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CHAPITRE QUATRIEME

Cancer de la région parotidienne^

On a vil fréquemment des tumem*s cancéreuses à la région parotidienne; 'Ces tumeurs dans leur principe sont mobiles ovi immobiles, elles n'adhèrent point à la peau, elles suivent la même marche que les autres sqnirrhes (i'" partie, chap. i*^); arrivées à une certaine époque, les unes s'ulcèrent après avoir contracté des adhérences intimes avec la peau, les autres ne sont jamais aussi adhérentes à cet organe, et elles font périr le malade sans qu'il se soit formé à l'extérieur aucun ulcère; mais celles-ci sont quelquefois accompagnées dans leur dernier temps de l'ulcération du phirynx ou du voile du palais.

Lorsque cette maladie commence, si la tumeur est ovoïde, on arrondie et mobile, elle peut être prise pour une loupe, ou pour une simple tuméfaction non squirrheuse d'une glande lymphatique; un examen attentif fait découvrir qu'elle présente les mêmes signes que les glandes lymphatiques frappées de la dégénération squirrheuse (2* partie, chap. 5, art. 1 et 5); mais si la tumeur est irrégulière, elle ne peut pas être confondue avec la tuméfaction non squirrheuse des glandes lymphatiques, elle présente les mêmes signes que les squirrhes commençans du sein qui ont la même forme (2" partie, chap. i", art. n° 6 à 8). Dès que la mnladie rst arrivée à son deuxième degré, les douleurs sont

lancinantes quand la tumeur tend à rulcération, mais elles sont semblables à celles qui caractérisent les névralgies lorsqu'il ne doit pas se former d'ulcère h la face. Néanmoins il est des cas dans lesquels ces deux sortes de douleurs existent en même temps.

Le diagnostic, le pronostic, et le traitement de cette maladie, sont les mêmes que ceux du cancer des glandes lymphatiques ou des mamelles.

On peut donc, si toutefois il n'y a aucune contre-indication majeure, extirper celles de ces tumeurs qui peuvent sans danger être enlevées en entier; tandis qu'il ne faut pas toucher à celles qui, à raison de leur position, de leur étendue, ou de leur adhérence intime avec les parties subjacentes, ne peuvent pas être emportées en totalité.

On a généralement assuré que la glande parotide étoit le siège primitif de ces tumeurs cancéreuses, et plusieurs chirurgiens ont assuré avoir extirpé cette glande frappée d'une dégénération squirrheuse. Un praticien très-célèbre et dont les profondes connoissances sont universellement connues, M. Cullerier, pense qu'on a commis une erreur de diagnostic dans la plupart des cas lorsqu'on a pris pour des squirrhes de la parotide des tumeurs situées à l'endroit où siège celte glande; il regarde même comme trè3-problématique l'engorgement squirrheux de la parotide. Il a été conduit à cette opinion par des faits qui méritent une grande attention; en effet, il a disséqué plusieurs de ces tumeurs dans lesquelles il a trouvé la glande parotide intacte et le squirrhe formé par la dégénération des glandes lymphatiques situées au-dessus de la parotide et dans ses alentours (i).

Comme j'ai moi-même observé cette maladie plusieurs

(0 Rrcueil périodique de la société de Médecine, \o:n. -iG, p. 2S8.

fois, et que j'ai ouvert les cadavres de plusieurs sujets qui en avoient été victimes, je crois devoir exposer ici le résultat de mes recherches relativement au siège primitif de ces cancers.

1° J'ai trouvé les glandes lymphatiques situées sur la parotide dures, volumineuses, et dans un état de dégénération squirrheuse, de même que tout le tissu cellulaire et d'autres parties environnantes, chez presque tous les individus dont la tumeur, qui ne s'étoit pas ulcérée, avoit commencé par la tuméfaction des glandes lymphatiques; dans ces cas, )'ai trouvé fréquemment le tissu de la glande parotide sans altération.

2° J'ai rencontré chez d'autres individus une tumeur inégale, volumineuse, irrégulière, squirrheuse, qui ne paroissoit pas tenir à la tuméfaction d'une glande lymphatique, et qui ne paroissoit pas non plus formée par la parotide. Celte tumeur adhérente à la peavi, au tissu cellulaire et à la glande parotide, m'a paru être un corps de nouvelle formation; elle adhéroit par continuité de substance avec la peau d'une part, avec la glande parotide de l'autre; mais on ne peut rien décider d'après celte adhérence, car dans les cas de cette nature, la tumeur n'adhère point à la pean lorsqu'elle commence, et peut être à cette époque n'adhèret-elle pas non plus à la glande parotide.

5° En disséquant chez d'autres sujets la partie dégénérée qui étoit ulcérée chez les uns, non ulcérée chez les autres, j'ai trouvé toutes les parties situées à la région parolidienne entièrement transformées en tissu cancéreux, de sorte qu'il m'a été impossible de retrouver le moindre vestige de la parotide, ni de reconnaître quelles portions de la tumeur étoient formées par la dégénération du parenchyme de cette ghmde.

On peut donc établir les trois propositions suivantes : i*" certains cancers de la région parolidienne n'altèrent

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point le tissu de la parotide, et sont des cancers primitifs des ganglions lymphatiques (2* part., cKap. 5, art. 1. § i); 2** la glande parotide est sujette à subir la dégénération cancéreuse, soit que cela arrive primitivement ou consécutivement; 3°ilfaudroit de nouvelles observations pour prouver que la parotide est quelquefois le siège primitif et exclusif du cancer; il est à présumer que ce dernier cas est fort rare, car le pancréas, qui a la pins grande analogie de structure avec la parotide, est bien rarement le siège du cancer squirrheux primitif, ainsi qu'on le verra dans le chapitre relatif au cancer du pancréas.

