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des autres parties du corps? Il est très-probable qu'elles le sont, mais nous ne connaissons jusqu'à présent aucun exemple bien avéré d'une telle dégénération.
Quoiqu'il en soit, voici les principes généraux du traitement qu'on peut déduire de ce qui a été dit jusqu'ici. Lorsqu'une femme éprouve quelque dérangement des fonctions de la matrice, on ne peut prononcer avec certitude sans en venir au toucher-, on pratique donc cette opération, et l'on reconnoît de deux choses l'une : la matrice est dans son état naturel, ou bien elle offre quelque altération dans sa forme, son volume, sa consistance, etc. Dans le premier cas, la maladie ne consiste que dans un dérangement des fonctions ou dans une lésion vitale (Introd. chap. i) ; ce n'est point une maladie cancéreuse. Dans le second cas, il y a lésion organique [ibid.], mais quelle est la nature de cette lésion? on pourra, sinon la reconnoître dans tous les cas, au moins la présumer d'après les caractères que nous avons assignés au cancer de la matrice (art. i), et aux diverses maladies qui s'en rapprochent par leurs symptômes (article 4 et article 5).
En général, quelque opinion qu'on ait sur la nature de la lésion, il est à propos de combattre, par les moyens les plus efficaces, toutes les dispositions morbifiques dont on a lieu de soupçonner l'existence, telles que la pléthore, l'état particulier du système lymphatique qui se manifeste après l'accouchement et qui complique les maladies nommées laiteuses, la disposition aux scrofules , aux dartres, au scorbut, etc. Si l'engorgement ou l'ulcère de l'utérus dépend de l'une de ces dispositions morbifiques, il sera possible de la réduire à l'état d'engorgement ou d'ulcère simple , et par conséquent de le mettre sur la voie de la guérison. Si au contraire ces dispositions morbifiques n'existent que comme complications du vice cancéreux, il est toujours utile de les détruire quand qu le peut.
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Le traitement spécialement dirigé contre le cancer utérin, sans complication, consiste dans l'emploi de moyens généraux^ dans celui de certaines applications locales, et enfin dans l'extirpation de la maladie lorsqu'elle est possible.
1° Moyens généraux. Le régime et les autres moyens généraux qui doivent être mis en usage dans le traitement du cancer de l'utérus sont les mêmes que ceux que nous avons indiqués en traitant du cancer des mamelles (2^ partie, chapilre 1", article 7, § 4^), réunis avec ceux que nous indiquerons dans le chapitre relatif au cancer de l'estomac {1' part., chap. xvni, art. 4 jî mais le siège de la maladie exige quelques modifications dans remploi de ces moyens. L'espèce du cancer utérin nécessite aussi quelque attention dans le traitement, car il est évident que les espèces qui excitent moins de douleurs exigent aussi moins fréquemment l'emploi du traitement palliatif.
Le choix des moyens dont il est nécessaire de faire usage €st toujours déterminé par l'état actuel des maladesj quelle que soit d'ailleurs l'espèce du cancer.
Lorsque les forces ne sont pas encore très-épuisées et que l'embonpoint n'est pas encore remplacé par une maigreur inquiétante, si la malade éprouve une pesanteur notable dans le bassin, ou les symptômes d'une congestion sanguine locale, il est avantageux de prescrire de fréquentes applications de sangsues à la partie supérieure des cuisses, aux grandes lèvres, à l'anus. Au contraire, lorsque les douleurs augmentent sans qu'il existe aucun symiptôme de pléthore locale ou générale, on réussit mieux à les calmer par les anti-spasniodiques et les narcotiques que par les sangsues.
Valsalva (1) conseillait, dans les tumeurs cancéreuses de la matrice, la saignée répétée deux fois au printemps et deux
(1) Morgagni, De sed. et caiisîs'thorb.^ ep. 39, n. 35.
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fois en automne, mais il n'avoit pas des idées parfaitement justes sur le cancer de la matrice, et le traitement qu'il conseille n'a pas à beaucoup près l'efQcacité qu'il lui attribue; aussi est-il probable que les maladies qu'il a guéries par cette méthode étoient des plilegmasies chroniques.
Quand les douleurs sont vives et se propagent dans la région hypogastrique, ou même dans une certaine étendue du petit bassin, on les soulage quelquefois à l'aide d'embrocations avec l'huile de jusquiame, de fomentations émollientes ou narcotiques, de cataplasmes qui réunissent l'une et l'autre de ces propriétés, etc.
Rien n'est plus efficace, pour apaiser les souffrances devenues trop vives, que de petits lavemens faits avec deux à six onces d'un liquide quelconque non irritant, dans lequel on ajoute de l'opium gommeux. On augmente progressivement la dose de ce dernier, dont on ne donne d'abord qu'un seul grain; on élève ensuite progressivement la dose d'opium, sans augmenter la quantité du véhicule.
Pour que ce remède agisse efficacement, il faut le donner immédiatement après que la malade a été à la selle, ou bien après qu'elle a rendu un lavement ordinaire, destiné à évacuer les matières fécales, dont la présence pourrait s'opposer à ce que la malade retînt pendant plusieurs heures le lavement calmant, qui agit d'autant mieux qu'il est plus facilement absorbé.
