‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 56 sur 121 · II · texte numérisé non relu

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un cancer. Albertini(i) avoit fait résoudre par l'usage interne du petit-chCne, sans application extérieure, une tumeur de la matrice, qui paroissoit squirrheuse au toucher. Il est visible que celte tumeur étoit le résultat d'une plilegmasie chronique. Morgagni soupçon ue que cet engorgement tenoit à une fluxion goutteuse, portée des articulations sur la matrice, et il pense que c'est par sa propriété contre la goutte que le pelit-chcnc a guéri cette tumeur.

Nous avons vu aussi cette maladie chez diverses malades dont quelques-unes avoient eu précédemment des douleurs articulaires, ou des douleurs vagues. Mais il en est d'autres qui ont une phlegmasic chronique de la matrice sans avoir eu auparavant aucune maladie dont linflammation de la matrice paroisse le résultat.

Nous avons traité cette maladie avec succès, et nous ne l'avons pas vue déterminer l'ulcération cancéreuse de la matrice.

Comme la phlegmasic est quelquefois presque indolente, et que d'autres fois elle produit une induration notable du col de l'utérus avec plusieurs symptômes analogues à ceux du cancer de la matrice , nous sommes persuadés qu'on a souvent pris pour des cas de cancer ou de squirrhc des affections qui n'étaient qu'une phlegmasic de l'utérus. Voyez ce que nous dirons à cet égard; quatrième partie, oœlcle d'or.

g 7. V ulcération non cancéreuse de la matrice.

Divers exemples prouvent l'existence de certaines ulcérations de la matrice qui ne sont pas liées à une dégénéralion cancéreuse. Ces ulcérations tiennent tantôt à une cause interne, telle que la syphilis et les scrophules, etc.,

(t) Morgagni. Ep. 39, n" 35.

CANCER DE LA MATr.ICE. 35

tantôt à une cause externe. Dans tous ces clis, l'ulcèie peut offiir la plupart des symptômes du cancer de la matrice.

On distingue Tulcère non cancéreux par la manière dont la maladie a commencé , par la matière de la suppuration, par l'état général de la malade^ par Tétat non squirrheux du siège de l'ulcération, et plus ordinairement encore par l'effet des moyens curalifs et par l'issue de la maladie.

On trouve dans Morgagni (ep. 47? i^" i4)i qu'une fdle de i4 ans q"i n'offroit point encore les signes de la puberté , avoit à la face interne de la matrice une large ulcération scrophulcusc ou tuberculeuse , et en même temps plusieurs dégénérations tuberculeuses dans l'abdomen. Il auroil été possible que cette maladie, traitée dès le principe , par les moyens propres aux scropliules, se fût terminée par la guérison.

On a vu guérir des ulcères de la matrice produits par une cause externe et entretenus par un état de fluxion antécédente vers ce viscère. J'en rapporterai ici un exemple frappant.

Lue femme, âgée de 56 ans , que je traitois depuis plus de six mois, avoit une plilegmasie chronique de la matrice qui duroit depuis trois ans, et qui avoit été prise pour un squirrhe de cet organe prêt à dégénérer en ulcère cancé reux. Celte femme devint enceinte au mo ment où le col de la matrice étoit presque totalement désenflé. Au second mois de la grossesse un accident ayant déterminé l'avortement, il y eut une hémorrliagie abondante. Une autre femme imagina de boucher l'orifice de la matrice avec un [)elit morceau de bois, et elle y occasionna des douleurs si violentes que la malade ne put le supporter. Je fus appelé quelques jours après. Tout le col de la matrice étoit extrêmement enflé, plus chaud que dans Tétat naturel , et un peu plus mou. La moindre pression y déterminoit de vio-

56 ۈrcer de la matrice.

