‹ Traité des maladies cancéreusesChapitre 62 sur 121 · Î28 CANCER DU PHARYNX · texte numérisé non relu

Î28 CANCER DU PHARYNX

' mais qui occupent en mêmie temps tout le tissu cellulaire environnant, et même les autres parties solides du voisinage, soit que la dégénération squirrheuse ait commencé d'abord dans le tissu du pharynx, soit que celui-ci n'ait été frappé de la maladie que lorsque la dégénération avoit déjà fait des progrès considérables dans les parties voisines.

L'affection cancéreuse occupe assez souvent une trèsgrande partie du pharynx , et même du voile du palais, avant d'être accompagnée d'une ulcération ; mais cela n'arrive pas toujours.

Les cancers du pharynx, quelle que soit leur espèce, occasionnent une gêne plus ou moins considérable dans le gosier. Ils rendent souvent la déglutition pénible ou trèsdifficile, mais ils n'y mettent presque jamais un obstacle absolu, même à l'époque oîi ils ont fait les progrès les plus effrayans. La douleur que les malades éprouvent habituellement, lorsqu'ils n'avalent point, est ordinairement assez légère, surtout si l'ulcération n'existe pas encore, si elle n'est pas compliquée d'une inflammation accidentelle, et si la surface ulcérée n'est pas surmontée de grosses fongosilés qui gênent la respiration , ou qui par leur volume se compriment les unes les autres, et déterminent ainsi une irritation considérable dans toute la gorge.

Lorsque la déglutition est devenue difficile, on voit quelquefois ressortir par le nez les substances que les malades veulent avaler. Ce symptôme arrive plus particulièrement quand l'ulcération se propage du côté de la cloison des narines.

Dans d'autres cas, les excroissances fongueuses, dirigées

du côté des fosses nasales, bouchent leur orifice postérieur,

et mettent un obstacle plus ou moins grand à la respiration

par le nez.

Lorsqu'on veut examiner letat des parties malades, on

CANCER DU PHAftYNX, I29

en vient facilement à bout en faisant ouvrir la bouche et en abaissant la langue avec le manche d'une cuiller; on voit alors avec facilité le fond de la gorge. En portant le doigt sur les parties affectées on n'occasionne pas de douleur, lors même qu'il y a une ulcération , pourvu qu'en même temps la partie malade ne soit pas enflammée par une cause accidentelle.

La souffrance et les douleurs formicantes, lancinantes, ou de tout autre nature, sont tout-à-fait indépendantes de la pression exercée sur ces parties j aussi, la plupart des malades, même de ceux qui souffrent le plus, disent-ils ne ressentir aucune douleur lorsqu'on comprime la partie dégénérée, encore squirrheuse ou déjà ulcérée.

Par l'examen dont nous parlons ici, on distingue facilement s'il y a un ulcère ou si la maladie n'a encore produit qu'un endurcissement et un gonflement d'une des parties du pharynx ou de l'arrière-bouche.

L'ulcère est rougeâtre, inégal, bourgeonné* entouré de bords festonnés, durs et élevés. D'autres fois, il est blafard ou blanchâtre, et entouré de bords arrondis et renversés. Dans d'autres cas, toute la surface ulcérée est recouverte de végétations arrondies et subdivisées, qui offrent l'aspect d'un chou-fleur.

Les glandes lymphatiques du cou sont tantôt intactes , tantôt engorgées, volumineuses, endurcies, et même squirrheuses (deuxième partie, chap. 3. art. 5).

La voix est pour l'ordinaire plus ou moins altérée, et presque toujours elle finit par s'éteindre; les malades dans cet état d'aphonie soufflent la parole, c'est-à-dire parlent à l'aide du léger bruit qu'on peut produire par le souffle, quand la voix est tout-à-fait perdue. Dans les derniers temps de cette maladie, il y a dans la bouche un mélange de la salive avec la suppuration et l'espèce de putrilage qui se sépare de la surface de l'ulcère; cette matière excessive- ÏI. 9

l3d CANCER DU PHAHYNX.

ment fétide, et plus ou moins abondante, est rendue par excréatioTiy ci'est-à-dire par une sorte d'effort qu'on fait avec le gosier, pour Texpulser pendant l'expiration des mucosités «{ui gênent la gorge.

Presque toutes les victimes de ce cancer arrivent au dernier degré de marasme, et succombent sans agonie. Il en est un grand nombre qui meurent presque subitement lorsqu'on croirait qu'ils ont encore plusieurs jours ou plusieurs semaines à vivre.

Nous ne décriroûs pas en particulier les dégénéralions organiques qu'on observe après la mort, dans les cas où la maladie étoit un cancer rongeant, de môme nature que ceux de la face. Il suffit de dire qu'elles sont tout-à-fait pareilles à celles des autres cancers rongeans (deuxième partie, cliap. VIII. art. i58). Dans les autres cas, on trouve une dégénération fort analogue à celle qui constitue le cancer du rectum (deuxième partie, chap. xiv. art. 2). Les parois du pharynx sont épaisses, dures, et transformées en un tissu cancéreux (introduction, chap. 11. art i ). La dégénération s'étend plus ou moins aux parties environnantes , qui sont alors réunies au pliarynx, et ne forme plus avec cet organe qu'une seule masse squirrheuse, dans laquelle, néanmoins, un œil exercé peut encore distinguer ce qui appartient à telle ou telle partie. Les membranes muqueuse et musculaire sont presque toujours encore distinctes, quoiqu'entièrement dégénérées, pourvu que le squirrhe ne soit pas trop ramolli- Quelquefois on reconnoît que la maladie à commencé par unemiasse squirrheuse, qui, développée primitivement dans le tissu cellulaire des environs du pharynx, a contracté des adhérences avec cet organe, et l'a. pour ainsi dire, entraîné dans sa dégénération : mais c'est là un fait d'anatomie pathologique, duquel on ne peut rien inférer pour le traitement.

CANCER DU PHA.RYNX. l5l

Page 1