‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 43 sur 121 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

Cancer de la verge (i).

Le cancer de la verge commence tantôt par une petite excroissance en forme de poireau ou de mûre, tantôt par un tubercule dur, tanlôt par des excoriations vives et douloureuses accompagnées de démangeaisons; il peut aussi commencer par une induration squirrbeuse d'une grande partie de la verge, on le voit encore se déclarer à la suite de chancres vénériens mal traités, ou qui ont résisté au traitement.

La maladie peut être indolente pendant un certain temps. Quelquefois, lorsqu'elle a commencé sous la forme d'un poireau, elle n'a pris le caractère d'un ulcère cancéreux qu'après qu'on a tenté la gaérison du poireau à l'aide de caustiques qui ne l'ont pas détruit en entier.

De quelque manière que l'ulcère cancéreux de la verge ait commencé, il s'élargit insensiblement, il s'étend d'abord sur le gland, ensuite sur les corps caverneux, et il forme une tumeur très-dure, volumineuse, inégale et irrégulière, dans laquelle le malade ressent des douleurs insupportables, communément lancinantes, et qui sont d'autant plus con-

(i) Journ. de Desaulc; tom. 2, p. 82 ; Mém. de Cacad. de ckir., tom. 3, pag. 6 — 7. Fab. hild., cent. 5 obs. 88; Werner, obs. 27; Ruysch, obs. 3o, p. 28. j Encjclop, méth, chir. , tom. 2 , p. /\6Q,

tinuelles et plus violentes que la maladie a fait plus de progrès; les veines de la verge deviennent variqueuses, une matière ichoreuse, sanîeuse, et très-fétide s'écoule de l'ulcère qui devient quelquefois le siège de nombreuses hémorrhagies; à mesure que le mal s'étend vers la racine delà verge, on voit communément les glandes inguinales se tuméfier, enfin le malade succombe à celle cruelle maladie si on ne procède pas à l'extirpation de la partie altérée par le vice cancéreux. Lorsque la dégénération cancéreuse s'étend jusqu'à la racine de la verge, et surtout si en même temps les glandes des aines sont tuméfiées et déjà squirrheuses, on tenleroit inutilement l'opération.

Dans tous les autres cas on ne sauroil y procéder trop tôt quand le caractère de la maladie est bien constaté.

Pour extirper la verge affectée d'une ulcération cancéreuse, le malade étant couché sur le bord droit de son lit, le chirurgien saisit de la main gauche rextrémilé malade de la verge, en tirant vers le gland la plus grande partie de la peau de la verge, afin qu'après la section et la rétraction des corps caverneux, la peau ne recouvre pas l'orifice de l'urètre de manière à empêcher la sortie des urines et l'introduction d'une sonde. On coupe circulairement et d'un seul coup avec un bistouri droit la peau et les corps caverneux à quelques lignes au-dessus du mal. A l'instant les corps caverneux se rétractent vers le pubis, on lie avec une pince et une anse de fil l'artère qui bc distribue à chacun de ces corps, ou bien on arrête l'hémorrhagie avec le cautère actuel; ou introduit ensuite une sonde dans la vessie, et l'on applique un appareil compressif afin de s'opposer à l'hémorrhagie qui est toujours à craindre.

M. Sabalier (i) a vu le sang s'échapper avec force delà

(\) MU. opér,, 2« é4« , tPîB, 2^^ pag, Ô9Q.

veine honteuse moyenne, et des artères qui rampent sur les parties latérales etsiipérieure du corps caverneux^ en même temps il le voyoit sourdre du tissu spongieux qui remplit ce corps et de celui de Turèlre; il arrêta le sang avec un fer prêt à rougir avec lequel il loucha la surface de la plaie dans la vue de détruire les points carcinomateux qui auroient pu ne pas être emportés.

Quel que soit le nombre des vaisseaux qui fournissent du sang après l'amputation de la verge, il est prudent de les lier tous pour éviter les hémorrhagies consécutives. Le nombre de ces artères dilatées est quelquefois très grand. Après l'amputaticn d'une verge cancéreuse pratiquée à l'hôpital Saint-Louis par 31. Richerand, huit artères bien distinctes s'offrirent aux ligatures, savoir les deux artères doi^sales, et les deux caverneuses de la verge, l'extrémité des deux artères de la cloison des testicules, et les deux artères honteuses externes qui viennent se rendre à la verge sur les côtés de sa racine (i).

Amputation d'une verge affectée de cancer (2).

Un paysan, ayant porté pendant deux ans un squirrhequi lui étoit venu au bout de la verge, ce mal dégénéra à la fin en un cancc ulcéré qui devint de la grosseur du poing, Ruysch fut appelé en consultation; tous les consultans convinrent unanimement qu'il en falloit venir à l'extirpation et la faire le jour suivant : ce qui fut exéculé avec un tel succès que le malade fut parfaitement guéri. Après la guérison le bout restant de la verge se retira entièrement dans le bas ventre, de sorte que le malade éloit obligé d'y ajus-

(1) Essai sur le cancer des mamelles. Thèse soalenue à l'Ecole do médecine de Paris, le 5 nivôse a;i xr (" 1S02) , par M. Burdel.

(2) lîuîscu. Obs, anat, et chh\ obt. xxx.

5ao CANCEa de ia verge.

ter un tuyau dïvoire quand il vouloit uriner, de peur de mouiller ses habits.

Ce cancer n'est pas suffisamment décrU; cette observation ne renferme point assez de détails sur les premiers temps de la maladie, non plus que sur sa forme et ses apparences à Tépoque de la consultation.