Pour donner déplus amples éclaircissemens sur Thistoire, le diagnostic, le pronostic, et le traitement des tuuieurs cancéreuses de la région parotidienne, nous consignerons ici plusieurs observations relatives à ces sortes de tumeurs, et nous joindrons à celles que nous avons extraites du recueil périodique de la société de médecine, les remarques judicieuses qui ont été faites à leur sujet.

1'* OBSERVATION. — Caiicer squivrlieux (Ics glandes lymphatiques de la région parotidienne (1).

« Une femme avoit entre Toreille, le cou, et la bouche, une tumeur énorme dont l'étendue en tout sens étoit de cinq à sept pouces. Un grand nombre de médecins et de chirurgiens avoient décidé que cette maladie éîoit un squirrhe de la glande parotide. Le sujet périt peu de temps après dans le marasme. »

M. Cullerier disséqua la tumeur; elle étoit composée de la réunion de plusieurs glandes très-développées. La paro-

(i) Par M. Cullerier. Recueil périod. de la soc, de méd, ^i-om, 26,

p.'ige '2 88.

C4NCER DE lA HÉeiON PAROTIDIENNE. 43^

ti.ie, par suite de la compression, avoit perdu au moins les trois quarts de son volume, mais elle n'étoit point malade. Remarque. Ce fait et plusieurs autres analogues qui se sont présentés à M. CuUerier lui ont suggéré des doutes sur la réalité de l'extirpation de la glande parotide dont les auteurs rapportent divers exemples. Je transcrirai ici en abrégé les deux plus remarquables en y joignant les réflexions de M. CuUerier.

2^ OBSERVATION. — Cancer à la région parotidienne (i).

Une femme de trente ans avoit depuis cinq ans la parc* tide droite engorgée, dure et déjà squirrheuse; G. Siébold en fit Textirpation, comme il l'a publié en 1781; il y eut plusieurs hémorrhagies portées jusqu'à la syncope faute d'avoir fait la ligature des artères; lorsque le sang fut étanché on s'aperçut que l'appareil étoit mouillé par la salive mélangée avec un peu de sang; la bouche étoit aussi tellement remplie de salive que la malade en éprouvoit des nausées,^ et même des vomissemens; l'évacuation de la salive par la plaie cessa peu à peu à l'aide d'un bandage compressif.

Remarques, M. CuUerier pense que l'excrétion de la salive suffit dans ce cas pour prouver que la glande parotide n'avoit pas été extirpée, et cette preuve nous paroit sans réplique.

3« OBSERVATION. — Cuncer à la région parotidienne (2).

Un médecin avoit, en 1786, entre l'angle de la mâchoire inférieure et l'apophyse mastoïde, une tumeur du volume

(1) Recueil périod., tora. 26, pag. 293.

(2) Ancien journal de médecine, |tom. 84, pag. 222. Cette observation est de M. Soucrampes, qui l'a inlilulée Extirpation de la parotide squirrheuse.

4oo càkcer de la. région parotidienne.

dune moyenne châtaigne et surmontée d'une autre petite éminence. L'année suivante, 1787, sa tumeur étoit augmentée, et il y sentoit de temps en temps des élancemens.

M. Soucrampes regarda cette tumeur comme une loupe, et il l'extirpa à la fm d'avril 1787. Le malade fut placé sur une chaise vis-à-vis la fenêtre. L'opérateur fit une incision cruciale des tégumeus et du tissu cellulaire; lorsqu'il voulut détacher la tumeur avec les doigts, il la trouva trop adhérente, il en conclut qu'il exlirpoit la parotide au lieu d'une loupe; il continua l'opération, qui fut longue mais heureuse.. Le malade fut pansé avec exactitude... Il ne survint aucun accident... Et dans un temps assez court la cure fut parfaite.

Remarques. M. Cullerier (1) fait observer que M. Soucrampes ne dit pas à quoi il a reconnu qu'il disséquoit une glande salivaire, ni comment il découvrit que la tumeur étoit formée par la parotide. Il remarque qu'il y a quelques détails donnés par M. Soucrampes, qui suffisent pour décider que la parotide n'a pas été réellement extirpée; en effet 1° pendant l'opération le sang donna très-peu, de simples tampons de charpie suffirent pour l'arrêter; le chirurgien ne le laissa même point dans la plaie, car il dit qu'il en rapprocha les bords et qu'il se contenta d'appliquer dessus de la charpie soutenue d'un appareil convenable; 2° dès le sixième jour il cautérisa les chairs avec la pierre infernale. Ces détails, comme le dit M. Cullerier, suffisent pour prouver que dans cette opération la parotide n'a pas été extirpée.

Il paroît que M. Soucrampes crût que la tumeur n'étant pas une loupe devoit nécessairement être formée par la parotide. Il est vrai que les loupes sont enveloppées dans une sorte de kyste, et que la tumeur enlevée par M. Soucrampes

(i) Recueil périod,, lom. 26, pag. 298.

CANCER DE Là REGION PAROTIDIEîS>E. /p'

11 eloit pas une loupe; mais on sait que des glandes lymphatiques et dessquirrhes cancéreux peuvent former des tumeurs non enkislés au-dessus de la parotide, ou dans son voisinage, sans que celte glande soit le siège de la maladie; dans ces cas, la dissection faite après la mort prouve que le tissu de la parotide n'a subi aucune dégénération, comme on peut le voir par l'exemple que rapporte M. CuUerier.

