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CHAPITRE TROISIÈME

Le cancer est-il contagieux ?

Voici à quoi se réduisent les faits sur lesquels on s'est fondé, jusqu'à ces derniers temps, pour regarder le cancer comme une maladie contagieuse. Il suffira de les énoncer pour en faire sentir le peu de valeur.

1° Zaculus LusîtanuSj médecin du dix-septième siècle^ grand conteur de choses extraordinaires, rapporte que trois garçons furent attaqués de cancer au sein pour avoir couché long-lemps avec leur mère, qui mourut de cette maladie. [Prax. med. admirab.f lib.iyohs. J24.)

2® Un homme, dit Peyrilhe [Dissert, de Cancro), ayant sucé la mamelle cancéreuse de sa femme, dans l'intention de la soulager, fut atteint, peu de temps après, d'un cancer ^lux gencives, qui le fit périr. Ce fait, attribué à Tulpius par Peyrilhe et par phisieurs autres auteurs, ne se trouve point, nous pouvons l'affirmer, dans les écrits de l'observateur hollandois , ce qui nous semble suffisant pour en faire soupçonner fortement raulhenticité.

5° ïulpius nous apprend {Obs, medic.^ lib. iv, cap. 8) qu'une servante fut atteinte d'un horrible cancer au sein, peu de temps après avoir donné des soins assidus à sa maîtresse, qui succomba à cette maladie ; et il ajoute que luimême, pour avoir regardé de trop près ce cancer, eut à la gorge un fâcheux ulcère , qui guérit, néanmoins, assez facilement lorsqu'on eut excisé l'escarre produite par le venin cancéreux.

4° Enfin, on cite comme tiès-péremptoire une expérience de Peyrilhe, qui nous semble toul-à-fait insignifiante : il > s'agit d'un chien , sous la peau duquel on fit pénétrer ^ au moyen d'une incision, environ deux gros de matière exprimée d'une mamelle cancéreuse. Il ne résulta pas de cette inoculation un ulcère cancéreux, comme l'insinue l'auteur, mais seulement une vive inflammation, et par suite, une gangrène , dont on ne put connoître la terminaison, attendu qu'on perdit de vue l'animal.

Tout ce qu'on pourroit inférer de cette expérience et de l'observation de Tulpius, c'est que le contact immédiat, ou seulement les émanations du liquide ichoreux et putride du cancer, peuvent déterminer une inflammation de mauvaise nature.

Quant à la servante , qui fut atteinte du cancer peu de temps après sa maîtresse, nous verrions là une simple coïncidence, et nullement un effet de la contagion.

L'observation de Zaculus Lusitanus est si extraordinaire, et si peu circonstanciée, qu'il nous semble prudent de n'en tirer aucune conclusion , jusqu'à ce qu'elle soit confirmée par quelque autre fait analogue.

A ce petit nombre d'observations tronquées, opposons des exj)ériences directes, qui ont été faites avec tontes les précautions convenables, par des médecins éclairés.

M. Alibert, médecin de l'hôpital Saint-Louis, a fait avaler à des chiens la sérosité ichorense qui découle des cancers ulcérés; il a fait plus : il a eu le courage de s'inoculer à lui-même cette matière infecte. Un autre médecin, animé du même zèle pour la science, M. Bietl, s'est soumis à une semblable épreuve, ainsi que plusieurs élèves ; et dans tous ces essais, on n'a pas eu lieu d'observer le moindre effet de contagion. Un seul des inoculés a été pris d'une légère fièvre, qui n'a eu aucune suite fâcheuse. (J. L. Alibert,

Description des maladies de la peau, observées à l'hôpital Saint" Louis; in-fol.^ page ii8. Paris, 1806.)

M. le professeur Dupuytren a introduit, dans reslomac de plusieurs animaux, des portions de chairs cancéreuses. Il a injecté le pus de ces mêmes dégénérescences dans les reines et dans les diverses cavilés splanchniques, sans obtenir d'autres résultats que ceux qu'aurait produits l'injection de toute autre matière irritante. (Considératioîis générales sur la Cancer, ]^ar M. Niel-Haulmesnil. Paris, 1807.) Dans ses premières expériences , M. Dupuytren avoit remarqué de petits ulcères à l'intérieur de l'estomac; mais il a re^ connu, depuis,que ces érosions étoient produites par les vers qu'on trouve presque toujours dans le canal intestinal des chiens. . *

Qu'on rapproche de ces expériences les faits de non-contagion que nous avons rapportés en parlant du cancer de la matrice , et le témoignage d'un habile praticien , qui assure avoir vu très-souvent des filles soigner leurs mères afiectées de cancer au sein , leur parler de très-près, coucher avec elles, et boire à la même tasse, sans qu'il en soit résulté le plus léger accident (De Houppeville, ouvr» cité, pag. 104) : on sera, sinon convaincu, du moins trèsporté à croire que le cancer n'est point une maladie contagieuse.

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