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CHAPITRE DOUZIEME

Cancer des Yeux.

Le cancer des yeux peut occuper la paupière, la conjonctive, la caroncule lacrymale, le globe de l'œil ou les diverses parties situées dans la fosse orbitaire.

ARTICLE PREMIER

Cancer des paupières [^i)'

Lorsque le cancer des yeux occupe les paupières, il ne diffère point des autres cancers de la face. C'est tantôt un

(t) Acad. dur. , tom. \, pag. 188, 196, 207, 212. — - Desc. gén., pag. 199. — Ptérigion cane, se, tom. i, pag. 548 et suiv. — En caustles cane, p, Syo. — Cancer de Cœ'd se. lom. i, pag. 8. — Desault, Journ. de c^hir. , iom. i pag. 102

CANCER DES YEtJX. 53«

ulcère rongeant ou noli me tangere (2* part., cîiap. vin, art. 1", g 2.), tantôt une tumeur cancéreuse (ibid. § i.)

Il peut avoir son siège sur l'une ou l'autre des paupières et présenter dans son principe les différentes formes par lesquelles débute le cancer de la face. Nous avons vu chez une femme de soixante ans, celte maladie située sur la paupière inférieure droite, près l'angle interne, se manifester sous l'apparence d'une petite verrue transparente parcourue par de petits vaisseaux sanguins d'un très-beau rouge, et ulcérée à son extrémité où la malade éprouvoit à peine une légère démangeaison qu'elle comparoit à ce qu'on éprouveroit sur la figure si une fourmi y marchoit.

Ce cancer a été guéri à Taide de la poudre arsenicale. Je crois devoir rappeler ici en abrégé d'autres exemples de cancer des paupières.

1" Exemple : Tumeur cancéreuse (1).

Une dame portoit depuis huit mois à la paupière supérieure gauche j une tumeur grosse comme une aveline, qui avoit beaucoup augmenté depuis six semaines ou deux mois qu'elle étoit recouverte d'un emplâtre dlabotanum. Cette tumeur, qui étoit extrêmement dure, fut prise pour une loupe par l'auteur qui la toucha avec le beurre d'antimoine. Trois jours après l'application de ce caustique, la malade se plaignoit de vives douleurs à cette paupière sur laquelle on voyoit un ulcère dont les bords éloient durs, renversés et douloureux, représentant vine tête de choufleur, d'où il s'écouloit un liquide sanieux. La saignée et des douches émollientes firent cesser les douleurs au bout de quelques jours, mais l'ulcération n'éprouva aucun changement.

(i) Observation rapportée par Gendron , Traité dei maladies des yeux ^ loin. 1, pag. lyS.

53'S' CANCER DES YÉVX.

Deshais Gendron toucha de nouveau la tumeur avec !e beurre crantimoiiie , avec la précaution de ne toucher qu'à l'extrémité de la base, qui étoit étroite, en anticipant tout autour sur la partie saine. Au bout de quatre jours, la tumeur tomba en entier. La guérison fut parfaite peu de temps après la chute de l'escarrhe.

On voit ici l'exemple d'un corps cancéreux développé dans la paupière, mais il ne faut pas confondre cette maladie avec le noll me tangere, qui est une ulcération cancéreuse de la peau et non un corps cancéreux développé audessous de la peau.

a* Exemple : Tumeur cancéreuse et plus tard cancer rongeant de la pauiÀère (i).

Fn octobre i8o5, une demoiselle, âgée de soixante ans environ, portoit au-dessous de la paupière gauche une tumeur niobiie à surface inégale, raboteuse ou bosselée, de couleur brunâtre et légèrement variqueuse; cette tumeur, placée sur la paupière inférieure, étoit séparée du bord libre par un peu de peau saine. M. Leveillé pensoit que cette tumeur devoit être enlevée comme un kyste. On se contenta de i'txci?ier au niveau de la peau et de recouvrir la surface saignante de poudre arsenicale, d'une toile d'ardignée et d'amadou. L'inflammation fut très-violente pendant sept à huit jours; la suppuration s'établit derrière la croûie, le pus s'écoula par les cô?és. Au bout de quinze jours, la croûte tomba, et il resloit une ulcération superficielle qui fut promplement cicatrisée.

