CHAPITRE QUATORZIEME
Cancer du rectum.
On a coFifondu et l'on confond encore tous les jours sous le nom de squirthes ou squirrlwsités du rectum plusieurs maladies que nous allons tâcher de distinguer en les décrivant séparément. Cette distinction une fois établie, on ne sera plus étonné de voir quelques auteurs d*un trèsgrand poids regarderies squirrlies du rectum comme incurables et nécessairement mortels, tandis que d'autrx3S également recommandables se flattent de les guérir par les. procédés les plus simples.
ARTICLE PREMIER
Histoire du cancer du rectum.
Le^véritable squirrhe du rectum est une lésion organique tout-à-fait semblable, sous le rapport de sa structure intime et des effets généraux qu'elle détermine dans l'économie animale, à toutes les maladies cancéreuses que nous avons décrites précédemment. C'est toujours une légère affection locale, indolente dans le principe, qui devient ensuite douloureuse et finit par se montrer évidemment sous la forme d'iui ulcère cancéreux.
Les femmes ne paroissent pas plus sujettes au cancer du rectum que les hommes; mais elles sont plus exposées à l'uleère syphilitique et surtout à l'induration lymphatique
CA>CtR UL RtCïUM. ^1
de lanus, maladies que nous déerirons bieiilôt ( art. 3 de ce chapitre ) , et qui ont la plus grande ressemblance avec le sqiiirrhc du rectum.
Ce cancer commence très-rarement avant la vingt-cinquième année, et le plus souvent après la quarantième. Il n'est pas toujours accompagné de symptômes qui décèlent son invasion. Il est provoqué par tout ce qui entretient une irritation vive et permanente à l'extrémité inférieure du rectum, par des hémorrhoides, par une éruption dartreusc, par le virus syphilitique, ou par toute autre cause irritante. On l'a vu se manifester à la suite d'une constipation opiniâtre qui forçoit les malades à faire hahituellement les plus grands efforts pour aller à la selle. 11 y a cependant bien des cas dans lesquels aucune cause occasionnelle bien évidente n'a contribué à son développe ment.
Dans son origine , le squirrhc du rectum est communément confondu avec la cause occasionnelle qui a favorisé sa production. Aussi la plupart des mcflades croyent-ils n'avoir (pic des hémorrlioïdcs ou bien une affection dartreusc ou une ulcération syphiliti(jue. Soit rjuc le cancer du rectum succède à une autre maladie de cet organe , soit qu'il constitue une maladie primitive , le malade ne tarde pas à éprouver une pesanteur , un malaise , des cuissons , des tiraillemcns ou au moins un senliinent de gène dans le fondement. Il souffre un [>eu en allant à la selle. Quelquefois même il en est (jui rendent par l'anus des matières glaireuses et sanguinolentes, ou tout-à-fait sanglantes.
A mesure qtie la maladie fait des progrès, la partie inférieure du rectum se rétrécit, l'issue des matières fécales devient plus dillicile. Le malade est tourmenté |)ar des vents et desborborygmes. Il a des envies continuelles d'aller à la selle. Il ne peut se débarrasser des matières fécales qu'avec dos efforts extrêmes. Lciu' expulsion se fait à mi
très-grand nombre de reprises, et elle est presque toujours incomplète. Le besoin de rendre les matières fécales s'annonce par de petites coliques. Le malade rend pour l'ordinaire avec les excrément une grande quantité de vents , surtout lorsque les matières fécales sont un peu liquides.
Tant que l'induration cancéreuse reste dans l'état stationnaire , il ne se manifeste aucune douleur spontanée dans les parois du rectum. On a vu la maladie persister dans cet état pendant fort long-temps ; cependant à la fin le cancer manifeste sa présence d'une manière moins équivoque. Il se déclare des douleurs d'abord extrêmement légères et très-éloignées, qui deviennent insensiblement plus rapprochées et mieux caractérisées, quelquefois sourdes, mais bien plus souvent fort dilficiles à supporter. Le calibre d'une partie du rectum se rétrécit, et quelquefois à tel point que les malades ne peuvent plus aller h la selle. 11 est rare qu'alors il n'3'^ait point encore d'ulcération ; presque tou joins la surface interne de l'intestin est déjà toute ulcérée et recouverte de fon;;osités qui contribuent à augmenter lobstacle qui s'oppose à l'issue des matières fécales. Quelquefois le cancer a son siège dans le rectum à plus de deux ou trois pouces au-dessus du pourtour de l'anus. Si on se contente d'un exanaen superficiel de la partie inférieure du rectum, on ne découvre pas le siège de la maladie ; nous avons vu dans des cas de cette nature, où le rétrécissement du canal intestinal arrêtoit le cours des matières fécales et des vents, des médecins instruits se tromper sur la nature de la maladie au point de la prendre pour une tympanite intestinale essentielle.
Dans les cancers situés à la partie inférieure du rectum , en introduisant le doigt dans l'anus on trouve un rétrécissement plus ou moins considérable, et assez souvent dans 1^ pourtour des élévations, des bourgeons , des bourrelets charnus et très-fermes , dont quelques-unes bordent.
CANCER DU UECTl'M. '- r>
souveut la marge de ramis. S'il existe en même temps des hémorrhoïdes enllammées, des dartres irritées , une ulcération j^yplîilitiqne , etc. , la pression qu'on exerce sur l'aous est extrêmement douloureuse. Dans le cas contraire, elle ne l'est qu'au moment de l'introduction du doigt, et l'on peut ensuite comprimer de CM5té et d'autre les indurations sans causer de douleur.
Il est une variété du cancer de l'anus dans laquelle l'endroit squirrheux extrêmement endurci ne se recouvre point de végétations , mais se rétrécit par degrés jusqu'au point d'intercepter tout-à-fait la sortie des excrémens. Le rétrécissement , qui a quelquefois peu d'étendue, forme une sorte d'anneau à une certaine distance au-dessus du sphincter de l'anus. La dégénéralion locale consiste dauh un tissu qui ressemble à un cartilage d'une singulière dureté. Dans ce cas, comme dans celui dont nous avons parlé plus haut, il faut introduire le doigt profondément dans Tanus pour reconnoîtrc la maladie.
Toutes les fois que anus n'est point encore ulcéré par le squirrhe du rectum, s'il survient des accidens graves, ils ue tiennent pas à la nature de la maladie, mais à ses complications et surtout au séjour trop prolongé des matières fécales retenues par l'obstacle (jui s'oppose à leur libre issue.
