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OBSERVATIONS PARTICULIÈRES

Les livres de l'art renferment relativement au cancer des mamelles un très-grand nombre d'observations particulières, destinées à établir ou à combattre divers points de doctrine ou de pratique sur lesquels on est aujourd'hui parfaitement décidé. Pouvant ajouter difficilement à la science sous ce rapport^ je me suis attaché principalement à rétinir dans cet article des faits relatifs aux différentes variétés du tissu cancéreux. J'ai décrit les lésions organiques que j'ai eues sous les yeux avec toute l'exactitude que j'ai pu ; et j'ai extrait des auteurs les faits les plus analogues à ceux que j'avais observés moi-même. Quoique j'aie cherché à ne publier ici que le plus petit nombre d'observations que j'ai pu ; néanmoins il m'a paru qu'en parlant d'un si grand nombre de variétés du tissu cancéreux , on seroit plus satisfait devoir que d'autres observateurs avoient déjà rencontré les mêmes tissus , que si j'avois été le seul à voir tant de choses , en quelque sorte nouvelles ; c'est ce qui m'a engagé à réunir aux faits dont j'ai été le témoin , des faits analogues déjà consignés dans les fastes de Part : j'ajovite à ces faits quelques observations relatives à des cas peu communs , et enfin trois observations relatives à des maladies qu'on peut prendre pour des cancers des mamelles lorsqu'on se contente d'un examen superficiel. Je n'ai pas vu la nécessité de faire imprimer ici une foule immense d'autres observations qui bien que recueillies avec soin n'auroient rien ajouté àce qui est connu. Elles ont dû me servir comme matériaux pour la confection et la rédaction de ce chapitre ; mais c'est à cela qu'il ui'a paru que je devois borner leur usage.

25o CANCER DES MAMELLES.

I" Observation. Cancer du sein formé par le tissu cartilagi' ni forme chez une fmme qui mourut iTun squirrhe au pylore.

Mademoiselle Denise Brenu, douée d'une bonne constitution , et habituellement bien portante, portoit depuis l'âge de quarante ans dans la mamelle gauche , à environ un pouce du côlé externe du mamelon , une tumeu» trèsdure , indolente , irrégulière , et presque immobile, du volume d'une grosse amande , mais très-facile à bien circonscrire à cause de la flaccidité des cliairs. Cette tumeur étoit survenue spontanément, et lorsque la malade s'en aperçut pour la première fois, elle avoit à peu près le volume qu'elle conserva depuis. La menstruation cessa sans trouble à l'âge de quarante-sept ans. Dans le mois de novembre 1809, cette demoiselle^ alors âgée de cinquante ans, fut prise de vomissements qui insensiblement l'épuisèrent au point qu'el e mourut le 8 du mois d'août i8i*o, parvenue au dernier degré de marasme.

Outerture.

La tête ne fut pas ouverte.

La peau de la mamelle gauche étant détachée, il fut facile d'examiner l'état de la tumeur qui étoit intimement adhérente aux parties voisines et subjacenles par un tissu cellulaire très-dense; elle faisoil partie de la glande mammaire , ou du moins elle lui adhérait de telle manière qu'il étoit impossible de l'en séparer sans inciser le tissu de la glande. Du côté des muscles pectoraux et des côles , l'adhérence étoit aussi très-intime , et il étoit impossible dcld séparer des muscles sans inciser ces derniers qui, dans l'endroit de la tumeur , sembloient avoir disparu , pour être remplacés par le tissu de ce corps dur. Les côtes n'étoient point altérées. La tumeur, à peu près aussi grosse qu'une am ande avec sa coquille , étoit très-dure, et très-

CÀil^CER DKS MAMELLES. 35 1

blanche. Après l'avoir coupée avec peine, dans le sens de sa loni^ueiir, on voyoit qu'elle éloil blanche et luisante comme du lard , mais infiniment plus dure. Elle avoit non-seulement la dureté d'un cartilage, mais dans la pins grande partie de son étendue l'apparence du tissu cartilagineux qui revêt la tète du fémur; néanmoins on trouvoit surtout près des bords des endroits où l'aspect du tissu de la tumeur se rapprochoit autant de celai du lard que de celui des cartilages. Par la plus forte pression on ne pouvoit faire sortir de la partie incisée aucun liquide aqueux ni d'une autre nature.

Tout parut bien sain dans la poitrine. 11 n'en étoit pas de même dans l'abdomen ; l'estomac avoit acquis un volume très-considérable. Il y avoit au pylore une induration squirrheuse très-ferme, sans ulcération manifeste. Le tissu de l'estomac à l'endroit dégénéré n'avoit pas doublé d'épaisseur; néanmoins en incisant depuis le pylore jusqu'à deux travers de doigt du côté du corps de l'estomac , on trouva les membranes musculaire et muqueuse plus épaisses , plus blanches , plus luisantes , plus fermes que dans l'état naturel dans l'espace d'un peu plus d'un travers de doigt, à partir du duodénum, c'est-à-dire de la fin du pylore. Le duodénum étoit bien sain.

Le foie , la rate , le pancréas, les reins, la vessie éloient dans l'état naturel.

La matrice étoit très-petite, les ovaires sains.

2* Observation. — Cancer du sein formé par un tissu presque aussi dense que les cartilages, (i)

Une femme mourut d'un cancer qu'elle avoit depuis dix-huit ans, ulcéré depuis six mois, auquel on n'avoit pas

(t) Extr, du traité des maladies des os , de Petit ; tom. a , p. 3ïo^ édit. de 1789,

aSa ciSCEft tEs mj^melles.

voulu faire l'opération parce qu'il éloit adliérent aux côtes dès son commencement ; je disséquai le dessous pour voir en quoi consistoient les adhérences ; je reconnus que tout ce qui devoit être glande, muscles ou graisses, n'étoit qu'une masse de chair uniforme, presque aussi dure que les cartilages. Les côtes qui servoient d'appui à cette tumeur ulcérée formoient dans cet endroit des exostoses , même un peu cariées. »

5' 0&SERVATI05. — Cancer hyaloide du sein ('i\

Une fille âgée de 42 ans avait reçu à la mamelle gauche un coup, à la suite duquel il se manifesta une tumeur dure, dont le volume avait augmenté par degrés, au point qu'elle occupoit enfin tout le corps de la mamelle. Cette tumeur était devenue douloureuse; et quatre ans après l'accident qui l'avait occasionée, elleétaitparvenueàune grosseur extraordinaire et elle commençait à s'ulcérer. Les douleurs étaient fort vives et lancinantes.

La mamelle fut amputée ; on enleva en même temps une portion des fibres du muscle pectoral qui était adhérente à la tumeur. Celle-ci présentoit quelques éminences en forme de mamelons qui s'enfonçaient un peu dans ce muscle. On enleva aussi vers l'aisselle, sous le tendon du grand pectoral j quelques graisses un peu dures. L'opération ne fut suivie d'aucun accident. Elle était faite depuis six semaines, lorsque M. Faget lut son mémoire et la cicatrice avançoit beaucoup. Immédiatement après, l'opération, on avait examiné avec soin la tumeur et on avait fait divers essais pour connéiître sa structure intime, et la

nature du liquide qui entrait dans sa composition. Voici ce qu'on avait trouve :

(i) Méui. de CAead. royale de chirurg., tom. i"*^, p. 6S2 ; Mém, de Faget , sar noe tameur cancéreuse de la mamelle.

CA5CER DES MAMELLE>. o55

L'extérieur de la tumeur était élevé en forme de bosse triangulaire sur laquelle rampaient plusieurs varices , et qui se terminait par un ulcère de la grandeur d'un écu de trois livres . répondant à l'endroit où la malade croyoit avoir reçu le coup. Il y avait à la partie interne de la tumeur deux émiaences ou mamelons de la même consistance et de la même couleur que son corps.

Pour examiner plus facilement cette tumeur, on en enleva la peau et la graisse. On vit alors que, réduite à sou seul volume, elle pesoit trois li\Tes. Sa siibstanceparoissoit comme formée d'un amas d'bydatides remplies d'un suc épais, luisant, uniforme, un peu transparent, de la couleur delà corne neuve dontoufait des lanternes, d'une ténacité et d'une solidité considérables, et néanmoins souple et élastique. Toutes les vésicules dilatées et remplies de ce suc épaissi étoient couvertes de membranes si déliées , qu'il étoit impossible de les distinguer exactement les unes des autres, ni même du suc qu'elles renfermoienl. On n€ les recûnnoissoit quepar de petites portions de pellicules qu'on enlevoit de dessus de petites masses globuleuses et solides de suc qui étoient du volume des plus gros pois. Il fut impossible de s'assurer si ie suc qui formoit ces petites masses ou hydatides étoit enfermé dans une seule vésicule ou dans plusieurs comprises elles-mêmes dans celle qui paroissoit à l'extérieur. Toute la tumeur étoit formée de pareilles hydatides solides, plus ou moins grosses, si exactement unies ensemble, qu'elles se confondoient les unes avec les autres, et qui étoient toutes renfermées dans un kiste ou une membrane trcs-raince qui couvroit toute la tumeur.

Toute la masse fut divisée en trois parties à peu près égales. Faget plongea dans Teau bouillante la portion qui étoit ulcérée, et il la relira; aussitôt elle se trouva beaucoup plus dure ([u'auparavaut. Les petites masses

solides et luisantes se montrèrent plus distinctement , et rendirent la surface de ce morceau de la tumeur inégale et boutonnée comme la tôle d'un choux-fleur. En plongeant de nouveau à diverses reprises cette portion de tumeur dans l'eau bouillante , elle diminua beaucoup de volume. On la fit bouillir ensuite pendant quatre heures ; il s'en dégagea beaucoup d'albumine , sous forme d'écume.

Il ne parut pas y avoir de la gélatine dans le bouillon, qui ne se figea point. Traité pur les réactifs , on trouva qu il donnoit au sirop violât une couleur verte ; enfin on n'y put trouver aucune trace d'acidité. En rissolant une porlion de la tumeur on ne put pas en retirer du suc gélatineux.

Le suc récent exprimé dç la tumeur était nn peu épais. Rien ne put augmenter sa fluidité ni la dissoudre. Il verdit le syiop violât et ne rougit point le papier bleu.

Le même suc chauffe dans une poêle , se coagula en entier.

Le vinaigre , l'esprit de vin et l'eau bouillante jetés dans ce suc, y produisirent des filamens blancs et albumineux. L'ammoniaque et diverses préparations ammoniacales le troublèrent un peu sans le coaguler et sans augmenter sa fluidité.

Une once et un gros de la tumeur furent réduits par la macération, qui en enleva le suclymphatique, et par la dessication, à 4ogi'^ins, c'est-à-dire un peu moins qu'un seizième du poids total.

4^ Observation. — Cancer hyaloide, ou formant la nuance entre le cancer hyaloide et le cancer lardacé.

Une femme âgée de trente-deux ans, mère de plusieurs enfants qui jouissoient d'une bonne santé, avoit, depuis

dix-huit mois', à la mamelle gauche une tumeur de la grosseur dune îioix. Cette tumeur étoit survenue spontanément; elle avoit été douloureuse <lès le principe, et elle étoit devenue tlaus les derniers temps le siège d'ëlancemens fréquens. La peau étoit saine et il n y avoit pas de glandes engorgées sous l'aisselle. L'état général de la malade étoit assez satisfaisant, la plupart de ses fonctions s'exéculoient comme en sauté; cependant le sommeil étoit troublé par les douleurs , et il y avoit dans les règles quelques dérangemens auxquels la malade avoit été sujette toute sa vie. Elle fut opérée par M. lioyer, le 7 mars 1811. La cicatrisation de la plaie lut souvent entravée par des dérangemens d'estomac et par une oppression accompagnée d'injection de la face et des parties extérieures de la poitrine. En octobre 1811 la guérison étoit complète, et la malade n'éprouvoit plus d'autre désordre dans sa santé qu'une menstruation irrégulière comme elle Tavoit toujours eue.