lentes douleurs. Malgré l'emploi des divers moyens qui paroissoient convenables, cette maladie se prolongea, et environ deux mois après la fausse-couche, le gonflement du col de la matrice ayant diminué, j'examinai l'orifice de l'utérus, par où il sortoit chaque jour une certaine quantité de matière un peu sanguinolente et purulente. J'y trouvai uno ulcération plus large que fonglc du pouce. Un chirurgien célèbre qui fut consulté trouva la même ulcération , et regarda la maladie comme un cancer ulcéré. Un mois après cette é[)oqiie la maladie subsistoit encore. La malade avoit extrêmement maigri. ^Elle avoit eu une hémorrhagie utérine abondante. Elle éprouvoit une insomnie habituelle , des douleurs vives dans l'hypogaslre , dans les reins , les hanches et les cuisses; et en outre elle ressentoit fréquemment des élancemens douloureux au col delà matrice. Le pouls éloit petit et fréquent, la peau blême et terreuse; et la malade ne pouvoit point quitter le lit par suite de la débilité universelle, et surtout parce qu'elle éprouvoit des hémorrhagies utérines toutes les fois qu'elle vouloit se lever.

Je prescrivis l'usage intérieur du quinquina en décoction , la boisson d'eau de riz édulcorée avec le syrop de grande consoude , une application constante de fomentations émoUientes sur l'abdomen. Desinjeclions journalières et répétées cinq à six fois par jour pendant dix à quinze minutes à chaque fois, et en variant le liquide de l'injection qui étoit tantôt une décoétion de têtes de pavot, tantôt une décoction de historié et quelquefois même de quinquina, d'autres fois une décoction de morelle et de jusquiame, etc.

A l'aide de ces moyens et d'un régime analeptique les accidens se calmèrent peu à peu, et au bout d'environ deux mois, c'est-à-dire cinq mois après la fausse couche, la malade éloit parfaitement réiabîie. Il n'y avoit plus de douleurs, il ne restoit point d'ulcération au col de la ma-

CA5CER DB LÀ MA.TniCË. JJ

trice, et depuis six ans, c'est-à-dire depuis le mois de septembre 1806, la malade u'a plus eu la moindre apparence d'ulcération u la. matrice. Elle est réglée avec régularité et n'a point de flueurs blanches. Il est cependant resté une petite dureté à rorifice delà matrice, et le col de ce viscère est tout à-fait porté en arrière depuis la guérison de cette ulcération et de la phlegmasie chronique qui l'avoit précédée et qui l'accompagnoit.

Si déjà à cette époque je n'avois pas distingué avec soin le squirrhe de la matrice, de la phlegmasie chronique do cet organe, et les v.lcères non cancéreux , j'aurois sans doute cru avoir obtenu la guérison d'un cancer ulcéré de la matrice, et j'en aurois conclu que ces cancers ne sont point incurables.

Du reste, la guérison de cet ulcère n'a rien qui doive surprendre, pui.squ'on voit guérir assez souvent la déchirure du col de la matrice à la suite de certains accouchemens laborieux , et la plaie bien autrement considérable qui résulte de l'opération césarienne. Lorsque l'ulcère de la matrice est produit par le virus syphilitique, il n'est pas non plus incurable. AJ. Cullerier a guéri par l'usage du mercure des ulcères vénériens du col de la matrice qui duroieut depuis plusieurs années et qui avoicnt déterminé plusieurs symptômes des ulci:res cancéreux (expos, des sympt. de la malad. vén. par M. Lagneau. 5' édit., p. 58o ). De pareils faits ne suffisent-ils pas pour expliquer la plupart des guérisons du cancer de la matrice qu'on trouve dans les auteurs; et ne contirnient-ils pas ce que l'exacte observation nous apprend de l'incurabilité des ulcèrei cancéreux?

§ 8. Les corps fibreux de la matrice.

Les corps fibreux de la matrice ont été confondus avec le squirrhe par la plupart des auteurs. Leur structure in--

time (Introd., ch. 2, § 5 ) diffère totalement de celle de la dégénérescence cancéreuse (întrod., cliap. 2, § 1. ). Il est utile de les connoître avec exactitude pour les distinguer des tumeurs squirrheuses. Souvent ils n'occasionnent pas le plus léger dérangement de la santé ; quelquefois ils donnent lieu à des liémorrhagies, àdes flueurs blanclies^etc. Mais ils ne déterminent dans aucun cas les symptômes de la cachexie cancéreuse.

