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CHAPITRE SECOND

Diathèse cancéreuse.

La conclusion rigoureuse des faits que nous venons de rapporter, et de beaucoup d'autres analogues, c'est qu'il existe une disposition intérieure qui suffît, dans certains cas, pour donner lieu au cancer, cl sans laquelle toutes les causes extérieures, soit locales, soit générales , ne peuvent jamais produire cette maladie.

Sans chercher à expliquer ni à définir cette disposition intérieure, qui est et sera peut-être toujours inconnue dans son essence, nous la désignons par le nom de diathèse cancéreuse, ou dlsposillon au cancer.

C'est celle disposition qui est la véritable et l'unique cause de la récidive du cancer après l'extirpation : c'est à elle qu'est dû le développement simultané ou successif de

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plusieurs maladies cancéreuses dans divers organes, souvent Irès-éloigaés les uns des autres.

La disposition au cancer peut exister long-temps , et même toute la vie, sans se manifester par aucun signe extérieur, et sans produire aucune maladie cancéreuse. Elle n'a pas toujours le même degré d'intensité ; de là vient, sans doute, qu'une irritation légère suffit quelquefois pour provoquer le développement d'un cancer, tandis que, dans d'autres cas, cette maladie a besoin, pour se déclarer^^ du concours de plusieurs causes occasionnelles très-puissantes.

La diathèse cancéreuse n'existe pas toujours au même degré dans toutes les parties du corps : certains individus paroissent disposés spécialement au cancer de la peau ; d'autres au cancer des glandes, ou de tout autre système.

AUiot a vu deux hommes affectés d'un cancer cutané, chez lesquels un cautère, établi à la jambe, dégénéra en ulcère cancéreux. [Trailé du Cancer, p. 102.) Or, nous ne croyons pas que la même chose ait jamais été observée sur un sujet affecté d'un© tumeur cancéreuse.

Au contraire, on voit tous les jours des sujets cancéreux qui ont, depuis longues années, un cautère qu'ils irritent de toute manière pour provoquer la suppuration, sans que, pour cela, ce cautère passe à l'état cancéreux ; tandis que la moindre contusion sur le sein, sur le testicule ou sur toute autre glande , suffirait pour déterminer la formation d'un nouveau cancer : nous en concluons que ces individus ne sont pas disposés au cancer cutané, ou bien, en d'autres termes, que leur peau ne participe point à la diathèse cancéreuse. Mais nous regarderions comme dangereuse l'application d'un cautère à une personne qui auroit eu antérieurement un cancer cutané.

Il existe, entre certaines parties, des relations anatomiques; sympathiques, et peut-être pathologiques, desquelles

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il résulte que la dégénérescence d'un organe , lorsqu'elle dépend d'une diatlièse générale, entraine fréquemment une dégénérescence de même nature dans d'autres organes plus ou moins éloignés. En voici quelques exemples :

Les ganglions lymphatiques de l'aisselle^ et même ceux du col, deviennent souvent cancéreux chez les femmes affectées de cancer des mamelles. La même chose arrive aux ganglions lymphatiques de l'échancrure paroîidienne, par suite des progrès d'un ulcère cancéreux de la face. Le sarcocèle finit presque toujours par déterminer des tumieurs cancéreuses le long du cordon spermatique, dans la fosse iliaque da bassin, et même dans le mésentère.

Jusque-là, tout ponrroit s'expliquer par l'hypothèse généralement admise, dans laquelle on suppose que le virus cancéreux est transmis par les vaisseaux lymphatiques aux glandes du voisinage : explication spécieuse qui, toutefois, est encore loin d'être démontrée ; car nous verrons bientôt que la suppuration des cancers ne paroi t avoir aucune propriété contagieuse.

Mais comment se fait-il que les cancers du sein, ceux du rectum, et la plupart des maladies cancéreuses externes, occasionnent si souvent des masses cancéreuses dans le foie, dans le mésentère , ou dans d'autres parties du tissu cellulaire abdominal? Il faut bien ici , de toute nécessité, reconnoître les eîTets de la diathèse cancéreuse ; et si l'on convient que, dans ces derniers cas, le développement des maladies cancéreuses consécutives ne sauroit être attribué au transport de la matière ichoreuse de l'ulcère, par où prouvera-t-on que le transport de cette même matière soit indispensable pour la dégénération consécutive des glandes qui avoisinent le cancer ?