4" OBSERVATION. — Caiicev a la région de la parotide (i)*

M. Audier, ex-militaire, âgé de quarante-deux ans, d'une forte constitution, consulta en (l'an 7) 1799 M. Lacoste, médecin opérant àTonneins, pour un engorgement dur et indoleut de la glande parotide droite, dont il étoit atteint depuis cinq ans. Rien n'avoit été utile contre cette tumeur; tous les chirurgiens en avoient regardé l'extirpation comme trop dangereuse, et le malade fut effrayé de l'opération que M. Lacoste lui proposa, en sorts que trois ans se passèrent sans qu'il le revît.

La glande étant devenue douloureuse génoit les mouvemens delà mâchoire: la tumeur croissoit toujours; au mois d'avril 1802, le malade revit iM. Lacoste, la tumeur étoit dure et renitente, quoique lisse au toucher; des élancemens forts et fréquens s'y faisoient sentir; elle avoit pris beaucoup d'accroissement pendant les trois dernières années, elle étoit longue de plus de trois pouces, protubérante de deux; sa forme s'allongeoit d'arrière en avant de la partie postérieure de l'apophyse mastoïde jusqu'au-delà du bord antérieur du masseter et de l'arcade zigomatique jusqu'au dessous et derrière l'angle delà mâchoire; la peau étoit d'un rouge foncé. M. Lacoste crut encore ^opération praiica-

(i) Recueil périod., tom. 26 , p. i56.

ble... Le 17 août 1802, il fit une incision depuis la partie postérieure de la tumeur jusqu'à son extrémité antérieure en décrivant une ligne courbe dont la convexité répondoit en haut, il en fit une seconde de même longueur, mais dans une direction opposée. Au moyen de ces deux incisions, il obtint uo lambeau d'environ trois pouces et demi de longueur sur un pouce et demi de largeur, il détacha ensuite la tumeur en haut et en bas, en détruisant le tissu cellulaire assez avant pour introduire dans la plaie les doigts de la main gauche; il continua à soulever la glande jusqu'à son entière extirpation... Ces artères ne furent pas liéCvS à mesure qu'elles étoient coupées... Il étoit impossible aussi d'y voir assez bien pour chercher à séparer la tumeur de l'artère carotide externe.

A peine la parotide fut-elle extirpée que le sang jaillit avec une telle impétuosité que M. Lacoste en fut tout inondé ce qui annonçoit, à ce qu'il dit, la lésion de la carotide externe dilatée par la pression de la tumeur, il se hâta de tamponer le fond de la plaie pour arrêter l'hémorragie... Le sang cessa de couler... Le malade fut pansé et remis dans son Ut.

La glande extirpée avoit plus que le volume d'un œuf de poule d'Inde, elle étoit très-allongée; le côté qui s'appuyoit sur la face interne de la mâchoire inférieure paroissoit applati; on voyoit une exhubérance considérable dans la partie qvii répondoit à la cavité qui se trouve entre l'apophyse miastoïde, l'angle et la branche de la mâchoire inférieure; les autres parties de la tumeur se montroient unies, sphériques, et recouvertes d'un tissu cellulaire très-serré. Sa substance intérieure offroit une couleur jaune tirant sur le rouge; on entendoit du bruit en la divisant; elle étoit ferme, mais elle avoit moins de dureté que les anciennes glandes squirrheuses du sein.

Deux heures après l'opération il y eut une hémorrhagie

.NCER DE LÀ BÉGION Pà-ROTIDIEN NE. 4^3

effrayante, suivie d'une syncope et de mouvemens convulsifs; on remédia à ces accidens, le malade prit de la limonade et observa le plus grand calme. Il dormit la nuit pendant cinq heures; le lendemaiu il y eut une héniorrhagie plusforîe encore que la première, mais elle dura moins; oa eut recours comme la veille au vinaigre blanc dont on imbiba de nouveau Tappareilj la syncope et les mouvemens furent aussi arrêtés comme la veille avec des gouttes anodines de Hoffmann dans l'eau commune. De nouvelles compresses soutenues par un bandage roulé, et fortifiées parla main d'élèves qui se relayoient fréquemment, empêchèrent le sang de reparoître.

Tout alla bien, depuis cet accident: le malade n'éprouva qu'une légère fièvre de suppuration. L'appareil fut levé le sixième jour... Tout alla de mieux en mieux: trente-sept jours après l'opération la cicatrice étoit complète (3 prairial an lo) 25 juin 1802.

Remarques sur cette obsei^vatlon. M. CuUerier (1) pense que quelle que fût la nature de ce squirrhe, il aurait fallu lier les vaisseaux; il présume que la syncope et la foiblesse ont arrêté l'hémorrhagie. Il croit que très-heureusement pour le malade l'artère carotide n'a pas été ouverte. Nous ajouterons que selon toutes les apparences cette tumeur avoit une loupe squirrheuse plutôt qu'une dégénéralion squirrheuse de la glande parotide.

5* Observation (2). — Cancer ulcéré à la région de la parotide.

Un marchand fripier, âgé de soixante-treize ans, d'une forte constitution, avoit toujours joui d'une bonne santé jusqu'à sa soixante-onzième année. A cette époque il lui sur-

(i) Recueil périod., tom. 26, pag. 162.

(2} Jbid. , tom. 22, p. 378. Observalioû par 31. Trappe.