Description de la tumeur.

Cette tumeur étoit un peu plus grosse qu'une noix, de forme presque arrondie, mais un peu inégale et d'une dureté remarquable. Elle n'éloit pas bien nettement circonscrite , c'est-à-dire qu'une atmosphère graisseuse et cellulaire un peu ferme l'entouroit ; elle étoit d'ailleurs mobile. Après qu'elle eut été enlevée , avec tout le tissu cellulaire et graisseux qui l'enr^ironnoit , on trouva la tumeur dans l'état suivant :

La masse squirrheuse avoit à peu près la grosseur d'une noix, mais sa forme étoit inégale , irrégulière, et toute lobée à l'une de ses surfaces ; elle éloit placée entre les muscles pectoraux et la peau ; son tissu ne ressembloit pas à celui du lard. A l'une des extrémités de la tumeur , le ti.ssu squirrheux étoit en partie formé par des lobules près-

que ronds, un peu analogues pour la forme aux lobules de la parotide ; mais ces lobules étoient luisans et ofFroient des points transparens ; adhéroient presque tous entre eux par continuité de substance. A l'autre extrémité de la tumeur , la masse squirrheuse n'étoit point ainsi disposée en lobules, mais elle présentoit un tissu assez semblable au premier aspect à celui d'un radis frais qu'on vient de diviser. Une substance blanche et luisante formoit la trame de ce tissu ; et dans cette sorte de tissu on voyoit de nombreux points cr3staUins, luisans et transparens, qui étoient contenus dans le tissu spongieux de la tumeur. On voyoit en outre dans le tissu même de la tumeur des points ou des lignes de graisse d'un jaune safrané, absolument semblable à celle qui entouroit la tumeur. La substance graisseuse paroissoit démontrer que dans ces endroits la tumeur squirrheuse étoitune dégénération du tissu cellulaire plutôt qu'une tuméfaction glanduleuse devenue squirrheuse. Un outre, celte tumeur n'étoit pas une dégénération de la glande mammaire. Elle paroissoit un corps particulier formé spontanément vers le milieu ou le centre de la tumeur ; la matière squirrheuse éloit pure, sans mélange de graisse , mais on y voyoit, outre la substance squirrheuse, des points et des lignes d'un blanc cendré et opaque , qui étoient de la matière tuberculeuse infiltrée dans le tissu squirrheux. Enfin du côté où la tumeur étoit le plus manifestement lobée, on voyoit des globules de plus de trois lignes de long se prolonger dans le tissu graisseux, de sorte que dans ces endroits, le tissu graisseux et le tissu squirrheux étoieni; entremêlés ; mais ils étoient bien distincts, et on pouvoit les isoler avec facilité. Dans aucun endroit de ce dernier tissu , on ne trouva de trace de petits vaisseaux sanguins. La tumeur n'étoit pas plus lobée du côté de la peau que du côté des muscles , mais çUe étoit placée de manière que la partie lobulée , oppo-

CAKCER i)£S MAMELLES. ^5»

sée à la partie non lobnlée se trouvoit précisément comme celte dernière entre les muscles et la peau. Le tissu cancéreux de cette tumeur éloit plus près des muscles que de la peau dont elle était séparée par un tissu graisseux qui paroissoit sain. En comptimant ce tissu squirrlieux, on en faisoil sortir un liquide séreux, louche, qui, exposé à la chaleur du feu, s'évaporoit en partie, et laissoitun sédimen albumineux.

En prenant des portions de cette tumeur , bien privées du tissu graisseux, et en les plaçant sur un papier posé sur une pelle à feu qu'on faisoit chauffer, le papier ne se graissoit point. La substance squirrheusedevenoit aussi blanche que du blanc d'œuf durci, elle acquéroit beaucoup plus de consistance , mais elle n'étoit pas sèche comme du blanc d'œuf. En la comprimant, on en faisoit sortir un liquide séreux et transparent, semblable à de Teau. Ce liquide ne fut entièrement épuisé que lorsque la masse squirrheuse , exposée très-long-temps à une forte chaleur, fut tout-à-fait sèche et roussie jusque dans son intérieur : de sorte que ce liquide séreux ne se coaguloit point par l'action du feu comme l'albumine, ou comme le sérum du sang.

En mettant aussi des portions squirrheuses dans l'eau bouillante , elles devenoient opaques et d'un blanc aussi beau que le blanc d'œuf durci.

Les portions squirrheuses devenoient d'autant plus blanches que le squirrhe étoitplus avancé, et le liquide séreux qu'on pouvoit en exprimer plus abondant. L'eau dans la-* quelle on avoit fait bouillir ces portions squirrheuses, contenoit de l'écume très-blanche ; cette eau devenoit un peu louche.

L ly

5* Observation. — Camter hyalolde (i).

Obs. 1 15. Sectis nonnullis mammis, quae ob molem duram et inaequaîem pro scirrhosis habebantur, occuiTebant cj^stes albae^, crassae et lacerabiles , quae prseter lympham copiosam, quâ turgebant, alias exignas hydatides pedunculi vestigio omnino carentes continebant.

6* Observation. — Cancer formé par le tissu lardiforme.

Une femme âgée de 54 ans, d'une stature au-dessus de la moyenne, ayant assez d'embonpoint, et jouissant d'une bonne santé, quoiqu'elle eût le teint jaunâtre, portoit depuis plusieurs années une dureté dans le sein , qui ne caLisoit aucune douleur. Elle n'avoit pas même fait attention à l'origine de celle petite tumeur, et elle n'en connoissoil pas la cause. Elle ne croyoit pas qu'il existât un vice cancéreux ou autre dans sa famille. Elle se présenta le 20 février i8ii à la consultation de M. Boyer^ portant à la mamelle du côté droit une tumeur dure, inégale, qui se prolongeoil du côté de l'aisselle, accompagnée de dou-^ leurs lancinantes qui se faisoient sentir par intervalles depuis deux mois seulement : eneore ces douleurs étoientelles supportables. La peau qui recouvroit cette tumeur étoit saine , si ce n'est à la partie moyenne ^ où son adhérence avec la partie engorgée étoit très-forte. L'opération fut proposée comme unique moyen à employer. La malade prit un lit à l'hôpital , et le 25 , troisième jour après son entrée, M. Roux pratiqua l'opération, que la malade supporta très-bien; elle fut extrêmement longue et laborieuse.

(i) Observalioa tirée de De Haen, cité dans Lientaud , Historia anatomico-medica , m-l\°,iom. a.pag. 3i6.,

Le sein entier fut circonscrit par deux incisions , on prolongea ensuite l'incision du côté de l'aisselle, afin d'enlever les glandes engorgées qui y étoient et s'étendoient si profondement vers les vaisseaux axillaires, que la crainte d'en intéresser fit qu'on n'osa point y porter de nouveaux rinslrument tranchant et qu'on se servit des ongles pour emporter toutes les glandes squirrlieuses qu'on pouvoit sentir. La plaie, examinée attentivement, présenta au-dessus de sa partie moyenne un noyau d'engorgement qui se prolongeoit au-dessous du muscle grand pectoral qui fut incisé à sa partie supérieure. Tout le tissu cellulaire qui parut durci et participer à la maladie fut soigneusement excisé; on enleva même beaucoup de parties saines. L'effusion du sang ne fut point considérable, et on ne pratiqua même aucune ligature. La grande plaie fut pansée avec des bourdonnets, de la charpie et des compresses longuettes. Le tout fut maintenu par une longue bande fortement serrée , afin de prévenir l'hémorrhagie. La malade ne présenta rien de particulier jusqu'au quatrième jour après l'opération, époque où on fit le premier pansement. La suppuration n'étoit pas encore établie. La malade avoitune fièvre plus forte que les jours précédens, et elle éprouva sans doute quelques autres symptômes qui furent mal observés. La nuit suivante, insomnie, délire tranquille. Le cinqviième jour, pouls petit et fréquent : nouveau pansement ; une grande partie de la charpie se détache, quoique la suppuration ne soit point établie. L'état de la malade empire, le pouls reste petit, état de stupeur qui se prolonge jusqu'au lendemain, i""' mars, jour où la malade succomba, au grand étonnement des chirurgiens, six jours après l'opération.

A l'ouverture du cadavre, on trouva une pleurésie aiguë et quelques tubercules non suppures dans les poumons.

25o ♦:a]^cer ©es mamellf.s.

Description du sein cancéreux.

La mamelle gauche flasque et assez grosse étoit bien molle partout ; la mamelle droite volumineuse , égalant à peu près les deux poings, laissoit distinguer, par le toucher, dans son intérieur, principalement à un travers de doigt au-dessus du mamelon , une tumeur très-dure , un peu anguleuse, mobile sur le thorax, mais adhérant d'une manière assez ferme au tissu cellulaire placé immédiatement sous la peau. Cette tumeur, en quelque sorte triangulaire , avoit près de quatre travers de doigt du côté interne au côté externe, et près de trois travers de doigt de bas en haut. La base du triangle correspondoit en haut, et la pointe à un demi-travers de doigt du mamelon. Celui-ci étoit bien sain , non rentré en dedans. La mamelle paroissoit un peu ferme à sa partie interne et inférieure , mais presque .saine. A sa partie externe et supérieure , elle paroissoit beaucoup plus ferme que dans l'état naturel, quoiqu'elle ne présentât pas la dureté squirrheuse.

Il y avoit au côté externe de la mamelle, sur le grand pectoral, une autre tumeur squirrheuse, mobile aussi, et plus grosse qu'Hun œuf de poule, mais en partie graisseuse et placée à plus do deux travers de doigt de l'aisselle. En disséquant l'intérieur de la tumeur placée sous l'aisselle, on trouva qu'elle était formée par de la graisse très-jaune , dans l'intérieur de laquelle il y avoit plusieurs corps cancéreux, dont les uns avoient le volume d'un noyau de cerise j, et les autres celui d'une petite noix. Ils étoient d'un blanc luisant , mêlé d'une teinte légèrement rosée. On y apercevoit quelques vaisseaux sanguins, la plupart trèsfins; le tissu de ces corps cancéreux ressembloit un peu à dvi lard , mais ils étoient bien plus fermes dans une partie de leur étendue, tandis qu'ils étoient plus mous dans

CANCliR DES MAMELLES. 20 1

d'autres endroits. En coaiprimant les endroits un peu mous, on en faisoit sortir une matière blanche , liquide, presque semblable à du lait épais ou plutôt à de la crème. Les endroits les plus fermes , comprimés de même , ne laissoient sortir qu'une matière blanche, bien plus consistante, et dans d'autres endroits une sérosité louche, à peine blanchâtre.

Ces corps cancéreux étoient irréguliers et à surface inégale, ils adhéroient intimement avec les graisses environnantes.

Au-dessous de cette masse graisseuse, farcie en quelque sorte de tumeurs cancéreuses , le muscle grand pectoral lui-même offroit une tumeur cancéreuse, applatie, épaisse d'un travers de doigt, large de deux et longue de trois travers de doigt. Cette tumeur paroissoit une transformation cancéreuse des fibres charnues du grand pectoral, car on voyoit les fibres charnues se continLier évidemment avec le tissu de la tumeur , devenir un peu blanches d'abord en conservant la structure filamentaire, et perdant ensuite cette structure pour faire partie de la masse squirrlieuse, blanche, luisante, un peu iardiforme , et en quelque sorte imbibée d'une sorte de liquide lacfiforme.

De sorte que les fibres charnues qui venoient du côté interne sembloient entrer là dans le tissu cancéreux, celles du côté externe, sortir de ce même tissu ; et le muscle, dans cet endroit, étoit continu à l'aide de ce tissu cancéreux, comme les muscles droits de l'abdomen sont continus à l'aide des intersections tendineuses. Il y avoit d'ailleurs au-dessus de la tumeur et au-dessous des fibres musculaires tout-à-fait saines, de sorte que la tumeur cancéreuse étoit placée dans le muscle, et totalement séparée des côtes, et du tissu cellulaire placé au-dessus du muscle.

