II
gS CANCER DU BECTUM.
partie supérieure des cuisses surtout du côté interne. Dans le mois de février 1807, les douleurs de colique devinrent très-violentes , le dévoiement augmenta et le malade recommença à maigrir. Je le vis pour la première fois vers le milieu du mois de mars. Il étoit alors dans un état de maigreur très-marqué; il se promenoit encore tous les jours, il avoit repris depuis deux mois le travail de bureau qui le fatiguoit peu, et auquel il étoit livré depuis plus de trente ans.
Il n'avoil point de fièvre, sa couleur étoit d'un jaune paille, l'abdomen étoit bien souple au-dessus dvi nombril j mais dans la région hypogastrique on sentoit une sorte de gonflement universel, sans aucune tumeur distincte. Les urines étoient comme eu santé; les selles étoient rendues avec douleur, épreintes, et précédées de coliques ; les matières évacuées avoient la forme d'une purée d'un jaune pâle et grisâtre. Une matière muqueuse et glaireuscj quelquefois sanguinolente , s'écouloit de l'anus e^ tachoit les chemises depuis six mois. Plus de trente petites duretés circulaires , larges comme des lentilles et des pois, et aplaties, se trouvoient répandues autour de l'anus, sur la partie voisine des fesses , et à la partie inférieure du scrotum. Le tissu cellulaire de toutes ces parties étoit dur, épaissi, et sombloit faire un corps compacte avec la peau. L'intérieur des cuisses étoit un peu enflé et pâteux, les jambes n'étoient jamais enflées. En introduisant le doigt dans le fondement, je trouvai le rectum un peu rétréci au-dessus du sphincter de l'anus , et il paroissoit rempli d'excroissances molles très-nombreuses. Ledoigtne parut pas augmenter les souffrances qui depuis quinze jours étoient quelquefois vives , et accompagnées d'une sorte d'élancement ou de déchirement, peu après que lesexcrémens avoient été rendus.
Des tentes de charpie enduites de cérat, et (quelquefois
CANCER DU RECTUM. gg
d'un mélange de cérat et d'opium, furent mises vainement' en usage; elles élargirent le canal, mais elles ne diminuèrent* pas le dévoiement. La décoction blanche de Sydenham ne produisit pas plus d'effet sur ce symptôme, qui fut quelquefois singulièrement apaisé à l'aide de la venions composés avec quatre onces d'eau distillée de laitue, et l'extrait gommeux d'opium , dont la dose étoit progressivement augmentée. A l'aide de ces lavomensetde la tente de charpie introduite à la hauteur de trois pouces , le malade rendit à diverses reprises des selles presque moulées.
Cependant les jambes s'infiltrèrent , le marasme arriva au dernier degré, les forces s'épuisèrent, et à la fin rien ne put plus apaiser le dévoiement : l'appétit disparut tout-àfait; les coliques étoient presque continuelles quoiqu'elles ne fussent pas bien vives; le malade mourut le 14 juin 1807, n'ayant été complètement alité que depuis huit jours, et ayant conservé sa connaissance jusqu'à son dernier moment. Pendant le dernier mois^ le pouls étoit foible et petit, il paroissoit un peu fréquent le soir , mais il étoit difficile de décider s'il y avoit de la fièvre hectique , ou s'il n'en existoit pas , car la peau n'étoit jamais bien chaude. La maladie avoit duré trois ans et quelques mois.
Ouverture du cadavre vingt heures après la mort.
La tête ne fut pas ouverte, tout étoit parfaitement sain dans la poitrine.
Abdomen, Les reins, la vessie, le foie, la rate, le pancréas, le mésentère, l'épiploon, l'estomac et les intestins grêles étoient très-sains ; le cœur et le colon renfermoient des matières liquides, peu abondantes et grisâtres; ils contenoient beaucoup de gaz. Depuis la fin de l'S du colon jusqu'à l'anus, le conduit intestinal avoit contracté une union très-intime avec le sacrum, à l'aide d'un tissu cellulaire
compacte^ très-épais et lardacé, qui formoit autour de Tinn testin une couche dont l'épaisseur alloit en augmentant depuis le détroit du bassin jusqu'à l'aniis. Ce tissu formoit dans le milieu du petit bassin un corps presque aussi volumineux que le poing; de sorte qu'une partie de l'intestin étoit cachée dans ce tissu, au milieu duquel le rectum se trouvoit. Cette masse cellulaire, lardacée, se continuoit au pourtour de l'anus, à la partie voisine des fesses, et à la partie postérieure et inférieure du scrotum. Partout elle avoit une couleur luisante, d'un blanc jaunâtre, une épaisseur variable dans les divers endroits , mais de près d'un demi-travers de doigt dans les endroits oh elle étoit le plus mince. Elle faisoit corps continu avec la peau, surtout dans les endroits où il y avoit de petites duretés circulaires. Ces duretés étoient formées par une substance plus blanche et plus dure que le reste du tissu lardacé , plus compactes que la peau dont elles étoient une dégénération -, elles étoient fort luisantes, le tissu cellulaire infiltré à l'intérieur des cuisses ne ressembloit en aucune manière au tissu lardacé que nous venons de décrire.
En fendant l'intestin depuis la partie inférieure del'S du colon jusqu'à l'anus, on vit que le rectum était partout très-épaissi^ de sorte qu'à la partie inférieure, à deux pouces de distance de la marge de l'anus, la coupe des parois de l'intestin et du tissu lardacé qui leur adhéroit intimement, avoit près de trois travers de doigt d'épaisseur. A la fin du colon et à la partie supérieure du rectum , les parois intestinales étoient àpe ine un peu durcies et unpeu épaissies : elles étoient d'ailleurs presque saines, mais le désordre augmentoit à mesure qu'on examinoit le rectum plus près de sa partie inférieure. On distinguoit cependant encore presque partout trois substances bien distinctes: i» la substance lardacée placée à l'extérieur; 3° unie substance d'un gris blanc un peu azuré ^ plus ferme que le tissu lardacé,
et qui avoit un peu l'apparence d'un tissu cartilagineux ; 5» une substance plus blanche, et presque d'un blanc de lait dans divers endroits.
La substance lardacée paroissoit formée par une dégénération du tissu cellulaire; la substance cartilagiforme paroissoit une transformation de la membrane musculaire, et la substance blanche paroissoit être la membrane muqueuse dégénérée. Dans les endroits les plus épais, la substance lardacée avoit près de deux travers de doigt, la substance cartilagiforme au moins six à huit lignes, et la substance blanche quatre à six lignes. De cette dernière, on voyoit,dans la moitié supérieure du rectum, s'élever des excroissances lenticulaires et pisiformes, molles, rougeâtres ou noirâtres à leur surface; blanches à l'intérieur, qui étoit parcouru par de nombreux vaisseaux capillaires sanguins qui donnoient au tissu de ces excroissances le même aspect que présente la substance cérébrale chez les très-jeunes sujets. Dans les trois pouces inférieurs du rectum, la surface de la membrane muqueuse n'offroit pas de pareilles excroissances ; tout le tissu paroissoit uniformément ulcéré, mais il y avoit plusieurs fissures ulcéreuses bien marquées, et des restes d'excroissances aplatis.