Les corps fibreux de la matrice sont des productions accidentelles , de nature fibreuse , de forme sphéroïde , ovoïde, anguleuse, etc., développées et en quelque sorte enchatonnées dans le tissu de la matrice. Leur volume varie depuis celui d'une lentille jusqu'à celui du poing et même de la tête d'un homme. Ils se présentent dans trois états qui sont autant de degrés'différens delà même substance, d'abord fibreuse et charnue, puis fibro-cartilagineuse, et enfin osseuse. Quand ils sont encore charnus, et, mous comme de la chair musculaire , ils sont rouges ; ils sont blancs, gris ou jaunâtres s'ils sont déjà aussi fermes que le tissu naturel de la matrice. Ils sont presque toujours divisés pn plusieurs lobes. Leur tissu intime est formé par des fibres distinctes, disposées en faisceaux, contournées en toute sorte de sens et entremêlées d'une manière inextricable dans divers points un peu plus denses. Il y a entre les fibres un tissu cellulaire très-serré, et souvent aussi des vaisseaux sanguins. Quand les corps fibreux passent à Fétat fibro-cartilagineux , les points qui étoient les plus denses subissent les premiers cette transformation qui gagne insensiblement les autres parties. Les mêmes points denses sont aussi les premiers à s'ossifier quand le corps fibreux arrive à l'état osseux; ce corps acquiert alors une grande dureté et il devient très -pesant. On trouve quelquefois dans la même matrice des corps fibreux dans les trois étals que nous venons d'indiquer. Ceux qui res-

CANCER DE, LA MaTRIC « 5q

leut long-temps à l'état charnu deviennent les plus volumineux. On en a vu qui avoient pris un accroissement énorme. Les corps fibreux peuvent occuper trois sièges differens. Les uns sont dans le tissu fibreux de la matrice, les autres entre ce tissu et la tunique péritonéale; il en est enfin qui sont situés entre le tissu fibreux et la surface qui est regardée comme une membrane muqueuse.

Lorsqu'ils sont nombreux ou volumineux, ils déforment tout-à-fdit le corps de la matrice. Quand ils deviennent aussi gros que la tête d'un liomme, ils agrandissent ce viscère dans tous les sens et dilatent considérablement sa cavité.

Il ne se développe peut-être jamais de corps fibreux dans la matrice, avant l'âge de 5o ans. Après cet âge, ils sont très-fréqueiis ; mais quand ils restent fort petits , ce qui est très-commun, ils ne déterminent aucun accident, et ce n'est qu'en disséquant la matrice aj)rès la mort qu'on découvre leur existence. Le célibat paroit favoriser leur développement et leur accroissement. Les femmes qui ont eu peu d'enfans y sont aussi plus sujettes que les autres. Les corps fibreux ne sont point dangereux par eux-mêmes. Ils peuvent le devenir lorsqu'à raison de leur volume ou de leur siège, ils dérangent les règles, excitent des flux utérins, compriment trop fortement la vessie ou le rectum , etc.

Signes et traitement de cette maladie. Les femmes qui ont an corps fibreux saillant dans la cavité de la matrice et qui sont encore réglées éprouvent des irrégularités dans la menstruation , des ménorrhagies chronicpies , des flueurs blanches abondantes, etc. Quelques-unes ont des douleurs dans le bassin , les lombes et les cuisses ; à la longue leur teint devient pâle chlorotique, leurs chairs flasques, etc. Si on ne remédie point à ces accidens, la malade succombe dans un état de foiblessc , de pâleur et de bouffissure , souvent