Dans ces circonstances, si les secours de l'art sont négligés ou si la maladie est méconnue, comme je l'ai vu cjuelquefois, on ne fait point usage des moyens capables de dilater l'anus rétréci, les matières fécales s'accumulent dans le gros intestin , l'abdomen est distendu par les vents, on entend sans cesse des borborygmes , les coliques sont continuelles et atroces; on sent à la région abdominale des tumeurs formées par les matières fécales accumuIéc*^ dansie canal intestinal . et enfin le malade succombe aprè';.
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avoir souffert les plus horribles douleurs et saus être parvenu à l'état de marasme.
Plusieurs malades sont préservés de cette terminaison prompte et funeste , parce que l'irritation que les excrémens déterminent dans le conduit intestinal provoque un dévoiement abondant qui permet aux matières fécales de passer, quoiqu'en occasionnant de la douleur, à travers le conduit très-étroit qui reste encore , et dans lequel on peut à peine introduire une sonde de femme ou un tuyau de plume à écrire.
Lorsque ces mêmes matières ont une consistance molle, elles passent, comme par une filière, à travers la très-petite ouverture qui reste , en prenant la forme d'un cordon ou d'un petit ruban , suivant que l'ouverture est arrondie ou réduite à une petite fente. On voit alors des malades se priver de manger pour se soustraire aux tourmens qu'ils éprouvent chaque fois qu'ils se présentent pour aller à la selle.
Il ne survient cependant pas toujours un rétrécissement de l'anus aussi grave que dans les cas dont nous venons de parler. INéanmoins les douleurs finissent souvent par être brûlantes, cuisantes, prurigineuses ou même lancinantes. Il s'écoule par Tanus une grande quantité de matière excessivement fétide, séreuse, sanieuse, glaireuse, puriforme ou purulente , qui se mêle quelquefois avec les évacuations alvines, et qui tache continuellement la chemise. A cette époque, l'introduction du doigt dans l'anus produit presque toujours les douleurs les plus vives.
Lorsqu'on parvient à diminuer la constipation ou à la faire cesser, on voit l'état du malade un peu amélioré. Cette amélioration n'e^t pas de longue durée; car bientôt la maladie fait de nouveaux progrès, et le diamètre drî rectimi redevient plus éU-oit.
Lorsque la maladie a produit une ulcération très-étendue dans le rectum , il s'établit presque toujours un dévoiement opiniâtre et douloureux que rien ne peut calmer, et qui est tout aussi nuisible que la constipation , quoiqu'il occasionne bien moins d^ souffrances. La cachexie cancéreuse fait les progrès les plus, rapides ; rien ne peut plus soulager le malade , qui est pâle , jaunâtre , et chaque jour plus maigre , plus faible , et trop souvent tourmenté par des douleurs d'entrailles. Ces divers accidens le conduisent en quelques mois, ou bien en quelques semaines, à un état de marasme effrayant. L'ulcère, qui s'aggrandit toujours, finit quelquefois chez les femmes par déterminer une fistule recto-vaginale, et se propager dans le vagin; on l'a vu même envahir la matrice et la vessie , et produire alors des délabremens effroyables. Assez souvent dans les derniers temps de la vie , on observe de rœdème particulièrement aux membres abdominaux et aux parties génitales.
Plusieurs semaines ou plusieurs mois avant la mort, il se forme quelquefois aux environs de l'anus des indurations squirrheuses , circulaires , larges comme des pois ( 2° partie, chap. vi ), et pareilles à celles qu'on observe assez souvent autour des mamelles cancéreuses ( 2° partie, ch. i, art. 2, g 5). Quelques malades souffrent des douleurs atroces dans les derniers temps de leur vie ; il en est d'autres qui n'en éprouvent que de très-tolérables , de sorte que leur mort paroît tenir à la consomption qu'entraîne la nature de la maladie, plutôt qu'aux dérangemens produits par la douleur ou par le rétrécissement du rectum , qui en effet n'est pas toujours excessif. Ces derniers malades maigrissent par degré , ils tombent dans le marasme , dans la cachexie cancéreuse (1'* partie, ch. 5). Ils s'affoiblissent et succombent sans avoir éprouvé d'autres symptômes remarquables du côté du conduit alimentaire que des dovv^
leurs très-légères, et un simple dévoiement qui n'a pas même été continuel.
Le cancer du rectum est une maladie absolument incurable, soit que le squirrhe présente des ulcérations, soit qu'il n'en présente point. Il est vrai que dans ce dernier cas la durée de la vie se prolonge bien plus long-temps. Communément le squirrhe du rectum conduit à la mort six mois , un an ou deux ans au plus après l'époque où il a commencé à déterminer des douleurs bien marquées , accompagnées d'une constipation opiniâtre ou de dévoiement. Les cas dans lesquels la mort n'a eu lieu qu'après la quatrième ou la cinquième année, à dater de ces accidens, sont extrêmement rares.
ARTICLE II
État de La lésion organique chez Les individus qui sont morts avec an cancer du rectum.
L'altération organique ne présente pas constamment les mêmes apparences. Quand il n'y a pas d'ulcération , on trouve tantôt une simple dégénération cartilagirorme des parois de la partie inférieure du rectum ( Introd. , ch. 5 , art. 2, §1)5 tantôt la dégénération cartilagiforme de la membrane musculaire réunie à un endurcissement, à un épaississement notable de la membrane muqueuse , et à djes excroissances plus ou moins dures et non ulcérées , situées à l'intérieur ou à l'extérieur du rectum, ou à ces deux endroits en même temps. Quand il y a une ulcération , ce qui est le cas le plus ordinaire , l'ulcère est inégal , sordide, excavé par des fissures profondes, surmonté par une foule d'excroissances , et il présente en outre, dans bien des cas, des bords arrondis et renversés. Son étendue est plus ou moins considérable. U est quelquefois unique, d'autres fois
CANCER DU RLCTUM. *i^
il y a un grand nombre de petites uleéritions distinctes dont les bords sont durs, épiis et sqnirrheux. La maladie n'est pas toujours bornée à la partie inférieure du rectum, elle remonte quelquefois à plus de six pouces de hauteur, e^ peut même se propager jusqu'à YS du colon. Enfin il peut y avoir des fistules recto-vaginales produites par les progrès de l'ulcération, qu'on a vue même envahir la matrice et la vessie.
Lorsqu'on incise les parois du rectum ulcéré, on trouve que leur épaisseur tient i la dégénération des membranes de l'intestin, et assez souvent aussi à celle du tissu cellulaire qui les entoure. On distingue presque toujours encore ces diverses parties , et les limites des divers tissus primitifs qui ont fourni la trame de la dégénération cancéreuse.