Une matière purulente, sanieuse et horriblement fétide suintoit de toute la surface intérieure du rectum, qui étoit marbrée de diverses couleurs, rouge, noire, blanche, brune, irrégulièrement distribuées^
2° Observation. — Cancer du rectum , squirrhes du foie , ete,
Joseph Gaudin , manœuvre , âgé de 5o ans , d'un tempérament bilieux , étoit malade depuis près de deux ans, lorsqu'il y a quatre mois et deux jours, cet homme a éprouvé une violente douleur dans le rectum, accompagnée de déjections d'unç matière glaireuse? mousseuse
et sanglante. Depuis lors, difficulté constante d'aller à la selle, et de temps à autre, sortie de petites crottes très-dures et fort petites; puis d'une matière blanchâtre, précédée de l'éruption de beaucoup de vents. Le malade, en portant le doigt dans Tanus, trouve à deux ou 3 pouces nn rétrécissement de l'inlestinj avec une dureté extrême des parois.
Le 25 frimaire, ventre souple, contenant des gaz, et douloureux par la pression de la région iliaque gauche ; le foie ne dépassoit pas ou presque pas les côtes.
Ce malade resta près de trois mois à l'hôpital, son état
empiroit un peu tous les jours : au commencement de ventôse, le membre abdominal droit s'infiltra légèrement
les environs de l'anus devinrent enflés, durs, douloureux.
Le scrotum devint très-gros, et à la fin un peu livide. Le
malade périt en quelques heures, le 19 ventôse.
Ouverture du cadavre.
Le cerveau ne fut pas ouvert.
Le cœur étoit sain, il contenoit des caillots de fibrine jaune , les poumons étoient presque libres et totalement sains; le gauche assez grand, le droit refoulé tout-à-fait en haut par le foie qui étoit extrêmement volumineux et qui, remontant très-haut, ne dépassoit presque pas les fausses côtes du côté de l'abdomen.
Le foie étoit très-gros , il occupoit un très-grand espace et s'étendoitdans Thypochondre gauche; il étoit tout rempli de corps blancs , gros comme des noisettes , des noix , de très - gros marrons , et même plus volumineux. Un grand nombre étoient visibles à l'extérieur, soit par une surface blanche convexe, soit par une superficie entourée d'un
CANCER Ï)U ïlECTtîM. 1C3
rebord, et portant dans son milieu un enfoncement en godet. Tous ces corps, très-nombreux dans les deux lobes, étoient formés par une substance d'un blanc bleuâtre, et un peu luisant, dans laquelle on voyoit des lignes, et même de petites portions de matière d'un blanc jaune opaque.
La substance blanche, luisante, comprimée, laissait exsuder par un grand nombre de points une matière purulente très-blanche. La substance jaunâtre opaque ressembloit tout-à-fait à la substance intérieure des tubercules, ce qui montroit que ces tumeurs étoient formées par l'union de l'affection tuberculeuse avec l'affection cancéreuse. Tous ces corps étoient logés dans le foie, sans en être séparés par une membrane intermédiaire, et ils n'étoient point unis au foie par continuité de substance. — La substance propre du foie étoit saine, la rate étoit saine.
Il y avoit au pancréas deux ou trois corps gros comme des noisettes, et même comme de petites noix , tout-à-fait semblables à la substance des corps trouvés dans le foie ; le tissu propre du pancréas étoit très-sain.
Le mésentère étoit sain.
Il y avoit à la face externe de l'os innominé gauche, visà-vis l'éminenceilio-pectinée, une tumeur oblongue, grosse comme un petit œuf, formée par des corps ronds , et trèsressemblans , pour la forme, la texture, et la composition de substances^ avec les corps trouvés dans le foie.
Il y avoit quelques autres petites tumeurs semblables dans le bassin : les trois derniers pouces du rectum étoient placés au milieu d'un tissu cellulaire ferme, compacte, Irès-durci. La partie supérieure du rectum étoit saine; l'inférieure offroit^ dans une étendue de trois pouces, une ulcération à fissures profondes , à bords élevés et boursouflés, à surface pffrant des excroissances obrondes, ulcérées fongueuses. Les trois tuniques étoient très-profondément
I04 CANCER Dtî RECTUM.
lésées, et tout autour, une couche épaisse de tissu cellulaire participoit à la même lésion. Toutes ces altérations ressembloient tout-à-fait à celles d'un estomac affecté de squirrhes ulcéreux.
Tout le reste du conduit alimentaire, depuis le rectum jusqu'à l'œsophage, éloit parfaitement sain.
Le scrotum et la verge offroient beaucoup de volume, et une couleur bleue. En les incisant, on y voyoit un pus gris qui imbiboit Je tissu cellulaire; il y avoit aussi beaucoup de sanie; une odeur fétide, gangreneuse, et quipicotoit fortement le gosier 5 s'exhaloit de ces parties frappées de gan-» grène.
5^ Observation (i). Cancer du rectum.
Un malade étoit affligé depuis plusieurs années d'hémorrhoïdes internes, qui de temps en temps lui causoient de vives douleurs de colique, qu'il apaisoit en prenant des lavemens émolliens. Un jour, revenant de la chasse, il fut attaqué de coliques plus vives qu'à l'ordinaire. Les lavemens et huit saignées du bras faites en trois jours ne le soulagèrent point; on le saigna au pied, et les douleurs diminuèrent. Il est vrai que ce soulagement fut probablement la suite d'une évacuation de sang que le malade rendit par le fondement. Ce sang noir etgrumelé, qui sortit d'abord en assez grande quantité^ diminua par degrés, et cessa au sixième ou septième jour. Le malade reprit sa vie ordinaire, se ressentant de temps à autre des mêmes douleurs, surtout lorsqu'il alloit à la selle; et comme cette indisposition étoit supportable, il passa un an ou deux sansfaire de remèdes.
(1) Par J,-L. Petit, TraiU des maladies chirurgicales, t. n, p. 84.
CANCER DU BECTUM. lo5
Mais les douleurs qu'il sentoit en allant à la selle devinrent ensuite plus vives : il rendit du sang en plus grande quantité. Souvent il avoit des coliques comme pour aller à la selle, il se présentoit et rendoit du sang noir et caillé. Il appela du secours, mais tout ce que put faire la médecine^ fut de calmer ses douleurs et de modérer la perte du sang. On lui donnoit chaque jour deux ou trois lavemens émoiliens et narcotiques, etc. ; malgré tous ces soins le malade perdoit toujours beaucoup de sang. Les forces s'épuisèrent, il tomba dans le marasme et mourut.