40 CA-NCEB de Lk MATRICE.

accompagné d'hydropisie partielle ou générale. Ce n'est que le toucher qui peut fournir le signe palhognomonique de cette maladie. S'il y a dans la matrice un corps fibreux pédicule, celui-ci élargit tôt ou tard l'orifice utérin, vient former une saillie ; c'est alors un polype fibreux. Le doigt introduit dans le vagin fait reconnoître son existence, et l'on procède sans délai à l'extirpalion de ce corps accidentel. Si le corps fibreux n'est pas pédicule, le toucher ne fait apercevoir aucune altération notable du col de la matrice, ou Lien il n'y fait découvrir qu'une sorte d'applalissement, on ne peut alors reconnoître avec certitude l'existence du corps fibreux qu'après la mort. Quand on parviendrait à lereconiioître pendant la vie on ne pourroit pas sauver la malade, puisque ce corps ne pourroit pas être enlevé. Au reste, dans divers cas , il se passe plus d'une année entre les premiers accidens, et l'époque où le corps fibreux pédicule commence à élargir l'orifice de la matrice. Ainsi toutes les fois qu'on a des raisons de soupçonner lexistcnce d'un polype fibreux, il faut réitérer le toucher au moins lotis les mois. Il n'y a aucun moyen infaillible pour distinguer avant l'extirpation du polype de quelle nature il est ; mais cela est peu important, puisqu'il faut toujours l'opérer, lors même qu'il seroit ou muqueux ou cancéreux, etc.

Les corps fibreux pédicules d la surface périt onèale de la matrice ne peuvent pas être découverts quand ils sont petits. S'ils deviennent considérables , ils gênent les parties voisines, et produisent un malaise dans toute la région hypogastrique. Dès qu'ils ont acquis le volume du poing ou un volume plus considérable , on les découvre facilement en palpant avec attention le bas ventre , parce qu'ils forment une tumeur plus ou moins considérable , non douloureuse par la pression , tantôt enfoncée dans le bassin , tantôt saillante dans le milieu de la région hypogastrique, ou située dans l'une ou l'autre des régions iliaques. S'il n'y a

point d'autre lésion organique de l'utérus, les règles n'éprouvent aucun changement, et les autres fonctions de la matrice ne sont point lésées lorsque la tumeur a cessé de grossir. Le sentiment de gène que les malades avoienl ressenti jusques là dans les environs de la matrice s'efface par degrés et finit par disparoitre. Cette maladie n'abrège point la vie ; elle n'exige d'autre traitement que l'usage des moyens capables de remédier à l'irritation que le corps fibreux produit mécaniquement sur les parties voisines, à mesure qu'il augmente de volume. Qu; nd la tumeur a cessé de grossir il suffit que les malades évitent les fortes secousses, et les grossesses.

Les corps fibreux renfermés dans le tissu propre des parois de la matrice ne présenteiU pas toujours les mêmes apparences. S'ils sont siti es à la surface du museau de tanche, on les reconnoît facilement, pourvu qu'ils égalent le volume d'un pois ou dune noisette, parce qu'ils forment une tumeur dure , renilente, indolente, qui fait une saillie dans le vagin. Mais lorsque ces mêmes corps ont leur siège plus profondément dans le col de la matrice ou dans le tissu propre des parois du corps de ce viscère, rien ne décèle leur existence s'ils sont peu volumineux. Ils peuvent grossir insensiblement et acquérir le volume d'un œuf de cane ou même du poing sans produire aucun désordre sensible, pourvu qu'ils ne fassent pas trop agrandir la cavité de la matrice. Ce dernier accident est même peu dangereux après l'âge critique ; il détermine seulement dans quelques cas une gêne très-légère dans le bassin, ou I3 retour de deux ou trois périodes menstruelles. Mais la plupart des femmes encore réglées , chez lesquelles il se forme dans le tissu propre des parois de la matrice un corps fibreux d'un volume considérable, sont prises de temps à autre de méuorrhagies plus ou moins abondantes, jusqu'à ce que la cavité de la matrice cesse de s'élargir. Il y a quel-