362 CLSCEa DES MAMELLES.

La glande mammaire étoit blanche; saine, et bien molle a la partie infériem-e de la mamelle de même qu'à son côté interne. tantsnpéiiem*ement quMnférieurement; mais aa côté externe on trouToit la masse cancéreuse qui avoit Bn voiome plus considérable qu'un œuf de poule , et qui quoique irrégulière étoit presque arrondie. Cette masse étoit continue au tissu de la glande mammaire, et paroissoit être une dégénération d'une portion de cette glande , mais sa structure ne ressembloit point à celle de la glande mammaire. Le tissu de la glande mammaire étoit d'un blanc laiteux, comme argenté. Le tissu de la tumeur cancéreuse étoit dun blanc luisant ^ en quelque sorte mêlé d'une teinte rosée ; ce tissu avoit un peu de ressemblance avec le tissu du lard; mais il étoit bien plus ferme. En l'examinant de près, on y voyoit un grand nombre de vaisseaux sanguins très- fins et quelques autres vaisseaux sanguins assez gros d'où l'on pou voit faire sortir des gouttelettes de sang. En examinant cette masse cancéreuse de près, on y voyoit une sorte de transparence. Les points transparens avoient une couleur un peu semblable à celle de l'eau réduite à l'état de glace, ou plutôt à de la corne fondue j en coupant une lame épaisse de près d'une ligne , et en la plaçant au-dessus des lettres majusctiles, on distinguoit bien ces lettres, qu'on ne pouvoit pas apercevoir à travers une lame plus mince du tissu sain de la glande mammaire.

La compression de la tumeur cancéreuse en faisoit sortir dans divers endroits une matière liquide presque semblable à de la crème. — En Tincisant on voyoit un grand nombre de petits points blancs et opaques qui ressembloient à des bouts de fil blanc, qui auroient traversé la tumeur et qu'on auroit coupés. Ces points étoient formés par ime matière blanchâtre et molle . que l'on pouvoit faire sortir de la tumeur en la comprimant j elle

CAKCER DES Mi-MELLES. 263

oflfroit alors un aspect filiforme ; mais elle étoit sans consistance et molle comme du fromage mou.

Le tissu cellulaire , placé entre la peau et la tumeur, étoit un peu durci, transparent et cancéreux, et la peau elle même, à la surface qui étoit du côté de la tumeur, paroissoit avoir subi dans une petite étendue un commencement de dégénération cancéreuse.

Il n'y avoit nulle part des veines variqueuses.

7* OBSEfiTiTiOK. — Cancer formé par le ilssu lardi forme.

Une femme âgée de 4^ ans, encore bien réglée, jouissant d'une bonne santé , ayant de l'embonpoint et un assez beau teint, portoit dans le sein une tumeur qu'elle attribuoit à un coup de corde qu'elle avoit reçu, six mois environ avant le moment où elle se décida à en faire faire l'extirpation. Cette tumeur avoit fait des progrès assez rapides; mais elle ne fut jamais douloureuse. Vu mois ou six semaines avant l'opération , il se forma sous l'aiSselle du même côté quelques engorgemens glanduleux, dans lesquels la malade éprouva toujours quelques élancemens ; mais dans aucun temps, elle n'en a éprouvé dans la tumeur du sein.

Descrlpiion de la tumeur cancéreuse^ amputée le i o octobre i Si i ,

La peau étoit bien saine et mobile au-dessus de la tumeur, le mamelon étoit tout-à-fait sain et placé au milieu du squirrhe.

La tumeur occupoit toute la glande mammaire , elle avoit trois travers de doigt d'épaisseur, elle étoit spplatie et circulaire, et son diamètre avoit au moins dix travers de uoigt.

264 CAISCËR DES JUMELLES.

En palpant la tumeur au-dessous de la peau , elle présentoit une n:iasse inégale et très-dure. En disséquant la peau 5 on trouvoit que les conduits lactifères qui partent du mamelon alloient se perdre dans la tumeur qui étoit formée par la dégénération de toute la glande mammaire, développée et transformée en une masse squirrîieuse , lardiforme, luisante, parcourue par un grand nombre de vaisseaux capillaires rouges, et partout marquettée de points et de petites taches rouges de grandeur inégale, formées par du sang extravasé comme celui qu'on trouve dans les pétécbies, soit adynamiques, soit scorbutiques. Toute la masse squirrheuse présentoit une grande rénitence, et étoit dure et rude au toucher. En comprimant les portions du squirrhe incisées, on en faisoit sortir une matière liquide, d'un blanc cendré un peu sale , plus consistant^ que la crème liquide, moins blanc, et assez sembliible à du pus. Ce liquide sorloit du lissu squirrheux comme d'une éponge. Cependant ce tissu ne paroissoit point percillé, et après l'avoir exprimé, il présentoit encore à peu près la même rénitence.

Toute la glande mammaire étoit dégénérée en sqviirrhe. Il y avoit peu de graisse placée entre la peau et celui-ci ; mais il y en avoit beaucoup aux environs. Cette graisse étoit très-jaune.

Il y avoit à l'aisselle du même côté une autre tumeur, grosse comme une noix, et qui paroissoit formée par une glande développée et cancéreuse. La substance de cette tumeur présentoit un tissu blanc uniforme, lardacé,mais bien plus fin que le tissu de la grosse tumeur. On n'y voyoit aucune tache rouge. Il y avoit tout auprès deux autres petites tumeurs, presque rondes, dont le volume n'excédoit pas beaucoup celui d'un petit pois, et qui présentoient la même structure cancéreuse que la tumeur qui vient d'être décrite.

CA^'CER DES MlMttLES. 265

8* Observation. — Cancer formé par le tissa riaplforme.

Madame L***, âgée de 4^ ans, fut rachitique dans son enfance. Elle porta des traces de cette maladie pendant le reste de sa vie , quoîqu'à l'époque de l'adolescence son tempérament s'améliorât beaucoup, qu'elle prît de l'embonpoint et qu'elle continuât dès ce moment à jouir d'une très-bonne santé , à cela près de douleurs plus ou moins vives qui revenoient à l'époque des règles qui finissoient cependant par couler abondamment et à des périodes bien réglées. Depuis l'âge de 5o ans , époque de son mariage, sa vie ne fut qu'un tissu de peines et de chagrins. Outre les mauvais traitemens de toute espèce qu'elle éprouvoit de la part de son mari , elle étoit réduite aux travaux de la campagne les plus pénibles , qu'elle supportoit d'une manière étonnante. A l'âge de 4o ans elle quitta la Suisse, où elle avoit presque toujours vécu , pour revenir en France; elle jouissoit alors d'une très-bonne santé et elle avoit de l'embonpoint qu'elle commença à perdre de ce moment. Elle s'aperçut, à l'âge de 4^ ans, d'une dureté dans le sein droit, elle la croyoil due à l'approche des règles qui vinrent aux époques accoutumées sans apporter de changement à la dureté du sein. Cette tumeur n'augmenta que très-lentement, et la malade n'y ressentit que des douleurs passagères dans l'intervalle qui s'écoula entre la 43' et la 46^ année ; mais alors l'autre sein commença à se durcir. Peu de temps après , ayant reçu une nouvelle fâcheuse et inattendue, ses règles s'arrêtèrent aussitôt et ne reparurent plus; dès lors les tumeurs du sein firent des progrès. Lamalade commença à ressentir des douleurs par tout le corps , mais surtout aux reins. Un grand nombre de petites tumeurs sous-cutanées , dures , plus ou moins douloureuses^

366 CANCER DES MAMEtlES.

variant depuis la grosseur d'un petit pois jusqu'à celle d'une olive, commencèrent à se développer dans diverses parties ; d'abord aux reins , puis à la partie interne des cuisses , aux fesses , le long de l'épine , sur la poitrine , au col , et dans un ordre que la malade ne se rappeloit pas. Les dernières qui survinrent se développèrent autour du crdne, et furent pour la plupart très-douloureuses. Comme les tumeurs du sein faisoient des progrès , un médecin fit appliquer un emplâtre de ciguë sur le sein droit. Quelques jours après , la tumeur étant devenue très-rouge et douloureuse, on enleva l'emplâtre. Dans la nuit suivante , la tumeur s'ouvrit , et la malade s'éveilla fort surprise de se trouver baignée dans son sang. On arrêta l'hémorrhagie en pansant la plaie avec de l'agaric. Peu de temps après , dans un pansement, on détacha la tumeur sans que la malade ressentît aucune douleur. L'ulcère fut cicatrisé complètement en quinze jours. Treize ou quatorze mois après cet événement, on voyoit à la partie externe du sein droit une cicatrice presque aussi large qu'un écu de 6 liv. , inégalement enfermée et recouverte de quelques croûtes épaisses, noirâtres, sèches et dures, par dessous lesquelles on voyoit quelquefois suinter un peu de pus , au dire des personnes qui entouroient la malade. Nous ne pûmes en voir aucune trace. Il n'y avoit plus de mamelon , on ne trouvoit à sa place qu'une tumeur un peu plus grosse qu'un pois , de la même nature que celles qui existoient dans beaucoup d'autres parties. A la place de la glande mammaire on sentoit une dureté obronde , aplatie, qui sembloit appliquée sur les côtes sans y adhérer. La malade éprouvoit souvent des douleurs lancinantes dans cette partie.

Le sein gauche , surmonté d'un mamelon très- développé, étoit très-peu volumineux à cause de l'émacialion extrême. Il étoit rond , très-dur , presque immobile sur le tiiorax,

CANCER DES MAMELLES. 26y

et pouvoit avoir environ trois ponces de diamètre sur un pouce et demi d'épaisseur. Ce sein étoit sovivent douloureux , mais moins que le droit.

Les petites tumeurs sous-cutanées dont nous avons parlé, n'occasionnaient dans certains momens que du prurit. D'autres fois la malade éprouvoit partout des douleurs lancinantes, il lui sembloit qu'elle avoit des épines dans tous les endroits oii il y avoit quelqu'une de ces tumeurs. Elle étoit dans les tourmens les plus cruels.

Quelques mois avant sa mort l'émaciation étoit très-considérable , la peau de tout le corps étoit d'un jaune terne. La face conservoit encore beaucoup d'expression ; la malade mangeoit peu , mais elle digéroit bien ce qu'elle prenoit ; les selles étoient rares et pénibles; la respiration étoit courte ; la malade éprouvoit de très-vives douleurs dans tout le ventre, et surtout à droite. Le foie formoit depuis long-temps une tumeur qui dépassoit les côtes de plus de quatre travers de doigt. Un mois avant la mort ,' le ventre devint volumineux , puis fluctuant ; la partie interne des cuisses s'infiltra. On pratiqua une première ponction qui donna issue à plus de six pintes de sérosité , qui ressembloit à du petit lait clarifié. Douze jours après, on fit une seconde ponction qui fournit un liquide semblable à celui qu 'avoit fourni la première. Les forces baissant par degrés , le pouls s'affoiblit, et cependant l'appétit se soutint. Bientôt l'enflure des membres abdominaux devint très-volumineuse, l'abdomen se remplit d'une plus grande quantité d'eau qu'auparavant. Une troisième ponction fut pratiquée ; le liquide fut plus abondant , mais de la même nature; et la malade , qui avoit bien soutenu l'opération , mourut dans la même journée , à l'âge de 4^ ans.

Ouverture.