A l'ouverture du cadavre, J.-L. Petit, trouva le foie peu gonflé, mais dur; les différens vaisseaux de la veine-porte gorgés de sang. Les veines liémorrhoïdales , depuis l'S du colon jusqu'au sphincter de l'anus, étoient variqueuses, crevées, ulcérées dans l'intérieur du boyau; les bords de plus d'une trentaine de ces ulcères , le boyau même, dans presque toute son étendue, étoient durs et calleux.
Remarques. Jean-Louis Petit ne connoissoit pas trèsbien la nature de cette maladie, qu'il regarda comme une affection hémorrhoïdale, dans laquelle il imagine que les vaisseaux hémorrhoïdaux , devenus variqueux, s'étoient crevés, et avoient produit les petits ulcères dont les bords étoient durs et calleux. Il avoit bien vu que le rectum étoit aussi endurci dans presque toute son étendue ; de sorte que , malgré sa préoccupation , il a assez bien indiqué l'état de la lésion organique pour qu'il soit facile de reconuoitre la nature de la maladie. Ce célèbre chirurgien avoit traité plusieurs fois le squirrhe ulcère du rectum, qu'il regardoit comme une affection hémorrhoïdale, et il avoit observé souvent aussi l'ulcération syphilitique de cette portion du canal intestinal (i). C'est du squirrhe ulcère du
(1) Loco citaio, p. 86 et suivantes. Il cite plusieurs exemples de cette ulcération véjiériçnne qu'i\ a guérie à l'ajdç des anti- syphilitiques.
io6 ca5<:eb du eectum.
rectum et de Tulcère syphilitique de Panns qn'il parle, lorsque, croyant indiquer one aflFection hémorrhoïdale, il dit avorr Tolout riulérienr dn rectam variqueux . jusqu'à VS da colon; ce qui fait une maladie bien grave, de laquelle il aTO peu de sens guérir, excepté ceux chez lesquels la vérole étoil la c<iase de la maladie ; car dans ce dernier cas, il a ^oeiiré la suérison en administrant un traitement anti- Ténérien (i . D'après cet habile praticien, l'ulcération du rectum, qu'il regarde comme une espèce d'hémorrhoïde. a été prise quelquefois pour le flux hépatique, parce qu'il est rare qu'elle ne s(Mt pas accompagnée d'obstruction au foie , et que d'ailleurs le malade rend des matières sanieuses, des grumeaux de sang noir, quelquefois rouge, des matières purifonnes, jaunâtres, bilieuses, glaireuses et même purulentes , qui sont niéiées avec les eicrémens ordisaires et qui sortent souvent sans mélange, soit avant , soit après les excrém^ns. Aucune opération ne peut être mise en usa^ po«r la cure de celte maladie ; on se contente de faire des injections émoUicntes, anodines, etc. Il est facDe de voir que la rrjaladie dont parle J. -L. Petit doit être regardée comme une ulcération, qui à la vérité peut être compliquée d'hénriorrhoides, mais qui le plus communément est de n atcre cancéreuse ou syphilitique.
4* OBSEiTi-Tioi.. — Sqairrfu du rectum (a),
Une femme de plus de cinquante ans étoit, depuis plus de trois ans. prise d'une affection qui avoit succédé à des hémorrhoïdes, et qui, comme elle le disoit, étoit bien plus
(1 j Loco cUcOo, p. S3.
(2) Meftg^isoi , De scd, et camis morb.^ ep^ 32 , n. 7.
grave. De sorte qu'elle fut obligée d'entrer à l'hôpital des Incurables, où elle fut reçue à la fin de Tan 1704- Valsalva, après l'avoir vue et interrogée , dit ^ Morgagui , avant de l'avoir touchée , qu'elle avoit une maladie incurable du rectum, produite par des tumeurs développées à sa surface interne. Quoique cette femme eût en effet cette maladie et la plupart des signes qui raccompagnent ordinairement , elle n'éprouvoit cependant aucune douleur dans le fondement ; mais elle rendoit par l'anus beaucoup de matières très-félides , en partie liquides . et en partie épaisses. Elle arriva au dernier degré de marasme, et elle étoit consumée dans ses derniers temps par une fièvre dont les exacerbations s'annonçoient par des irissons. Elle mourut un ou deux mois après son entrée à l'hôpital.
Morgagui fendit l'intestin selon sa longueur, et l'ayant bien ouvert , il vit à la hauteur de six à sspt travers de doigt au-dessus de l'anus commencer le rectum épaissi, endurci, et surmonté, tant à sa surface extérieure qu'à sa surface intérieure, par des excroissances nombreuses et rapprochées, grosses comme des fèves; elles étoient lisses à leur surface, solides et compactes à leur intérieur. La dureté et l'épaississement des parois du rectum , de même que le volume de ces corps durs et glanduliformes, alloient toujours en augmentant, à mesure qu'on se rapprochoit de la partie inférieure de l'intestin; mais dans le voisinage de l'anus, le rectum redevenoit sain dans l'étendue d'un travers de doigt. 11 y avoit deux petites excroissances à la marge de l'anus; et la peau étoit légèrement excoriée autour de cet orifice.
Nota. Morgagui dit que cette maladie est reconnue trèsrarement, parce que les malades, et la plupart de ceux qu'ils consultent, la confondent avec les hémorrhoïdes (i).
(l)Ep. 32, art. 8.
108 CANCER Dtî RECTUM.
Il conseille d'employer les mercuriaux, lorsque l'altération i de l'intestin rectum est occasionnée par la vérole , ce qui arrive le plus souvent (i). Du reste, il regarde la maladie comme mortelle , et il pense , de même que Valsalva et Ruysch, qu'on doit s'en tenir à un traitement palliatif (2).
5" Observation.^ Squirrhe du rectum et de la partie inférieure
du colon (5).
Un vigneron , âgé de 37 ans , sec , ardent et mélancolique , éprouva, en 1787, des difficultés d'aller à la selle, qui augmentèrent peu à peu; de sorte que, dans les derniers temps, il falloit des efforts extraordinaires pour expulser les excrémens solides. Cet homme ne s'étoit jamais exposé à la contagion vénérienne , et n'avoit été affecté d'aucun vice auquel on pût attribuer sa maladie.
lorsque ce malade fut admis à l'Hôtel-Dieu, le 2g mai 1791, il étoit tourmenté depuis trois mois d'un dévoiement opiniâtre accompagné d'épreintes. Il sortoit continuellement par l'anus une sanie fétide , ordinairement noirâtre , quelquefois sanguinolente. Le rectum étoit calleux et rempli de tubercules, qui rendoient très-difficile l^introduction du doigt dans la partie la plus large de cet intestin. Les duretés se propageoient au périnée et aux fesses, où se trouvoient deux petits dépôts qui s'étoient ouverts à la marge de l'anus. On voyoit aux bourses plusieurs de ces tubercules cutanés qui surviennent souvent aux seins cancéreux. Toutes les glandes des aines étoient squirrheuses, et la plupart de la grosseur du pouce.
