CHAPITRE ONZIEME
Cancer des ramoneurs y on cancer du scî'oIutti.
Pcrcival Polt a fait connoitre sons la dénomination de cancer des ramoneurs un iilcrrc du scroluni auq.icl il paroît que les ranionciirs sont sujets en Angleterre. rS'ayant pas eu occasion d'observer relie maladie qui, vraisemblablement, est fort rare en France, supposé qu'elle y existe, je transcrirai ici ce quVn a publié le célèbre chirurgien anglais auquel on en doit la première description. Comme je n'ai pas examiné moi-même celle maladie, je n'oserois pas allirmer ([u'elle est vérilablemenl de nature cancéreuse. Cependant tou! me jH»r(c à le croire ; sa marche, son aspect , sa disposition à récidiver, etc. Il me seroit impossible aussi de décider si celte altération doit èlrc rangée^ parmi les cancers rongeans primitifs ou consécutifs.
« Le cancer des ramoneurs (i) est une maladie qui commence toujours pir se manifester à la partie inférieure du scrotum, où elle produit un ideère su[)erriciel, douloureux, dentelé, qui présente un mauvais aspect et qui a les bords durs et élevés. Les ramoneurs rappellent le poireau de la suie (2). Je ne l'ai jamais vu avant l'âge de
(0 Œuvret clùrurgicaUt de M. Pcrcival Polt, lom. 2, pag. 29$, Parii 1777.
(a; The Sool Wnrl.
puberté, ce qui, je ci ois ^ est une raison pour iaqueile il a été pris communément, tant parle malade que par le chirurgien, pour un ulcère vénérien, et traité en conséquence de cette opinion par les mercuriaux; il s'irrite promptement et devient très-mauvais. En peu de temps il gagne la peau, le dartos, les membranes du scrotum, et attaque le testicule qui s'altère véritablement, et devient gros et dur. De là il s'étend en haut le long du trajet des vaisseaux spermatiques et jusque dans la cavité du ventre, en dévastant souvent les «glandes inguinales et en occasionant leur induration. Enfin, lorsqu'il est parvenu jusques dansl'abdomen, il attaque quelques-uns des viscères, et ensuite fait très-promptemient périr le malade au milieu des plus cruelles douleurs. »
C'est lorsque les ramoneurs ont atteint l'âge de puberté qu'ils sont particulièrement atteints de cette maladie cruelle, douloureuse et mortelle, qui est occasionée par la profession qu'ils exercent.
(( On ne doit pas former de doute sur cette dernière circonstance, quoiqu'on n'y ait peut-être pas fait assez d'attention pour qu'elle soit généralement connue. D'autres personnes, il est vrai, ont des cancers aux mêmes parties. La colique de plomb avec la paralysie qui en est la suite n'attaque pas sev'lement les ouvriers qui travaillent le plomb, mais néanmoins c'est une maladie à laquelle les ouvriers sont particulièrement sujets. Il en est de même du cancer du scrotum et des testicules, les ramoneurs y sont particulièrement exposés.
y> S'il est quelque moj^en d'arrêter les progrès de ce mal, ou d'en prévenir l'effet funeste , il consiste à extirper promplement la partie affectée, c'est-à-dire la partie du scrotum où est l'ulcère; car si on le laisse subsister jusqu'à ce que îe virus ait altaqué le testicule, il sera alors trop tard le plus comniuném ent , mèoie pour faire la cas-
tration. J'en ai plusieurs fois tenté l'expérience. Mais quoique les ulcères, après ceite opéralion, se soient, dans quelques cas, bien guéris , et que les malades soient sortis de l'hôpital en apparence en bon état, néanmoins il est ordinairement arrivé dans l'espace de quelques mois, qu'ils sont revenus ayant le même mal, ou dan» l'autre testicule, ou dans les glandes de l'aine , ou avec un air si défait, avec un teint si pâle et si plombé , un dépérissement .de forces si complet et des douleurs internes si fréquentes et si aiguës que l'on voyoit clairement que quelques-uns de leurs viscères étaient dans un état morbifique. En effet, les douleurs survenoient bientôt, et ils périssoient en peu de temps,
» S'il est des cas où l'on ait lieu d'espérer ds guérir un cancer par l'extirpation, il paroît que c'est celui-ci ; mais il faut que l'opération soit faite promptement, et avant que la constitution générale soit altérée par le virus. Il y a apparence que la maladie chez les ramoneurs doit son ori' gine à la suie qui se loge dans les rides du scrotum , et qu'elle n'attaque pas d'abord la constitution générale. Dans les autres cas d'une nature cancéreuse , dans lesquels la constitution est trop fréquemment intéressée, nous n'avons pas autant d'espérance de réussir par l'extirpation de la partie affectée; et nous sommes obligés de nous contenter de moyens que je voudrois encore regarder comme réellement palliatifs. Mais dans le cas présent les sujets sont jeunes, leur constitution est ordinairement bonne et saine, au moins dans le commencement, ils doivent à leur genre de travail le mal dont ils sont attaqués, et il est purement local , ciiconstance qui est d'autant plus vraisemblable qu'il affecte toujours la même partie. Tout cela apporte une très-grande différence entre ce cancer et celui dont est attaqué un homme déjà parvenu à un certain âge, et dont les lluides sont devenus acrimonieux par le
temps et par d'aulres causes ; ou la même espèce de maladie chez les femmes qui ont perdu leurs règles.
» Au reste, quoi qu'il en puisse être, le scrotum n'est pas un organe essentiel à la vie , on peut en amputer une partie sans redouter le plus léger inconvénient; et s'il est possible de conserver la vie par l'extirpation de toute la portion qui est affectée ou altérée, c'est assurément un moyen très-bon et très-facile ; car lorsque le mal s'est étendu , il fait des progrès rapides, cause les plus grandes douleurs, et finit très-certainement par faire périr le malade. »