Peu de temps après la cicatrice se tuméfia ; il parut une

(i) Observaliou rapportée par M. Leveillé , Traité des maladies des jei^is, par Scarpa 5 2® éd.,. tom. i» psg. 2i4'

autre tumeur vers l'angle interne, où l'épaisseur de la paupière étoit prodigieuse. La poudre arsenicale fut appliquée dans l'intention de détruire tout le tissu de celte partie; et pour garantir le globe de i'œil on avoit interposé entre lui et la paupière une feuille très-souple de plomb. Malgré tous ces moyens, l'ulcération de la paupière a persisté, et long-temps après l'œil étoit toujours très -douloureusement affecté.

ARTICLE II

Cancer de ta conjonctive.

Lorsque le cancer des yeux occupe la conjonctive, il se manifeste sous l'apparence d'un ptérygion, c'est-à-dire sous la forme d'une tumeur de figure triangulaire dont la base appuie sur le blanc de l'œil et le sommet sur la cornée. Cette tumeur part le plus souvent de l'angle interne de l'œil, près la caroncule lacrymale; d'autres fois, mais rarement^ elle part de l'angle externe, et quelquefois aussi de Thémisplière supérieur ou inférieur de l'œil; la pellte tumeur augmente peu à peu de volume en s'élendant sur la cornée plus ou moins près de son centre» Lorsque le ptérygion n'est point cancéreux, ce q'ii est le plus ordinaire, il n'est point douloureux; sa couleur est cendrée ou d'un rouge pâle, et on le soulève facilement tout entier en forme de pli sur la cornée.

Mais lorsque cette excroissance est cancéreuse, elle adhère fortement à la cornée, elle a une couleur rouge foncée, elle saigne facilement dès qu'on la touche, enfia elle produit des douleurs lancinantes qui se propagent sur tout l'œil et sur la tempe, Scarpa, duquel je lire les caractères distinctifs que je viens de rapporter, dit qu'on ne peut traiter cette affection cancéreuse que par les palliatifs, ou

540 CANCER DES YEVX.

en extirpant tout le gîobe derœil [Malacl, dcsycitn:, tom. i, cbap. xi).

ARTICLE IIÎ.

Cancer de la caroncule lacrymale (i).

Le cancer qui affecte la caroncule lacrymale se présente sous la forme d'un encanthis, qui est une excroissance rmollc, rouge, quelquefois un peu livide, qui naît de la caroncule lacrymale, et en même temps du repli semilnnaire de la conjonctive qui l'avoisine. Cette tumeur peut avoir un volume considérable, et alors ses racines s'étendent jusqu'à la membrane interne de Tune des paupières ou de toutes les deux.

Quand l'encantbis est cancéreux, rexcroissance a une couleur d'un rouge obscur et comme plombé, elle a une extrême dureté , le malade y ressent des douleurs lancinantes, qui se propagent au front, dans tout l'œil, aux tempes, et surtout après qu'on a légèrement toucbé cette tumeur. On reconnoit encore son caractère cancéreux par l'écoulement facile du sang, par l'ulcération de quelques points de sa surface, d'où s'élève une substance fongueuse, et d'où suinte une liumeur ténue très-acre.

D'après Scarpa, de qui nous avons tiré cette description {^Mcdad. des yeux, tom. i, chap. xu), l'encanthis cancéreux ne peut être traité que par les palliatifs, à moins qu'on ne veuille tenter son extirpation totale et celle de tout ce qui est contenu dans la cavité de l'orbite : encore le succès en est-il fort douteux.

(i) Encantliis cane., Tulpius, obs. med,, lib. i , cap. 29, pag. 58.

ARTICLE IV

Cancer du alobc de Cœil.

Voici encore uue maladie dont je ne saiirois assigner la véritable place parmi les cancers jusqu'à ce que de nouvelles recherches aient éclairé plusieurs points encore incertains de son histoire. Elle peut se manifester dès l'âge le plus tendre, et personne jusqu'ici n'a suûisamment décrit Tallération organique delà partie dégénérée. L'histoire du cancer du globe de l'œil n'a été bien tracée que par Bichat [Œuvres chirurgicales de Desauit, toni. 2. p. 102 — 1801). C'est dans son ouvrage que je puiserai la plus grande partie de la description générale de cette maladie, qui est indiquée plutôt (pie décrite dans les autres auteurs. C'est aussi dans le même ouvrage que je puiserai presque tout ce qui concerne le procédé opératoire usité pour combattre celte maladie.