4a CANCER DE LA MATRICE.

quefois des flueurs blanches ou un écoulement sanguinolent entre les époques cUi retour des règles. Quel({ues-uncs de ces malades peuvent devenir grosses , il en est qui ne maigrissent point et ne perdent pas leurs couleurs ; quelques autres maigrissent sans pâlir. Un certain nombre deviennent blêmes et paraissent clilorotiques. Elles éprouvent une gêne notable dans le bassin, les lombes et les cuisses; au bout d'un intervalle qui varie de quelques mois à quatre ou cinq années, la menstruation redevient régulière ou cesse tout-à-fait selon l'âge des malades , et la santé se rétablit. En palpant le ventre, si ces corps fibreux sont un peu volumineux, on découvre à Tliypogaslre une tumeur plus ou moins considérable. En introduisant un doigt dans le vagin , on juge avec facilité du volume de la tumeur comprise entre le doigt qui touche Torifice de la matrice et la main qui comprime l'iiypogastre. En repoussant en haut le col de la matrice, on sent du côté de Tabdonien le mouvement communiqué à la matrice ; et si du c(j(é de ihypogastre on communique à la tumeur un mouvement de gauche ù droite, on sent au miuseau de tanche le mémo mouvement de droite à gauche j de sorte qu'on reconnoit facilement que la tumeur et la matrice forment une même masse. Le col de la matrice est tantôt intact, tantôt presque effacé, plus souvent il n'est que légèrement déformé. Si la tumeur est trop grosse, il est relevé comme dans une grossesse de vsix mois. J'ai vu la tumeur tellement volumineuse qu'elle remontoit au-dessus du nombril. Le traitement se réduit à prévenir et à combattre le dérangement des fonctions utérines. La saignée prévient la ménorrhagie ou la combat. Le repos absolu est nécessaire lorsqu'il y a des pertes ou des règles trop prolongées. On combat la cachexie séreuse à l'aide du kina, des amers, des anliscorbutiques et d'un régime analytique. La grossesse a les plus graves inconvéniens , l'enfant court

Cancer de la motrice. ^3

le plus grand danger, et la mère est presque vouée à une nioit inévitable, à cause des hémorrhngies qui suivent ordinairement les couches dans ces sortes de cas. Ces malades doivent donc renoncer au désir de devenir mères.

Fatal le le des tumeurs fibreuses de la matrice et du cancer de cet organe.

11 n'y a aucun rapport essentiel entre la structure intime des tissus cancéreux et celle des corps fibreux de la ma- Iricc. Au lieu d'être formés comme les squirrhes (Inlrod., chap. 2, art. i) par un tissu particulier et spécial, lardacé, celluleux , luisant, demi- transparent, etc., les corps fibreux sont formés par un lissu composé de filamens et de faisceaux fibreux ( Introd. , chap. 2, § 4- ) analogues aux tissus musculaires , fibro-cartilagineux ou osseux ; au lieu de se ramollir comme les squirrhes, les corps fibreux se durcissent jusqu'à s'ossifier. Nous ajouterons que parmi les nouïbrcux exemples de cancer de la matrice qui se sont oQerls à nous, il n'en est aucun dans lequel l'origine de l'ulcère cancéreux pût être rapportée à la dégénéralion d'u 1 corps fibreux de la matrice. D'après tous ces détails on voit que la luniélacliou considérable et indolente d'une des portions de la matrice, ou de tout le corps de cet organe, n'«st pas le signe d'une maladie scpiirrheuse , susceptible de former un nkère cancéreux; 2** que les tumeurs trèsdures et indolentes qui font saillie au col de la matrice, ou à Torifice utérin, ne sont pas le principe du cancer de la matrice, mais pour l'ordinaire des corps fibreux qui peu- \enl être extirpés avec succès quand ils sont pédicules; 3" que les auteurs qui ont regardé les tumeurs fibreuses de la matrice comme le premier degré du cancer utéinii n'avuient pas des notions assez précises sur la nature de ces deux maladies ( Voyez dans le Dict. des sciences médicales larlicle corps fibreux ^ § xxviii ).