La membrane muqueuse plus ou moins épaissie est tantôt blanchâtre , tantôt marbrée, à sa surface intérieure, de diverses couleurs inégalement distribuées ; ces couleurs sont surtout formées par des taches grises, brunes, noires, rouges , livides, etc. , qu'on observe à la surface de l'ulcé- Tdtion et sur les excroissances qui proéminent de tout côté. En incisant celte membrane, on la trouve à l'intérieur plus ou moins luisante, d'une couleur blanche, et d'une structure qui a du rapport tantôt avec le tissu du lard, tantôt avec celui d'une autre substance organisée. Les végétations fongueuses , qui s'élèvent sur cette membrane , présentent le même tissu que la membrane muqueuse dégénérée ; mais ce tissu est moins ferme et souvent il présente lemême coup d'oeil que la substance cérébrale. La naenibrane musculaire est épaissie, très-dure et souvent comme cartilagineuse. Le tissu cellulaire qui entoure le rectum est souvent épaissi , dur et squirrheux.
Les parties environnantes sont tantôt encore saines , tantôt déjà frappées d'une dégénération squirrheuse souvent lardacée , qui peut former des tumeurs distinctes d^ns
le pelit bassin , ou bien environner le rectum, s'étendre fort loin dans le bassin , et se propager en outre dans le tissu cellulaire et graisseux qui entoure l'anus et qui s'étend aux fesses.
Plusieurs des individus qui succombent aux squirrhes du rectum ont en même temps , dans le foie ? des tumeurs sqnirrheuses , blanches et luisantes , dont la structure intime est absolument la même que celle du rectum dégénéré, et des tumeurs squirrheuses qui entourent quelquefois cet intestin. La fréquente coïncidence des squirrhes du foie et du rectum et l'identité de la structure de ces tissus squirrheux ne permettent pas de méconnoître que ces deux maladies sont absolument de même nature.
ARTICLE ni.
Maladies qui simulent le cancer du rectum.
Les auteurs ne renferment rien de précis concernant la distinction du cancer du rectum et des maladies qui le simulent. Celles-ci sont l'ulcère vénérien de l'anus, l'induration lymphatique et quelquefois les hémorroïdes. Nous ne parlerons pas de ces dernières qui sont suffisamment connues ; nous nous contenterons d'indiquer sommairement ce qui a trait aux ulcérations vénériennes, mais nous décrirons avec beaucoup de détail l'induration lymphatique de l'anus.
Section i'«. V ulcère syphilitique du rectum est le résultat d'une maladie vénérienne abandonnée à elle-même, mal traitée , ou incomplètement guérie. Il détermine quelquefois un engorgement tout-à-fait semblable au squirrhe du rectum. Cet engorgement, parvenu à un certain volume, rétrécit Tanus et rend plus ou moins pénible et douloureuse l'évacuation des matières fécales. Si la maladie est
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négligée j l'ulcère s'étend de plus en plus, il perce le rectum , puis le vagin ^ et produit ainsi une fistule rectovaginale. Lorsqu'on ouvre des sujets morts dans le marasme à la suite de pareils ulcères , on n'observe pas au rectum les dégénérescences qui constituent le squirrhe (Introd. , chap. 2 y art. i ). Les parois de l'ulcère sont tuméfiées, gorgées de sang, rouges, rosées ou livides, parfois infiltrées çà et là de sérosité, en un mot dans le même état que la plupart des tissus organiques frappés d'une inflammation chronique, essentielle ou symptomatique ( Introd., ch. 2, art. 2, § 2.).
La nature de cette maladie a été très-bien connue par plusieurs praticiens célèbres ^ à la tête desquels on peut placer Jean-Louis Petit (1), qui a indiqué les moyens les plus convenables pour la combattre. L'ulcère vénérien du rectum dégénère souvent en ulcère cancéreux.
Morgagni, qui avoit très-bien observé que certains squirrhes du rectum étoient compliqués d'un vice vénérien, conseilloit dans cette circonstance l'emploi des mercuriaux (2). Ces moyens ne guérissent plus dès que la dégénération cancéreuse , primitive ou consécutive, existe. Dans les autres cas , ils opèrent des guérisons surprenantes ; on voit des engorgemens de cette espèce , très-durs , trèsvolumineux, quelquefois même ulcérés, se résoudre complètement, et les malades, réduits au dernier degré de marasme après plusieurs années de souffrances ^ reviennent pour ainsi dire des portes du tombeau.
Lorsque l'ulcère vénérien de l'anus est accompagné d'autres symptômes qui décèlent la nature de la maladie, on n'est pas indécis sur le traitement; mais il y a bien des cas où l'on reste dans l'incertitude , après les recherches
(1) OEuvres posthumes, t. II, p. 86.
(2) Morgagui, De sedib. et caus. morb.^ei^. xxxn, art. 9.
les plus minutieuses. Dans ces cas douteux, les mercuriaux doivent être mis en usage. Leur administration dissipe tous les doutes , et guérit quelques malades que l'on aurait jugés atteints d'un véritable cancer du rectum.
./ Section 2°. L' induration lymphatique du rectum a été
confondue jusqu'ici avec les squirrliosités cancéreuses de cet intestin. Pour éclaircir cette matière, nous donnerons l'histoire de l'induration lymphatique de l'anus, nous décrirons la dégénération organique qu'on observe après la mort; nous essryerons ensuite de déterminer à quel ordre de maladie on doit rapporter cette induration chronique; et enfin nous dirons quelques mots sur les erreurs auxquelles ont été conduits les plus grands praticiens ^ en réunissant sous le nom commun de squirrhe l'induration lymphatique de l'anus et les maladies cancéreuses du rectum, et nous indiquerons le moyen de concilier leurs assertions opposées.
§ I. Histoire de l'i?iduratio?i Lymphatique du, rectum.
L'induration lymphatique du rectum n'est peut-être jamais une maladie primitive. Elle est produite par une cause d'irritation permanente , fixée dans le rectum. Parmi ces causes , les plus fréquentes sont : les éruptions herpétiques, la syphilis, les hémorrhoïdes habituelles, et diverse^ fluxions humorales situées autour de l'anus ou dans la partie inférieure du rectum. Plusieurs de ces causes réunies peuvent aussi concourir à la production de la maladie.
Les symptômes de cette induration chronique sont presque les mêmes que ceux qu'on observe dans les ulcérations syphilitiques , et dans les maladies squirrheuses du rectum. La maladie présente cependant une marche un peu diffé-
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rente 9 et quelques symptômes qui peuvent aider à la reconnoître.