Le cancer de l'œil peut survenir à tout âge ; il semble, plus que les autres maladies cancéreuses, susceptible de se développer dès les premières années de la vie ; plus d'un tiers des malades opérés de cette maladie à l'Hôtel-Dieu, par Desauit, étoit au-dessous de douze ans.

Ce cancer est quelquefois primitif, d'autres fois il se développe à la suite d'une ophtalmie rebelle, d'une plaie, d'une contusion, d'un slaphylônrie , d'une excroissance fongueuse qui s'élève à la surface de l'œil, ou dans la cavité de l'orbite. Des topiques irritans ont quelquefois paru lui donner naissance. Souvent il est l'effet d'un vice interne. La maladie commence quelquefois, dit Tulpius (i), par le cancer de la caroncule lacrymale.

(i) Tulp, , Obscrv, incd.jWh. 1, cap. 29, pag. 58.

54a ca^cei t)£S Ym.

Flasienrs malades éprouvent avant rinvasion de la maladie des mjux de léte et une chaleur inuMtée dans cette partie. Lee démangeaison incommode ful'giie rœil et ses environs. Souvent la vue de la lumière devient incommode et même douloureuse. Au bout d'un certain temps, à la démangeaison succède un sentiment de fourmillement ^e remplace ensuite une douleur peu vive d'abord, mais qui dans la suite devient pongilive et lancinante.

L'œil se tuméfie et prend une teinte terne qui peu à peu devient livide, jaunâtre, noirâtre. La vue s^obscurcit et s'éteint bientôt, si elle persi.stoit encore, les douleurs deviennent plus aiguës le volume de l'organe augmente par on accroissement inégalement réparti sur sa surface, qui dcTient âpre et raboteuse. La dureté s'accroît en même getmps que le volume; la cornée trausparente devient blanchâtre, puîsrougeâtre et livide ; elle s'excorie, s'altère, s'ouvre, et a travers on vcil sortir des fongosilés d'où s'écoule une sanie purulente et fétide.

A mesure que les prcigrès du mal continuent, l'œil devenu trop volumineux, dépasse le niveau de l'orbite, et forme sur la face une saillie hideuse. La |;orlion de conjonctive repliée sur la partie po«>téneiu^ de chaque paupière, se détache de celle-ci , s'applique sur les bords saillans de la tumeur, et y forme une bande rougeâtre.

La suppuration prend chaque jour un plus mauvais caractère : les fongrrsités augmentent, deviennent livides, noirâtres, il survient des hémorrhagies, plu<ïou moins fréqœatefw plus ou moins abondantes, les douleurs sont presque continuelles. Bientôt les paupières se tuméfient, R"'ea flamme nt, el deviennent squirrheuse». L'inférieure, sur laquelle s'éeoole la sanie, s'excorie; des fongosités y naissent . le mal se propaçe à la joue, au nez, et le visa^ du malade est hornbleâvoir.La portion plane de l'ethmoîde «>e carie ainsi que l'os unguis, la membrane pituitaire s'af-

CxyCLh DES TECX. 5^3

fecte, les douleurs augmentent , de' iennent générale;, la cachexie caocéreusc est maniie^le, et le malade succombe.

r'i'avant pas eu occasion jusqu'à ce jour d*e\aminer anatoniiqueinent le cancer de l'œil, dou> ignorons si on pcurroit y rcconnoîîre des altérations analogues à cdles qu'on trouve dans les tumeurs cancére«ise> des autres parties du corps. M.. Boulet {Journal de chirur, par DesësiUj tom. 1, p. i54}f a trouvé l'œil entièrement désorganisé, et transformé en une masse informe de couleur noirâtre et de la consistance du foie.