La cicatrice de la mamelle droite étoit recouverte d'vme

Li()8 CANCER l)tS MAMLLLLS.

petite croûtclarge comme la moitié de l'onf^le, pf3u épaisse et (le couleur grise. La peau étoit comme cxcorit'c , mais non ulcérée au côté externe de cette cicatrice ; mais au côté interne il y avoit un petit trajet fistuleux qui avoit environ deux lignes de profondeur et qui étoit terminé en cul- de-sac ; il étoit tapissé par une espèce de membrane muqueuse qui laissoit suinter en très-petite quantité une matière blanche, fdante et épaisse. Eu enlevant la mamelle , on voyoit ([u'au-delà du cul-de-sac le tissu du squirrlie nYtoit pas différent des autres endroits, et paroissoit ne pas être prêt à s'ulcérer; de fiorte qu'il y avoit là une vraie cicatrice qui s'étoit faite sur une base cancéreuse. La mamelle étoit , dans toute son étendue, blanche, très-ferme , éminemment squirrheuse, et cependant encore un peu mobile; elle n'étoit pas adhérente aux os ni aux muscles.

La mamelle gauche, large d'environ trois pouces en tous sens , et épaisse d'environ un pouce et demi , n'cloit pas adhérente ; elle étoit dure, très-inégale, entièrement squirrheuse , et confondue avec la peau qui participoit à cette dégénéralion. La structure de celte mamelle étoit uniforme, très-dense et fort blanche. A l'œil nu, et mieux encore à la loupe, on y voyoit de petits cordons blancs , non luisans , la plupart flcxueux , dirigés en divers sens, et on voyoit partout des sortes d'oréoles très-ii'égales, très-irrégulières , dans hsquclles se trouvoit une substance d'un blanc gris et luisant, aussi solide que tout le reste , et en outre plusieurs vaisseaux sanguins cxtrômement déliés.

Toutes les petites tumeurs cutanées ou sous-cnfanées offroientiin tissu blanc très-ferme et luisant, tout-à-fait semblable au tissu des mamelles squirrheuses de ce sujet, plus fin dans quelques endroits , plus grossier dans d'autres; mais on '.y reconnoissoit j)artout la substance lui-

CINCEK DES M:1.MELL£8. aGo

sanle. Quelques-unes de ces tumeurs faisaient partie de la peau . d'autres étaient placées dessous et isolées.

Les poumons nVilTioicnt point de dureté au toucher ; mais à leur surface on sentoit de petites ç^anulations miliaires placées sur la plèvre. La plèvre costale otlVoitde pareilles granulations un peu plus volumineuses.

L'abdomen conteiioit environ deux pintes de sérosité sanguinolentes et quelques caillots librincux. Partout le péritoine, la tunique péritonéale des intestins, la surface du mésentère, olfroient de très-nombreuses granulations transparentes, les unes miliaires, d'autres plus grosses, et plusieurs lenticulaires, ce qui consliluoit une sorte de péritonite chroni(|ue.

Le foie très- volumineux , très-inégal , renfermoit dans son tissu un nombre inlîni de petites tumeurs blanches dont ]ilusieurs éloient visibles à la surface de ce viscère. Lcvn- volume varioit depuis celui d'iuic lentille jusqu'à celui d'ime noisette; ces corps éloient continus au tissu du foie; ils éloient blancs, luisans , et absolument de même structure intime cpic les mamelles cancéreuses de ce sujet.

La rate avoit la forme et le volume ordinaires, elle éloit très-dure, transformée en squirrhc dans son entier, et toute blanchcàson intérieur. On y vo} oit les cordons blancs non luisans, les faisceaux luisans, la substance intermédiaire solide et luisante , les vaisseaux sanguins ; mais toutes ces j)arlies étaient bien plus grosses (ju'aux mamelles, (juoique absolument de même nature. ( C'est ainsi ([u'une éj)ongc grossière et une éponge très- fine ont bien la même structure , quoiqu'elles olfrcnt des variétés assez frappanles. )

270 CANCER DES MAMEUES.

9* Observation, (i) — Cancer napiforme du sein droit. — Cancer cérébriforme des deux poumons. — Cancer lardacé du foie.

M. R..., âgée de 45 ans, étoit encore réglée, mais depuis plusieurs années , elle avoit de tems en tems des pertes utérines. Depuis long-temps elle étoit en proie à de violens chagrins occasionnés par la perte d'une fortune considérable, et de grands tourmens domestiques. Il y avait plusieurs années qu'elle portoit au sein droit une tumeur douloureuse qui lui étoit survenue sans cause connue. Un an avant d'être soumise à notre observation , elle avoit consulté des chirurgiens qui lui avoient conseillé de faire extirper cette tumeur, sur laquelle il s'étoit formé plusieurs ouvertures qui, après avoir suppuré pendant long-temps, s etoient ensuite cicatrisées. Nous vîmes encore sur cette mamelle deux espèces d'excoriations non cicatrisées. Depuis long-temps aussi elle éprouvoit de la gène de la respiration accompagnée de douleurs dans la poitrine. Cette difficulté de respirer fit de grands progrès ^ et les forces baissèrent beaucoup au commencement d'avril 1812, ce qui obligea la malade d'entrer à la Charité le 27 du même mois.

A son entrée à l'hôpital, dyspnée sufFocative, intégrité des fonctions cérébrales , mort inopinée, 4 heures après son entrée.

Ouverture du cadavre , environ 4o heures après la mort.

Etat extérieur. Embonpoint assez marqué; peau blanche, tirant un peu sur le jaune; la mort n'avoit presque pas al' téré les traits du visage.

Tête. Cerveau, sain, ainsi que ses dépendances.

(i) Recueillie par M. le docteur Remusal.

CAKCER DES MAMELLES. 27 1

Thorax. Le sein droit n'étoit pas plus gros que le gauche, mais il éloit aplati, inégal et très-rénitent ; il offroit à deux travers de doigt du mamelon , du côté externe, un enfoncement linéaire résultant d'une ancienne cicatrice; plusieurs autres cicatrices plus récentes se faisoient encore remarquer sur le sein. Le mamelon étoit un peu enfoncé ; son contour oflfroit une excoriation qui fournissoit un léger suintement; un peu plus loin, éloit une croûte mince, brune, delà largeur de Tongle du pouce. Ce sein coupé en dififérens sens n'offrit plus aucune trace delà glande mammaire; à sa place étoit une substance blanche, luisante , homogène , plus on moins dure suivant l'endroit où on l'examinoit; elleavoit environ deux travers de doigt d'épaisseur, adhéroit très-intimement à la peau, et s'étendoit jusqu'au muscle grand pectoral, dont plusieurs fibres étoient dégénérées et transformées en un tissu analogue à celui de la glande mammaire dégénérée; le tissu cellulaire et les graisses qui environnent cette glande avoienten partie subi la même altération; partout ailleurs ils avoient une couleur très-jaune qui tranchoit avec la couleur blanche de la dégénération cancéreuse. En examinant de près la substance qui composoit la tumeur, on voyoit partout dans "son tissu beaucoup de filets flexeux, d'un blanc mat et opaque, dirigés dans divers sens. La substance dans laquelle étoient ces filets, étoit d'un blanc luisant et transparent. Si on prcssoit entre une pince une portion de celte substance , il en sortoit un fluide aqueux assez abondant; aux environs des mamelons elle étoit moins dure; en la pressant entre une pince, il en sortoit un fluide blanc comme du lait. On rencontra aussi dans cet endroit un petit foyer purulent et quelques petites taches rouges , dues probablement a de petits épancliemens sanguins. Le tissu du mamelon étoit aussi dégénéré.

La sixième côte droite placée au-dessous des fibres dé-

2rr2 GANCEa DES MA.MELLES.

générées du muscle grand pectoral , étoit flexible et ramollie dans une élendue de quelques lignes, à un pouce environ du cartilage qui l'unit au sternum. Entre les deux lames de substance compac&p , qui étoient fort amincies, étoit une production cancéreuse, de la grosseur d'une petite amande; cette production tenoit dans cet endroit la place de la substance spongieuse et réticulaire de cet os.

La poitrine étant ouverte, on trouva les deux poumons mous et crépitans; cependant en les incisant, l'un et l'autre , en difîérens sens , on vit que le parenchyme de ces viscères étoit en partie dégénéré en une substance blanche tachetée en noir et un peu analogue par son tissu à la substance cérébrale; en ratissant cette substance avec la lame du scalpel, elle se réduisait en une pulpe molle comme la substance du cerveau ; chaque portion du poumon, ainsi dégénérée, était de la grosseur d'une noix; la substance pulmonaire, continue à ces dégénérescences , étoit bien saine , et n'avoit éprouvé aucun degré d'inflammation. Au total, un bon tiers environ de la substance pulmonaire étoit ainsi dégénérée.

Abdomen. Le foie offrit à l'extérieur plusieurs points de la largeur de l'ongle du petit doigt, d'un beau bianc. En l'incisant sur ces points, on voyoit que, dans ces endroits, le parenchyme de ce viscère étoit dégénéré en une substance blanche, luisante, homogène , offrant ' un peu plus de résistance que la substance dégénérée des poumons ; ces endroits dégénérés avoient en général la grosseur d'un pois; quelques-uns avoient le volume d'une petite noisette. li y en avoit aussi dans le milieu du foie; plusieurs ofïVirent dans leur centre de petits épancliemens sanguins; ils étoient en nombre indéterminé; on n'y vit pas de fdamens iiexueux comme dans la tumeur cancéreuse du sein. J/utérus éloit un pçu voliimineus, k museau de

CANCER DES MAMEtLËS. 27»>

tanche surtout étoit plus gros qu'à l'ordinaire ; cependant son tissu n'avoit éprouvé aucune altération.

10* Observation, (i) — Cancer de la inammelle probablement formé par le tissu napiforme; et hérédité de la dis position cancéreuse.

Une malade portoit depuis 36 ans un cancer ulcéré au sein gauche. La glande mammaire formoit une tumeur noire , de la grosseur d'une noix, adhérente par sa base, isolée des tégumens qui s'étoient cicatrisés à sa circonférence, indolente, sans fièvre, fournissant à de longs intervalles une petite^quantité de matière ichoreuse.(La mère et l'aïeule de la malade étoient mortes de la même maladie ). Depuis la clavicule jusqu'à l'ombilic on pouvoit compter , dans les tégumens, au moins trois cents tumeurs de la grosseur du lobe d'ian petit haricot. Les glandes cervicales et axiilaires ne s'engorgèrent que sur la fin : les autres furent toujours intactes. Le cautère du bras gauche lie fut jamais cancéreux. La douleur et la fièvre hectique lie se manifestèrent qu'un mois avant la mort.

1 1^ Observation. — Cancer cérébri forme du sein.

Une femme de chambre, âgée de 57 ans, d'une trèsbonne santé et qui n'avoit aucune disposition héréditaire au cancer, attribuoit à un coup suivi d'ecchymose une tumeur qui lui étoit survenue au côté interne du sein droit, à égale distance du sternum et du mamelon Cette tumeur, grosse d'abord comme une lentille, puis comme un pois , acquit le volume de la dernière phalange du pouce.

(i) Observations raisonaées , préseutées à la Faculté de méaecîue de Paris . le 5o avril 1809. par M. Puzln, p. 07.

et depuis 4 ans , à la suite d'une coucbe , elle étoit devenue grosse comme un œuf de pigeon. Elle avoit été constamment mobile, indolente et fort dure. Depuis 18 mois, celte tumeur avoit paru diminuer à la suite d'une seconde couche; mais depuis huit mois elle avoit grossi de nouveau; la malade y ressentoit des élancemens qu'elle comparoit à des picotemens d'épingles. Ils étoient accompagnés d'une grande démangeaison et d'une douleur brûlante.

Lorsque la malade fut soumise à notre observation , la tvimeur qu'elle portoit avoit acquis le volume de la tête. Elle présentoit au côté interne, à 3 ou 4 pouces du mamielon , une ulcération ronde qui étoit survenue depuis 21 jours. Son diamètre avoit au moins un pouce et demi d'étendue, et on voyoit saillir à travers une sorte de fongosité grisâtre et fort molle qui, au huitième jour de l'ulcération, avoit fourni unehémorrhagie assez considérable pour qu'on ait pu remplir cinq tasses du sang qui s'écoula en une fois. La peau distendue présentoit un grand nombre de grosses veines très-bleues et variqueuses. La tumeur comprimée doucement présentoit partout une mollesse assez remarquable , mais très-peu uniforme. Elle gênoit extrêmement par son poids et son volume , et elle n'occasionnoit que des douleurs supportables. Il n'y avoit pas de glandes tuméfiées sous l'aisselle. La malade étoit peu amaigrie; son teint étoit devenu depuis deux ans d'un jaune paille. Le sommeil continuoit à être bon. Depuis huit jours, elle avoit été prise d'une petite fièvre, et elle avoit perdu l'appétit, lorsqu'on l'opéra le 28 août 181 1.