On introduisit dans le rectum des tentes de charpie , dont
(1) Ep. 32, art. 3.
(2) Ep. 32,art.|9.
(3) Par ]V1, Boulet, Journal de^ VesauKp X, ii, p. 225.
CANCER DU RECTUM. ià^
on augmenta progressivement la longueur et l'épaisseur, à mesure que la dilatation de l'intestin le permettoit.
L'écoulement devint blanchâtre, et le dévoiement cessa. Le vingtième jour, la partie inférieure du rectum étoit assez dilatée pour admettre des tentes fort grosses; mais, quoiqu'elles eussent six pouces de longueur , l'intestin étoit encore rétréci au-dessus de l'endroit où elles parvenoient ; car on y sentoit de la résistance , et le malade continuoit à éprouver de la difficulté à rendre les excrémens.
On parvint , en moins d'une semaine, à porter ju&qu'à dix pouces au-dessus de la marge de l'anus , les mèches qu'on avoit amincies. Il eût même été facile de les introduire plus avant si le rétrécissement de l'intestin avoit paru s'étendre au-delà.
Bientôt, à l'aide de la dilatation qui avoit été opérée , le passage et l'expulsion des matières fécales devinrent faciles; l'état du malade s'améliora , il put se lever et se promener. Ce bien-être ne fut pas de longue durée. Quinze jours après, des douleurs profondes dans les membres^ auxquelles il étoit sujet depuis plusieurs années, augmentèrent tout-à-coup et devinrent violentes pendant les nuits. On crut alors devoir administrer les bois sudorifiques, et la liqueur de Van- Swieten. Au bout de six semaines de ce traitement, il n'y avoitpoint d'amélioration; au contraire^l'intestin devint plus douloureux. Les squiirhosités qui environnoient la marge de l'anus s'étendirent du côté des bourses. Les douleurs du bas- ventre, qui n'avoient jamais cessé totalement, augmentèrent en même temps, et déterminèrent à supprimer la liqueur de Van-Swieten. Bientôt après, la suppuration par le rectum fut plus abondante et plus séreuse 3 il survint un dévoiement coliiquatif. Le malade s'affoiblit de plus en plus, et mourut enfin , le 23 septembre 1791? au bout de quatre mois de séjour à l'hôpital, et quatre ans et demi après le commeucement de sa maladie.
IIO CAlfCEK HV RECTUM.
Ouverture du cadavre.
Le calibre des intestins étoit beaucoup moindre qu*il né l'est ordinairement , surtout depuis le commencement de niéon jusqu'à l'anus. Le mésentère étoit parsemé de glandes squirrheuses , dont, la plus grosse n*avoit pas trois lignes de diamètre. Le pancréas étoit un peu plus volumineux que dans l'état naturel, et squirrheux dans toute son étendue.
La vessie étoit saine : toutes les autres parties contenues dans le bassin ne formoient qu'une masse carcinomateuse, continue avec le périnée et les fesses, et dont la subwStance, scîiiblable à du lard, par sa consistance et sa couleur, renfermoit plusieurs foyers purulens, tels qu'on en trouve dans l'intérieur des glandes cancéreuses, lorsqu'elles sont prêtes à s'ulcérer.
L'intestin compris dans cette masse y adhéroit de toutes parts, et se confondoit avec elle extérieurement. Sa tunique interne, saine en apparence, étoit flasque et ridée ; elle étoit couverte d'une matière sanieuse qui paroissoit suinter de toute sa surface. Les autres tuniques, confondues entre elles ne se distinguoient du reste de la masse cancéreuse que par leur couleur et leur dureté, semblable à celle d'un cartilage. Leur épaisseur étoit de trois lignes près de l'anus, elle diminuoit ensuite insensiblement, jusqu'au niveau de la dernière vertèbre des lombes, où les parois du conduit intestinal étoient dans leur état naturel. Les tentes étoient parvenues jusque-là. On y trouva même l'extrémité de celle qu'on avoit employée au dernier pansement. Il paroît que l'introduction des mèches avoit changé la direction ordinaire de la partie supérieure du rectum et de Id portion correspondante du colon, puisque le canal in-
CANCER DO BECTTJM. 111
testinal descendoit en droite ligne de la dernière vertèbre lombaire jusqu'à Tauus.
Remarques sur cette observation. — Comme j'ai observé des maladies tout-à-fait semblables à celle dont on vient de lire l'histoire, je n'ai pas craint d'insérer ici ceite observation, dont je n'oserois pas garantir tous les détails. Ainsi , sans nier l'inlroductiou de la mèche jusqu'à la hauteur de la première vertèbre lombaire , j'avoue qu'elle me paroit très-étonnante. Je dirai la même 'chose du redressement de l'intestin, placé au milieu d'une masse lardacée aussi ferme que celle qui l'entouroit. Enfin, l'état sain en apparence de la membrane muqueuse ne me paroît pas pouvoir s'accorder avec ce que le même observateur ajoute, lorsqu'il dit qu'une matière sanieusc paroissoit suinter de toute la surface de cette membrane.
Il est probable que la préoccupation de fauteur, relativement aux grands avantages des tentes de charpie employées contre cette maladie, a été la cause des inexactitudes que paroît présenter cette histoire, d'ailleurs très -intéressante.
6* OBSERVATION. — Ccincer du rectum et squirrhe du foie (i).
M. MoUera tomba de cheval en 1761; depuis ce temps il se plaignoit souvent de douleurs au foie : il devint mélancolique, et il eut de temps à autre un appétit extraordinaire. Il éprouva, il y a environ quatre ans, de fréquentes hémorrhagies intestinales, et rendit des concrétions graisseuses par le fondement. Une tumeur, qui se forma peu de temps après, occupoit le rectum, bouchoit le passage des matières, et incommodoit beaucoup le malade. On en fit la ligature ;
(1) Par M. Durande, de Dijon. — Mémoires de la Société royale de médecine, années 1777 et 1778 , Histoire^ page 223.
112 CANCER tV RECTUM.
il en survint d'autres quelque temps après. Ces dernières n'avoient plus la même consistance : elles se coupoient dès qu'on vouloit les saisir pour les lier. Le malade n'avoit d'abord eu que des accès de fièvre irrégulière. Enfin, la fièvre ne le quitta plus , le cours de ventre, avec un dégoût extrême, le fit périr le 7 novembre i774'
Ouverture du cadavre.