§ 9. Les polypes de la matrice.

Les polypes utérins qui souvent ne sont aulre chose que des corps fibreux , ne se présentent pas toujours à l'orifice de la matrice de manière à ce qn'on puisse les reconnoître par le loucher: lorsqu'ils restent enfermés dans la matrice et qu'ils distendent jusqu'à un certain point ou qu'ils irritent la cavité de ce viscère , ils déterminent des ménorrliagies chroniques, des écoulemens de diverse nature et quelquefois une altération du museau de tanche qui peut être prise pour un ulcère cancéreux. L'état plus lisse , plus mou du museau de tanche, le bâillement plus ou moins prononcé et toujours sans induration de l'orifice utérin , indiquent l'absence de la dégcnération cancéreuse; et dans les cas douteux, en pratiquant de nouveau le loucher tous les miois , on finit presque toujours par obtenir les notions dont on avoit besoin. Quand la maladie est un polype, celui-ci finit quelquefois par dilater l'orifice de la matrice et par franchir le col utérin. Il est alors facile à reconnoître, d'autres fois sans franchir l'orifice utérin, il le dilate assez pour ne plus laisser d'incertitude sur la nature de la maladie. Au reste, quand les polypes ne sont pas opérables , ils se terminent par la mort, comme les ulcères cancéreux de l'utérus. Quand ils peuvent être extirpés, les malades guérissent assez facilement, excepté dans le cas 011 le polype est nature cancéreuse, ce qui est très-rare, comme on le verra chap. xxxiv, art. 3, lorsque nous donnerons l'histoire des polypes cancéreux de la matrice.

ARTICLE V

Diagnostic du cancer de la matrice. ^

Le diagnostic du cancer de la matrice paroît d'antant plus diiHcile qu'on a étudié avec plus de soin les diver-

CANCER DE LA MATRICE. f^5

ses maladies dont nous avons esquissé le tableau dans Tarticle précédent. Toutes pevivent en imposer au praticien ; aussi ne sauroit-on apporter trop d'attention dans l'examen des maladies de la matrice.

A-t-on sous les yeux une maladie chronique de cet organe, qui présente quelque obscurité; il faut se rappeler d'un côté les nombreuses variétés du cancer utérin (art. i" et art. 2 ), et de l'autre, les caractères distinctifs de toutes les sortes de maladies de matrice qui ressemblent plus ou moins par leurs symptômes aux cancers de la matrice (art. IV ). On procédera ensuite à l'examen de tous les signes , et de toutes les circonstances qui peuvent éclairer sur le caractère de la maladie qu'on a sous les yeux. Il faut toujours avoir présentes à l'esprit les remarques suivantes.

1 ° La tuméfaction de là matrice précède bien rarement le cancer de cet organe. 2° Les tumeurs hypogastriques ne sont presque jamais des principes du cancer utérin. 3° La plupart des cancers utérins commencent par une légère ulcération du col de la matrice. ^° Le cancer utérin est un cancer rongeant et non un cancer squirrheux ( 1" partie , chap. 2, art. 2. ). 5° Les désirs de Vénus peuvent coexister avec un cancer utérin. Donnons quelques développemens à ces diverses remarques.

1° On ne>oit presque jamais le cancer de la matrice se développera la suite de l'inflammation, soit aiguë, soit chronique de cet organe (art. 4? S ^ )• ^ ^^ vérité, en lisant la plupart des auteurs qui ont parlé du cancer utérin, on seroit porté à croire que cette maladie succède toujours à un squiirhe plus ou moins étendu , et que rien n'est plus commun que les squirrhes volumineux de la matrice. Gela tient à ce que le cancer de la matrice étoit assimilé au cancer du sein , et par conséquent on le croyoit précédé d'une tumeur squirrheuse : on étoit confirmé dans cette

46 CANCER DE lA MATRICE.

manière de voir, parce que des niédeciiis très -célèbres avoientirouvé dans cet organe des corps durs et volumineux qu'ils prenoient pour des squirrlies , destinés à devenir le principe des ulcérations cancéreuses de la matrice. Mais les prétendus squirrhes sont des corps fibreux (art. iVj § 8), et leur nature est totalement différente de celle des tumeurs cancéreuses indolentes.