L'opium employé de cetie manière calme bien mieux les malades, et leur procure un sommeil bien plus tranquille que si on l'administroit par la bouche, et il n'a pas l'inconvénient de nuire à l'estomac. Morgagiai, qui connoissoit combien ces lavemens sont utiles, faisoit étendre l'opium dans du lait (i).
Nous ne parlerons pas ici de l'oxyde d'or, proposé par
(1) Morgagni , De sed. et causis morb., ep. 47 , n. 25.
M. Clirestien , célèbre praticien de Montpellier; on verra, dans la quatrième partie de cet ouvrage, que ce moyen n'a produit aucun effet avantageux dans les cas où nous en avons fait usage contre les cancers de la matrice. Mais il a été utile dans quelques cas de phlegmasie chronique de ce viscère. (2* partie, chap. xiii, art. 4? §6).
•2° Appticatîcns locales. On a conseillé, comme un moyen efficace pourralentir ou même arrêter les progrès du cancer de la matrice, certaines douches ascendantes, très-réitérées et presque continuelles , suivant un procédé ingénieux et très-simple, indiqué par M. Alibeit; procédé qui s'exécute au moyen d'un long tuyau flexible, dont une extrémité, percée communément en arrosoir, est introduite dans le vagin, tandis que l'autre communique avec un grand baquet, placé aune certaine hauteur et rempli d'une décoction émolliente ou narcotique, et quelquefois d'eau pure. Nous avons employé ces douches plusieurs fois dans le traitement des affections cancéreuses delà matrice, sans en retirerd'autre avantage qu'une diminution momentanée des souffrances. M. Alibert n'avait pas obtenu plus de succès ife Remploi du même moyen (1), qui nous a paru très-utile pour accélérer la guérison des phlegmasies chroniques de la matrice (art. 4? § 6).
On parvient souvent à suspendre les douleurs avec des injections émoUientes et narcotiques, faites dans le vagin et la matrice avec les décoctions de mauve, de guimauve, de morelle, de ciguë, de belladone, de têtes de pavots, etc. On réussit quelquefois mieux encore avec des bains de siège faits avec les mêmes décoctions plus rapprochées.
M. Alphonse Leroi fils a fait à l'hôpital St. -Louis des expériences, desquelles il résulte, dit M. Fourcade (2), que
(1) Essai sur le cancer de Vutérus ; par M. Fourcade. Paris . 1805, p. 20.
(2) Ibid., p. 21.
quatre à cinq gouttes d'acide phosphorique, étendues dans une grande quantité de véhicule, administrées en injection et continuées pendant quelque temps, ont procuré plus de soulagement que tous les autres moyens dans les maladies cancéreuses de la matrice. Cependant la diminution des souflfrances se soutint peu de temps.
M. Récamier, médecin de l'Hôtel-Dieu de Paris, a soulagé quelques malades affectées de cancer utérin, à l'aide d'un tuyau de gomme élastique ou de métal, qui écarte les parois du vagin et qui embrasse, dans son orifice supérieur, toute la partie saillante du col de l'utérus. Par ce moyen , on porte jusque sur la partie ulcérée un pinceau chargé de médicamens convenables, tels que le cérat de Saturne, une forte solution d'opium gomnieux, de l'extrait délayé de quinquina, etc.
Lorsqu'il survient des hémorrhagies utérines, abondantes, il est sovivent très- difficile d'y remédier. S'il y a en même temps des signes de pléthore, on suspend l'usage interne des opiacés pour recourir aux mucilagineux et aux astringens , tels que le sirop de grande consoude ou de coing, la gomme kino, la décoction de ratanhia, ou d'autres astringens plus actifs, employés soit à l'intérieur, soit en injection. C'est dans ces cas que l'emploi local de quelques préparations de plonib peut devenir avantageux. Lorsque les hémorrhagies se réitèrent fréquemment, on en éloigne quelquefois les récidives par l'application de quel(^ues sangsues à la vulve.
5° Extirpation de la maladie. Comme le cancer de la matrice commence presque toujours au museau de tanche ou au col de la matrice, il seroit souvent très-avantageux d'enlever la partie dégénérée avant que la maladie n'ait fait de grands progrès. Ce cancer étant presque toujours dans le principe un cancer entremêlé ou un cancer superficiel, il est très-probable que cette opération réussirait aus?i bien
que l'extirpation des porlions cutauées, frappées des mêmes espèces de cancer.
On a vu aussi que, dans bien des cas, toute la surface du museau de tanche étant déjà ulcérée, la dégénération ne s'étendoit point encore au-delà du col de la matrice, de sorle que dans des cancers utérins, déjà fort étendus et persistant depuis plusieurs mois, Textirpation du col de la matrice pourroit encore être faite avec espoir de succès. Mais, lorsque la maladie a fait de plus grands progrès, il faudroit enlever toute la matrice, opération qui, selon toutes les apparences, ne peut être faite avec succès que dans quelques cas trèsrares, où ce viscère, totalement déplacé, descend très-avant dans le vagin ou même hors de la vulve.