434 CANCER t>E LA REGION PÂROTIDIENNE.

vint à la parotide droîîe une petite tumeur indolente danf , ies progrès furent îenis la première année; elle avoit la grosseur d'une noix, et la peau qui la recouvroit conservoit sa couleur naturelle. Dans le cours de la seconde année cette tumeur fit des progrès rapides, devint très-douloureuse, et s'ouvrit spontanément à la partie moyenne du bord inférieur de la mâchoire inférieure; des matières puriformes, séreuses et sanguinolentes s'en écoulèrent; la suppuration fut constamment de mauvaise qualité, et la douleur devint tous les jours plus grave. Le malade mangeoit peu, se promenoit et prenoit quelquefois du sommeil.

On appliqua sur cette tumeur de la potasse caustique qui n'en désorganisa qu'un petit point, de sorte que la chute de l'escarre ne forma qu'une légère ulcération. Dix jours après on réitéra l'application de la potasse caustique, Tescarre laissa à découvert un ulcère cancéreux, fongueux à sa surface et squirreux au centre; dès lors la tumevir prit un caractère de malignité alarmante, les douleurs devinrent horribles, de longs et violens frissons et la fièvre se manifestèrent peu de temps après et conduisirent le malade au tombeau en moins de quinze jours, et environ un mois après la première application de la potasse caustique.

La tumeur offroifc une figure irrégulière, car elle étoit plus grosse sur un point et moins élevée sur un autre; elle occupoit une grande partie delà joue, toute la parotide, la partie antérieure et latérale du larynx; elle avoit cinq pouces de haut en bas, quatre de devant eu arrière, et deux et demi ou trois d'épaisseur. On en conserve le modèle en cire dans les cabinets de l'Ecole de médecine; il représente parfaitement la tumeur avant l'application du caustique, la ressemblance de l'ouverture fistuleuse est surtout remarquable.

5AKCER DE LA REGION PAROTIBIENÎ^E. 4^5

6* OBSERVATION. — Tumeur fibreuse développée sur la parotide

droite (i).

Louis Roger, âgé de soixante-quinze ans, long-temps militaire et ensuite employé dans les fermes, avoit toujours joui d'une bonne santé, qui avoit été à peine altérée par quelques maladies vénériennes, lorsqu'à Tâge de cinquante ans, il éprouva une telle gêne dans la digestion, qu'il fut réduit à ne vivre que de laitage pendant huit ans. Sa sanlé étoit parfaitement rétablie, lorsqu'à l'âge de soixante -neuf ans, renversé par terre à la suite d'une rixe, il reçut sur la parotide droite, un coup de talon d'un soulier ferré. Quelques jours après il sentit à cet endroit une très-petite tumeur. Un an après elle avoit acquis la grosseur d'une noix. Elle continua depuis à croître lentement sans occasioner aucune douleuiv, jusque vers la fm de l'an lo; elle prit alors sans cause connue un accroissement très-rapide, et acquit le volume d'un œuf de dinde et bientôt après celui du poing. Le malade, qui n'avoit jusqu'alors employé aucun remède contre sa tumeur, se décida en floréal dernier an zi, à consulter les gens de l'art.

Roger étoit bien constitué et bien portant; sa tumeur située sur la parotide droite, s'étendoit d'avant en arrière, du bord antérieur du masséter à celui du sterno-mastoïdien, et de haut en bas de l'arcade zîgomatique et de la partie inférieure de l'oreille jusqu'au-dessous de l'angle de la mâchoire inférieure. Sa base occupoit tout l'espace compris entre ces points, et s'engageoit profondément entre les bran-

(i) Quelques observations de chirurgie clinique , pag. n. Thèse présentée à i'Ecolede médecine de Paris, le 22 fructidor aaxi ("1800). Par M. Lacaze-Pelaroiiy.

453 CÀNCSR DE LA REGION PAROTIDIENNE»

chcs de ia mâchoire; son sommet, où Ton observoît trois bosses séparées par deux enfoncemens en forme de scissure formoit sur le côté de la face une saillie de trois pouces; elle éloit complètement immobile, la paupière inférieure du même côté étoit rouge et érailîée, les mouvemens de la mâchoire inférieure n'étoient pas empêchés malgré le volume de la tumeur qui n'occasionoit pas d'autre inquiétude que celle qu'inspiroit son accroissement dort on ne pouvoit pas prévoir le terme. Le malade entra à l'hôpital Beaujon le 2g floréal an xi, et huit jours après, IVI. Lacaze^ chirurgien en chef de cet hôpital, lui fit l'opération suivante.

Le malade étant assis sur une chaise, etc., M. Lacaze fît sur la tumeur deux incisions demi circulaires, partant toutes deux de l'oreille, et il les prolongeai* une en avant, et l'autre en arrière de la tumeur jusques à sa partie inférieure 011 elles se rencontrèrent à angle aigu. Il disséqua ensuite les lambeaux de peau, et il lia les artères un peu considérables à mesure qu'elles étoient ouvertes; il sépara la tumeur du masséter, et il en poursuivit la dissection jusqu'au bord postérieur de l'angle de la mâchoire; il la détacha ensuite en haut^ puis en arrière et en bas. La tumeur s'enfonçoit profondément entre l'angle de la mâchoire et l'apophyse mastoïde. La dissection devenant plus difficile et plus dangereuse, l'opérateur faisoit porter fortement la tumeur du côté opposé à celui où il vouloit inciser; et son doigt indicateur précédoit toujours le bistouri. L'artère carotide externe fut mise à découvert et évitée, la tumeur fut enlevée au milieu des flots de sang que fovirnissoient quelques artères ouvertes.

