tumeur située à gauche ainsi que son centre présentoient la structure du cancer lardacé. L'autre partie, située à l'intérieur , étoit formée par le cancer cérébriforme. Déjà , à la surface de cette dernière, il y avoit plusieurs de ces petits épanchcmens sanguins si fréquens dans les tumeurs formées par le cancer céréliriforme, celui de tous les cancers qui est parcouru le plus éviiemtncat par de nombreux vaisseaux sanguins et qui a communément, surtout vers ses derniers tcnps, moins de consistance (}ue les autres cancer». 11 faut encore remarrpier q«u; très-souvent le <':\\-

CANCER DES TESTICVLES. TiSS

cer cérébriforme ne fait pas éprouver des douleurs lancii liantes, surtout lorsqu'il lorme une tumeur eaucéreusc cr non point une transformation cancéreuse.

9' Observation (i). — Engorgement squirr lieux de la tunique

vaginale,

Pierre Dominique , âgé de 60 ans, d'une bonne constitution, fit un etrort considérable pour soulever une pierre très-pesante, pendant qu'il travaillait au Louvre. Il ressentit aussitôt de vives douleius dans la réi;ion lombaire , il entra le jour même à l'hôpital de la Charité , et il fut placé dans la salle de l'infirmerie impériale. Dominique porloit depuis quelques années une bydroeélo qui augmenta beaucoup de volume par suite de son aceident. Lorsque le repos et les autres moyens eurent fait disparoîtrc les douleurs lombaires , on lui proposa la guérison de son hydrocèle, et il fut opéré par la méthode de l'injection, le 3 août 1808. D'après le dire du malade , il éprouva des douleurs inouies pendant le séjour du vin ;\ l'intérieur de la tunique vaginale. Cependant les phénomènes inllimmaloires parcoururent promptement leurs périodes , et quinze jours après son opération, le malade se promenoit dans la salle ; mais bientôt le scrotum se tuméfia de nouveau, et il ne tarda point à égaler les poings en grosseur. On crut s'apercevoir que le testicule avoit augmenté de voliuuc. Il n'y avoil point de douleur. On fit faire quelques frictions mercuriellcs au malade. Long-tcnq^s après, le scrotum diminua de volume ; mais le testicule conserva la grosseur d'un œuf.

Le malade fut transféré dans les salles de la partie ci-

(i) Par M. Le S;\uv;igo.

vile de l'hôpital. Le scrotum étoit quelquefois le siège de douleurs lancinantes. Celles des reins étoient revenues, et éloient par fois poignantes. M. Boyer jugea qu'il éloit trèsnrgent de faire l'extirpation de la tumeur , et il la pratiqua le i" février 1809. L'opération n'offrit rien de particulier. Le cordon des vaisseaux étoit sain au-dessus de la tumeur; celle-ci étoit lisse , ovalaire et très-dure. On pensa qu'elle étoit formée par le testicule, mais lorsqu'on voulut la fendre , il en sortit avec jet un fluide jaunâtre, visqueux, qui rempîissoit imc cavité au centre de laquelle le testicule fut trouvé dans son état naturel. Ces cavités étoient formées par la tunique vaginale dont les parois étoient squirrheuses et avoient plusieurs lignes d'épaisseur. On reconnoissoit encore quelque trace d'organisation dans quelques points, înais dans d'autres endroits qui offroient un degré d'épaisseur plus considérable , la dégénérescence squirrlieuse étoit complète.

On rapprocha les bords de la plaie avec des rouleaux de charpie. La cicatrisation se fit avec une promptitude étonnante; mais, à cause de la présence des ligatures, la guérison ne fut complète qu'au 18' jour.

Les douleurs de la région lombaire persistèrent et firent craindre un engorgement des ganglions lymphatiques de cette partie. On fit frotter la région douloureuse avec un liniment camphré et animoniacé. Le bon effet qu'on en obtint fit penser que les douleurs étoient produites par une affection rhumatismale ; mais il fallut revenir à plusieurs reprises à l'emploi du même moyen , et on ne pouvoit affirmer que le malade fût complètement guéri lorsqu'il partit de Thôpital , le 18 avril 1809.

Cancer des testicules. 387

10' Observation(i). — Sarcocèle probablement inflammatoire, entretenu par an ulcère fist aïeux , et guéri par C extirpation.