Son corps fut ouvert le 8. La partie inférieure du rectum étoit Irès-dilatée, et tous les intestins gonflés : il y avoitune sérosité muqueuse épanchée dans le bas-ventre. On trouva vers la partie supérieure du rectum plusieurs tumeurs carcinomateuses, les unes assez dures, peu élevées et blanches; d'autres mollasses, plus élevées et brunes. Au-dessus de ces tumeurs, l'intestin étoit très-resserré ; le foie étoit parsemé de tubercules ronds, blancs et delà grosseur d'un pois. Us pénétroient dans la substance de ce viscère, et s'élevoient un peu au-dessus de sa surface. On en trouvoit d'autres plus considérables dans rintérieur de ce viscère : à sa partie supérieure on observa une énorme masse de même nature, blanche, entremêlée de membranes^ assez ferme, et qui néanmoins se coupoit facilement avec le scalpel. Cette masse pesoit onze livres , et le foie entier quatorze livres ; toutes ces tumeurs n'avoient point passé à la svippuration. Le malade n'eut jamais de toux ni de douleur à l'épaule.
Remarques sur cette observation. — La grosse masse blanche dont il s'agit ici, et les petits corps blancs situés dans le foie, et désignés par M. Durande sous le nom de tubercules, étoient des corps cancéreux développés dans le foie. (Voyez notre article sur le cancer du foie.) Il y avoit ici la réunion du cancer du foie et du cancer du rectum.
7° OBSERVATION. — Cttucev du rectum et cancer du foie (i).
Un ecclésiastique âgé de 54 ans, très-pieux, adonné aux travaux de cabinet, irascible, commença à éprouver des dérangemens dans ses digestions. Il orut devoir user d'un peu de vin pur et du café à l'eau; ce régime aggrava ses maux, il s'obstina néanmoins à le continuer parce qu'il lui procuroit un instant de bien-être. Il éprouvoit 4? ^ à 6 heures après ses repas des douleursde coliques vives. Le mai étoit déjà fort ancien quand ce malade demanda les secours de l'art. Des bains, de doux laxatifs , etc, qui furent conseillés, produisirent peu d'effet. Les douleurs de colique prenoient plus d'intensité , et dans la semaine sainte de l'année 1770, un excès de ferveur ayant emporté cet ecclésiastique zélé, il fut tourmenté de coliques îrès-vives qui firent craindre pour sa vie, d'autant plus que les déjections étoient sanguinolentes , et un engorgement qu'on avoit trouvé dans le foie, il y avoit plus de quatre ans, augmentoit sensiblement depuis un certain tempy. A la fin cependant la violence des accidens se calma.
Comme le malade avoit beaucoup de difficulté à recevoir des lavemens , et que celui qui les donnoit avait senti quelque chose de rénitent au bout de la canule, on n'osa plus essayer d'en donner. Cependant, les souffrances augmentant chaque jour, le malade, ennuyé de sa situation, prit en deux fois une prise et demie des poudres d'Aillaud (purgatif violent), qui lui occasionnèrent des douleurs atroces et des vomissements qui ne le quittèrent qu'à sa mort. Depuis la prise de ces poudres, le ventre fut toujours prodigieusement tendu; mais il se détendit vingt-quatre heu-
(1) Journal de médecine, 1770, t. xxxiii, p. 128. IL 8
il4 CANCER DlJ RECTUM. •
res avant la mort, qui fut précédée d'évacuations alvines très-abondantes, attribuées par le médecin du malade au relâchement général qui succédoit à la violente inflammation occasionnée par la prise des poudres d'Aillaud.
Ouverture du cadavre faite le 23 Juin 1770 , 17 heures après la
mort.
Tout Textérieur du corps présentoit le dernier degré de marasme. La peau étoit comme du parchemin j les poumons étoient sains, le cœur mou et flasque.
£^ans l'abdomen , l'épiploon étoit presque détruit ; le foie avoit plus du double de son volume ordinaire. 11 étoit dur, squirrheux, plein de tubercules blancs de diverse grosseur contenant tous une humeur sléalomateuse un peu plus liquide dans le centre de chacune de ces tumeurs : une d'elles, située à la partie inférieure du bord tranchant du grand lobe de ce viscère, près la ligne médiane, étoit ulcérée de la profondeur d'un demi-pouce; elle étoit inégale, calleuse, et rendoit un ichor jaunâtre. Toutes ces tumeurs faisoient saillie, tant dans la partie convexe que dans la partie concave de ce viscère qui remplissoit toute la région épigastrique , s'avançoit jusqu'aux côtes du côté gauche , et occupoit inférieuremejit la plus grande partie de la région ombilicale, de sorte qu'il recouvroit l'estomac; la vésicule du fiel étoit saine et remplie d'une bile verte.
Il y ayoit environ une chopine de sérosité verdâlre et très-fétide^ épanchée, dans la cavité abdominale. La rate étoit petite et desséchée : le pancréas étoit aussi fort petit, dur et desséché. Les intestins avoient contracté de tout côté des adhérences fort multipliées avec le péritoine. L'estornac étoit très-petit, et il participoit à une phlogose générale, dont tous les intestins étoient attaqués. Tous les in-
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teslins étoient remplis d'air ; et le colon avoit acquis une distension prodigieuse, de sorte qu'il cédoit à peine sous les doigts qui le pressoient. En suivant le canal intestinal d'un bout à l'autre , on ne trouva aucune obslruclion depuis l'estomac jusqu'au rectum ; mais ce dernier se trouva depuis sa naissance occupé par une tumeur intérieure , dans un trajet d'environ 6 pouces. Elle commençait à la partie supérieure de l'os sacrum, et étoit séparée en deux dans sa longueur par un léger étranglement. Cette tumeur ayant été détachée de ses connexions extérieures , an'érieures et postérieures , on voulut soulever l'intestin rectum qui se rompit , se sépara en deux , avi plus léger effort, et fit voir et découvrir un ulcère cancéreux dont les parois étoient d'un bleu noirâtre, rendant, outre les matières dont cet intestin est le réceptacle , une sanie qui , malgré sa petite quantité, suffit pour infecter tous les apparlemens. Quoique l'odeur qui s'exhaloit fût absolument insoutenable, on eut le courage d'enlever cet intest iu; après l'avoir lavé dans beaucoup d'eau , on vit que l'ulcère dana toute sa longueur avoit non-seulement oblitéré le canal de l'intestin, mais encore Tavoit séparé en quatre sinus. Le plus grand des sinus nccupoit le centre et les autre» plus petits étoient disposés en triangle, deux supérieurs et un inférieur. Le reste de l'intestin , qui avoit une étendue de trois travers de doigt, depuis la tumeur jusqu'à l'anus, était sain.
On ne trouva pas de sang dans les vaisseaux sanguins de ce cadavre ; la surface du corps et les membres étoient d'un froid glacial au moment de la mort. Immédiatement après la chaleur se développa , et au bout de dix-sept heu^ res elle s'élevoit à un degré au-dessus de l'étal naturel, tant à la surface des membres que dans l3s autres parties. Rien n'annonçoit cependant le commencement de la putréfacfaction.
Ïl6 CANCER DU RECTUM.