La plaie fut pansée convenablement; au bout de quelques heures il fallut lever l'appareil pour lier une artère qui don- Doit lieu à^une hémorrhagie inquiétante; l'artère fut liée, et eei accident ne se renouvela plus, La fièvre se déclara le

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deuxième jour et dura cinq à six jours; pendant ce temps le malade éprouva des souffrances violentes à la tête, à l'oreille et à la tempe; une bonne suppuration s'établit au bout de sept à huit jours. La cicatrice fut complète deux: mois après l'opération. Le malade s'est parfaitement rétabli; le mouvement de la nicàclioire étoit bien libre après la guérison. On ne distinguoit le lieu qu'avoit occupé la tumeur qu'à une cicatrice peu étendue et à un gonflement léger des parties environnantes.

Dissection de la tumeur.

Vue extérieurement, elle a voit la forme d'un ovale dont le plus grand diamètre auroit été vertical. On y voyoit eu la coupant: i° un kyste, 2° une masse solide. Lekysle éloit adhérent d'une part aux parties voisines, et de l'autre à la masse qu'ilenveloppoit cxactemenl; son épaisseur éloit d'une ligne; il avoit une texture fibreuse. La tumeur retirée du ky-ile éloit inégale, bosselée, pai courue dans divers sens par des sillons profonds qui divisoient sa masse principale en plusieurs masses secondaires lesquelles se confondoient vers son centre. Sa substance blanche, homogène, consistante, avoit une ressemblance frappante, dit M. Lacaze, avec les tumeurs fd^reuses de la matrice; elle n'éloit parcourue que par un très-petit nombre de vaisseaux qui la pénétroient par un seul point.

A celte descriplion très-détaillée de la maladie, M. Lacaze a joint des planches dans lesquelles on a représenté: i'-' l'aspect de la tumeur dans sa position naturelle avant l'opération, 2" son état lorsque détachée par l'opération elle éîoit encore dans son kyste, T)" sa surface et ses inégalités après qu'on l'eut retirée du kyste, 4" ici vue d'une coupe de la tumeur^ et celle du kyste en partie détaché.

458 càkcer de la région PAROTîDIENNB.

j?* Observation, — Tumeur cancéreuse aux réglons parotidiennes, avec occlusion de l'œil droit et dysphagie. Germe de phthi&ie cancéreuse (^i).

Un homme de 54 ans, d'une taille ordinaire, naturellement maigre et pâle, avoit néanmoins joui toujours d'une bonne santé. Jamais il n'avoit eu aucune maladie avant celle pour laquelle il vint à l'hôpital, à l'exception d'une maladie vénérienne qu'ilavoit eue à l'âge de aS ans. Depuis cette époque il avoit toujours mené une vie réglée, n'avoit point été adonné au vin et jamais il n'avoit éprouvé de grands chagrins. Depuis sa jeunesse il étoit sujet à un flux hémorroïdal habituel, et depuis un an les hémorroïdes n'avoient pas flué.

En décembre 1807, cet homme fut pris sans cause connue d'un torticolis qui fut suivi bientôt apr^,s d'une petite tumeur au côté gauche du col. Cette tumeur grossit en peu de jours. Un chirurgien qui fut appelé l'ouvrit avec la lancette et donna issue à du pus. Cet abcès se ferma en peu de jours et presrpie aussitôt une tumeur semblable se manifesta au côté droit du col. Celle-ci parvint au volume d'un œuf au moins et fut également ouverte. Il en sortit aussi beaucoup de pus. La suppuration persista pendant plus d'un mois, la plaie finit par se cicatriser tout-à- ■ fait. Mais les deux tumeurs augmentèrent progressivement. Cependant cet homme qui étoit garçon de bureau continuoit à se livrer à ses occupations habituelles; mais vers le mois de mars 1809 il commença à éprouver des maux de têle violens qui se fainoient sentir principalement du côté droit. En même temps il maigrissoit et s'afFaîblissoit beaucoup, et dans le mois de juin ou de juillet il

(i) Observation recueillie par M. Cayo!.

CANCER DE Li. REGION PAROTIDIENNE. 4^Q

commença à garder le lit presque coiistammeut. Les tumeurs colitiluièrent à augmenter et les maux de tête éloient par momens très violens au point qu'ils empêchoieut souvent le sommeil, ce qui portoit le malade à faire un usage fréquent du laudanum de Rousseau dont il prenoit quelques gouttes le soir. Il n'usoit d'aucun autre médicament. Il éloil habituellement constipé, du reste toutes ses fonctions s'exerçoient bien, et l'appétit ne manquoit pas. Mais les tumeurs ayant beaucoup de volume causoient de la gêne à la goige, vers la partie supérieure et postérieure du larynx. Celle du côté droit gènoit aussi beaucoup à la p'irtie postérieure de la mâchoire vers le conduit auditif et l'arcade zygomalique. Le malade n'y éprouvait point de douleurs. Il ne se plaignoit que du mal de léle qui cependant n'étoit pas continu. En janvier 1810 les paupières du côté droit commencèrent à se rapprocher et bientôt l'œil fut presqu'entièrement fermé. A la fin de février ou au commencement de mars la déglutition comjuença à devenir gênée ainsi que les mouvemens de la mâchoire et par suite l'articulation des mots. Ces synlptômes firent des progrès, et enfin le premier mai le malade prit un lit à la Charité. Voici quel étoit alors son état.