La mamelle extirpée pesoit 6 livres et demie. Le mamelon étoit i^ien sain. La peau étoit saine dans toute son étendue, excepté à l'endroit de l'ulcération, où la peau étoit détruite, mais les bords de la peau ulcérée étoient usés plutôt qu'épaissis. Ils n'étoient pas renversés.

La glande mammaire étoit bien saine dans toute son

étendue , et d'un blanc argenté comme dans l'état sain. Toute la masse cancéreuse présentoit une mollesse remarquable; on trouvoit dans quelques endroits des portions blanches , un peu fermes et un peu semblables au premier aspect à une substance cartilagineuse, mais elles avoient peu de consistance, et on les coupoit avec une très-grande facilité. Quelques autres endroits étoient moins compactes que cevix dont nous venons de parler; ils étoient comme spongieux, et ils renfermoient beaucoup de sérosité renfermée dans de très-grandes cellules formées par une substance blanche luisante comme les cartilages; presque tout le reste de la tumeur étoit formé par une masse d'une mollesse plus grande que celle de la substance cérébrale , d'une couleur variable selon les endroits où on l'examinoit ; cette couleur présentoit quatre variétés; elle étoit d'un blanc de lait dans le quart de la masse, oii l'on n'observoit ni point sanguin , ni vaisseaux sanguins ; d'un blanc semblable à celui de la substance médullaire du cerveau, et marqueté de points rouges et de petits vaisseaux sanguins dans un assez grand nombre de parties, qui formoient environ le huitième de la masse; d'un blanc très-marqué, mêlé de vaisseaux rouges, et d'épanchemens de sangextravasé dans environ un dixième delà masse. Enfin dans tout le reste de l^étendue de la tumeur et particulièrement dans l'endroit qui faisoit saillie à travers Tulcération , la dégénération cancéreuse avoit une couleur d'un gris foncé, et même noirâtre dans quelques endroits. Cette couleur paroissoit due à du sang extravasé à diverses reprises dans le tissu très-mou de cette dégénération. Il résulte de ces détails que presque toute cette masse étoit formée par l'espèce de cancer désigné SOS le nom de cérébriforme.

iS

a-Ô CAÏÇCER î)rs MAMELLES.

11" OesEaviTiON. — Cancer- cérébriformc du sein.

Une femme âgée de 59 ans, d'une stature moyenne, d'un embonpoint médiocre, ayant la peau blanche et fine avec vme teinte jaune légère, les yeux bleus, les cheveux châtains -clairs, s'aperçut, cinq mois environ avant d'entrer à la Charité, qu'elle avoit dans un sein une dureté du volume du pouce. En cherchant ce qui avoit pu y donner lieu , elle crut se rappeler qu'elle s'éloit heurté le sein contre sa couchette quelque lemps auparavant. Pendant trois mois, cette tumeur ne fit pas de progrès sensibles, et elle ne fut pas douloureuse; mais ces trois premiers mois écoulés, elle augmenta rapidement de volume, et elle devint le siège de douleurs lancinantes très-vives , qui ne laissoient presque pas de relâche. Il paroît qu'il s'y forma un abcès. M. Boyer fit entrer la malade à la Charité le 20 avril 1811, et le lendemain il fit à la tumeur une petite incision, d*où il s'écoula depuis, presque sans interruption, une grande quantité de sérosité roussàtre. Après l'incision, les douleurs disparurent presque entièrement. Cependant on se décida à extirper le sein six jours après.

Celte femme avoit toujours joui d'une assez bonne santé ; elle ne connoissoit aucun vice héréditaire dans sa famille ; elle étoit mère de plusieurs enfans qu'elle n'avoit pu nourrir, et le plus jeune avoit sjpt ans. Elle étoit encore réglée, mais avec quelques irrégularités.

E-xamen de la tumeur extirpée à la Charité le n^ avril 1811.

Cette tumeur, plus grosse qu'un œuf de poule, étoit blanche, luisante, formée par un tissu luisant un peu cérébriforme , dans lequel on voyoit un nombre infini de points luisans et transparens. En la compriman! , on en

faisoit sortir, dans les endroits les plus durs , un liquide incolore, aussi clair que Teau. Mais dans les endroits moins fermes, ce liquide étoit louche , et même blanc comme une matière séreuse unie à du lait ou de la crème. On voyoit dans les endroits un peu ramollis de petits vaisseaux sanguins très- fuis, et dans quelques endroits un petit épanchement sanguin aussi petit (pi'une tête d'épingle , ou une sorte d'infiltration de sang assez analogue à une pétéclîie.

La partie de la tumeur qui étoit la plus profonde , c'està-dire celle qui portoit sur les muscles pectoraux, étoit la plus ferme; mais la surface la plus extérieure éloil Irèsramollie, toute marquetée de points sanguins , et déjà putride dans une portion de son étendue qui présenloit la même structure intérieure (jue la base des ulcérations cancéreuses qui succèdent à l'ulcération des tumeurs cérébriformcs.

La tumeur dont il s^agit sembloit développée dans le tissu cellulaire, et ne paroissoit pas une transtbrmation de la glande mammaire.

i3* Observation (i). Epanchement abondant d'un liquide sanguinolent dans un cancer probablemeîit cérébriforme.

Une femme d'un âge moyfen, mère de plusieurs enfans, délicate et vaporeuse , s'étant un peu meurtri par accident la mamelle droite, y sentit, peu de temps après, à la partie externe, une tumeur dure qui augmenta considérablement. Plusieurs médecins réunis en consultation jugèrent l'extirpation nécessaire dès que la malade, qui étoit grosse, seroit rétablie de ses couches.... La tumeur aug-

(i) Essai de inécl. dEdimh.^ îom.o.; o'^ Obsti-Vï'lion d'Alex. Moun»,

menta. Il se forma un tubercule sous le bord du muscle pectoral. Les glandes axillaires s'engorgèrent et devinrent dures.

Au sixième mois de la grossesse, fausse couche. Lochieè très-abondantes 5 sans aucune amélioration de l'engorgement.... Des purgatifs et le retour des règles n'empêchèrent pas les glandes engorgées de la mamelle et de l'aisselle de grossir encore avec rapidité.

Lorsque toute la mamelle parut squirrheuse , on aperçut en plusieurs endroits de la partie externe et supérieure de la tumeur une fluctuation , et la malade y sentit de la douleur. Peu de temps après , la tumeur s'accrut considérablement ; on y sentit partout delà fluctuation; les veines de la peau grossirent beaucoup et devinrent variqueuses. Le poids de la tumeur et les douleurs que la malade y ressentoit l'empêchoient presque entièrement de prendre du sommeil. Enfin la peau s'enflamma, devint si saillante et si mince qu'elle étoit prête à s'ouvrir. Une ouverture faite à la partie inférieure, sans blesser aucune veine considérable, en fit sortir trois livres d'une lymphe rouge-noirâtre. On ne laissa pas vider le foyer, dont on ferma l'ouverture avec une tente soutenue d'un emplâtre agglutinatif.

La matière qui sortit de celte tumeur n'avoit aucune odeur, et quand on l'exposoit sur le feu, elle se coaguloit comme la sérosité du sang.

La malade se trouva mieux le reste du jour. Le lendemain matin toutes les veines étoient dégonflées , la peau parut d'une couleur naturelle. Il sortit par l'ouverture une livre de la même lymphe sanguinolente qui la veille n'a" voit pas été évacuée en entier. Après cela, on sentit distinctement, au milieu de la mamelle, la partie glanduleuse^ qui ne parut pas plus grande que celle de la mamelle saine. Mais le tubercule qui étoit au bord du muscle pectoral et les glandes axillaires ne diminuèrent pas de volume.

Le quatrième jour, après l'ouverture de la peau, les téguniens étoient si minces qu^on poiiyoit sentir distrnclement la tumeur qui s'étoit formée en premier lieu à la partie externe de la mamelle, et elle parut plus grande qu'elle ne l'étoit lorsqu'elle avoit commencé à être cachée par le liquide qui formoit l'épanchement. Les cinquième et sixième jours, le liquide qui sortoitéîoit plus fétide, et de couleur plus grisâtre. Le septième, la grande tumeur du sein parut plus molle.... Pendant les onze jours suivans tout paroissoit s'améliorer. Le liquide étoït moins fétide, moins abondant, d'une consistance plus approchante de celle du pus. En même temps la grande tumeur du sein diminua et se ramollit.

Ensuite il se fit de fréquentes suppurations en différentes parties des tégumens. La tumeur glanduleuse augmenta. La douleur devint telle qu'elle empêcha la malade de prendre du sommeil; accidens qui, joints aux évacuations qu'elle souffroit, la maigrirent, lui firent perdre l'appétit et l'affoiblirent de jour en jour; de sorte qu'elle mourut, après avoir souffert encore deux mois tous les maux qui accompagnent ordinairement les cancers ulcérés.

Remarques sur cette observation.

Ce que l'auteur nomme lymphe sanguinolente nous paroît un mélange de sérum du sang et de sanie. La couleur d'un rouge noirâtre , la coagulation pareille à celle du sérum, fortifient notre opinion. La marche de la maladie nous paroît aussi avoir beaucoup de rapport avec celle des cancers cérébriformes que nous avons observés. L'épanchement de sang dans les cancers cérébriformes n'est pas très-rare. Il en a imposé quelquefois à ceux qui ont vu ces sortes de cancers sans les connoître.

aSo CANCER DES MAMELLES.

i4' Observation. ^-—Cancer gélallniforme des marne lies.

Une cuisinière âgée de 37 ans, d'un tempérament lymphatico - sanguin , ayant été prise d'une péripneumonie aiguë, 'fut reçue dans les salles de médecine de l'hôpital de la Charité le 8 juillet 1806. Il y avoit six mois qu'elle s'étoit aperçue qu'elle portoit à la mamelle gauche une tumeur dure et indolente , de la grosseur d'une amande avec sa coquille; son volume s'étoit ensuite accru assez pour égaler celui d'un œuf de poule. Depuis un mois elle s'étoit ramollie , et elle étoit devenue lancinante et douloureuse. Elle présentoit une sorte de fluctuation obscure et profonde, ce qui l'avoit fait prendre pour un abcès, par un chirurgien inslruit. Divers topiques appliqués sur la peau, qui conservoit sa couleur naturelle, n'avoient produit aucun effet marqué. Les glandes axillaiics n'éloient pas engorgées; les veines sous-cutanées n'étoicnt pas variqueuses. Cette femme mourut le cinquième jour de son entrée à l'hôpital, huit jours après l'invasion de la péripneumonie.

Ouverture du corps.