Les accidens produits par le rétrécissement de l'anus sont les mêmes que dans les cas où le calibre du rectum est rétréci par un cancer de cet intestin. ...
Le début de la maladie n'a rien de bien caractéristique. Les malades éprouvent un malaise presque habituel au fondement. Ils souffrent beaucoup toutes les fois qu'ils vont à la selle. Il en est qui rendent des matières glaireuses et sanguinolentes. Il ne survient d'abord aucun changement remarquable. Les lavemens produisent un soulagement passager. Au bout d*un certain temps, il se déclare des douleurs plus vives , qui sont produites par un gonflement hémorrhoïdal ou par une exacerbation de l'éruption dartreuse , ou par une autre irritation fixée dans le fondement. Il y a des envies continuelles d'aller à la selle ; à la suite de ces souffrances, l'anus se rétrécit, il s'y élève des excroissances dures et douloureuses, et il s'y forme des bourrelets de même nature, dont quelques-uns entourent quelquefois la marge de l'anus ; l'évacuation des excrémens devient chaque jour plus difficile. Les bourrelets et les excroissances se gonflent et durcissent beaucoup pendant les efforts que font les malades pour aller à la selle.
Dans ces premiers temps de la maladie , à mesure qu'on s'éloigne de l'époque des crises douloureuses , le rétrécissement de l'anus diminue presque toujours un peu , etil en résulte un mieux-être marqué ; mais au bout d'un cer-^ tain temps la recrudescence de l'irritation hémorrhoïdale, herpétique ou inflammatoire, a lieu après chaque nouvelle croise; le rétrécissement de l'anus devient plus grand qu'il n'avoit jamais été, et la diminution de ce fâcheux accident n'est plus comparable à celle qu'on observoit dans les pre-. miers temps de la maladie; à la fin,, les matières - fécales sont presqu'entièrement retenues , ou bien elles sont éva-
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cuées par suite d'un dévoiement; en un mot, on remarque les srmptômes que nous avons décrits en traitant du rétrécissement du rectum produit par les maladies squirrfeeases de cet intestin. Il sort assez souvent par Tanus une matière sanieuse , muqueuse ou puriforme, qui tache la chemise.
Après les éyacuations ah'ines , le malade est soulagé; il Uû semble que s'il pouvoit aller à la selle il jouiroit d'une bonne santé. Son teint est naturel, pourvu qu'il n'ait pas été altrré par de longues souffrances occasionnées par la difficulté de rendre lesexcrémens. Il est facile déjuger que lessymplômes alarmans ne tiennent point à la nature de l'engorgement lymphatique, mais au rétrécissement de l'alius, dont cette engorgement est la causé occasionnelle. Quelques, malades ' éprouvent cependant de loin en loin des souffrances très-aigoês , dont il sera bon de faire connoître fes causes.
Quand les hémorrhoîdes qui ont produit ou qui compliquent l'induration lymphatique viennent à se gonfler ou à s'irriter, le rectum étant déjà fort rétréci, les malades sont en proie aux plus vives douleurs. C'est en vain qu'on met en usage les topiques les plus caïmans. La compression que 1& gonflement hémorrhoïdal exerce sur les parties enflammées fait éprouver des tourmens inouïs. L'éruption herpétique ne produit pas de moindres .souffrances Elfe a dans l'année quelques intervalles de rémission et d'exacerbatioB. Les crises d'exacerbation font souvent ressentir pendant plusieurs semaines les douleurs les plus cuisantes : celles-ci ont elles-mêmes des intervalles d'exaspération périodique et quotidienne. L'accès périodique a quelquefois lieu toutes les nuits à la même heure, il dérange alors le sommeil et finit par altérer notablement la santé. Il y a quelques malades chez lesquelles l'invasion et la marche de cette maladie sont tout-à-fait différentes de celles que
nous avons tracées jusqu'ici. L'induration lymphatique du rectum se développe chez eux presqu'à leur insu. Ils ne sont avertis de son existence que par la difficulté de rendre leurs excrémens , et Os n'éprouvent que les accidens qui sont une suite nécessaire du rétrécissement dé l'anus. Ils ont cependant une induration qui est absolument de la même nature que celle de ceux dont les souffrances sont le plus atroces.
En examinant le rectum et ses alentours . on trouvé un rétrécissement et des indurations plus ou moins considérables, selon le degré de l'intensité de la maladie. La partie inférieure de Tintes^tin est dure et rétrécie dans une étendue d'un à trois et même quatre pouces. La dureté est cependant moins rénitente que ceUe des tumicurs squirrheùses. Tant que l'orifice du rectum- n'est pas excessivement rétréci, on peut introduire le doigt dauf^ l'anus sans occasionner beaucoup de souffrances, à moires qu'il n'y ait dans le moment où Ton procède à cet er ^auicn des hémorrhoïdes enflammées ou une éruptior ^ herpétique dans un état d'exaspération. Car, dans ces deux cas il seroit souvent impossible au malade de sup porter l'introduction du doigt sans ressentir une douleur horrible.
Toute la surface intérieure de 1? portion rétrécie du rectum est inégale , irrégulière et r emplie de boUrsoufîeniens endurcis. Il y a aussi quelquefois dr^ns cette partie une ulcération vénérienne qui a produit f jjj qui compliqiié la maladie. Lorsque le rétrécisse ment e g^ devenu excessif, il n'est plus possible d'introduire le d^ jj^t dans le fondement.' A peine peut-on y faire pénétrer • ^^^^ gQ^je de femme ou une plume à écrire. On trouve e^ .^ ^^^^^,^ ç-^ç^ quelques malades autour de la marge de 1'?^^^ -^^ ^^^^ endurcissement indolep.t plus ou moins étendu.^ ^^. ^ ^^^^ m'ême^e prolonger vers la fesse ou vers le périr ^^J ^^^^ adurcissement ne présente pas non plus une p^^^^. ^^^^^ , rénitence que les tuiuf^urs
squirrheuses. Il ne devient pas douloureux par la pression ; il peut même former des tumeurs distinctes à quelque distance de la marge de l'anus.