Les tumeurs étoient situées des deux côtés, dans léchancrure parolidienne. Elles étoient à peu près semblables pourla forme. Celle du côté droit étoit la plus volumineuse; elle remplissoit exactement toute l'échancrure formée par le bord postérieur de l'angle de la mâchoire et l'apophyvse mastoïde; elle remontoit même en haut derrière le pavillon de l'oreille; en arrière, elle se portoit jusques à peu près vers rattache supérieure du muscle sternomastoïdien; eu avant , elle recouvroit en partie le muscle masseter ; eu bas, elle s'étendoit jusqu'à la partie supérieure et latérale du larynx qui, de même que l'os hyoïde, se trouvoit compris entr'elles et celle du cù\é opposé. C'js i\ç\AX lumeuis

faisoient peu de saillie, mais elles en faisoient assez pour effacer tout-à-fait celle que forme naturellement l'angle poslérieur de la mâchoire et la légère dépression qu'il laisse derrière et au-dessous de lui. Toute cette région n'offroit, au toucher et même à l'œil, qu'une surface légèrement convexe, dure, inégale et bosselée, indolenle, ou du moins pouvant supporter une pression assez forte. Celle du côté gauche étoit d'un cinquième à peu près moins volumineuse , mais elle étoit très-douloureuse au toucher dans 1 endroit qui correspond derrière l'angle de la mâchoire, quoique dans cet endroit même il n'y eût pas la plus légère altération à la peau, ni même le moindre changement de couleur. Les mouvcmens des mâchoires éloient presque impossibles, c'est-à-dire que, par les plus grands efforts, les dénis ne pouvoient s'écarter d'un demipouce. Les mouvcmens de la langue et tous ceux qui sont nécessaires pour la déglutition éloient également interceptés; aussi le malade, depuis plus de i5 jours, n'avoit presque rien mangé A peine pouvoit-il avaler de temps en temps un peu de bouillon ou de semouille; cependant il avoit appétit , et il ressentoit très vivement le besoin de manger. L'articulation des mots étoit également très-difficile ; on ne distinguoit presque rien de ce que le malade disoit, quoique cependant la voix fut très-claire et assez forte ; aussi ce fut sa femme qui donna tous le» renseignemens antérieurs. L'articulation étoit seule gênée ; le malheureux ne pouvant se faire entendre, avoit pris le parti de se munir d'un crayon et de papier, et chaque jour il nous donnoit un petit bulletin de sa santés qui étoit toujours à peu près le même : je ne pals rien avaler^ je ne puis remuer la ianqne\ les premiers jours de son séj(»ur à l'hôpital, il nous marquoit qu'il reposoit assez bien la nuit; les jours suivans, il demandoit constamment des gouttes de Rousseau , ou quelque autre médicament pour le faire

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dormir. 11 y avoit une très -légère enflure à la joue droite, et l'œil du même côlé étoit fermé par le relâchement de la paupière supérieure, qui paroissoit paralysée, et un peu aussi par rélévation de la paupière inférieure. Le malade ne pouvoit l'ouvrir ; mais lorsqu'on i'ouvroit en relevant la paupière avec la main , ce qui étoit très-facile, il voyoit alors assez bien de cet œil qui ne paroissoit nullement altéré. Le malade étoit arrivé par dogi-és à un état de marasme très-avancé ; ses muscles étoient réduits presque à rien, au point qu'il n'auroit plus pu se soutenir sur ses jambes, quoique cependant il n'y eut pas de prostration des forces, car il étoit toujours assis sur son lit, fesant tous les mouvemens qu'exigeoit sa position , étant toujours prêt à mettre ses lunettes et à écrire. Sa peau étoit d'un jaune terne et comme terreuse.

Le i3 mai , le m.dade n'ayant presque rien avalé depuis deux à trois jours, et la dtglutilion étant loul-à-rait impossible, on se décida à placer une sonde dans l'œsophage. On choisit une sonde de gomme élastique à urèthre, des plus grosses, et on parvint assez facilement à l'introduire par la narine droite dans l'œsophage , où elle pénétra de toute Ka longueur. A peine l'eut-on placée, que le malade eut une lé,;ère toux avec quelcpu^s nausées, et il rendit à peu près deux gorg*'es de mucosités épaisses et sanglantes. Cependant on ne retira point la sonde (jui, ce premier instant passé , occasionoit assez peu de gène. On la fixa au moyen d'une attache au bonnet du malade; un moment après, on poussa dans rcslomac,au moyen d'une seringue à hydrocèle bien nettoyée , plus d'une chopine de soupe de scmouillc claire. Pendant que ce potage arrivoit dans Testomac, le malade éproiivoit un sentiment de bien-être «ju'il expriraoit en caressant de sa main la région de l'estomac. Le lendemain , à plusieurs reprises, on le fit manger de la même manière. La n;rt. lasor.de rnvant incom-

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mode, il l'avait retirée; il fallut la réintroduire^ et depuis il ne la relira plus, et il n'en parut plus incommodé ; son état n'offroit pas de changement remarquable. Le soir, le malade demandoit avec instances quelque chose pour dormir; il n'avoit pu prendre qu'un demi-grain d'opium, que M. Bayle lui avoit prescrit. Je fis mettre lo gouttes de laudanum liquide dans 7 à 8 onces d'infusion de tilleul, que j'injectai par la sonde. Bientôt après le malade s'assoupit, et fui tranquille toute la nuit, au rapport de ses voisins.