Poiu- l'ordinaire, dans le cancer de Tœil, les graisses se durcissent et deviennent squirrlieiises et fongueuses, les muscles subissent quelquefois au>si une altéra lioo analogue. Chez les eufaos, la cavité orbitaire s'agrandit, les os qui la coroposeot se ramollissent. D'après Lassus (Pa/^/. chirur., tom. i. p. 4^1) <• 1^ sclérotique ne subit la dégênération cancéreuse qu'au bout d'un leuips assez long, et le malsVtend le long du nerf optique, sous les lobes antérieurs du cerveau. M. Ci^vol a vu la fosse pituUaire du sphénoïde profondément cariée chez un homme qui mourut à rha*ipice de l'Ecole de mtdecine de Paris, des suites d'un énorme cancer de l'œil, dont il avoit été opère deux fois; cette carie fut reconnue long-temps avant la mort, par AI. le professeur Dubois. Mnys a consigne dans les Mémoires de l'Académie royale de chirurgie (io-4*'» tom. V, p. 190) quelques dttails sur un œil cancéreux qui pesa huit onces, uiai> il ne dit ri.n de la structure anatomique de ceUe tumeur, sinon qu'elle étoit semblable à un riz de veau, et qu^ sa substance, examinée au microc^:ope, paroissoit comme le blanc d'un œuf de vaneau qu'on auroil fait durcir. Ainsi l'histoire du cancer de l'œil pressente encore de grautlcs lacunes à remplir, particulièrement sous le rapport de l'anatomie pathologique.

Comme le cancer de l'œil tient fréquemment à une

diallitjse cancéreuse , il arrive très-souvent que la maladie se reproduit plus ou moins loDg-temps]après Textirpation de l'œil, à laquelle on a eu recours pour délivrer le malade d'une mort certaine.

Scarpa ( Malad. des yeux, tom. J, préface) dit n'avoir enlevé que chez deux individus l'œil devenu carcinomateux, et dans les deux cas le cancer s'est reproduit et a fini par devenir mortel. Dans les trois exemples cités par Bichat [Œuvres clùrur, de Besauit, tom. 2, p. 102)? l'auteur, qui a eu de nouveaux renseignemens sur l'un des malades, a appris qu'il étoit mort de la récidive de la maladieaubout d'une année. M. Sabatier(i) dit avoir extirpé plusieurs fois des yeux devenus cancéreux; le cancer s'est toujours renouvelé, et les malades ont péri; il a vu IM. Louis extirper aussi un cancer de l'œil qui se renouvela et devint mortel.

Quand après l'extirpation de l'œil la maladie se reproduit, de nouvelles Ibngosités pullulent de dedans l'orbite malgré tous les moyens enij/loyés pour les prévenir ou les détruire. Les douleurs ile tèle qui réj)ondcnt à la tempe et dans l'oreille deviennent insupportables, les glandes lymphatiques ^Q col se tuméfient, les fongosités qui remplissent la cavité orbitaire fournissent une matière ichoreuse très-fétide, et le malade succombe après avoir souffert pendant longtemps des douleurs horribles.

Les hommes de l'art les plus instruits ont quelquefois pris des tumeurs fongueuses de l'œil pour des tumeurs cancéreuses du même organe. Louis (2) cite une erreur de cette nature consignée dans les observations deReusner. Il en est résulte que quelques-uns d'entr'eux croyoient

(i) 3féd. opér. , 1^ éd., tom. 2, pag. 268.

Ça) M^m, de Cacad, dechir., iu-4°^ XOiïi, v, p. 17c).

CAÎfCER DtS YtrT. 5^

avoir guéri , à l'aide des caustiques, de véritables tumeurs cancéreuses de l'œil, et qu'ils proposoient ces moyens avec quelque confiance pour guérir celte redoutable maladie. Bidloo (i) conseille de toucher légèrement rexcroissance fongueuse de Tceil avec un pinceau chargé de beurre d'antimoine mitigé avec la teinture de safran ou d'opium. Le médicament peut en efl'et réussir lorsqu'on a à traiter une excroissance non cancéreuse, mais il aggraveroit les souffrances du malade et hàteroit sa mort si on voi.loit en faire usage pour guérir un œil cancéreux.

En effet, il paraît constant que le seul traitement à employer contre le cancer de l'œil se' réduit à l'extirpation de cet organe, quand clic est possible, et que des contreindications trop fortes ne forcent pas à se contenter d'un traitement palliatif qui diminue les souffrances du malade, et retarde (juclqucfois la mort pendant quelque temps. L'extirpation de l'œil est cependant suivie très-fréquemment, comme nous l'avons dit, de la récidive de la maladie; or, les récidives sont assez ordinaires, comme on saif, à la suite de toutes les tumeurs cancéreuses extirpées ; ce qui doit engager sans doute à bien peser les contre-indications, mais non point à proscrire absolument une opéralion qui seule préseule quelque espoir de guérison.