Pierre Rigel, militaire, d'un tempérament fort robuste, âgé de 5o ans, entra à l'hôpital militaire de Berg-op-zoom le 6 thermidor de l'an viii , ayant depuis trois ans au testicule gauche, un engorgement venu à la suite de plusieurs chaudepisses tombées dans les bourses. La tumeur, à son entrée à l'hôpital, avoit pris, à ce qu'assure M. Gorsse, un caractère de squirrhe; ce qui ne paroît pas très-certain, car, c la partie inférieure du scrotum étoit couverte d'ulcères fistuleux, calleux, qui sembloient adhérer au corps du testicule. » Le cordon étoit un peu gonflé et sensible au toucher. La maladie ne cédant point aux remèdes employés, M. Gorsse crut devoir en venir à l'opération.

Le cordon étoit gonflé jusques près de l'anneau inguinal. La tumeur étoit au moins huit fois plus grosse que le testicule du côté opposé. M. Gorsse fit, selon les règles de l'art, l'amputation de cette tumeur. Il fit au scrotum deux sections semi-circulaires qui cernoient toute la peau superflue qu'il étoit obligé d'exciser. Il disséqua ensuite le cordon qui , quoiqu'un peu gonflé, parut sain , il en fit la section. Les ligatures ne présentèrent aucune difîiculté ; l'appareil fut posé et le malade couché convenablement.

La dissection de la tumeur ne présenta qu'une masse de chair fongueuse ; l'intérieur où devoit se trouver le corps du testicule étoit rempli d'un matière noirâtre ; les ulcères

(0 Dissert, sur le sarcocèle^ par P. Gorsse, chirurgien de première classe, Thèse souteaue à Paris, le i4thermid. aa w(i8o3), p. 19,

388 C.iKCRU DES TERTICULES.

ilslulcux p(*nélroienl juKcjues dans rintéricnr delà tumeur.

On fut obligé de faire saij^ner le malade trois fois dans les premières vingt-quatre heures; et il alla de mieux en mieux jusqu'à sa parfaite guérison. Trente-deux jours après l'opération, Rigal sortit de l'hôpital pour rejoindre sa compagnie. M. Gorsse l'a vu bien portant dix-huit mois après. Il paroît que la substance propre du testicule avoit été détruite, car on l'auroit reconnue en disséquant la tumeur.

Comme, selon toute apparence^ cette maladie étoit une phlegmasie chronique, entretenue par une ulcération profonde et fisluleuse, on peut regarder ce malade comme radicalement guéri, et on ne doit pus être surpris de l'état presque naturel du cordon qui cependant étoit gonflé, mais sans apparence de dureté squirrheuse.

1 ï* Observation. — Sarcocète scrophulcux, ulcéré, avec fistule.

Pierre Barrot , étudiant en médecine, âgé de 21 ans, ayant les cheveux très-blonds, les yeux bleus et la peau ibrt blanche, avoit eu, de 1801 à 1803, un abcès par congestion dans l'aine gauche. ( L'histoire de sa maladie fut consignée dans le journal de médecine et de chirurgie, mois de lloréal , an xi. ) Il jouissoit depuis d'une assez bonne santé, lorsqu'il contracta une gonorrhée qui fut guérie méthodiquement par les frictions, les bains et les délayans , après trois mois de trailement. Depuis cette époque, il resta sujet tous les mois, pendant trois jours, à un écoulement muqueux par le canal de l'urèfre. Il y avoit déjà dix mois que cet écoulement revenoit de mois en mois, lorsqu'à une de ces époques, le testicule gauche, froissé par une culotte étroite, s'enflamma assez pour que son volume dépassât la grosseur ordinaire du poing. Le petit écoulement ne cessa point. On appliqua desémolliens, ce qui, joint à la diète, au r('[)0s et au temps, produisit