La peau de la mamelle fut séparée avec soin ; elle étoil bien saine. Le tissu cellulaire étoit un peu rouge vis-à-vis l'endroit le plus proéminent de la tumeur. La glande mammaire fut détachée en entier avec facilité , parce qu'elle n'adhéroit pas au muscle grand-pectoral. On sentoit dans l'intérieur de cette glande une tumeur du volume d'un œuf de poule. La glande mammaire ayant été fendue et la tumeur ouverte , on trouva un foyer dans lequel il y avoit environ une cuillerée à bouche d'un liquide qui ressembloit à une solution de gomme arabique dans beaucoup d'eau, iJne portion de ce liquide, où on Yoyoit quelques

CASCER DES MiMELLES. 28 1

grumeaux gélatiDiformes, fui exposée à la chaleur, et elle se durcit comme du blanc d'œuf. Le liquide ajant été bien enlevé de l'intérieur du foyer mammaire, on voyoit une petite cavité, dont la surface inégale étoit formée par une substance transparente semblable à de la gélatine, et d'une teinte un peu jaunâtre. Cette substance étoit très-ramollie à la surface, qui avoit été en coniact avec le liquide épanché ; mais un peu plus loin elle étoit beaucoup plus ferme. Elle avoit une épaisseur qui varioit depuis trois lignes jusqu'à un travers de doigt , à partir de la surface qui louchoit au liquide jusqu'à l'endroit où le tissu de la mamelle commençoit à paroître sain. Les parties les plus ramollies rcssembloient à une gelée rapprochée, mais encore facile à broyer. Les plus consislanics rcssembloient à de la colle de poisson réduite en tablette et non encore desséchée , mais déjà plus ferme que le blanc d'un œuf très-durci. On voyoit distinctement dans cette substance gélatiniforme et consistante de petits vaisseaux capillaires sanguins , faciles à apercevoir près du tissu sain de la mamelle, à cause de la transparence du tissu dégénéré. On dislinguoit avec peine l'endroit précis où commençoit la dégénération, mais à une ligne au-delà de la portion gélatiniforme, le tissu de la glande mammaire étoit évidemment souple et d'un blanc argenté , c'est-à-dire dans l'état le plus sain. Seulement à l'endroit qui se trouvoit situé entre la peau et le foyer, on voyoit au-dessous du tissu cellulaire rougi, le tissu mammaire un peu rougi aussi et dans un léger état d'inflammation . mais c'étoit le seul endroit où on vît cette lésion.

Les côtes n'étoient pas faciles à casser.

On trouva les deux poumons presque entièrement durcis , et presque aussi denses que le tissu du foie.

Le cœur étoit sain.

Tous les viscères abdominaux étoienl dauî^ Tétat naturel.

i5' Observation. — Epanchement abondant d'an liquide san^ gainolent dans an cancer probablement formé par la dégénération cancéreuse gèlatiniforme .

« Je fus consulté (i) pour' une femme d'un âge moyen , qui vivoit à la campagne , et qui depuis deux ans avoit une tumeur à la partie supérieure de la mamelle gauche. Cette tumeur, qui étoit fort petite au commencement, étoit parvenue insensiblement à un volume considérable , nonobstant tous les remèdes qu'elle avoit pris, et l'application des emplâtres gommeux et mercuriels, etc.; les veines de la peau du sein étoient engorgées et les tégumens enflammés. La malade ressentoit souvent des douleurs lancinantes dans la tumeur qui étoit fort dure. Dans les temps des règles » la tumeur acquit vin volume si considérable , qu'elle parut attachée aux côtes ; mais après une copieuse saignée , elle s'affaissa , et devint mobile comme auparavant.

» Mon avis fut de faire l'amputation du sein , ou supposé que la malade ne consentît pas à l'opération , de relarder le progrès de la tumeur par des évacuations générales et par la diète, et de prévenir l'inflammation des tégumens par des lotions rafraîchissantes , telles que le vinaigre saoulé de litharge et étendu dans l'eau.

» Quelque temps après, mon correspondant m'écrivit que la tumeur avoit subitement acquis. ^un volume trèsconsidérable et que la douleur étoit augmentée; la mamelle devint alors molle dans quelques endroits où l'on sentoit

(1) Essai de mèd. d'Edimb. , trad. française, tom. 5 , art. xxxii, pag. 5zl\. Obervalions sur des amas de lymphe sanguinolente dans des mamelles attaquées de cancer , par Alex. Mouro. 2^ Observation , p. 626,

la fluctnation d'an liquide, tandis qu'on apercevoit ailleuis des tubercules endurcis; à la fin, cependant, toute la tumeur devint rouge , molle et pleine de liquide , et l'ayant ouverte par la partie inférieure , il en sortit deux livres d'nne sérosité sanguinolente , qui n'avoit aucune odeur.

» Le lendemain , la douleur devint beaucoup plus violente qu'auparavant. L'ulcère exlialoit une odeur cadavéreuse , et la partie supérieure de la mamelle contenoit encore un liquide. On fit une nouvelle incision pour évacuer la matière qui restoit , et on tira encore quatre livres de la même sérosité , après quoi la mamelle s'affaissa j la douleur augmenta considérablement, les tégumens se gangrenèrent^ et la malade mourut le lendemain matin.

» Lorsqu'on vint à disséquer cette partie, on trouva que la mamelle n'étoit qu'un sac vide dans lequel on ne trouva aucune glande engorgée. »

Remarques sur cette observation. — Il paroit que comme on s'attendoità trouver une tumeur lardacée , ou du moins un tissu ferme et résistant, on fut très-surpris de ne rencontrer rien de pareil. La gangrène, dont la peau avoit été frappée, la couleur rougeàtre que devoit avoir acquis le tissu cancéreux mollasse , dut faire croire que l'altération qu'on avoit sous les yeux n'étoit que le résultat de la gangrène. On auroit pu présumer un épanchement de sang dans la tumeur, lorsqu'elle acquit tout-à-coup un volume considérable ; mais on ne soupçonnoit pas alors qu'il pur se faire des épanchemens sanguins dans les tumeurs cancéreuses. Aussi Monro , préoccupé par l'idée qu'il avoit sur le caractère essentiellement lymphatique des tumeurs cancéreuses, a-t-il donné le nom général d'amas de lymphe, etc. , aux épanchemens qu'il a trouvés dans divers cas de cancer au sein[; il convient cependant que celle lymphe étoit som-

guinolente. Dans la 3^ observation relative à ces soj les d'épanchemens, il dit que cette lymphe étoit d'un roa^e noirâtre^ qu'elle se coaguloit au feu comme le sérum du sang, etc. Dans sa 2^ observation, qui est celle qu'on vient de lire , il donne à cette prétendue lymphe !c nom de sérosité sanguinolente. C'est ainsi que l'exposition exacte des faits rectifie en quelque sorte les erreurs qui sont Ki suite d'une fausse théorie.

La ressemblance de celle maladie avec les cas de cancer gélatiniforme que nous avons observés, nous fait présumer que c'est à cette espèce de cancer que doit être rapportée cette observation , quoiqu'il n'y soit pas fait mention d'un tissu j^élatiniforme trouvé dans la tumeur ; ce tissu altéré par le sang épanché, et peut-être aussi parla gangrène, peut bien avoir été méconnu par des observateurs q\ii, n'ayant aucune idée de cette dégénération, l'auroient probablement prise pour un dépôt de lymphe ou pour \\n effet de la gangrène, lors même qu'ils l'auroient entrevue.

lO* Observation. — Cancer de la mamtlle , forme fjar le ii.ssii lardiforme , par le tissu cérébriforme et par lamélanose [c'estdr-dire par un tissu composé ).

Thérèse Rief. , âgée de 5o ans, éloit d'une taille

moyenne et d'une foible santé, quoiqu'elle fût née de parens sains. Elle avoit eu plusieurs enfans. Depuis huit mois environ , elle portoit à la partie externe de la mamelle droite une tumeur qui s'étoit développée sans cause connue. Elle vint à la Charité le i5 juin 1812, pour y subir l'extirpation de cette tumeur. La malade étoit alors dans l'état suivant : le teint éloit plombé, la peau d'un blanc jaunâtre ; la tumeur volumineuse étoit recouverte par une peau violacée, elle faisoit éprouver des douleurs lancinantes ; les glandes de l'aisseMe droite éloicnl cngorgéo.

r^NCER DES MlMELf.ES. ^85

On ne pratiqua [)as l'opération. Cin(| ou six semaines après rcnlrce de la malade , la tumeur s'ulcéra, les bords de l'ulcère se renversèrent , un vaste champignon s'éleva à sa surface, donnant chaque jour une abondante suppuralion. On employa dans les pansemens vme pommade trèsopiacée, Topium l'ut administré intérieurement à forte dose, et l'on parvint ainsi à rendre les douleurs supportables. Le bras droit et tout le côté du corps (pii y répond étoient iiifdlrés. Il y eut de fréquentes alternatives de douleurs et d'un état moins prnil)Ie. Enlin la malade succomba le iS oclobre 1812.

Deux jours après, on procéda à l'ouverlure du cadavre.

Etal <'ivt('ricur. La mamelle gauche étoit atrophiée ; la droite étoit le sit'i^e d'une tumeur cancéreuse, épaisse de près de deux pouces, large de cinq pouces, et ulcérée dans une grande étendue dont le diamètre avoit environ quatre pouces. La surface ulcérée étoit profondément cxcavée, les bords très-épais, inégaux , irréguliers ; le fond de l'ulcère étoit grisâtre dans <piel(jues endroits, noir, brun, rongeai re, elc. , dans d'autres. Il y avoit tout autour plusicnrs duretés squirrhinises [)isiformcs à la peau. Les glandes axillaircs droites étoient dures et squirrheuscs , le bras <lroit très-iiitiltré.

Thorax. Il y avoit environ une j)inte de sérosité épanchée dans le côté droit de l:i poitrine. lia plèvre étoit saine. Les os n'étoient point fragiles , même sous le sein ulcéré. Ils étoient même plus fermes (jue elicz un autre individu du même âge , mort d'iuie autre malailie chronique , avec le([uel on lit la comparaison.

Li tumeur du sein incisée, on vit qu'elle étoit formée par une substance lardacéo , Uè>-blan( lie, Irè'^ ferme, et par un aulre, lissn laid u(- , moins blanc et un peu cérébrifonue dans divcr; point;.. Unepaiiie du tissu dé-;é»éré

étoit dur , noir comme de l'encre ou de la boue ; en un mot, dans un état de molanose.

Il y avoit dans divers endroits une couche de graisse d'un jaune serein bien saine, interposée entre la peau dégénérée en tissu lardacé s et la mamelle dégénérée aussi en tissu lardacé.

Les glandes axillaires étoient transformées en tissu lardacé, pareil à celui du squirrlie ulcéré j elles étoient grosses , les unes comme des amandes , les autres comme de petites noix.

Les duretés squirrheuses de la peau étant incisées , on vit qu'elles étoient formées par un tissu blanc, lardacé , pareil à celui du squirrhe de la mamelle.

17" Observation. — Cancer cutané au sein. Réussite de l'am^ putation du mamelon affecté de cancer ulcéré (i).

La fille d'un avocat de cette ville, mariée et établie dans une petite ville de cette province , avoit naturellement le mamelon du sein droit de la longueur du petit doigt, dont l'extrémité , qui étoit de la grosseur d'une noix , se terminoit par une surface plane. Ce mamelon devint trèsdur et ensuite très-douloureux dans son extrémité qui s'ulcéra et devint presque tout-à-fait semblable à une morille; la malade ne pouvoit même y appliquer le linge le plus doux, ou le moindre topique, que les douleurs n'augmentassent , ou qu'il ne survînt de légères hémorrhagies qui se renouveloient chaque fois qu'elle se pansoit. Peu de temps après, le mamelon se divisa, ses bords se renversèrent, et il en découloit une sanie d'assez mauvaise odeur. Les

(i) Extraite de ia clisserlation sur le cancer des mamelles , par M. Vacher, pag. 171.

choses étant dans cet état , cette dame vint eu cette ville l'année 1702, pour consulter sur son mal; elle assembla pour ce sujet un médecin et deux chirurgiens . du nombre desquels j'étois; nous examinâmes le mamelon affecté, nous convînmes qu'il étoit chancreux et qu'il falloit l'amputer ; maiS;, comme nous nous aperçûmes de deux ou trois tumeurs qui étoient survenues depuis peu dans le même sein, et que les glandes axillaires du même côté commençoient aussi à se gorger, nous délibérâmes s'il ne seroit pas mieux d'amputer toute la mamelle. Cependant sur ce que les tumeurs parsemées dans le sein n'étoient pas bien dures, qu'elles étoient récentes et indolentes, et que d'ailleurs l'engorgement des glandes axillaires étoit très-peu de chose, on ne convint que de l'amputation du mamelon, que nous fîmes le lendemain en commençant l'incision dans la partie saine à une ligne près de l'aréole. Cette opération eut tout le succès possible , car la plaie fut cicatrisée en neuf ou dix jours, pendant lesquels les engorgemens du sein et des glandes axillaires disparurent entièrement; néanmoins on ordonna un régime de vivre à la malade , qu'on lui conseilla d'observer exactement pendant long-temps. Cette dame retourna dans sa ville incontinent après que sa plaie fut guérie , d'où elle nous écrivit qu'elle se portoit parfaitement bien, mais qu'elle n'avoit jamais pu persuader au public que le chirurgien étranger n'avoit eu aucune part à sa guérison , tant on étoit prévenu en sa faveur.