Louis a le premier décrit convenablement la manière de procéder à l'extirpation de l'œil devenu cancéreux. Son procédé consiste à inciser avec un bistouri les attaches de l'œil avec les paupières, à couper les attaches du petit et ensuite celles du grand oblique , et enfin celles du roleveur de la paupière supérieure; à séparer le globe de Toeil , et à couper avec des ciseaux recour-

(OMangcl, Bibl. chir., lom. 3, liv, i3, pag. 24i.

54^ CilfCER DES TETJX.

bés sur leur plat les mviscles qui le meuvent, et le nerf optique.

Desault n'employoit qu'un bistouri pour extirper l'œil, et sa méthode varioit un peu selon les occurrences. Pour s'en faire une idée nette, il faut, dit Bicliat, supposer le carcinome dans trois états différens.

1° La tumeur ne dépasse presque point les paupières restées libres et saines.

a° La tumeur forme une saillie considérable, et elle est recouverte par la portion de la conjonctive qui tapissoit les paupières, qui sont d'ailleurs restées saines.

5** Les paupières participent à l'étal cancéreux.

Dans le premier cas , on incise le petit angle des paupières dans l'étendue d'un demi-pouce. Ou enfonce ensuite le bistouri entre le globe de l'œil et la paupière inférieure, près la commissure internej on conduit circulairement le bistouri dont le tranchant est tourné en dehors, du côté de la commissure externe ; on coupe ainsi la conjonctive à l'endroit de son repli, ainsi que toutes les parties qui fixent en bas l'organe carcinomateux. Puis reportant en haut la pointe de l'instrument à l'endroit oii la première incision avoit été commencée, on le conduit de nouveau, au petit angle, entre la paupière supérieure et l'œil, en incisant toutes les attaches supérieures. On divise ensuite l'insertion du grand oblique qui est en dedans. On saisit alors l'œil avec le pouce, l'indicateur et le doigt du milieu, d'une main, afin de tendre le nerf optique^ plus facile par là à être coupé. On glisse entre l'organe carcinomateux et la paroi externe de l'orbite, le bistouri, dont le tranchant tourné en bas et porté sur le nerf à la sortie du trou optique, incise ce nerf avec 1 artère optique et les attaches des muscles, ce qui isole complètement le globe de l'œil, que la main qui l'assnjétissoit entraîne en dehors.

CANCER DES YBXÎX. S^y

On examine avec le doigt s'il reste dans l'orbite quelque petite portion de tissu cellulaire engorgé, et dans ce tas, on les enlève avec Tiustrument tranchant. On extirpe également la glande lacrymale lors même qu'elle est saine, pour prévenir un larmoiement désagréable.

Dans le second cas, on fait l'incision de la commissure externe des paupières un peu plus grande; on incise la bandelette rongeâtre formée par la conjonctive à l'endroit où elle se confond avec la portion de la conjonctive qui doit naturellement recouvrir Je globe de l'œil.

Le reste de l'opération est d'ailleurs le même que dans le cas précédent.

Dans le troisième cas, on procède de la même manière, mais en enlevant les paupières et le muscle orbiculaire, de sorte qu'on n'a pas besoin de commencer l'opération par une incision à la commissure exlerne des paupières.

La forme de l'orbite empêche quelquefois d'enlever tout le tissu cellulaire engorgé ; on voit alors la maladie se reproduire. Le périoste peut participera l'affection, et il n'est pas possible de l'enlever avec le bistouri. Bichat pense qu'il seroit utile de ruginer dans certains cas les parois orbitaires avec un instrument convenable pour cet objet. Il propose ce moyen parce qu'il pense qu'à raison du voisinage du cerveau , il seroit dangereux de porter dans l'orbite le cautère actuel, avec lequel on détruit les petits engorgemens qui sont restés après l'exlirpalion de quelques autres maladies cancéreuses.

Observations de cancer de l'œil.