Le i5 au matin, il étoit dans un état comateux bien marqué ; couché sur le côté droit , les yeux à peine entr'ouverts, la respiration ronflante, sans être râleuse; il ne paraissoit pas entendre ni voir. Le pouls étoit encore assez développé et régulier. (Le pharmacien , M. Duboys , assuroit qu'il n'avoit mis que 10 gouttes de laudanum dans le liquide qui avoit été injecté la veille; cependant je me rappelois que ce liquide avoit une odevir de laudanum trèsmarquée. ) Je me hâtai d'injecter dans l'estomac de l'eau acidulée avec du vinaigre et de la limonade, et on en injecta de temps en temps pendant tout le reste de la journée. Le soir et la nuit le malade fut dans le même état. Le 16, à la visite, le pouls étoit très-petit, et offroit quelques irrégularités. L'état comateux étoit toujours prononcé ; enfin le malade expira à 7 heures du matin.

Ouverture du cadavre faite 20 heures après la mort.

On avoit eu soin de laisser la sonde dans l'œsophage, et afin de voir toutes les parties en conservant le plus possible de leurs rapports naturels, on procéda à l'ouverture comme il suit. D'abord on ouvrit le crâne, et on retira le cerveau qu'on examina avec attention ; ensuite on enleva ia peau du col, on ouvrit la poitrine, dont les viscères furent examinés en même temps; on fit deux ligatures à

Tœsopliage, vers le milieu de sa longueur; on le coupa entre les deux ligatures , on sépara de la colonne vertébrale tout le bout supérieur de l'œsophage, et avec lui la trachée artère, le laiynx et tous les muscles qui s'y attachent, conservés dans tous leurs rapports. Ënfui, on plaça la scie au-devant de l'atlas , de telle manière qu'elle passoit de côté et d'autre, entre l'apophyse slyloïde et l'apophyse mastoïde, et on emporta toute la base du crâne, ne laissant attaché au tronc, que l'occipital et une petite portion des temporaux.

La dissection des parties fournit les observations suivantes : 1° la peau qui recouvroit les deux tumeurs étoit partout saine ; mais immédiatement au-dessous d'elle , commençoit la dégénérescence qui conslituoit les tumeurs; c'étoit un tissu d'un blanc grisâtre, un peu luisant, d'une consistance un peu plus dure que celle de la couenne de lard. Cette consistance varioit un peu dans les diverses portions. Ce tissu étoit parsemé, dans quelques endroits, de petits points jaunes irréguliers pour la figure et la disposition , qui tranchoient fort peu sur le reste du tissu , et qu'on u'auroit pu en séparer. En examinant de très-près le tissu lardacé, on le voyoit parcouru, dans quelques endroits, par de petits vaisseaux sanguins. En le pressant fortement entre les doigts, on en faisoit sortir, par un grand nombre ile points, des gouttelettes arrondies d'un liquide épais et blanc comme de la crème. En le ratissant fortement avec rinstrument tranchant, on ramassoit une matière fort analogue; mais alors elle ne formoit pas de gouttelettes distirxites ; elle sembloit sortir ég.dement de tous les points, et la partie qui la fournissoit se ramollissoit un peu , sans jterdre sensiblement de son volume. Tel étoit le tissu qui iormoitles deux tumeurs quiremplissoient l'échancrurc palotidieiuie. Elles ne formoient point une masse circonscrire, mais elles s'etendoient irrégulièrement aux environs

des glandes parotides, dans le tissu cellulaire qui sépare les muscles de la région hyoïdienne ; et les muscles eux-mêmes en quelques endroits, faisoient partie de la dégénération. L'exlrémité supérieure du sterno-mastoïdien étoit dans ce cas, de même que le ventre postérieur du digastrique. Si on coupoit ces muscles dégénérés suivant Is sens de leurs fibres, et qu'on prolongeât Tincision dans la partie cancéreuse, on distinguoit encore dans la dégénération les fibres charnues plus ou moins loin ; ensuite elles se confondoient tout-à-fait, on n'en voyoit aucune trace, et le squirrhe, dans lequel elles étoient converties, ne paroissoit point du tout différent de celui qui occupoit la place des parties tendineuses du tissu cellulaire , etc. On distinguoit encore le tissu des glandes parotides; il éloit peu volumimineux, mais sain ; et il me parut impossible de déterminer si ces glandes étoient seulement réduites à un petit volume par la compression, ou si elles participoitînt à la dégénération. On ne distinguoit pas mieux les autres glandes salivaires, à cause de l'endurcissement squirrheux de toules les parties environnantes , endurcissement qui s'étendoiten haut, à peu de distance de la base de la langue.

Ce que je viens noter étoit commun aux deux tumeurs. Toici ce que chacune avoit de particulier.

Celle du côté gauche touchoit, par sa partie postérieure, à un foyer purulent qui renfermoit plus d'une cuillerée de pus épais comme de la crème, d'im jaune grisâtre, et légèrement strié de sang. Le foyer avoit une forme extrêmement irrégulière, et s'étendoit jusqu'au pharynx qui, par le côté gauche de la face externe, se trouvoit en contact avec le pus. Du reste, le pharynx n'olFroit pas la plus légère érosion ; il étoit parfaitement sain.