Cette maladie^ livrée a elle-même, fait périr les malades en empêchant la sortie des matières fécaJes. Mais ellen'est pas mortelle par sa nature , de sorte que tous les in dividus qui ont une induration lymphatique de l'anus peuvent être guéris ou notablement soulagés. C'est à cette maladie qu'on applique avec succès ie traitement que Desault conseilloit indistinctement pour combattre tous les rétrécissemens produits par un engorgement chronique 4m rectum (i). yi..., . ■ "
Lorsqu'on a reconnu l'indurajioiji lymphatique j il faut y remédier ie plus promptement possible. Pour cela, il suffît d'introduire dans l'anus des mèches de charpie, dont on augmente de jour en jour ie volume , et qu'on fait pénétrer av^c un stylet fourvChu, après les avoir nouées par le iniiieui, repliées sui; le sty let et enduites de cérat pour faciliter leur, in-«, troduclion. A l'aide de ces mèches, on. exerpe sur les indurations lymphatiqu'cs une compression soutenue qui fait refluer dans les envii '<^"S 1^ sérosité qui infdk-e les pa.r^ ties tuméfiées : celles-c. ^ se dégorgent et se ramollissent. Les ..endurcissemens qui faisc-^i^"^ saillie dans la cavité du rectum finissent bientôt pai* i^e plus former que des replis mollasses et affaissés. On ^^'^^ quelquefois^ à la place des mèches de charpie , se servir de suppositoires de racine de gentiane, ou même de canuit'^ de gomme élastique. Les tentes 4e charpie sont ce, ^^nda^nt ,bien préférablç^. Ces moyens doivent être continua '^spe^t^ant plusieurs , mois. Oii. élargit ainsi par degré le cond'u'^* ^^^ ^^^* donner passage ,aux matières fécales. Une mala .dit ^ q^i ^eroit devenue mor^ lelle est ramenée à une simp le afifcv''*^''" ^^""^^^ q4;»-est point dangereuse. ^i i^
(ij Journal de çhirurgiç, par ]y (, Dt^sault, t. }> ^* ^^^^^ ^^^^
CANCER D« RECTtJJl. 85
Dans les cas où la guérison paroît le plus parfaite , il faut avoir soin de recommencer la traitement de loîri en loin , pour prévenir la récidive delà maladie, qui est souvent palliée plutôt que détruite. J'ai connu des malades traités depuis plus de neuf ans qui, après avoir été dans le plus grand danger, ont été soulagés assez promptement , et qui présentent encore les signes de la santé la plus florissante. Ils ne sont pas cependant assez complètement guéris pour négliger impunément l'uî^age des mo3^ens capables d'empêcher un nouveau rétrécissement de l'anus.
Lorsqu'une maladie vénérienne complique l'induration lymphatique du rectum, il peut se former chez les femmes une fistule recto-vaginale, qui aggrave la maladie sans mettre toujours un obstacle invincible à la g'uérison (i). Dans ces complications, on doit se hâter de joindre le traitement anti-syphilitique à la compression graduée que l'on continue à exercera l'aide des mèches. Celles-ci seront enduites d'une couche d'onguent napolitain, et on administrera d'ailleurs un traitement anti -vénérien complet. Si les frictions d'oxyde ou de muriate d'or, faites sur la langue, sont aussi efficaces que l'assure M. Chrestien (i), célèbre praticien de Montpellier, on pourra y recourir avec succès dans cette complication ; mais il est à craindre que ce moyen, comme bien d'autres, n'ait perdu toute son efficacité en devenant public ( Voyez Exposition des sympt. de la maladie vén. , par M. Lagneau, 5' édit. ).
Quant aux hémorrhoïdes et aux affections herpétiques, qui souvent ont déterminé l'induration lymphatique du rectum, il est utile de les combattre par les moyens appropriés, afin de prévenir la prompte récidive du rétrécissement de Tanus. Mais il faut convenir qu'il est souvent
(1) Desault, OEuvres chirurgicales, t. ii, p. 436.
(2) Méthode iatraleptique, Paris, 1810.
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assez difficile de combattre ces maladies avec succès. Trop souvent on ne peut que les pallier.
Du reste, en s'opposant contlnuellemenl au rétrécissement du rectum, on conserve les jours du malade, qui peut prolonger sa carrière aussi long-temps que s'il n'étoit pas sujet à cette indisposition.
§ 2. Résultat de l^ ouverture du cadavre des individus affectés d$ l'induration lymphatique du rectum,
La dégénération organique offre les caractères distinctifs des indurations œdémateuses ( Tntrod , ch. 2, art. a j § 5. ). On n'y voit rien de semblable au tissu squirrheux (Intrpd. 5 chap. 2, arl. 1.). Dans quelqu'endroit qu'on l'incise ^ on trouve seulement une sorte d'œdème très-dur, un tissu aréolaire rempli d'un liquide incolore qu'on en fait sortir quelquefois, du moins en partie, par une forte pression? L'engorgement n'est presque jamais circonscrit à la marge de l'anus; il se continue plus ou moins dans le tissu cellulaire des fesses, où il se termine d'une manière insensible. Cet engorgement, présente des modifications spéciales dans chaque tissu. Si la maladie est bornée au rectum, les parois de la partie inférieure de cet intestin forment seuls la tumeur. La membrane muqueuse est fort épaissie, surmontée d'excroissances et de fongosités trèsfermes^ qu^une forte compression rend mollasses et même îrembiottantes. Une incision^ suivie de la compression, permet quelquefois d'en exprimer une très-petite quantité de sérosité limpide et glaireuse. Le tissU engorgé n'est pas luisant et d'un blanc de lait comme celui des squirrhes. La membrane musculaire est aussi très- engorgée et épaissie , mais elle ne ressemble ni au lard , ni à la couenne , ni à un tissu cartilagineux. Le tissu cellulaire qui l'environne renferme une assez grande quantité de sérosité sou-
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vent presque albumineuse, un peu moins dijGûcile à exprimer que celle qui engorge le tissu de la membrane niuqueuse. Dans les cas ou il y avoît une complication d'hémorrhoïdes , on découvre près de l'anus, à l'intérieur de l'intestin, un tissu spongieux, d'un rouge brun et un peu analogue à celui des corps caverneux.
§ 3. Ordre de maladie auquel on doit rapporter r induration lymphatique du rectum.
L'induration lymphatique du rectum paroît de même nature que l'engorgement lymphatique qu'on observe dans l'éléphantiasis des Arabes, maladie qui étoit presque toujours méconnue avant que M. Alard, médecin de 4a faculté de médecine de Paris, en eût fait, en 1806, le sujet d'une monographie singulièment instructive (i).