18^ Observation. — Tumeur sqalrrkeuse au sein, chez une jeune fille de 16 ans.

Une fdle âgée de 16 ans, d'une taille svelte et d'une bonne constitution , nubile depuis l'âge de 10 ans et demi, et ayant les seins peu développés, entra à l'hôpital de la Charité le aS août 1811 , pour y être traitée d'une tumeur

288 CANCER DES MAMF.LLES.

qu'elle poiloitau sein gauche. Sa tumeur avoit le vohune d'un œuf de muyenne grosseur; elle étoit bosselée et très-mobile; elle soulevoit le mamelon qui se trouvoit situé à son côté interne. La peau qui la recouvroit étoit Irès-mobile, et n'ofFroit aucun indice d'altération. Les ganglions lymphatiques de i'aisselle étoient dans leur état naturel. Développée depuis cinq mois, cette tumeur avoit acquis graduellement le volume qu'elle présentoit, sans occasionner d'abord aucune gène à la malade. Depuis six semaines seulement , elle étoit le siège de douleurs lancinantes qui éloient plus particulièrement réveillées par une marche rapide ou par des sauts.

L'impossibilité évidente d'obtenir la résolution de cette tumeur, et les craintes que devoit donner l'apparition des douleurs lancinantes , engagèrent M. Boj'^er à en faire l'ex tirpation, et il l'exécuta le 9 septembre , après qu'il eut fait subir quelques préparations à la malade.

On fit une incision longitudinale un peu en dehors de la partie moyenne de la tumeur, afin de ménager le mamelon qui se trouva placé à quelques lignes de cette incision. Une seconde, perpendiculaire à la j)remière , fut dirigée en dehors. Les lambeaux furent isolés; la tumeur saisie avec une airigne fut disséquée avec facilité et rapidité. On fit quelques ligatures de vaisseaux; la plaie fut immédiatement réunie avec des emplâtres agglutina tifs; on la recouvrit de quelques gâteaux de charpie et de compresses longuettes , qui furent maintenues par une large bande placée circulairemeiit autour du corps.

La tumeur éloit formée de plusieurs masses squirrheuses, arrondies, parfaitement distinctes, mais agglomérées par un tissu cellulaire très-serré. On en reconnoissoit trois principales, dont une avoit un volimia tjiple des deux autres; lenv tissu étoit très-consisîant , parlaitement homogène, d'un blanc perlé tirant un peu sur le gris. Oii ciî fiisoit

CINCER DES MAMELLE?. 289

sortir, par la pression , un fluide qui avoit la coiiîeiir du tissu, et qui étoit très- peu consistant. Le lissu cellulaire environnant étoitsain. lien étoit de même de la glande mammaire qui étoit tellement adhérente à la tumeur qu'on en emporta une petite portion. Une des masses squirrheuses resta plusieurs joursexposée àrairsanséprouverd'altération. Il survint un peu d'inflammation aux environs de la plaie , ce qui ne l'empêcha pas de se réunir presque complètement; cependant], lorsqvi'op enleva les bandelettes agglutinatives , il sortit , par une petite ouverture , quelques cuillerées d'un pus brunâtre qui n'avoit mis que 72 heures à se former. Les parois du foyer ne tardèrent pas à s'afl'aiser. La suppuration disparut promptcment , et la plaie étoit entièrement cicatrisée lorsque la malade sortit de l'hôpilal le 4 octobre.

J'ai eu occasion de revoir la malade six semaines après sa sortie de l'hôpital; elle étoit bien portante; la cicatrice du sein étoit très-solide et les parties environnantes avoient leur flexibilité ordinaire.

19* Observatiok. Inflammation chronique de la mamelle prise

pour un cancer.

Madame L... âgée de 5o ans, d'une bonne constitution, avoit cessé d'être réglée depuis deux ans, lorsqu'elle fit dans le mois d'octobre 1809 une chute dans laquelle la mamelle gauche, qui étoit grasse et volumineuse, reçut à sa partie externe une très-violente contusion, accompagnée d'une légère excoriation, et bientôt après d'une large ecchymose. La douleur fut d'abord très-vive. La mamelle devint trèsenflée. Cette maladie accidentelle fut traitée par les moyens convenables; et au bout d'un mois la malade n'éprouvant plus de souffrance, cessa tous les médicamens. Dans le mois de décçnibre; elle aperçut qu'elle avoit au côté ex- I, 19

terne de cette mamelle, à deux travers de doigt du mamelon, une grosseur inégale, non circonscrite et peu douloureuse. Cette grosseur auroit à peine égalé la moitié d'une noix; elle étoit résistante, mais pas très-dure. La malade la négligea.

Insensiblement la douleur augmenta, et la petite tumeur s'élargissoit un peu; de sorte que dans le mois d'avril 1810, la mamelle gauche étoit le siège d'une douleur vive presque continuelle. Cette douleur devenoit horrible lorsque quelque chose pressoit un peu la petite tumeur, ou même la mamelle. La peau conservoit sa couleur naturelle. Une glande axillaire se tuméfia, et acquit un volume plus gros qu'une noisette. Cette glande étoit aussi fort douloureuse, et le bras gauche étoit engourdi : la malade ne pouvoit presque pas le remuer, parce qu'en le rapprochant de l'aisselle, elle éprouvoit des douleurs horribles à ia tumeur axillaire; en le portant en haut ou en avant, elleoccasionoit vme douleur atroce dans la tumeur mammaire.

Cette maladie fut regardée comme un squirrhe dégénéré en cancer oculte. On se proposoit d'opérer cette dame, mais on fut obligé de différer, parce que, comme la plupart des malades, celle-ci frémissoità l'idée d'opération, et toujours elle demandoit à différer encore un peu, si on vouloit qu'elle s'y décidât. On prescrivit des pilules d'extrait de ciguë, et une application résolutive sur la tumeur, et les douleurs augmentèrent.

Depuis le mois d'avril jusqu'à la fin de septembre, cette maladie continuoit à présenter les mêmes caractères. Les douleurs étaient insupportables et presque continuelles, surtout pendant le jour.

Dans les derniers jours de septembre, la tumeur placée au côté externe de la mamelle à deux travers de doigt de distance du mamelon, étoit plus large qu'un marron, mais la moitié moins saillante : elle n'étoit ni bien circonscrite,

ni même d'une dureté remarquable ; elle étoit extrêmement sensible au plus léger attouchement. La mamelle, de même que celle de l'autre côté, étoit d'ailleurs volumineuse et grasse, de sorte que cette induration doiilomeuse ne formoit pas de saillie. La peau qui recouvroit l'induration n'étoit ni rouge, ni adhérente : il y avoit une large traînée douloureuse depuis le côté externe de la mamelle jusque sous l'aisselle. La glande axillaire étoit aussi grosse qu'un œuf de serin, bien mobile, lisse, placée au milieu des graisses, et très-douloureuse par la plus légère pression.

Toute la mamelle étoit souffrante, le bras étoit engourdi; la malade ne se remuoit point pour éviter les douleurs : elle ne pouvoit pas même marcher sans ressentir beaucoup de souffrance à la mamelle. L'opération devoit être faite vers la fin d'octobre.

Comme par un examen attentif il étoit facile de se convaincre que la marche de cette maladie n'étoit pas celle d'un véritable cancer , mais bien celle d'une phlegmasie chronique, un médecin qui fut consulté pensa qu'on ne devoit pas désespérer de la guérison, même en ne pratiquant pas l'opération ; mais il dit en même temps qu'il étoit très-persuadé que si on enlevoit cette tumeur, la malade ne seroit pas exposée dans la suite à voir un cancer se développer, soit à l'autre mamelle, soit à celle qui auroit été cicatrisée. Il conseilla le repos et l'application d'un onguent très-narcotique (i). Il ne désapprouva rien de ce

(1) Formate. — Prenez huile d'olive 2 livres.

Cire jaune . . ; 2 livres.

Térébenthine 2 livres.

Jus de tabac verd en feuilles 4 livres. Une poignée de feuilles de sang-dragon. Id. de mélisse

Id. ' de lierre terrestre.

aga CANCER DES MA-lVtEtLES.

qui avoit été fait, ni même de ce qui avoit été proposé. 11 conseilla seulement de dijQférer l'opération si les douleurs et la tuméfaction diminuoient.

Bientôt les douleurs diminuèrent; et au bout de trois semaines elles avoient totalement cessé. Vers lafm d'octobre, la malade ne trouvoit plus de dureté à la mamelle : elle remuoit le bras sans difficulté ; la tuméfaction de la glande axillaire avoit diminué de moitié. Celte glande pouvoit être comprimée sans qu'on déterminât aucune douleur; le bras étoit aussi libre qu'avant sa maladie. Vers le milieu de novembre, le médecin examina la mamelle et l'aisselle : tout étoit parfaitement guéri ; et cette dame, âgée de 5 i ans , jouissoit d'une parfaite santé. Il lui conseilla la continuation des pilules pendant quelque temps encore, et l'application d'une peau de cygne sur cette mamelle pendant toute sa vie.

Id. de petite sauge.

Id. d'herbe de consoude.

Id. de scolopendre.

Jd' d'herbe de pas d'aae

Id, de vulnéraires.

Id. d'herbe de mille-feuille.

Faites cuire le tout dans un chaudron de cuivre. Etant bien cuit, TOUS le presserez dans un linge et remettrez ensuite le jus dans le chaudron, le laisser cuire jusqu'à ce qu'il se congèle sur l'assiette. L'huile , la cire et la térébenthine ne se mettent que lorsque les herbes sont passées. Il faut étendre l'onguent sur de la peau de gant pour l'appliquer sur la plaie. L'emplalre ne se change qu« toutes les vingt-quatre heures; et si la tumeur est entamée , on la lave avec du via chaud. Plus l'onguent est vieux , meilleur il est.

CANCER LES MAMELLES. 3g5

30' Obseevation. — Tumeur fibreuse , simulant le cancer des

mamelles.

Une femme, âgée de 62 ans, d'un embonpoint volumineux cl mou, ayant la peau assez bien colorée et sans aucvine teinte iaune, avoit cessé d'être réglée à l'âge de 48 ans , et depuis ce temps elle avoit continué ù jouir comme auparavant d'une bonne santé. Une tumeur qu'elle portoit au sein lui fit prendre le parti d'entrer à l'hôpital de la Charité. Elle avoit remarqué sept mois auparavant, pour la f)remière fois, que son sein gauche étoit un peu plus volumineux que le droit, et un peu plus dur au toucher. Depuis ce temps son volume n'avoit augmenté que fort lentement, et il avoit été un peu douloureux par intervalles. De temps en temps il sembloit à la malade qu'on cnfoncoit une aiguille dans son sein; mais elle avouoit cependant que ces douleurs étoient toujours très-modérées ; et elle n'auroit fait aucune attention à sa maladie si on ne lui avoit inspiré des craintes. Ce qui la détermina surtout à se faire opérer, ce fut cette circonstance que sa mère étoit morte d'un cancer au sein, qui étoit ulcéré depuis 4 ans, et qu'elle n'avoit jamais voulu se décider à laisser enlever malgré les instances qu'on lui avoit faites. La malade donnoit sur la maladie de sa mère des détails tellement précis qu'il étoit impossible de ne pas reconnaître un cancer ulcéré.

