CHAPITRE CINQUIÈME
Cancer de la glande ihjrdide.
Les maladies de l'organe qu'on est convenu d'appeler glande ou corps thyroïde , ne sont guère mieux connus que ses usages. On désigne sous le nom de goitre, toutes les tumeurs formées par l'augmentation notable du volume de la thyroïde> quelle que soit d'ailleurs la nature delà lésion qui produit cet accroissement.
Comme il nous paroît qu'on ne doit pas confondre sous une même dénomination les goitres et le cancer de la glande thyroïde, nous indiquerons dans ce chapitre les caractères qui les distinguent.
Le cancer de la glande thyroïde et le goitre peuvent former l'un et l'autre une tumeur plus ou moins volumi~ neuse, située à la partie antérieure du col. Mais d'ailleurs, ces deux maladies n'ont d'autre rapport que de siéger dans le même organe.
Le goitre est une tumeur formée par la tuméfaction de la thyroïde, qui acquiert un volume {.lus ou moins considérable. Il n'Occasione aucun changement de couleur à la peau, et n'est accompagnée d'aucune douleur. Il peut, dans quelques cas très-rares, devenir dangereux et même mortel , lorsqu'à raison de son volume , il exerce une trop forte compression sur la trachée artère et sur les parties qui lavoisinent. La tumeur n'est jamais Irès-rénittente ; elle est souvent très- molle, et dans les cas où elle est très-dure daus
CAÎiCER DE Li GL4.XDE THÏROÏDE. 44^
certains endroits, elle offi-e dans beaucoup d'autres une nioilesse remarquable.
Le cancer de la thyroïde forme une tumeur souvent trèsdure et très-rénitente dans toute son étendue. Il est indolent tant qu'il est dans l'état de squirre stationnaîre ; mais il s'y manifeste des douleurs dès que le squirre augaisnte de volume, et s'il doit s'y former une ulcération , les douleurs deviennent lancinantes.
Le goitre est une maladie très-commune^ et il se forme ordinairement avant l'âge de 25 ans. Le cancer delà glande thyroïde est une maladie extrêmement rare, qu'on n'a peutêtre jamais vu survenir qu'après la 25° année. Le goitre se termine quelquefois par une résolution complète, comme j'en ai vu des exemples ; il ne devient jamais mortel par sa nature, mais seulement par quelque accident presque mécanique.
Le squirrlie de la thyroïde est une maladie incurable, qui tôt ou tard devient mortelle.
Mais comment reconnoître sur le sujet vivant si une tumeur dure et indolente de la thyroïde est un cancer stationnaire, ou bien un goitre en partie tlbreux? Ici malheureusement, comme dans certains cas de tumeurs dures et indolentes du sein (2' partie, chap. 1", art. IV, § i5 et art.V, n° 4- )' iious ne pouvons encore avoir que des probabilités au lieu de la certitude que nous désirerions. Toutefois, comme le développement du véritable squirrlie de la thyroïde est une chose très-rare, on a fort peu de raisons de soupçonner cette fLÎcheuse maladie, toutes les fois qu'on ne découvre chez l'individu incommodé d'une tuméfaction de la thyroïde, aucun indice de la diathèse cancéreuse.
Mais dès le moment où le squirrlie de la thyroïde est passé à l'état de cancer occulte, les douleurs ne permettent plus de méconnoître le caractère de la maladie qui continue à suivre la marche des autres tumeurs cancéreuses.
4jo cancer ce ià glakde thyroïde
La striiclnre intime des tumeurs formées par le goitre, ne ressemble en aucune manière à celle des tumeurs formées par le cancer de la tliyroïde.
Comme j'ai disséqué un grand nombre de goitres et quelques tumeurs cancéreus^es de la thyroïde, j'indiquerai ici les différences de structure intime qui distinguent ces deux genres d'altérations.
Etat de la thyroïde dans le golh^e.
Outre les variétés de forme et de volume que nous offre la glande thyroïde dans l'état sain , il existe souvent à son intérieur des dégénérescences qui ne ressemblent à aucune de celles des autres parties du corps ; et les tumevirs qui constituent le goitre, présentent, quant à leur forme et à leur structure inlime, une fouie de variétés remarquables. Souvent, lorsque le goîlre est très-volumineux, la tumeur ne diff'ère de la thyroïde , dans l'état sain, que parce qu'elle est plus grosse qvie dans l'état naturel, ou bien un peu plus dense. Si on l'incise, il en suinte une très-grande quantité d'vin liquide épais et jaunâtre, lout-à-fait semblable au miel^ par sa consistance et par sa couleur. Dans d'autres cas, on trouve la thyroïde volumineuse, blanchâtre, mollasse, uniformément distendue et lobée. Après l'avoir incisée, on y distingue de larges fiîamens fibreux disposés en rayons, ou de toute autre manière, et l'on voit entre ces lames ou ces fdamens , une substance qui ne diffère du tissu propre de la thyroïde saine, que parce qu'elle est plus molle et plus blanchâtre. Lorsque l'altération de la thyroïde est plus profonde, ce qui est le plus ordinaire, la masse qui forme le goitre s'éloigne bien plus encore de 1 état naturel du tissu propre de la thyroïde. On y trouve une sorte de parenchyme accidentel, formé par un tissu fibrevix ou celluleux, où l'on rencontre quelquefois des points cartila-