'Remarques sur cette observation. On voit ici , comme dans plusiems autres cas la coïncidence d'une tumeur cancéreuse ulcérée dans le rectum, et de plusieurs corps cancéreux développés dans le foie. Les tumeurs que l'auteur de cette observation a désignées sous le nom de tubercules étoient probablement des tumeurs cancéreuses comme celles des autres sujets chez lesquels on a vu des corps blancs développés dans le foie , et des cancers dans une autre organe ; comme on peut en voir de nombreux exemples dans ce traité. Si ces tumeurs avoient été des tubercules ramollis , le liquide qu'on vit dans le centre de quelques-unes auroit été grumeleux; et celle qui étoit ulcérée n'auroit pas eu l'aspect que présentent les ulcères cancérevix.
8* OBSERVATION. — Scjulrrhe du rectum {i) et calcul des reins.
Un des amis de Ruysch , à la fleur de l'âge et d'un tempérament naélancolique , étant allé en Irlande , y fut pris d'une difficulté d'uriner. Celte gêne augmenta en peu de temps, de telle manière qu'il avoit à tout moment des envies d'uriner très- pressantes. L'urine ne pouvoit être rendue que goutte à goultC;, avec des efforts continuels et des douleurs très-vives et insupportables.
A cette cruelle maladie il s'en joignit peu de temps après une autre qui n'étoit pas moins pénible, savoir : une très-grande difficulté d'aller à la selle. L'intestin rectum devint épais et squirrheux, et sa cavité s'oblitéra presque tout-à-fait, car à peine pouvoit-on y introduire entièrement un stylet de l'épaisseur d'une paille. Les urines étoient mêlées de sanie et de pus. La rétention des urines et des
(1) Ruysch., Obs. anat» et chir,, obs. 95.
selles se trouvoit accompagnée de tourrnens continuels et si grands que tout le monde fuyoit la présence de cet infortuné. De retour à Amsterdam il s'adressa à Ruysch qui ne pvit le soulager. Les deux maladies ne firent qu'augmenter de plus en plus, et ce malade mourut. Ruysch trouva dans le bassinet de chaque rein une pierre d'un volume prodigieux ^ et outre ces deux pierres il en rencontra une troisième fort grosse dans le milieu du rein droit. Les artères et la vessie étoient en bon état.
Le rectum étoit tellement épaissi de tous les côtés, qu'il avoit presque plus d'un pouce d'épaisseur ; outre cela il s'étoit endurci de telle manière que Ruysch fut en doute s'il devoit le regarder comme charnu ou comme cartilagineux. La cavité de cet intestin n'avoit pas plus de diamètre que la largeur d'une paille. En outre , les parois du rectum adhéroient tellement à l'os sacrum qu'il fut impossible de les en séparer avec le scapel ; on eut même beaucoup de peine à en venir à bout en faisant usage d'un coin de fer et d'un maillet de bois. Ruysch conserva cette pièce d'anatomie pathologique. Le même auteur rapporte (obs. 96) une autre observation de squirrhe du rectum chez un autre individu qui devint aussi la victime de cette maladie. Ce dernier ne pouvait , en poussant un peu fortement , introduire le petit doigt dans la cavité rétrécie de l'intestin. On essaya en vain de sauver le malade en faisant des incisions à la partie squirrheuse : il mourut quelques semaines après.
9^ OBSERVATION. — Eléphantlasls des Arabes simulant le squirrhe
du rectum.
Une brodeuse , âgée de trente-cinq ans , née de parens scrofuleux, et sujette dans son enfance à divers engorgemens glanduleux et à la teigncj avoit commencé à Tà^e de
Il8 CANCER DU RECTUM.
la puberté à jouir d'une bonne santé : elle avoit cependant presque toujours des plaques dartreuses aux cuisses. Ayant vécu d'une manière très-régulière, elle n'avait jamais été exposée à contracter de maladie vénérienne.
A l'âge de trente-trois ans , elle commença à éprouver dans le fondement des cuissons des démangeaisons insupportables. Déjà, dès ses premières années, elle avait eu souvent dans cette partie des démangeaisons vives, accompagnées de rougeur autour de l'anus , ce qui étoit occasionné en partie par des vers ascarides dont elle ne fut jamais parfaitement débarrassée dans tout le cours de sa vie.
Deux mois après le commencement des cuissons dont nous venons de parler, cette malade fut prise de vomissemens et de fièvre; elle fut obligée de garder le lit pendant vingt-quatre heures. Elle avoit une rougeur et une inflammation autour du fondement et de larges éruptions rouges aux cuisses.., elle fut bientôt remise; mais au bout de quatre mois elle éprouva une reprise de cette maladie accompagnée d'une enflure encore plus considérable à la marge xle l'anus. Plusieurs petites plaques dartreuses persistèrent pendant plus de quinze jours. La malade s'étant levée, elle commença le lendemain à éprouver de la difîicplté à aller à la selle. Cette difficulté diminua insensiblement et finit par disparaître ; mais, une nouvelle reprise de l'inflammation et de la fièvre ayant eu lieu environ deux mois après, la difiiculté de rendre les excrémens recommença, et elle fut bien plus opiniâtre. Depuis cette époque, il y eut de loin en loin des retours de cette maladie fébrile, et à chaque fois les selles devinrent pins difficiles. La malade commença môme à trouver un gonflement persistant autour de l'anus ; il y avoit continuellement de la démangeaison et descqis&onsdansle fondement.Un chirurgien célèbre qui fut consulté con&eilla l'usage des iavemensetune tisane de
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racine de bardane et de saponaire. Ces moyens ne produisirent qu'un bien foible soulagement; de sorte que, les accèf de ceUe maladie continuant à revenir, la difficulté de rendre les excrémens devint excessive 5 fies icoliques \ives annonçaient le besoin d'aller à la .selle, et après les plus grands efforts^ il ne sortoit que des matières comme passée? à la filière et aplaties. La malade devint sujette à des accès de coliques violens qui se terminoient par une sorte de dévoiement «éreux qui procuroit un soulagemeiît marqué. Cependant les accès de la maladie se rapprochoient , et les souffrances augmentoient.