2° Les tumeurs qu'on aperçoit quelquefois à l'hypogastre chez des femmes qui éprouvent quelque dérangement du côté des fonctions utérines sont presque toujours des tumeurs formées par les ovaires , par la vessie, ou par des corps fibreux ; si elles existent chez des femmes qui ont un ulcère cancéreux de la matrice , on doit les regarder comme des complications; si elles ont eu lieu dès l'apparition des premiers symptômes du cancer utérin , le ventre présente une très-grosse tumeur ; on peut être certain que cela tient à une complication , et plus souvent encore à la lésion d'un autre organe. La distension de la vessie (i), dont l'urine peut même sortir par regorgement (2), une tumeur développée dans le bassin , ou même un corps fibreux de la matrice, etc. , peuvent compliquer le cancer et être la cause de cette tumeur du ventre qu'on auroitbien tort de regarder comme l'effet de la dégénération cancéreuse de la matrice. Nous avons vu ces diverses variétés ou plutôt ces épiphénomènes , qui avoient été aperçus depuis long-temps , mais par des observateurs qui étoient persuadés que la dégénération cancéreuse faisoit acquérir souvent à la matrice un volume considérable. Ce viscère grossit quelquefois pendant la durée de la maladie, mais s'il parvient quelquefois à acquérir un volume consi-

(1) Bonet. «Sepa/c/iretum , lib. 3, sect. 36, obs. 1, § iv.

(2) Morgagni. De sedib, et causis morb,^ Ep. 39, n** 33.

CllîTGI-R Di: Li. MATRICE. ^7

dérable, ce n'est que daus les derniers temps delà maladie.

3° Le cancer utérin occupe presque toujours dans le principe le museau de tanche ou le col de la matrice. Il commence rarement ailleurs. Morgagni, qui parle de l'invasion de cette maladie dans d'autres parties que le col, ne paroît pas avoir été guidé dans cette assertion par des faits bien constatés. La seule dissection qu'il rapporte, concernant le cancer de la matrice, montre que la maladie avoit commencé par le col de ce viscère ( 31org., ép. 5g, art. 55]. Néanmoins il arrive quelquefois que le cancer de la matrice commence dans la cavité du corps de cet organe. Nous en avons vu un petit nombre d'exemples. Il paroît que d'autres en avoient vu aussi, car il en est fait mention dans quelques auteurs (i).

On trouve dans les livres quelques exemples d'ulcérations qui n'étoient pas semblables à celles que nous décrivons. Mais ces maladies étoient-elles cancéreuses ? Dans ces cancers utérins, qui avoient succédé à des squirrhes, n'y avoit-il pas eu erreur de diagnostic ? Nous ne l'affirmons pas , mais nous le soupçonnons , car tous les ulcères utérins ne sont pas cancéreux ( art. ly^, § 7. ).

4'' J'avois soupçonné en 1802 (2) que le cancer de la matrice ne succédoit pas à un squirrhe étendu de cet organe et qu'il commençoit, dans la plupart des cas, par une ulcération superficielle , ce qui est le signe caractéristique du cancer rongeant ( impartie, cliap. 2, art. 3. ). Toutes les

(1) Lieutaud. Hist. anat^méd.jhh. 1, obs. i386. — Boaet. Sepulch., lib. 0 , sect. 56 , obs. i, § 1. — Morgagiii. Ep. 47» ^° ^6 ex Hoffmann.

(2) Journ. de méd. chir. et pharm.y par xMM. Gorvisart , Leroux et Boyer, lom. v, frimaire an xi.