Quoique le cancer de l'œil soit assez rare, il en a été publié cependant un certain nombre d'exemples. Nous nous bornerons à citer les trois suivans que nous empruntons ,

545 CANCER DES YHliX.

les deux premiers à Scarpa ( Traité des maladies des yeux , tom. 1, p. 8.), et le troisième an journal de chirurgie de Desault (tom. i, pag. 102. ). Il a été publié par Boulet , crirurgien de l'Hôtel-Dieu en 1791.

i" Observation. Un enfant de treize ans, bien constitué et sain en apparence, outre le globe squirrlieux de l'œil saillant hors de l'orbite, avait encore un tubercule de la même nature, silué entre l'angle interne du sourcil, et la racine du nez: j'extirpai cet œil; j'enlevai avec le plus grand soin toutes les duretés , tout le tissu cellulaire affecté, contenu dans l'orbile, et en même temps le tubercule du sourcil. Les progrès vers la guérison furent réguliers jusqu'à parfaite cicatrice. Cet enfant étoit Crémonais , et retourna chez ses parens : quelques mois après, il reparut de nouveaux tubercules durs dans le tissu cellulaire du sourcil, du même côté précédemment opéré, et il s'éleva successivement des fongosités du fond de l'orbite. Ce malheureux éprouva des douleurs continuelles de tête: il fut pris de fièvre lente, de mouvemens convulsifs généraux , au milieu desquels il cessa bientôt de vivre.

2* Observation. Un homme de cinquante ans, vigoureux et sain sous tous les autres rapports , portoit un fongus cancéreux qui comprimoit le bulbe entier d'un œil, et une partie de la paupière supérieure : je séparai, le plus exactement qu'il me fut possible , la paupière supérieure près de l'arcade orbitaire, où elle me paraissait très-saine, et avec elle le bulbe de l'œil , et tout ce qui remplissait la fosse orbitaire. Le traitement consécutif parut être satisfaisant jusqu'au quarantième jour, car on voyoit la cicatrice s'avancer, par degrés, du contour vers le fond de l'orbite. Cependant, au milieu des espérances les plus flatteuses, la plaie devint stationnaire; on vit des fongosités qui se jiiianifestoient dans différens points du fond de l'or-

CÀKCBR DtS tEtX. 5^g

bite. En vain je tentai de les détruire avec la poiulre de Sabine et la pierre caustique : le malade fut tourmenté de douleurs violentes de tète ; il eut une fièvre nerveuse, perdit l'usage de ses sens et mourut.

5* Observatio>'. Nicolas Richard, cardeur de laine, âgé de 06 ans, vint d'Amboise à l'Hùtcl-Dieu de Paris, le -î novembre 1790, pour se faire extirper l'œil droit, dont il avait perdu l'usage, douze ans auparavant. Depuis environ deiLX ans cet œil était devenu carcinomaleux, et causait au malade des douleurs vives et lancinantes , qui revenoient après de courts intervalles. Il portoit, depuis la même époque, une tumeur presque indolente, qui remplissait Tépigastre. Knfin il ctait tourmenté par drsrlniilniiTs vaj^ues et superficielles , assez semblables à celles du rhumatisme, qui parcouraient successivement dillcrentes parties du corps, et toujours du côlé droit.

Lorsque cet homme entra dans riiôpilal, son œil surpassait de huit à dix lignes la base de l'orbite. Il présenloit dans ses trois quarts externes une masse uniforme, dure, noirâtre, parsemée de sillons dirigés en divers sens, qui fournissoicnt une sanie abondante, fétide et quelquefois sanguinolente. On pouvoit promener le doigt sur toute cette surface , sans que le malade s'en aperçût; mais auprès du grand angle, la conjonctive étoit d'une extrême sensibilité. La paupière supérieure étoit aussi rouge, engorgée et fort douloureuse. La tumeur du bas-ventre étoit très-dure, à peu-près indolente, et paraissoit avoir quatre à cinq pouces d'étendue transversale, et un peu moins de haut en bas. Le malade ne se plaignoit alors que de douleurs dans l'épaule droite, auxquelles succéda, huit jours après , une douleur considérable à la moitié droite de la tête; dans le même temps, Tœil devint plus volumineux, et les douleurs lancinantes s'en emparèrent, Cet état sub.sisla pcu'

550 CAîfCER DES TEOX.

dant cinq jours , qui furent suivis de sept jours de calme, après lesquels les douleurs reparurent à la hanche, puis à l'épaule , enfin à la tête. Deux mois et demi se passèrent dans ces alternatives; ensuite la tumeur du bas-ventre parut diminuer , et le malade se mieux porter : une chose certaine au moins , c'est que depuis cette époque il assura constamment ne ressentir aucune douleur, soit qu'il ne souffrit point réellement, ou qu'il imaginât qu'en dissimulant un peu la vérité, il pourroit déterminer M. Desault à lui faire l'opération , qu'il désirait ardemment. A la fin du troisième mois , la tumeur du bas-ventre étoit diminuée de moitié , et l'on pouvoit la presser fortement sans causer de douleur. T.'œîl étoit à peu près dans le même état , excepté que la suppuration étoit moins abondante et plus épaisse.