Observation (i). — Cancer de la verge et de l'aine , le premier parfaitement guéri par l'amputation.

3. Marot, âgé de quarante-six ans, né à Chantilly, département de l'Oise, de petite stature mais robuste, n'avait jamais eu que de très -légères maladies dans sa jeunesse. A l'âge de vingt-huit ans il contracta une maladie vénérienne caractérisée par desbnbons, des chancres et la gonorrhée;il fit plusieurs traitemens qu'il avoue avoir été incomplets, et ne cessa point de travailler; il continua avoir desfeiumes, ce qui produisit de nouvelles maladies vénériennes , ou des récidives de l'ancienne. Après plusieurs années d'interruption Marot fut de nouveau repris, à trente-sept ans, d'une maladie vénérienne pour laquelle il subit deux traitemens, parce que le premier ne i'avoit pas complèlement guéri, ce que fit suivant lui le second. Il fut alors deux ans sans rien éprouver, après lesquels il se manifesta un écoulement avec chancres; il prit diverses boissons dans l'intention de s'en délivrer tout en continuant de travailler: voyant qu'il n'en guérissoit pas, il se détermina à entrer aux Capucins, ce qu'il fit le 1 1 décembre i8î2. Dans le cours du traitement qu'on lui fit, le poulain de l'aine gauche se déclara, et les chancres de la verge firent des progrès; après plus d'un an de séjour àPhospice des vénériens, aucun traitement n'ayant

(i) Par M. Mcrafc.

CANCER T>S La VERGE. 55 1

amélioré la situation de Marot, on lui déclara que le chancre de la verge et le poulain n étaient pas de nature vénérienne. Il en sortit et entra à l'infirmerie royale le 27 janvier 1814.

Nous observâmes alors que la verge étoit à moitié détruite par un ulcère chancreux; que l'aine gauche étoit le siège d'un ulcère carcinomateus assez profond; que le malade étoit pâîe, foible, amaigri; qu'il avoit un état fébrile presque continu. Nous conclûmes que ce malade avoit deux ulcères cancéreux qui pouvoient reconnoître pour causes primitives des maladies vénériennes mal traitées.

On continua encore quelque temps les anti -vénériens sudorifiques et opiacés dans l'espoir d'améliorer le mal, mais rien ne s'améliorant, on se décida à l'amputation de la verge, qui cloit surtout nécessaire à cause de ia difficulté du passage des urines que les végétations du gland et du canal empéchoienl de sortir de la vessie: nous la pratiquâmes le 16 avril, M. Ribes et moi.

M. Bayle a examiné la pièce pathologique, voici comment il la décrivit : l'extrémité de la verge étoit épaissie, renflée, presque circulaire, et elle avoit près de deux pouces de diamètre; on y voyoit un ulcère large, inégal, dentelé et irré« gidier, qui avoit son siège à l'extrémité restante des corps caverneux, et de la peau de la verge. A demi-travers de doigt au-dessous de la surface ulcérée la verge étoit à peu près de grosseur naturelle; en incisant la portion amputée on voyoit que toute l'extrémité renflée éloit lardacée, blanche, luisante, des filamens de même nature se prolongeoient plus ou moins dans la partie non ranflée jusqu'à environ trois lignes de l'endroit où avoit été pratiquée l'incision qui avoit séparé cette partie du bout resiant de la verge.

L'état de Marot sembla s'améliorer ensuite, et nous conçûmes un instant l'espoir de le guérir; la plaie de l'aine, à laquelle on ne put toucher, se détacha, les bords s'aplanirent, elle diminua sensiblement de grandeur; un des effets

552 CANCER DE L\ VLRCE.

les plus remarquables fut la cessalion de toute douleur; le malade reprit de l'appétit et du sommeil, la plaie de la verge se cicatrisa bien et ne s'est pas rouverte depuis; il a quchjucfois fallu élargir l'orifice de i'urclrc par des bougies de corde à boyau, parce qu'il se rélrécissoit au point de devenir filiforme, mais la cicatrice a toujours été bonne.

Dès la fin de mai le mieux avoit cessé dVxister et le malade relomboit entièrement dans tous les accidens(piiavoient nécessité l'amputation; ils augmentèrent dans les mois sui- Nans; la lié\re hectique, le marasme le plus com[)let , un dévoiemcnt collifiuatif, des urines purulentes involontaires, vinrent se joindre à tous les autres symptômes, imc suppuration Irès-abondantc du cancer de l'aine eut lieu; les glandes de l'aine droite s'engorgèrent et grossirent, l'infillration des extrémités se déclara, et le malade suceonibaà lous ses maux le 20 août it^i/j.

Oiivirturc. La maigreur éloit extrême; il y avoit à raine gauche une plaie profonde cancéreuse, dont les })arois étoicnt noires, et de consistance de bouillie; incisées elles n'offroicnt pas de traces d'organisation, même morbilifpie. \ l'iine droite il y avoit des glandes engorgées, mie d'elles ofTroit plusieurs points très-fins de suppuration.

Les ])oumons étoient sains, ainsi que le cœur.

L'abdomen avoit tous ses viscères sains, à l'exception de la vessie ([ui éloit remplie d'une matière floconneuse, puriformc; ses parois étoient épaissies, roiigeàtrcs, et avoient dans leur fond une ulcération de la membrane interne, avec gonflement des bords, et une couleur rouge intense; le canal de l'urètre éloit sain dans toute la portion aujpuléc.

CA^NCER DV SCROTIM. 535

Page 1