48 CANCEft DE LA MATRICE.

recherches que j'ai faites depuis celte époque m'ont prouvé que celte présomption étoit bien fondée, et que le cancer de la matrice avoit bien plus de rapport avec les cancers rongeans tels que ceux de la face ( 2," partie , ch. viii, art. 1, § 2 et § 8 ) qu'avec les cancers squirrheux, tels que ceux qui constituent les tumeurs cancéreuses du seinTse partie , chap. 1", art. 1 et 2. ). Voilà pourquoi le corps delà matrice n'acquiert jamais un volume considérable, lorsque le cancer utérin n'est pas uni avec une autre dégénération organique. S'il est quelque cas où la matrice paroisse un peu volumineuse, c'est lorsque la maladie n'ayant pas commencé par le col, celui-ci forme une sorte d'obstacle à la sortie de la couche fongueuse et putride qui tend à se détacher par parcelles; car alors cette couche retenue par le col de la matrice forme une masse qui paroît augmenter le volume du corps de la matrice.

5° Il n'est pas r.ire que des femmes soient encore portées à l'acte de la reproduclion pendant le deuxième et même dans le troisième degré de l'ulcération cancéreuse de la matrice. Quelques -unes ont même des désirs plus vifs que dans l'état de santé, circonstance qui nous a misa même de recuedlir plusieurs faits directement contraires à ce qu'ont écrit quelques auteurs sur la contagion du cancer. Parmi un assez grand nombre d'hommes qui ont eu commerce avec des femmes affectées d'un ulcère cancéreux du col de l'utérus, nous n'en avons vu aucun qui ait eu le plus léger symptôme d'affection cancéreuse, pas même ceux qui ont communiqué avec leur femme atteinte du cancer superficiel arrivé à son troisième degré. Tous se sont exposés impunément à la contagion de celte maladie. Il n'en est même aucun qui ait été pris d'un écoulement puriforme par la verge. L'un d'eux a été atteint presque immédiatement après le coït d'une éruption de petits boulons avec chaleur et démangeaison à l'extrémité

CANCER DE LA MATRICE. /^q

de la verge; mais celle émplion i disparu sponlanémcnt au bout de peu de jours , coniine celles que déterminent quelquefois des fleurs blanches acrimonieuses. La maladie de sa femme étoit un cancer lardiforme au 2' degré. Elle avoit des désirs très-vifs et un écoulement très-fétide, mêlé déji de quelques fragmens putrides. Ces boulons se dissipèrent tiès-promptement. Les autres n'ont rien éprouvé du tout, et jouissent encore d'une parfaite santé, quoique leurs femmessoient mortes, peu de temps après qu'ils avoient cessé de comuiuniqucr avec elles, d'un idcère cancéreux dont nous avons nous-mêmes reconnu l'existence, non-seulement par lés symptômes, mais encore par l'ouverture des cadavres.

Il y avoit vers la fin de 181 1 , ;"> l'hôpital de la Charité de Paris, une femme grosse qui étoit devenue enceinte, étant dans le deuxième degré du cancer utérin. Soi) mari, d'après son rapport, i»'avoit éprouvé aucun inconvénient de ses communications fréquentes avec eUc, jusfpi'au moment où ^lle étoit entrée à l'hôpital.

ARTICLE VL

Traitement du cancer de la matrice.

On ne sait rien de positif sur les moyens de [irévenir lo cancer de la matrice. Nous n'avons jamais vu dégénérer en cancer les engorgemens inflammatoires, laiteux, scrofuleux, goutteux ou dartreux de ce viscère; ct^ si une pareille dégénération a lieu, elle doit être extrêmement rare, carie cancer de la matrice consiste le plus souvent en un ulcère cancéreux primitif (1"= part. chap. 11, art. ;î ); n'esl-il pas aussi quelquefois consécutif ? (//>/t/.)oubien, en d'autres termes, les maladies non cancéreuses de la matrice ne sont-efles pas sujettes à dégénérer en can'^ers comme certaines lésionji

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