Dans l' induration lymphatique que nous venons de décrire, la structure intime de la dégénération est la même que dans l'éléphantiasis des Arabes. Les causes de l'engorgement qu'on observe dans ces deux maladies ont le plus grand rapport , et leurs moyens curatifs ou du moins palliatifs ont une analogie frappante. Nous croyons, en conséquence, devoir regarder l'induration lymphatique du rectum comme une éléphantiasis des Arabes. Le siège de cette variété de l'éléphantiasis des Arabes ne doit pas être un motif pour méconnaître sa nature. On sait bien que l'éléphantiasis des Arabes n'attaque pas seulement les membres, comme on l'avoit toujours rru, mais encore le visage et d'autres parties de la surface du corps (3).
(1) Histoire de r éléphantiasis 4^3 Arabes^ par M. Alard. Paris, in-8S 1836.
(2) Yoyez les Nouvelles observations sur l'éléphantiasis des Arabes, par M. Alard. Paris, 1811, p. 29.
SB CÂ.NCER DtJ RECTTJM.
la manière dont se forme l'engorgement lymphatique dans l'éléphantiasis des Arabes et dans rendurcissement chronique dont nous nous occupons ici a la plus grande analogie. L'engorgement lymphatique développé par l'éléphantiasis des Arabes est le résultat d'une irritation inflammatoire qui reparoît à certains intervalles plus ou moins éloignés.
L'induration lymphatique de l'anus est presque toujours la suite d'une irritation hémorrhoïdale,herpétique,syphilitique ou inflammatoire, qui a son siège dans la membrane muqueuse du rectum. Et lorsque dans cette induration les hémorrhoïdes habituelles ouïes éruptions dartreuses éprouvent une exacerbation marquée, ce qui arrive de temps à autre , il survient des douleurs vives avec un gonflement plus ou moins marqué , qui entraîne à sa suite un accroissement plus rapide de l'engorgement lymphatique qui rétrécit le rectum.
§ 4 ^^oyen de concilier les assertions diamétralement opposées des praticiens , concernant le sguirrhe du rectum.
La nature des indurations lymphatiques du rectum a été méconnue, et ces maladies ont été confondues sous le nom de squirrhe avec les tumeurs cancéreuses de l'anus. Dans cette circonstance comme dans beaucoup d'autres, la réunion de maladies très-différentes sous une même dénomination a entraîné les hommes les plus instruits dans des erreurs graves. Toutes les indurations chroniques du rectum étant regardées comme de même nature et nommées squirrhosités ou tumeurs squirrheuses, on a cru que toutes dévoient se terminer de la même manière. En un mot, on décida que les indurations chroniques qui produisent un rétrécissement du rectum étoient absolument incurables et toujours mortelles. Ruysçh , Valsalva , Morgagnj et les
CANCER »TJ 1\ECTTJM. 89
plus habiles praticiens étoient de cet avis. Les personnes atteintes d'un rétre'cissement de l'anus produit par un endurcissement chronique étoient vouées à une mort certaine. Auciuie tentative heureuse n'avoit été faite. Aucune cure authentique n'avoit contredit l'opinion généralement admise, lorsque Dcsault traita des malades dont Tanus étoit très-rétréci et l'intérieur du rectum ^rempli d'excroissances et de bourrelets endurcis. Il obtint des succès inattendus , et il se persuada que tous les endurcissemcns désignés sous le nom de squirrheset squirrhosités du rectum pouvoient être guéris, pourvu que le traitement ne fût pas employé trop tard (1). Il publia en 1791 (2) la découverte qu'il avoit faite et les cures qu'il avoit opérées. Il avoit en effet rendu une santé parfaite à quelques malades ; mais il est probable aussi qu'il crut en avoir guéri radicalement quelques autres dont il avoit seulement pallié la maladie et retardé la mort. Quoi qu'il en soit, il proclama la compression comme un moyen infaillible de guérir tous les rétrécissemens de l'anus produits par des endurcisscmens chroniques, qu'il désignoit sous le nom de squirrhosités du rectum.
Les praticiens les plus célèbres apprirent avec la plus grande surprise que des maladies squirrheuses , traitées par la compression , avoient été guéries. La plupart refusèrent d'ajouter foi aux assertions de Desault ; d'autres mirent en usage les moyens qu'il avoit recommandés. Les uns n'obtinrent ni la guérison des malades , ni même un soulagement bien constaté; les autres, en très-petit nombre, opérèrent des cures brillantes. Ceux quin'avoient obtenu aucun résultat avantageux de la compression préconisée par
(1) Journal de chirurgie, tome n , p. 22 , et OEuvrcs chirurgie cales, tome 11, p. 432.
(2) Journal de chirurgie^ tome 1, p. 368.
go CANCER DU RECTUM.
Desault se persuadèrent que les cures annoncées dans son * journal étoient exagérées^ peut-être même controuvées ; car, d'après les observations qu'il avoit rapportées , rien ne sembloit résister à l'emploi de ce moyen. Desault reconnoissoit à la vérité que la cure étoit impossible quand le carcinome avoit succédé au squirrhe (i), mais il prétendoit que la compression guérissoit infailliblement la maladie, tant que le squirrhe n'étoit pas ulcéré. Ce chirurgien célèbre étant mort (2) quelques années après la publication de ce mémoire, il ne put pas modifier la doctrine qu'il avoit établie à cet égard. H est très-probable qu'il auroit été détrompé dans la suite, et qu'il auroit remarqué que, parmi les indurations qui cédoient au traitement , il y en avoit qui étoient ulcérées ou du moins excoriées , et que parmi celles qu'on ne pouvoit pas guérir, il en étoit un certain nombre qui n'étoient point encore ulcérées ; dès lors il auroit bien reconnu que toutes les indurations du rectum, qu'il regardoit comme des squirrhositésdelamême nature, ne pou voient pas être guéries par la compression. Mais par quel heureux privilège des squirrlies de l'anus peuvent-ils être guéris par la compression lors même qu'un ulcère les complique^ (5) , tandis que les autres tumeurs squirrlieuses éprouvent les effets les" plus pernicieux des compressions auxquelles elles sont soumises? Les squirrlies de l'anus ne seroient-ils pas de la même nature que les autres squirrhes ? Mais alors pourquoi la fréquente coïncidence des squirrhes de l'anus avec les tumeurs cancé-
(1) OEuvj'es chirurgicales, tome n, p. 432, ei Journal de chirurgie, tome II, p. 229.
(2) Le 1^^ juin 1795.
(3) Gomme dans l' observation, rapportée dans le Journal de Desault, t. 1, p. 272.
reuses développées dans le foie (i). Pourquoi ces squirrhes tilcérés sont-ils carcinomateux , de l'aveu même de Desault (2)? Pourquoi a-t-on observé dans des squirrhes de l'anus de petites indurations circulaires de même nature que celles qu'on voit souvent autour des cancers du sein (3) ?