Le 27 avril 1811 on procéda à l'opération. On extirpa la mamelle gauche, où setrouvoit une tumeur dure, inégale, irrégalière, plus grosse qu'un œuf de poule, et en outre ramifiée de tous côtés d'une manière irrégulière.

Examen de la tumeur,

A l'examen de la tumeur on vit que la masse endurcie étoit très-dure et très- blanche ; sa couleur n'offroit pas ce

3g4 CANCER DES MAMELLES.

blanc argenté qu'on observe à la glande mammaire saine, mais un blanc nn peu analogue à celui des fibro-cartilages intervertébraux. Les ramifications irrégulières qui partoient de la tumeur principale étoient de même nature , évidemment fibreuses, et entourées de tout côté d'une graisse ferme, abondante et tout à fait saine. La tumeur priacipale n'étoit point arrondie, mais inégale et irrégulière; elle égaloit à peine un petit œuf de poule , et les plus grosses des ramifications n'étoient pas plus grosses que le pouce, tandis que les petites formoient de simples bandelettes et des cordons fibreux assez minces , qui se perdoient insensiblement dans le tissu cellulaire graisseux.

Le tissu de toute cette tumeur et de ses ramifications étoit fibreux ; en le comprimant très-fortement on n'en faisoit sortir ni matière blanchâtre, ni sérosité. En l'incisant on trouva qu'il n'avoit pas à beaucoup près la même consistance dans toute son étendue. Les petites ramifications, la plupart des grandes, et une grande partie de la tumeur principale étoient simplement fibreuses; mais on trouva qu'une portion de quelques unes des grandes ramifications, et de la tumeur principale étoient très-dures, qu'elles résistoient au scalpel, et qu'au lieu d'être simplement fibreuses, ces parties étoient dans ces endroits fibro-cartilagineuses; on trouva çà et là divers vaisseaux sanguins très -fins, mais bien faciles à distinguer. En continuant les incisions, on trouva dans les parties fibro-cartilagineuses divers points d'ossification , les principaux se trouvoient dans la grosse tumeur, mais il y en avoit aussi dans une des grandes ramifications. Les points ossifiés étoient très-durs et aussi résistans que le tissu compacte des os longs. Ils avoient la plus grande analogie avec les ossifications qu'on trouve dans quelques-uns des corps fibreux qui se développent dans la matrice.

La tumeur fibreuse et ses ramifications sembloient être

CANCEa ©ES MAMELLES. %Q^

un développement spontané primitif^ ou une dégénération particulière du tissu cellulaire, car cette tumeur ne paroissoit pas être une dégénération musculaire, non plus qu'une transformation de la-^ glande mammaire.

Remarques.

Les tumeurs fibreuses du sein , comme celles de toutes les autres parties, tendent à devenir osseuses. Elles ne deviennent pas cancéreuses , mais elles ne garantissent pas du cancer. Cette cruelle maladie peut même se développer aux environs de la tumeur fibreuse devenue osseuse. Il y a une remarque très-importante à faire sur ces tumeurs fibreuses : tant qu'elles ne sont pas compliquées d'une atmosphère squiri lieuse, on peut les irriter de toutes les manières, employer même les caustiques pour les détruire : on n'y voit survenir aucun changement; et si on a cru traiter un squirrhe, on est tout émerveillé de voir qu'on n'a pas obtenu de résolution par le caustique, et que la maladie n'a point pris le caractère cancéreux. La cicatrice se forme au-dessus du prétendu squirrhe avec une inconcevable facilité, m^ais si au bout d'un grand nombre d'années il se manifeste autour de la tumeur fibreuse une tuméfaction squirrheuse, on voit bientôt paroître tous les symptômes d'un cancer. On l'opéreroit inutilement, car dans ces cas la maladie cancéreuse est tellement constitutionnelle qu'elle se reproduiroit bientôt, et entraineroît la perte de la malade. Je crois devoir insérer ici un fait de ce genre qui est très-instructif, et qui est rapporté avec d'autant plus d'impartialité que l'auteur, regardant la tumeur fibreuse comme un squirrhe, ne peut pas concevoir comment les caustiques n'ont pas été nuisibles. Le fait dont il s'agit est consigné dans le traité sur la carote par le docteur Bridault 5^ partie obs. X* p. 387. Nous le transcrirons en l'abrégeant.

29^ CANCER f»ES filAMELlES.

21* Observation. • — (i) Tumeur fibreuse du sein, devenue osseuse f et autour de laquelle se développa un cancer.

Madame Fleuri -Lavergne d'un tempérament bilieux, âgée de 64 ans, portait depuis 42 ans une tumeur profonde , dure et sguirrheuse dans la partie moyenne et interne de la mamelle gauche. Ce sguii^he [2) resta, dur et indolent pendant quarante et un ans ; il persisloit depuis 10 à 1 2 ans , et il avait le volume d'une noix, lorsqu'un chirurgien instruit en proposa l'extirpation. Un autre chirurgien crut pouvoir en obtenir la résolution; il appliqua la pierre à cautère sur les tégumens du sein vers le point central dusquirrhe. Une inflammation cutanée, une escarre, une suppuration locale et extérieure furent les seuls résultats de cette cautérisation. La tumeur resta constamment indolente. Au bout de quelque temps, on réitéra l'application de la pierre à cautère, la tumeur n'éprouva pas les changemens funestes que tous ' les chirurgiens instruits croyoient inévitables. Mais aussi, malgré tous ses efforts, celui qui appliquoit la pierre à cautère ne put obtenir la moindre apparence de résolution. Les tégumens se cicatricèrent , la mamelle resta dans son ancien état; pendant 5o ans encore, la tumeur resta constamment dure et indolente.

Dans le mois de juillet 1800, c'est-à-dire 4^ ^"s ou 4^ ans après le développement de la tumeur dure et indolente , le sein gauche commença à se tuméfier; il s'y manifesta un sentiment de chaleur, de douleur et d'irritation , les glandes et les vaisseaux mammaires s'engorgèrent. Au

(i) Traité sur la carote, p. 187. '

(2) Ce squirrhe éloit une tumeur fibreuse ; or on sait que jusqu'ici SB a coufondu ces tumeurs avec les squirrhes.

CàSCER des mamelles. 2g^

bout d'environ 4 mois, le développement rapide de la tumeur, les élancemens vifs et fréquens, les tiraillemens douloureux, la pesanteur, la chaleur du sein , le retirement du mamelon, Tépaississement et l'empâtement des tégumens ne laissoient plus aucun doute sur le caractère de ce cancer oculte, dont les progrès rapides faisoieut craindre l'ulcération prochaine.

Le 5 novembre 1800 (c'est-à-dire environ 4 mois après l'invasion des douleurs ) , on réunit une consultation. La malade n'avoit point de fièvre. Les glandes axillaires n'étoient point engorgées , non plus que les glandes inguinales. La mamelle droite éloit saine. Il n'y avoit aucun signe d'engorgement du mésentère ni des viscères abdominaux. Mais la malade éprouvoit au condyle interne du bras gauche une douleur vive pareille à celle du sein. La peau et le tissu cellulaire placés au-dessus et autour de ce condyle présenloient de l'empalement, de l'inégalité, et un engorgement inflammatoire et douloureux. Le sommeil étoit agité et interrompu parles douleurs du sein et du condyle.

L'extirpation de la tumeur fut jugée nécessaire ; on l'enleva 7 à 8 jours après la consultation. Elle pesoitdeux livres; elle réunissoit dans sa circonscription plusieurs glandes engorgées, dures, squirrheuses, d'autres enflammées et cancéreuses. Le noyau de la tumear avoit la grosseur d'un œuf de dinde. Sa base occupoit la partie latérale interne du sein gauche. Sa pointe éloit tournée du côté de l'aisselle; il pesoit deux onces. Ce noyau formoit une tumeur qui étoit totalement dure, blanchâtre et parfaitement osseuse. On ne put la diviser qu'à l'aide d'un marteau avec lequel on frappoit sur le dos d'une lame de couteau destinée à diviser cette ossification. M. Bridault conserva une portion de ce noyau osseux; M. Poultier, qui avoit opéré la malade, garda le reste.

Après l'opération les douleurs devinrent de plus en plus

298 CANCER DES MAMEILES.

fortes au condyle interne du bras ^ aux environs de la plaie, et même à la plaie. Le spasme , la fièvre, rinsomnie, les crises de douleur renouvelées matin et soir, réduisirent la malade à un état déplorable. Tous les moyens furent inutiles, l'opium fut porté à 16 grains par jour. Il s'établit un désordre général dans toute l'organisation osseuse , ce qui produisit des exostoses et des caries; les côtes s'arquèrent, la poitrine fut ainsi resserrée ; il survint une exostose à la partie supérieure du sternum, une autre au bord inférieur de la plaie , une troisième près l'aisselle sous le repli dvi grand pectoral , une quatrième au-dessous de l'aisselle gauche.

Cependant la plaie étoit cicatricée au bout de six semaines, mais il y resta un petit bouton fongueux et un ulcère fisluleux.

On fit alors usage du cataplasme de carotte, dont M. Bridault n'espéroit absolument rien dans cette diatlièse cancéreuse. Elle ne produisit aucun effet. On employa plusieurs autres médicamens sans aucun fruit.

Après avoir horriblement souffert, et avec une constance rare, cette dame mourut le 11 mars 1801 , à 5 heures du soir, environ 9 mois après le commencement des douleurs et du gonflement du sein, et 42 ans après la formation du noyau qui étoit devenu osseux.

22" Observation. — (1) Dégénèration osseuse de la mamelle,

Monacha Patavii fuit quae ante annos triginta laborare primiim cœperat disjectis intra alteram mammam tuberculis. Haec demum in unum tumorem conjungi visa sunt in mammse inferiore parte , qui ea erat superficiel inœqualitate, eosque dolores ciebat, ut pro cancro habitus sit. Novissimè auctis doloribus, ipse per se tumor se aperuit.

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(i) MoRTAQNi, De sed c. morb, ep. 5o , n° l\i.

CANCER DES MAMELLES. 2g^

Tune verô ex modo qno se apernerat, et ex iis qiias prodibaDt, et apparebant, navus, et solers cbirurgns non esse cancrum, censiiit, et mederi institiiit. Venrni curatio nunquaniex senteutià processif donec sub finemanni 1739 è turaore corpus extraxit tuberosum , niediocris nucis juglandis magnitudine , quod ad me attulit. Constabat ex frustis osseis pluribus majoribus, minoribusque , nullo certo ordine dispusitis, ut in diffracto conspexi. Inter frusta erat interjecta substantia quasi bgamento similis. Hoc exsiccata nigricabat : ossea autem frusta albedinem ostendebant suani. Itaque mamma sanata est : et quamvis exulceratio redierit; non ex eâ virgo , sed alio ex morbo , tribus ab illius ossei corporis extractione annis exactis, decessit.

25* Observation. — (i) Dégénération fibreuse passée à T état

osseux.

Quaedam virgo jam senescens, continua spirandi difBcultate premebatur, cum metu perpetuo fuluri cancri in mammis quae lapides duriores videbantur. Licet niultis adversiis hanc moleslissimam Isesionem pugnaret remediis, non potuit tamen fatalem à se mortis fatum avertere.

Post obitum, examini anatomico subjectae mammae totae osseae reperiebantur, et tam durae ut cultro quantumvis acuto discindi nequiverint. Tam arctè hœc ossea materia cum ambiente cute concreverat , ut nullo negotio ab invicem separarl potuerint. Insuper peclus aquâ scatebat.

(i) LiEDTATio. Hlst. anat. med., in. 4°, tora. 2, pag. oi5. Observation Urée des mélanges des curieux de la nature.

500 CiLKCER DES TESTICVIES.

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