Il y avoit près de trois ans que cette maladie avoit coni meucé , et les règles n'avoient jamais été dérangées. V. y avoit seulement un amaigrisement marqué, lorsque cette malade fut prise d'une fièvre accompagné'e d'envies de vomir continuelles, d'une douleur violente dans toute la lête et de délire, marqués paj- instant. Pn crut d'abord f|ue c'étoit la maladie habituelle; mais le troisième jour de celle lièvre on vit bien qu'on s'étoit trompé, et celle falle fut conduite le quatrième jour à la Charité, le 6 mai 1807. Il fut impossible de lui donnfr un lavement qui avoit été ordonné Sa sœur, quiéioit venue la voir dans I^ journée, confir^ia ce qu'elle avoit dit rclalivenient au resserrement de l'aiius .^i^ï** ^ï^^c étoit affîigée; le second jour de son entrée à l'hôpitsil elle avoit toute sa tète, et elle raconta en détail rhistoire c]^ sa maladie. Je i'examiiîai avec soin après la visite : tout le pourtour de l'anus étoit dur, inégal, et comme squirrheux; le gonflement se prolongeoit du côté de la fesse gauche où Ton voyoit plusieurs plaques dartreuses; la peau, boursouflée, présentoit diverses fissures profondes sans altération. En pressant fortement avec le doigt on faisoit un peu céder cette dureté. L'anus étoit très-resserré ; il fut impossible d'introduire le petit doigt dans le rectum ; à peine ful-il possible d'y faire entrer une grosse plumée à écrire qui n'^-
voit pas encore été taillée. On sentoit une résistance singulière en cherchant à faire vaciller la plume introduite dans l'anus.
Il fallut renoncer à faire donner des lavemens. Le redoublement delà fièvre fut très-fort dans l'après-midi du même jour. Le délire s'établit dans la nuit suivante 5 la malade marmottoit continuellement des mots tirés de diverses prières latines, la langue présentoit dans son milieu une bande sèche et brune, etc. La maladie fébrile continuant à faire des progrès , il y eut des soubresauts des tendons , etc. Cette fille expira dans la nuit du 12 au 10 mai, le neuvième jour de sa maladie aiguë.
Ouverture du cadavre.
Tête. Le cerveau étoit bien sain ; mais il y avoit une sorte de sécheresse à sa surface , et les vaisseaux sanguins qui entrent dans son tissu étoient remplis de sang qui suintoit en très-petites gouttelettes des incisions qu'on y faisoit. Il y avoit environ un gros de sérosité dans chaque ventricule latéral du cerveau.
Thorax. Les poumons contenoient beaucoup de sang dans leur partie postérieure ; ils étoient d'ailleurs sains. Le cœur étoit rempli de sang noir caillebotté.
Abdomen. Le foie étoit gorgé de sang , mais sain. La rate étoit très-grosse et mollasse; le pancréas étoit sain; l'estomac et les intestins grêles, de môme que le colon, renfermoient beaucoup de vents. Il n'y avoit daas le colon descendant que des matières fécales liquides.
Les reins, la vessie et la matrice étoient dans l'état naturel. La membrane hymen étoit persistante, et elle présentoit une fort petite ouverture pour le passage des règles.
Le tissu cellulaire des parties, précédemment endurcies autour de l'anus, fut examiné avec soin. Il étoit fort dur.
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épais de plus d'un travers de doigt ; d'un jaune blanchâtre, et comme lardacé. Mais, en le comprimant avec force, on en faisoit sortir, quoique avec une très- gi-ande difficulté, une certaine quantité de sérosité presque incolore^ et conune albumineuse et glaireuse. On réduisoit par ce moyen presque tout ce tissu boursouflé à l'état où il se trouve dans les hydropisies très-rénilentes ; il conservoit cependant un peu plus de consistance.
Après avoir enlevé du bassin toutes les autres parties, on trouva l'intestin rectum dans l'état naturel à sa partie supérieure. Mais, à sa partie inférieure, il étoit entouré d'un tissu cellulaire, graisseux, très-dense, très-consistant, d'un blanc jaunâtre, semblable à celui qui entouroit la marge de l'anus. Ce tissu comprimé rendoit aussi de la sérosité, qu'on avoit beaucoup de peine à fairesortir des cellules qui la contenaient.
L'intestin ayant été fendu, on le trouva altéré dans les deux pouces inférieurs seulemeot. Sa surface, dans l'endroit altéré , étoit irrégulière, marbrée de diverses couleurs , brune, rouge, blanche, il y avoit de [petites excroissances molles, dont quelques-unes étoient de la grosseur d'un pois. On y voyait des excoriations dans divers endroits,
La membrane muqueuse étoit un peu épaissie ; en la comprimant on n'en faisoit pas sortir de sérosité, mais elle se ramoUissoit, et après une pareille compression, les excroissances étoient tremblotantes et comme infiltrées de fluide séreux que l'on ne pouvait pas cependant exprimer. La membrane musculaire était un peu épaissie et durcie, mais ou pouvait la ramollir en la pressant entre les doigts. Le tissu graisseux qui entouroit la membrane musculaire pressoll l'intestin de toutes parts et paroissoit la principale cause de son rélrécis?ement.Ce tissu cellulaire, comprimé, fournissoit de la sérosité glaireuse eu assez grande quantité.
Mais ce n'étoît que par des pressions fortes et réitérées qu'en pouvoit la faire sortir.
Je ne sus pas à quelle sorte de dégénération je devois rapporter cette maladie, que je connus bien n'être pas squirrheuse. Ne tenait-elîe pas à un éléphanîiasîs des Arabes?
10^ Observation. Induration et rétrécissement de fcmus avec une fistule recto-vaginale, produite par une ulcération syphilitique (i).
Une femme âgée de 57 ans, reçue à THôtel-Dieu le 20 octobre 1788, avoit un rétrécissement notable de l'anus avec une fistule reclo-vaginale. Le rectum n'étoit pas encore totalement fermé par les callosités. Une partie des excrémens passoit encore par l'anus, l'autre pénétroit à Iravers la fistule jusque dans le vagin. Les premiers accidens avoient suivi de près la suppression d'une gonorrhée et la disparition de chancres, auxquels on avoitfait un traitement palliatif et purement ioca!.
L'usage des tentes, joint aux remèdes anti-vénériens, détruisît dans l'espace de deux mois toutes les squirHiosMés de l'intestin. Le trou de la partie postérieure du vagin étoit alors très-petit : comme il n'y passoit plus riendepuis longtemps, la malade crut n'avpir plus besoin de traitcmeiît et sortit de l'hôpital.
IS' B. Dans celle histoire , les mots callosité, squîrhosités, etc., sont synonymes du mot induration. Ils ne désignent pas un endurcissement de la nature des squirrhes cancéreux.
(1) Journal de chirurgie deDesault, t. i, p. 276,
lie Observation. Induration et rétrécissement de L' intestin rectum, ^ui par ois s oient devoir être rapportés cil' induration lymphatique (i).