On trouvera la solution de ces problèmes dans la distinction que nous avons établie entre les squirrhes cancéreux du rectum et les indurations du même organe produites par l'engorgement lymphatique qui a été décrit dans cet article. On comprendra alors facilement qu'il est des cas dans lesquels la compression petit être mise en usage avec succès pour dilater les rétrécissemens du rectum. Mais on ne se flattera plus de remédier à des maladies squirrheuses avec des moyens qui seroient capables d'aggraver les squirrhes cancéreux plutôt que de les guérir radicalement. C'est ainsi qu'en médecine on voit les cures les plus surprenantes perdre ce qu'elles ofFroient de merveilleux , à mesure qu'on acquiert une connoissance plus profonde des maladies.
Du reste, Desault à rendu un service éminent à l'art de guérir en indiquant l'usage d'un moyen qui peut arracher à la mort des malades regardés avant lui comme iacurables. S'il est tombé dans l'erreur en étendant à toutes les indurations chroniques du rectum une méthode de traitement qui ne convient que dans quelques-unes d'entre elles, c'est qu'à l'époque où il vivoit, la distinction que nous avons indiquée n'étoit pas même soupçonnée. Peut-être ne l'aurions-nous jamais établie, malgré les observations par-
(1) Mém. de la Société roy. de méd., années 1778 et 1778, liist.
p. 223 , et Journ. de méd., 1770, tome xxxui, p. 228.
(2) OEuvres ctirurg., tome 1I5 p. 432.
(3) Journal de DesauU, t. u, p. 225.
()2 CANCeB X)V RECT tjm.
ticulières que nous avions recueillies ^ si l'ouvrage de M. Alard n'avoit pas contribué à nous donner des idées nettes sur la nature de l'induration lymphatique du rectum.
On voit par tous ces détails que les praticiens qui disoient que les cancers du rectum étoient incurables ne se trompoient point j et que ceux qui assuroient avoir guéri des tumeurs indolentes et chroniques du rectum n'en imposoient pas. Les uns et les autres étoient véridiques. Mais sous le même nom ils parloient de deux maladies tout-à-fait différentes,
ARTICLE ÏV.
Tî'altemeîit du cancer du rectum.
Lorsqu'on est appelé pour soigner un malade qui présente des callosités , un rétrécissement ou un ulcère à.\\ rectum, il faut examiner scrupuleusement s'il a des hémorrhoïdes, une induration lymphatique, un ulcère vénérien, ou une maladie cancéreuse, parce que le pronostic et le traitement de ces diverses maladies sont essentiellement différons . Nous avons dit ci-dessus ce qu'il convenoit de faire dans l'ulcère syphilitique et dans l'induration lymphatique. Nous tracerons ici la marche qu'il est bon de suivre dans les cas douteux , et dans ceux où la maladie est évidemment de nature cancéreuse.
Comme il n'est pas toujours possible de distinguer le squirrhe ou le cancer du rectum d'avec l'engorgement de nature vénérienne , il convient d'administrer avec prudence un traitement mercuriel , toutes les fois qu'on a quelque raison de soupçonner chez le malade l'existence du vice syphilitique. Indépendamment des renaèdes généraux, on introduit alors dé^ns jie rçctum uoe mèche de
CANCER Dti RECTUM. , gg
charpie eUditite d'un mélange de cérat et d'onguent mercuriel , qu'on a soin de renouveler fréquemment. Mais , SI l'on est convaincu 5 au bout d'un temps assez prolongé, de l'inutilité de cette méthode de traitement, il faut y renoncer pour toujours, même dans les cas où la maladie, au moment de son invasion , auroit été évidemment de nature vénérienne , ou de nature cancéreuse , mais compliquée de vice vénérien. En effet, on sait que divers ulcères, d^abord vénériens, subissent une dégénération qui chaïigtï leur -caractère et les transforme en ulcères cancéreux con^ sécutifs, qui réclament le même traitement que les cancers primitifs. Aussi, dans les cancers du rectum compliqués de vice syphilitique, est-on forcé de renoncer à tout espoir de guérison , parce que le traitement de la syphilis exaspère la dégénération "cancéreuse.
Mais il faut se rappeler que la complication de l'ulcère syphilitique du rectum avec l'induration lymphatique simule le cancer ulcéré de cette partie, et que dans ces cas on ne doit pas désespérer de la vie des malades, traités d'une manièrèconvenable (Voyez ci-dessus, art. 3, sect. 2^
Dès qu'on a acquis la triste conviction de l'existence du cancel" du rectum, on se "borne au traitement palliatif ordinaire des affections cancéreuses. Si on a Heu de soupçonner quelque complication dartrevise, serofuleuse, scorbutique ou autre , il est presque toujours avantageux de la combattre, à moins que le malade ne soit réduit à un tel degré de foibless^ qu'on le juge hors d'état de supporter le-traitement; dès qu'il n'y a plus de complication on se borne à traiter le cancer. Le régime et les remèdes interlîi'^ et externes sont les iiiêmes que dans les autres maladies cancéreuses. La situation de l'ulcère et les fonctions de la partie qui en est le siège présentent néanruoins quelques indications spéciales.
94 CANCER DU RICTTJM.
Il est ici absolument indispensable de s'opposer au rétrécissement progressif de l'anus. La rétention des matières féeales a produit trop souvent des accidens qui ont entraîné la mort de certains malades bien avant l'époque de l'ulcération. Tant que le squirrhe n'est pas ulcéré, il convient de faire usage deà tentes de charpie comme dans l'induration lymphatique de l'anus, mais eJles ne doivent être employées que comme moyens palliatifs et dans l'intention de ménager une issue aux matières fécales. Vouloir faire disparoître les duretés par le moyen de mèches de charpie ; graduellement augmentées seroit dans ce cas une entreprise inutile et souvent dangereuse; pour juger des maux qu'elle pourroic entraîner, il suffit de se rappeler quels, sont les effets de la compression sur les squirrhes du sein et sur les autres tumeurs cancéreuses qui sont de la même nature que le squirrhe du rectum.