une diminution graduelle de cette tumeur , qui huil jours après fut réduite au tiers ; mais il s'établit une ulcération au côté gauche du scrotum. Cincj mois après, cette ulcération fournissoit encore un peu de pus en arrière et en })as ; le testicule paroissoit guéri , mais Tépididyme étoit resté engorgé et il égaloit la moitié du testicule. Dans l'intcrvalle, après un mois de dissection très-assidue, il étoit survenu, dans le liant de la cuisse gauche, une douleur qui s'élendoit jusqu'au genou en suivant la direction du uerl' sciatique. Cette douleur paroissoit siéger dans les allachcs inférieures du grand fessier et supérieures des muscles biceps, demi-membraneux et demi-tendineux; Elle devciioit chaque jour plus intense et elle occasionoit des douleurs déchirantes par le mouvement ; elles étoient assez vives pour occasioncr des convulsions dans les luusclcs de ce membre. Ce malade usa, d'à près le conseil de IM. Cullorier, de frictions de teinture de cantharide; le moxa fut proposé et rejeté , on se décida à l'application d'un vésicatoire volant. La doulmu* diminua et se fixa vers rallachc inférieure du grand fessier. Un nouveau vésicatoire , appliqué sur celte partie pendant neuf jours, calma assez la douleur pour que la progression ne fût plus impossible.

Quinze jours avant l'apparition de la douleur à la cuisse, le malade avoit commencé l'usage de la liqueur de Wanswieleu et du sirop sudorifuiue ; il prenoit ces remèdes à très-haute dose, et il les continua pendant cinquante jours. 11 y avoit environ div jours qu'il avoit cessé l'usage de ces médicamens , lorsqu'il lui survint sur l'os d;i métacarpe, près la base de l'index dioit^ une tumeur uiolle, d'un rouge un peu plombé et qui offroit des apparences de fluctuation. Une quinzaine de jours après, le ventre commença à grossir, il devint promptement très-volumineux, ilucfuanl , résonnant parla percussion , et peu douloureux ]y.M' la pression. Une enflure, ((ui depuis (piel([uo temps

5gO CANCER DES TESTICULES.

s'étoit manifestée à la jambe gaucîie, faisoit chaque jour des progrès. Bientôt il survint une œdématie universelle, de la toux avec expectoration d'abord muqueuse ^'ensuite puriforme , un dévoiement considérable , beaucoup de fréquence du pouls, des pellicules noires parurent sur les lèvres , la langue, quoique humide dans le reste de son étendue, étoit fuligineuse à sa base ; le malade conservoit encore assez de force pour aller se promener dans le jardin de l'hôpital ; il prenoit encore un peu de nourriture. Le testicule gauche égaloit presque le volume d'un œuf de poule; il y avoitàla partie inférieure et postérieure de ce côté du scrotum une ouverture arrondie, ulcérée, entourée d'une auréole d'un rouge plombé : cette ouverture laissoit écouler un peu de pus blanc.

Malgré sa grande foiblesse il se levoit et restoit au soleil une partie de la journée, même pendant les derniers jours de son existence.

Dans l'espace de seize jours, les symptômes énoncés prirent beaucoup plus d'intensité, la respiration devint plus gênée , quoique le malade restât couché horizontalement sur le côté droit qui ne rendoit qu'un son mat par la pression. La langue et les dents se couvrirent d'un enduit fuligineux. Dans les trois derniers jours, il survint des ecchymoses blanches aux jambes, l'expectoration devint grisâtre, puriforme et striée de sang mal coloré. Enfm ce jeune homme mourut en pleine connoissance.

Ouverture.

La tête ne fut pas ouverte.

La membrane muqueuse du larynx , de la trachée et des bronches surtout , étoit très-rouge et fort épaissie.

La cavité droite de la poitrine contenoit plus de trois pintes et demie de sérosité rougeâtre. Il y en avoit au

CANCER DES TESTICII.ES. 5qI

moins dix onces dans la gauche. Le poumon droit rapetissé, mais très-mou , nageoit dans la sérosité ; Tair en étoit tout-à-fait exprimé , et ce viscère n'étoit presque plus crépitant dans aucun point. Toute la plèvre de ce côté du thorax offroit des granulations miliaires solides, presque transparentes, et très-nombreuses.

Le poumon gauche, assez volumineux, renfermoit beaucoup de liquide muqueux. Il étoit à demi carnifié. Les deux poumons étoieat sans adhérences.

Le cœur étoit sain, ainsi que les glandes bronchiques. Il n'y avoit aucun tubercule.