Au reste, l'extirpation du col de la matrice, ou d'une partie du col , est déjà une opération si difficile, qu'on n'en trouve qu'un très-petit nombre d'exemples dans les fastes de l'art.
Hoffmann (i) dit avoir délivré quelques femmes du carcinome de l'utérus, en extirpant la partie malade ; mais n'a-t-il pas confondu des polypes avec le cancer utérin ? Il dit que, quand la tumeur pouvoit être rendue visible , il l'altiroit an dehors avec un crochet de fer, il la lioit fortement avec im fil de soie, et il la coupoit avec un fasoir sans occasionner aucune douleur. Dans le moment où j'écris ceci , ajoute-t-il, je viens d'être consulté par une dame qui, depviîs deux ans, avoit un carcinome de la matrice, de la plus mauvaise natvire; elle avoit inutilement consulté plusieurs personnes de l'art. Je touchai la malade, je liai la tumeur avec un fil de soie double, je l'entraînai au dehors et je l'extirpai avec facilité. L'hémorrhagie fut arrêtée avec l'alun calciné. HofTmann déclare avoir guéri de la même maladie une autre femme âgée de 35 ans.
(1) Annot. obs. cent. 3.
Il est facile d'apercevoir que ce praticien a commis une méprise. Il a confondu le polype de l'utérus avec le cancer de cet organe; aussi l'incision n'a-t-elle produit aucune douleur.
11 y a quelque incertitude sur l'extirpation d'une portion de la matrice, par Hoffmann; mais M. Osiander, professeur de chirurgie à Gœttingue (i), a depuis pratiqué cette opération, dans l'intention d'extirper le cancer de la matrice. Il a fait connoître en 1808 les expériences qu'il avoit faites à ce sujet. Il en résulte qu'il a pratiqué huit fois cette opération avec succès. D'autres praticiens n'ont pas été moins heureux en pratiquant la même opération (2).
M. Laennec a donné ses soins à une femme à laquelle un habile chirurgien avoit enlevé la lèvre postérieure de l'orifice utérin , transformée en une tuméfaction cancéreuse, de la grosseur d'un œuf.
Cette femme étant morte long-temps après d'une tumeur cancéreuse développée dans l'abdomen, on trouva la matrice parfaitement saine. A la place de la portion qui avoit été excisée, on remarquoit un enfoncement revêtu d'une cicatrice. La pièce fut présentée à la société delà Faculté de médecine de Paris. Beaucoup d'autres faits prouvent que les plaies de l'utérus se cicatrisent bien plus facilement qu'on ne le croyoit autrefois. Il existe même plusieurs exemples authentiques d'extirpation de la totalité de ce viscère, pratiquée avec succès dans certains cas de prolapsus ou descente complète (Bulletin de la Faculté de mé-
(1) Biblioth. méd., t. xxvu, p. 368.
(2) Nous renvoyons à la fin de l'ouvrage un résumé des travaux récens publiés sur cette question, ainsi que des autres recherches nouvelles, postérieures à la moit de Bayle. et relatives à divers points de la doctrine des maladies cancéreuses.
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lîecine, ii° > •• àe Tannëe 1809 ). Le seul argument solide qu'on puisse opposer à l'extirpalion du cancer de Tulérus, c'est la diflicullé deTexéculer, à raison de la situation profonde et cachée des parties qu'on doit inciser.
Lors même qu'on ne trouveroit pas un chirurgien assez entreprenant ou assez exercé pour faire celte opération, il ne faudroit point encore abandonner la malade à son malheureux soft. Si elle n'avoit encore qu'une petite ulcération au museau de tanche , on pourroit, à l'aide du tube inventé par M. Récamier , porter une petite couche de pâle arsenicale ( 4' partie arsenic) sur l'ulcère. On réitéreroit la même opération au bout de quelques jours, si elle paroissoit avoir du succès. On sait que, dans le cavistique du frère Côme , l'arsenic est mélangé de telle manière qu'il n'est pas sujet à être résorbé et à produire les effets terribles que les médecins les moins craintifs redoutent avec tant de raison.
Pour ce qui est de la récidive de la maladie , elle seroit peut-être un peu moins à craindre qu'après l'extirpation des tumeurs cancéreuses du sein , car le cancer de la matrice est un de ceux qui se compliquent le plus rarement avec d'autres affections cancéreuses ; et en second lieu Tobservation anatomique prouve que le tissu de la matrice est presque toujours sain à deux ou trois lignes audelà de l'ulcère cancéreux. L'analogie de cette espèce de cancer avec le cancer rongeant de la face ( a^ partie , chap. viii , art. 1", § 2) nous porte à croire que, si l'on est obligé de renoncer à l'extirpation d'une portion de l'utérus, on pourra perfectionner l'art d'appliquer la pâte arsenicale sur toute l'étendue des ulcères utérins, sans eiidommagerles parties environnantes. Des essais de ce genre, répétés avec prudence , conduiront peut-être un jour à, quelque méthode de traitement plus efficace que celle.'s auxquelles nous sommes encore réduits.