La tumeur du côté droit s'étendoit en haut beaucoup plus profondément que l'autre; les muscles ptérygoïdiens js'y {rouvo'cnî prcqnc en!lc"cment compris, de même que

CIHCKR DE LA HÉGION PAROTIDrEKNE. é^^S

tout le tissu cellulaire de la fosse zygomatique, et de plus, les parties osseuses qui correspondent au fond de cette fosse , éloient manifestement altérées; elles avoient une couleur blanchâtre et un commencement de ramollissement ; elles se laissoient entamer beaucoup plus facilement que dans l'état naturel par le tranchant du scalpel. Cependant aucun de ces os ne présentoit la moindre perle de substance ou la plus légère érosion. La partie qui étoit la plus manifestement altérée, étoit celle qui unit le corps du sphénoïde avec sa grande aile droite. En examinant l'intérieur du crâne, on vit à l'endroit correspondant à l'altération que je viens de décrire, c'est-à-dire, au côté droit de la selle tunique^ entre le trou ovale et le trou rond du sphénoïde une tumeur large à peu près comme un sou, et faisant une saillie de trois à cinq lignes. Celte tumeur, d'un gris rougeàtre, paroissoit formée par l'épaississement et la dégénération d'une petite partie de la dure-mère. Elle avoit l'apparence de fongosités cancéreuses ; cependant sa consistance étoit assez ferme ; en la comprimant fortement et en la ratissant, on en formoit une pulpe grisâtre comparable à la substance corticale du cerveau très- ramollie, et on réduisoit ainsi la tumeur à un tissu mollasse, tenace, d'un gris rougeàtre, parcouru par de petits vaisseaux sanguins très-nombreux et évidemment continus avec la dure-mère. En arrachant cette membrane des os du crâne, on n'arrachoit qu'imparfaitement la tumeur. Celle-ci étoit tellement adhérente aux os , qu'on ne pouvoit l'en arracher sans la déchirer. Par sa face supérieure elle s'enfonçoit d'environ deux lignes dans l'extrémité interne du lobe moyen du cerveau. L'arachnoïde et la pie-mère paroissoient érodéesen cet endroit, de même que la substance corticale. Autour de celte érosion tous ces tissus éloient sains, nul ramollissement, nulle trace d'inflammation. Cette tumeur, par sa position dcriière la partie la plus

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large de la fente sphénoïdaîe , pouvoit exercer tine com^ pression sur le nerf ophlhaloiique. Vers son origine; de là^ peut-être, l'occltision de l'œil droit. Je regrette d*avOir oublié de disséquer l'origine de ce nerf, ainsi que les deux autres branches du trijumeau. Tout le reste du cerveau étoit aussi parfaitement sain, de même que les méninges, mais il y avoit trois à qnatre cuillerées de sérosité limpide dans le ventricule droit ; le gauche en renfermioit un peu moins.

La sonde, qui étoit encore dans Tcesophage , descendoit jusqu'à peu près au milieu de ce conduit , c'est-à-dire au niveau de la dernière vertèbre cervicale; l'extrémité de la sonde étoit repliée sur elle-même de manière qu'elle étoit en double dans l'œsophage, dans l'étendue de près de deux pouces 5 ce qui n'obstruoit point la cavité, et ne dilatoit que fort peu l'œsophage qui sembloit contracté sur la sonde. Du reste, ce conduit étoit sain tant au dehors qu'au dedans. La membrane muqueuse du pharynx étoit également saine, de même que celle de tout l'intérieur de la bouche, du palais, de la langue, du larynx et de la trachée -^artèreo D'où étoient donc venues ces glaires sanglantes qui éloient sorties lors de la première introduction de la sonde ? Nous ne pûmes le découvrir. Dans l'abdomen, tout étoit sain; la partie inférieure de l'œsophage étoit également saine.

L'estomac étoit médiocrement dilaté; il renfermoil environ sept à huit onces d'un liquide verdâtre. Sa membrane muqueuse étoit d*un rouge brun, à peu près comme on la trouve souvent chez les sujets morts de maladie du cœur; mais cette rougeur étoit uniforme , et la membrane n'offroit ni épaississemient ni condensation ; tous les autres viscères abdominaux , foie, rate ^ intestins, organes urinaires , etc. , étoient sains. Il y avoit peu de graisse dans les épiploons et les autres replis du péritoine.

Thorax. Les poumons étoient noiîâtres et paroissoient

sains. Cependant celui du côté gauche adhéroit assez intimement vers son sommet. Cette porlion étoit beaucoup plus noire que tout le reste, et d'une dureté assez remarquable; au milieu de cette portion durcie qui avoit le volume d'un gros marron , on trouva deux ou trois petits amas d'une matière blanchâtre, et de consistance pâteuse, comparable sous ce rapport aux tubercules qui commencent à se ramollir. Mais au lieu de la couleur jaune ou grisâtre, ou rougeâlre des tubercules , cette matière avoit une couleur d'un blanc un peu crayeux ou laiteux, ce qui lui donnoit quelque analogie avec certaines dégénérations cancéreuses; c'est du moins ainsi que j'en jugeois. M. Bayle n'osoit affirmer la véritable nature de ces deux ou trois, petits foyers dont le plus grand auroit à peine pu renfermer l'extrémité du petit doigt, et M. Martin penchoit à les croire tuberculeux. Quoi qu'il en soit, à côté d'un de ces petits amas de matière blanchâtre, nous trouvâmes une petite portion de tissu pulmonaire du volume d'une grosse fève de haricot q ui étoit dure, d'un gris blanchâtre, luisante, et parcourue par des vaisseavix sanguins très ténus. Celte petite portion nous parut à tous décidément affectée de la dégéneration cancéreuse. Tout le reste de l'organe pulmonaire étoit sain, ainsi que le cœur et les gros vaisseaux. Aucune glande , ni aucun ganglion lymphatique de l'extérieur du corps ne nous parut avoir la moindre altération

44^ CANCER DE LA GLANDE TfiYROÏDE.

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