Reine Colot, âgée de 44 ans/ d'un tempérament sauguinbilieux, et d'une assez bonne constitution, éprouva vers la fm de l'année 1787 des douleurs et des cuissons très-vives à la marge de l'anus , lesquelles revenoient chaque fois qu'elle se présentoit à la garde-robe. Il parut alors à cette parlie des tubercules durs et douloureux, qui s'opposoient au libre passage des matières. îl survint des épreintes presque continuelles, et les douleurs devinrent insupporiabies lorsque cette femme faisoit des efTorîs pour aller à la selle. Plusieurs médecins et- chirurgiens, consultés tour à tour, regardèrent cette maladie comme une simple incommodité jiroduite par des hémorrhoïdes, et crurent qu'elle alloit céder promptement aux remèdes usités en pareil cas : onguent de toute espèce, fomentations , bains, boissons, bols savonneux, pilules, etc., to;U fut employé et sans succès pendant plusieurs mois consécutifs. La maladie allant en augmentant et faisant même des progrès rapides, bientôt l'issue des excrémens devint si difficile, que la malade se présentoit jusqu'à 20 fois à la garde-robe avant de pouvoir en rendre quelques faibles portions. Ils ne sortoient que mioulés , dans la forme et de la grosseur d'un tuyau de plume, et avec des douleurs si violentes, que cette femme (qui avoit eu neuf enfans) les jugeoit plus fortes que les douleurs de l'enfantement. Elle se laissoit presque mourir de faim pour éloigner le besoin d'aller à la garde-robe : aussi les souffrances et l'inanition l'avoient elles réduite dans un tel état de
(1) Par Dçrrecagaix , Journal de chirurgie à.- Desault, t. 1, p. 268.
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foiblesse, qu'elle pouvoit à peine se soutenir, lorsqu'elle S( rendit à l'Hôtel-Dieu de Paris, le 1 5 janvier 1791. ' M. Desault essaya en vain de porter dans le rectum l'ex- Irémité du doigt enduit de cérat, il ne put même y passai une algalie de femme, qu'en la déviant alternativement i droite et à gauche, afin d'éviter les tubercules et les bourlets durs et douloureux qui remplissoient presque toute h capacité de ce canal, et qui empêchoient d'y introduire le sonde en droite ligne.
Cette maladie fut traitée par la compression, que l'on fi au moyen d'une tente de charpie, longue, nouée et repliée dans son milieu, enduite de cérat, et portée dans le rectun à l'aide d'un stylet fourchu. Quoique cette tenle n'eût d'à bord que la grosseur d'un tuyau de plume, on ne put cependant la faire pénétrer qu'à deux pouces de profondeur On plaça sur les tubercules extérieurs des compresses épais ses, soutenues d'un bandage triangulaire; la malade fu mise à l'usage d'une boisson légèrement diaphorétique, e au riz pour toute nourriture.
Cette femme parut soulagée dès le même jour. Excitée sans doute, par l'espèce de suppositoire qu'elle avoit dan! le rectum, elle eut le soir une selle copieuse qui ne lu causa point des douleurs aussi vives qu'elle en éprouvoii ordinairement. Elle fut ensuite repansée comme la première fois ; mais la tente de charpie pénétra plus avant L'appareil resta jusqu'au lendemain malin ; on l'ôta alors pour donner un lavement, et les matières , ainsi délayées . sortirent sans causer beaucoup de douleurs ; on introduisit avec facilité une tente plus grosse et plus longue que celle de la veille.
La malade fut pansée deux fois par jour jusqu'au sixième, en augmentant un peu. à chaque pansement la grosseur e1 la longueur de la tente. Les forces commençoient alors à revenir. Les excrémens sortoient sans douleur à l'aide
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d'un lavement qu'on faisait prendre le malin. L'intestin avoit acquis assez de capacité pour admettre le doigt. M. Desault y reconnut partout où il pouvoit atteindre des bourrelets calleux, trés-sensibles et très-duis à leur base, mais moins vers leur bord libre, qui avoit sans doute été amolli par la compression que la tente y avait exercée. Dans la suite, on ne changea plus l'appareil qu'une fois en 34 heures. Les tentes, augmentées graduellement, eurent bientôt acquis une grosseur considérable. La malade n'en était nullement incommodée; sa santé et ses forces se rétablissoient de jour en jour.
Le vingt-cinquième, M. Dusault examina de nouveau l'état de l'intestin ; et au lieudes tubercules et des bourrelets durs et douloureux qu'il avait rencontrés d'abord , il ne trouva plus que des replis moUasses, affaissés, et qui n'étoient plus douloureux au loucher. Les tubercules placés à la marge de l'anus étoient si affaissés, qu'on n'en apercevoit presque plus les vestiges. On continua cependant l'usage des tentes, dont on augmenta encore le volume, au point que le trente-cinquième jour elles avoient un pouce de diamètre.
Le quarante-cinquième, on apprit à cette femme h s'introduire ces tentes, afin que, s'en servant de temps en temps, elle fut en état de prévenir par la suite le retour de la maladie. Elle se pansa elle-même pendant dix-huit à vingt jours qu'on la retint encore dans l'hôpital, afin de mieux constater sa guérison. Elle sortit enfin, pour reprendre ses travaux de la campagne, le soixante-septième jour de son entrée à î'Hôtel-Dieu, et vingt-six mois après le commencement de sa maladie.
Remarques sur celte observation. — Puisque ces souffrances avoient commencé vers la fin de L'année 1787, et que celte femme n'entra àl'Hôtel-Dieu que le i^ janvier 1791, la maladie avoit duré oendant les années 1788, 1789 et 1790, ce qui
fait trois ans, sans compter la fin del'année 1787 et le commencerrtent de l'année 1791. Cette histoire se trouve consignée avec la même inexactitude dans les œuvres chirurgicales de Desault, tom. 3, p. 4^2. Il paroît aussi qu'on a ajouté quelque chose à ce qu'on avoit appris relativement aux premiers temps de la maladie. Comment a-t-on su qu'il avoit paru dès le principe des tubercules durs et douloureux qui s^opposoient au libre passage des maîières ? Ici, l'imagination du dernier observateur n'a-t-elle pas suppléé à l'obscurité des renseignemens donnés sur les premiers temps de la maladie par une femme occupée aux travaux de la campagne, qui ignoroit probablement l'existence de ces tubercules ?
Il est facile de voir, en lisant cette observation, qu'on ne doit donner aux mots tubercule, squirrhe et squirrhosUé, employés par l'auteur, d'autre signification que celle d" endurcissement eX d'excroissance. La facilité avec laquellela maladie a cédé à la compression , et sa durée avant l'entrée de la malade à THôtel-Dieu, ne permettent pas d'admettre que cette affection fût un véritable squirrhe du rectum. Conçoit-on qu'un squirrhe, tourmenté et irrité tous les jours par les efforts que la malade faisoit pour rendre ses excrémens, n'eût pas changé de forme, et pris un aspect carcinomateux. Si le squirrhe avoit été cartilagiforme, comme celui que Ruysch a observé, se persuadera-t-on qu'il eût cédé' à la pression exercée par une mèche de charpie ? Mais, en rapportant cette maladie à l'induration lymphatique du reclum, tout s'explique. Il n'y a plus rien de miraculeux dans cette cure; elle ne prouve plus que la compression guérit les squirrhes cancéreux, mais elle devient extrêmement instructive, et elle offre un modèle de traitement rationnel des indurations lymphatiques du rectum.