L'abdomen renfermoit beaucoup de sérosité. Tout le péritoine éloit plus ou moins épaissi, de même que toutes les parties formées par cette membrane , et la couleur en étoit altérée. La portion du péritoine qui tapisse les parois de l'abdomen étoit épaissie, plus colorée que dans l'état sain, et recouverte par un grand nombre de granulations miliaires, solides et luisantes. Près du foie, on voyoit^ outre ces granulations, un grand nombre de petits corps blanchâtres , solides , offrant l'aspect d'une matière caséeuse et plus gros que des lentilles. Dans les fosses iliaques, le péritoine offroit plus d'épaisseur que sur les parois abdominales. Il étoit d'un rouge brun à gauche et de couleur d'ardoise à droite. Tout le mésentère étoit d'un rouge intense ettacheté en brun par places. Il étoit recouvert de granulations miliaires et de petites excroissances rouges qui formoient des appendices comparables à celles du colon, connues sous le nom d'appendices épiploïques. On en voyoit surtout un grand nombre dans le mésocolon transverse à plus d'un travers de doigt de l'intestin. La tunique péritonéale des intestins étoit très-épaissie et recouverte de granulations miliaires très-fines.

L'épiploon étoit très-large, sans adhérence, sans graisse, fort épais, d'un ro\ige intense, très-solide, et recouvert

5()2 CANCER Ï)ES TESTICCtES.

de granulations aplaties, assez fermes , irrégulières , grosses comme vin grain de chenevis.

Partout le péritoine étoit plus ferme que dans l'état naturel. Sa couleur rouge , ou brune, ou noirâtre, dépendoitdu tissu même qui le formoit, et non d'aucune dégénérescence qui pût faire soupçonner une gangrène. Une odeur forte et tout-à-fait particulière aux inflammations chroniques du péritoine s'exhaloit de l'abdomen.

Les tuniques musculaire et muqueuse de Pestomac et des intestins étoient dans l'état naturel. Ces viscères contenoient beaucoup de gaz.

Le foie et le pancréas n'offroient rien autre chose de remarquable que les effets de l'inflammation péritoniale.

Les glandes mésentériques étoient saines , ainsi que les organes urinaires.

Le testicule droit étoit très-petit , mais sain. Le gauche adhéroit intimement à la tunique vaginale, et celle-ci au scrotum. L'épididyme étoit très -gros et ferme, le tissu du testicule étoit altéré et très-rouge. Une fistule, par où s'écouloit du pus blanc pendant la vie , condnisoit à un large ulcère blanchâtre, recouvert de chairs grises , brunes et blanches , inégales, portées sur un fond blanchâtre et dur, qui anticipoit sur l'épididyme et un peu sur le testicule. Le reste de l'épididyme étoit épais , dur, blanc, et tout-à-fait altéré. Le cordon étoit plus gros que dans l'état naturel jusqu'à l'anneau inguinal oii il prenoit son volume ordinaire. L'engorgement des parties molles de ce cordon étoit dû à l'infiltration cellulaire, au gonflement et à la dilatation des vaisseaux. Le canal déférent renfermoit dans sa cavité une matière blanche, comme caséuse.

Sous le péritoine de la fosse iliaque gauche, au lieu qu'avoit occupé l'abcès froid, opéré par M. Boyer, ilyavoit entre le péritoine et les muscles iliaque et psoas une mem-

CANCER DES TESWCtJtES. 3^5

brane blanche, épaisse de près de deux lignes, et de consistanee presque tendineuse , qui s'étendoit du lieu de la cicatrice extérieure jusque vers le haut de la fosse iliaque. Près de l'union du scrotum avec l'os des iles^ cette membrane, regardée par M. Boyer comme le sac de l'abcès, ne pouvoit être partagée en deux lames. Les vertèbres et les muscles n'étoient pas du tout lésés.

La tumeur molle, placée près la tête de l'os du métacarpe, [qui soutient l'index, étoit formée pat une matière molle, couleur lie devin, et renfermée dans une sorte de poche formée par une substance de même couleur, mais plus ferme. L'os étoit très-sain. %

Il n'y avoit aucune lésion vers les attaches des muscles grand fessier, demi-membraneux, demi-tendineux et biceps fémoral gauche. Le nerf sciatique gauche offroit quelques vaissaux sanguins bien rouges. Il étoit sain.

Il y avoit aux jambes, surtout à la droite, des taches bleues comme chez les scorbutiques. Le tissu de la peau et le tissu cellulaire des parties ainsi tachées] étoicnt imprégnés de sang noir extravasé. Il y en avoit beaucoup dans le tissu cellulaire privé de graisse , qui se trouve placé sur les muscles , les aponévroses et les tendons ; mais les muscles éloient dans un état naturel.