Quant à nous, s'il nous est permis de hasarder à ce sujet une conjecture, nous croyons que l'irritation qui se propage du cancer aux ganglions lymphatiques du voisinage,

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devient pour ces ganglions la cause occasionnelle de la dégénératiun cancéreuscj à peu près comme feroit une contusion , un froissement, ou toute autre cause extérieure d'irritation. Mais la cause efficiente de la dégénération nous paroît être la même que celle du cancer primitif, c'est-à-dire que nous la rapportons à la diathèse cancéreuse.

Un des effets les plus remarquables de cette diathèse, c'est la reproduction du cancer après l'extirpation. La plaie se cicatrise complètement ; le malade recouvre une brillante santé ; il acquiert même quelquefois plus d'embonpoint et de fraîcheur qu'il n'en avoit jamais eu; et,' néanmoins ^ le cancer se reproduit au bout d'un temps plus ou moins long, soit dans l'endroit même de la cicatrice , soit dans tonte autre partie du corps : différences dont les unes paroissent dépendre du plus ou moins d'intensité de la diathèse cancéreuse, et les autres de la nature des causes occasionnelles.

C'est ainsi^ par exemple, que chez une femme guérie d'un cancer au sein, un dérangement de la menstruation, ou quelque autre maladie accidentelle de la matrice, pourra déterminer un cancer de cet organe, de la môme manière qu'une irritation permanente de l'anus , par un ulcère vénérien, occasionneroit un cancer du rectum, etc.

Nous avons fait connoître, en parlant du squirrhe des mamelles, les circonstances qui peuvent indiquer ou con- Ire-indiquer l'opération : nous n'y reviendrons pas ici, attendu que ces circonstances sont les mêmes pour tous les cancers opérables. Au reste, c'est là un point de pratique qui a besoin d'être éclairci par de nouvelles observations.

Les faits qui ont été recueillis en très-grand nombre, jusqu'à ce jour, ont donné les résultats les plus opposés; et cela devoit être, puisqu'on ne s'est jamais bien entendu sur la véritable signification du mot cancer.

James Hill, en Ecosse, et John Bell, à Londres, assurent

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avoir guéri radicalement par Topération au moins les cinq sixièmes de leurs malades.

D'aulres chirurgiens non moins célèbres, tels que de Houppevilîe et Alexandre Monro, ont obtenu des résultats si peu salisfaisans de celte même opération, qu'ils ont fini par y renoncer presque entièrement.

Toutefois, on peut dire, en général, que ce moyen, lorsqu'il est praticable, est encore le plus sûr qu'on connoisse pour prolonger les jours des malades. Il faut donc se garder de le proscrire , et s'étudier, au contraire, à en faire un bon usage. On ne détruit point, il est vrai, par l'opération, la diatlièse cancéreuse, mais Texpérience prouve qu'on peut vivre et jouir même d'une parfaite santé pendant un grand nombre d'années , malgré cette dialhèse, surtout si on éloigne avec soin toutes les causes occasionnelles du cancer.

La dlsposilion au cancer est-elle antérieure à la naissance, ou bien survienl-elle à une certaine époqile de la vie et sous l'influence de cer!aines condilions relatives au tempérament, au genre de vie, au climat, elc..^ C'est encore une question sur laquelle il est impossible de prononcer dans l'état actuel de la science.

Ce qu'on peut dire de plus positif, c'est que la diatbèse cancéreuse doit être extrêmement foible, supposé qu'elle existe pendant la première jeunesse, car on ne voit presque jamais de maladies cancéreuses avant la vingtième année, quoique les cnfans ne soient pas moins exposés que les adultes à la plupart des causes occasionnelles du cancer. L'époque de la cessation des menstrues et de la virilité confi! mée sont les périodes de la vie où la diathèse cancéreuse paroît avoir le plus d'intensité : c'est alors qu'elle suffit quelquefois pour produire le cancer, sans le secours d'aucune cause extérieure.

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