Le cent-sixième jour de son arrivée, le malade paroissoit

dans le meilleur état : il dormoit bien ; il avoit de l'appétit.

Il mangea le soir, en cachette, des alimens indigestes. Il

ne se plaignit ni ce soir, ni le lendemain matin , au temps

de la visite ; mais vers dix heures , il sentit du malaise et

refusa de dîner. Il eut bientôt après une syncope qui ne

dura qu'un instant. Il se promenoit dans la salle l'après-

miidi, lorsqu'une nouvelle syncope l'obligea de se remettre

au lit. A la visite du soir, il se plaignoit d'un grand mal de

tète. Le pouls était petit et intermittent. La nuit il eut des

vomissemens, et il mourut un peu avant le jour, le lo^**

jour de son entrée à l'hôpital, le î6 février 1791.

On examina d'abord la tumeur de l'œil, qu'on trouva entièrement formé par le globe, et tellement désorganisé, qu'il n'offroit plus qu'une masse iiiforme de couleur noirâtre et de la consistance du foie.

A l'ouverture du bas-ventre , la première chose qu'on remarqua fut le volume extraordinaire du foie; il refouioit

CAÎfCER DES YEUX. 55l

en haut le diaphragme , et descendoit beaucoup au-dessous des côtes. Son lobe gauche occupoit toute la partie antérieure de l'épigastre, et une partie de l'hypocondre gauche. Sa surface étoit hérissée de tubercules de différentes couleurs, la plupart noirâtres, quelques-uns tirant sur le jaune, et renfermant tous une substance semblable à celle qu'on trouve ordinairement dans les cancers du sein. Tout l'intérieur de ce lobe étoit parsemé de semblables tubercules. Le grand lobe en avoit aussi sur sa surface et dans son épaisseur, mais en moindre quantité. Une partie de la convexité de ce lobe étoit adhérente au péritoine. Le lobe de Spigel n'a voit pas beaucoup augmenté de volume, mais il paroissoit composé en entier de semblables tubercules. Le petit épiploon étoit changé en une masse de même nature, longue de neuf pouces , épaisse de six, et présentant à l'intérieur qvielques points de gangrène. Le grand épiploon étoit aussi couvert de ces tubercules , dont plusieurs avoient deux pouces de diamètre: il y en avoit une traînée le long de l'arc du colon et de la grande courbure de l'estomac. Le mésentère en étoit parsemé ; les intestins même en avaient un grand nombre , qui paroissoient avoir pris la place des appendices graisseuses. Une tumeur de même espèce, et de trois pouces de diamètre, étoit implantée sur le corps même de la vessie, et s'élevoit au-dessus du pubis. Une autre de même grosseur étoit placée au côté gauche de ce viscère , et toutes deux étoient recouvertes par le péritoine. Une grande quantité de tumeurs semblables, mais plus petites, accompagnoient la partie inférieure du rectum, et occupoient une partie de la cavité du bassin.

Le rein droit paroissoit sain, quoique double du volume ordinaire. Il n'y avoit du côté gauche , ni rein , ni artère rénale, ni uretère, ni rien qui annonçât que ces parties eussent jamais existé. La capsule atrabilaire existoit cepen-

55'i CANCER DES l'Erx.

daiit , et elle éloit collée à l'extrémité gauclic du pancréas* Les poumons offroieiit, sur différens points de leur surface , des tubercules semblables à ceux du bas- ventre, mais plus petits et en plus grand nombre. Le cœur en avoit deux d'un demi-pouce de diamètre chacun, l'un attaché par un pédicule à Torigine de Taorte, et l'autre implanté sur le commencement de l'artère pulmonaire (i).

(i) On trouve d'autres observations de cancer de l'œil dans les Aiémoiies de l'Académie de cliirurgic ( tom. 5, pag. t88, 190, 207, 212. ), dans le traité des maladies chirurgicales de Doeault (lom. 2, p. 108, ii3, ii5. ),etc., etc.

DU TOME PREMIEPx.

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ZS'oTicE sur la \ie et les ouvrages de G. L. Bayle ... xi

AviKT-pROPOs de l'Editeur v

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