On doit encore employer quelquefois les mèches lorsque déjà l'ulcération est bien caractérisée. Quand l'ulcère est très douloureux, on les enduit avec du cérat opiacé, du cérat de Saturne ou quelque chose d'équivalent. Les autres remèdes palliatifs qu'on peut employer localement sont en général les narcotiques sous forme de lotion , de bains de siège,, d'injections ou de lavemens. On réduit ceux-ci à quelques onces de liquide, afin que le nia la de puisse lea retenir dai^vS le cas où l'on n'a d'autre intention que de diminuer les souffrances ou. de^ procurer du sommeil. Ils doivent être dc^ 8 à 16 onces si l'on se proposer de favoriser lejs, évacuations alvinps ; trop souvent 0/1 est forcé de renoneer aux lavemens par<ieque l'administration en est imposj^ siWe : ils sortent à mesure qu'on les donne, ou bien on ne peut essayer, de les^dQnii^ïvjan%.exciter les plus horrif^ blés douleurs. ; •
Lorsque le cancer de l'anus ne consiste que dans un squirrhe cartilaginiforme (Introd., chap, 3, § 3, § 1), il est
CANCER DtJ RECTUM. gS
possible, à l'aide du traitement que nous avons conseillé, et en facilitant la sortie des matières fécales , de prolonger Irès-long-temps la vie des malades. Mais si la dégénération est d'une autre nature, si elle est composée, comme cela arrive dans la plupart des cas , l'ulcération arrive un peu plus tôt ou un peu plus tard , et alors rien ne peut plus soustraire les malades à un dépérissement progressif et mortel.
L'extirpation du cancerdu rectum, que quelques chirurgiens n'ont pas> craint de proposer, nous paroît absolument impraticable, excepté dans certains cas très-rares, dont u'ous parlerons bientôt; pour les cas ordinaires, il sulEt de' savoir que la dégénération squirrhense remonte quelquefois jusqu'à la partie supérieiue du rectum, et que d'ailleurs on ne peut presque jamais savoir exactement si elle est bornée au recturu ou si elle a déjà pénétré jusqu'aux graisses qui entourent les intestins. Combien de fois aussi le cancer du rectum n'est-il pas accompagné du développement de corps cancéreux situés dans un des viscères abdominaux : dans tous les cas, quel avantage pourroiferon se promettre de l'extirpation ? .
Cependant, si la maladie étoit lout-à-fait. bornée à la partie inférieure du rectum ou à la marge de l'anus, si, étant très-bornée, elle paraissoit appartenir aux cancers cutanés; si elle étoit formée par une tumeur squirrheuse souscutanée et mobile, etc. , il seroit peut-être avantageux de l'extirper ; on pourroit aussi dans quelque cas y appliquer la pâte arsenicale, dont nous |3arlerons dans la dernière partie de cet ouvrage, mais il faudroit toujour avoir des raiî'^i sons de présumer qu'il n'y a dans l'abdomen aucune tumeur produite par la dialhèse cancéreuse.
^6 CANCEB DU RECTtJM.
OBSEaVATIONS DE CANCER DU RECTUM ET DES HALADÎES QUI LE SIMULENT.
1" ÛBSERViTiON. — Cancer du rectum,
IVL D**, âgé de 55 ans, cran tempéramei^t bilieux, né d'une mère qui mourut d'un cancer au sein, avoit toujours joui d'une bonne santé; iln'avoit jamais eu d'hémorrhoïdes et il n'avoit jamais contracté de maladie vénérienne, quoiqu'il s'y fût souvent exposé vers l'âge de 5o ans, après avoir perdu sa femme.
A la fin de sa 52° année , il devint sujet à de légères coliques qui annonçoient le besoin d'aller à la selle, et qui cessoient immédiatement après. Sept à huit mois après le commencement de cette indisposition , il prit, par le conseil d'un médecin qu'il avoit consulté en société, dans l'embrasure d'une croisée, des pilules aloétiques, qu'il avaloit au commencement de son dîner; pendant quatre à cinq mois, à l'aide de ce médicament, il prévenoit presque toujours les coliques, mais il ressentôit habituellement une gêne dans la partie inférieure du ventre et dans le fondement. Comme cette gêne paroissoit augmenter, un autre médecin, qu'il consulta aussi en société, lui dit que les pilules qu'il prenoit lui deviendroient funestes ^ qu'il étoit absolument nécessaire d'y renoncer et de prendre des lavements pour tenir le ventre libre ; il lui conseilla en même temps des sucs d'herbes. Le malade suivit son conseil et prit les sucs d'herbes pendant tout le mois de mai * il se crut guéri 5 l'été se passa assez bien , mais en automne les coliques recommencèrent; le malade devint très-morose, et il se persuada qu'il lui restoit peu de temps à vivre , parce que sa mère, à laquelle il ressçmbloit beaucoup 9
CANCER DTJ RECT«M.
étoit morte à peu près au même âge. Il ne voulut d'abord employer aucun médicament; pendant deux mois sa tristesse augmenta de jour en jour. Il fut d'abord constipé et presque habituellement tourmenté de coliques , six à sept heures après ses repas. Il éprouvoit beaucoup de douleurs en allant à la selle, et il commença à avoir de temps à autre le dévoiement. A la fin de décembre de l'année i8o5 , il consulta un médecin qui l'examina avec attention , et qui vit autour de l'anus et sur le périnée, jusqu'au milieu des bourses , plusieurs petites duretés circulaires qui lui firent présumer que le malade avoit une maladie vénérienne , quoiqu'il n'eût pas eu de symptômes primitifs. Il lui fit subir un traitement mercuriel par les frictions; neuf onces d'onguent mercuriel furent employées en trois mois : le malade n'en éprouva aucun soulagement ; au contraire les duretés devinrent plus nombreuses, et les coliques plus vives. Un autre médecin fut appelé en consultation , et il fut résolu qu'on administreroit le rob de Laffecteur, qu'il commença le i*"*" mai 1806, un mois après avoir cessé les frictions. Le malade en prit dix bouteilles : sa maladie continua à faire des progrès : il maigrit beaucoup, et il fut pris d'un dévoiement opiniâtre que rien ne pouvoit arrêter. Il renonça de nouveau tous les médicamens, et il se contenta de prendre quelques lavemens. Le dévoiement diminua , il étoit même assez souvent remplacé par la constipation , le malade mangeoit du fruit, et quoique les duretés ne diminuassent point, il nesouffroit piusautant: il reprit un peu de forces, et on vit diminuer l'état de maigreur auquel l'avoient réduit les traitemens qu'il avoit subis. Les raisins et les figues dont il usoit abondamment en tretenoient la liberté du ventre, et l'état de la santé paroissoit s'améliorer un peu. Cependant la figure devenoit d'un jaune paille, la peau prenoit un aspect terreux, et un léger empâtement commencoit à se manifester vers la