Les glandes lymphatiques étoient fort saines.

12* Observation (i). — Tumeur du testicule^ non vénérienne, guérie par les frictions mercurielles.

Dans les premiers jours du mois de janvier 1760, je fus appelé de Beaugency, où je demeurois alors, pour aller à la campagne voir un malade. G'étoit un homme âgé d'environ 70 ans. Son tempérament étoit si bon, sa conduite

{\) Journal de médecine, 1762, tom. xvii , pag, 67.

avoit toujours été si réglée , que jamais il n'avoit eu de maladie ; vif, actif, ardent, malgré la vie retirée qu'il menoit depuis long-temps dans ses terres, il étoit nuit et jour occupé à lire , à écrire ou à dicter; vivant d'ailleurs avec la plus exacte sobriété ; il n'auroit pu dormir la nuit, s'il n'avoit tempéré l'activité de son sang en soupant tous les soirs avec quelques fruits crus , et en ne buvant que de l'eau : il étoit même dans l'habitude de boire, la nuit, de l'eau froide, qu'il faisoit toujours mettre auprès de son lit , et à laquelle il avoit recours, quand le sommeil se faisoit attendre : je lui trouvai une fièvre aiguë : il me dit que tout sou corps étoit une fournaise; mais il se plaignoit, surtout depuis quatre jours, d'une insomnie invincible.

Ayant fait ensuite retirer tous ses domestiques , il me confia que ^ depuis quelque temps, il avoit ressenti de la douleur au scrotum ; que le mal alloit toujours en augmentant ; que les lavemens d'eau simple ne lui avoient été d'aucun secours, et que ses douleurs étoient alors insupportables.

Il m'avertit de ne prendre, sur ce mal, aucun soupçon de maladie vénérienne . parce qu'il ne s'étoit jamais exposé à gagner rien de semblable, ni dans les armées, ni dans le grand monde où il avoit vécu.

S'étant découvert, je trouvai la partie gauche du scrotum prodigieusement enflée, fort rouge, et si douloureuse qu'on ne pouvoit la toucher.

J'ordonnai la diète la plus exacte , l'eau de poulet , le petit lait avec le sirop de violette ; et l'on alla chercher à Mer, ou à Menars-la-Ville, M. Dubois, chirurgien fort habile.

Les premières saignées ayant un peu diminué la vivacité de l'inflammation , on donna des lavemens de petitlait simple, ensuite avec le petit-lait et la casse; el nous parvînmes à pouvoir appliquer sur la tumeur inflamma-

CANCER DES TESTlCLlES. 3g5

loirc des cataplasmes de mie de pain, de petit-lait et de safran.

Dans quatre jours Tinflammation et la fièvre diminuèrent si bien que le malade fut purgé avec le petit-lait, les tamarins et la casse: une ample boisson de petit-lait, avec le sirop d'orgeat , ramena ensuite le sommeil.

Ce fut alors que le testicule gauche et le cordon des vaisseaux 8permatiques nous parurent avoir un volume quadruple de l'état naturel : ils étoient parfaitement durs et indolens l'un et l'autre.

Le malade nous dit s'en être aperçu long-temps avant d'avoir été pris de la fièvre ; mais que n'y sentant pas de douleur, il n'avoit pas cru devoir y faire attention.

Au cataplasme précédent on joignit les farines résolutives : on employa même le cérat de Galien pendant quelques ionrs sans aucun succès ; la tumeur étoit toujours dans le même état.

Le 21 , je conseillai à M. Dubois de faire de légères frictions avec l'onguent mercuriel du codex.

Le malade protesta de nouveau que j'étois dans l'erreur si je le soupçonnois avoir besoin de mercure ; et il ne se prêta aux frictions que sur l'assurance que je lui répétai vingt fois que je n'employois ici le nmercure que comme vm fondant actif et seul capable de résoudre une humeur quelconque engorgée dans ses canaux , et trop épaissie. Les frictions eurent un tel succès qu'avant la fin du même mois , le sarcocèle étoit entièrement dissipé, et l'on n'employa pas une once d'onguent mercuriel.

596 CANCER DES GliiNDES tïMPHATiQtlES.

Page 1