LUXATION DU GENOU EN AVANT
(le M. Guéniot, M. Hibon, en 1881 *. Enfin, en 1891, M. Phocas (de Lille), ayant eu occasion de recueillir un nouvel exemple de ce vice de conformation, en a fait Tobjet d'un travail publié dans la Revue d'Orthopédie *.
Pour notre part, deux fois seulement nous avons rencontré la malformation du genou dont il s'agit ici; nous commencerons par relater ces deux observations.
Ods. I. — Le 30 mai 1891, on nous présentait, à notre consultation des Enfants-Assistés, une petite fille de vingt-quatre jours, venue au monde avec la malformation suivante : la jambe droite est fléchie en avant sur la cuisse, au point de former avec elle un angle obtus, dont la base est tournée en avant. Le membre inférieur droit en totalité est porté dans la rotation en dehors; il existe une subluxation du genou, de telle sorte que les condyles fémoraux font une saillie anormale en arrière, ilu côté du creux poplité; le plateau tibial est au contraire subluxé en avant; il est impossible de percevoir la rotule. Le triceps est énergiquoment contracture et s'oppose à toute tentative de redressement; on arrive bien à mettre la jambe dans Taxe de la cuisse; mais on ne peut imprimer au genou le plus petit mouvement de flexion en arrière. Au contraire, on exagère facilement la position vicieuse du membre; l'angle maximum, formé par la flexion en avant de la jambe sur la cuisse, mesure environ llo**. Le tenseur du fascia lata est le siège d'une contracture manifeste.
Nous avons pu suivre cette enfant jusqu'à l'âge de deux ans; mais, en dépit du massage, en dépit du port d'une attelle maintenant le membre dans la rectitude, nous n'avons pu arriver à une guérison complète. Quand nous l'avons vue pour la dernière fois le 8 juin 1893, l'enfant marchait facilement sans claudication; les mouvements do flexion normaux de la jambe sur la cuisse étaient toujours limités; en revanche, il y avait toujours hyperextension, avec tendance du membre à former un angle ouvert en avant.
Obs. il — Dans notre seconde observation, la déformation portait sur les deux membres inférieurs. Nous avons pu la recueillir, grûce à l'obligeance du professeur Pinard, sur une petite fille d'un mois, née à la clinique Baudelocque. Dès la naissance, on avait été frappé de la déformation des membres infé-
1. Hibon, De la luxation congénitale du tibia en avant, thèse de doct., 1881, n* 10.
2. Phocas, Genu recurvatum congénital ou luxation congénitale du tibia en avant, Revue d'Orthopédie, 1891, p. 50.
582 MALADIES CONGÉNITALES DU MEMBRE INPÉllIEUR
rieurs. Les genoux ne peuvent être fléchis dans le sens de la flexion normale; au contraire, ils forment avec la cuisse un angle ouvert en avant. La déformation est plus prononcée à gauche; de ce côté, au renversement de la jambe en avant, se joint un certain degré de rotation en dehors. Des deux côtés, on sent en arrière, dans le creux poplité, une saillie osseuse très prononcée, répondant à la partie postérieure des condylos fémoraux. Il existe audevant des genoux des plicatures multiples; à droite, il y en a une très prononcée; à gauche, il en existe deux. La rotule peut être reconnue; elle est mobile à la partie antérieure du genou. Il est possible, par des tractions combinées à des pressions sur la partie postérieure du genou, d'imprimer à Tarticulation un certain degré de flexion ; mais on ne peut arriver à la flexion complète. A gauche, quand le membre est abandonné à lui-même, on voit immédiatement la déformation se reproduire, et Ton sent le glissement du plateau tibial d'arrière en avant. A droite, la difformité est moins prononcée. Nous n'avons pu suivre cette enfant, et nous ne saurions dire ce qu'elle est devenue.
La lecture dos deux observations précédentes suffît à donner une bonne idée du vice de conformation que nous envisageons en ce moment; les cas sont pour ainsi dire calqués les uns sur les autres. Il s'agit d'un enfant qui naît avec une hyperextension plus ou moins marquée du genou; parfois la difformité est telle que la jambe peut toucher la face antérieure de la cuisse; dans d'autres cas, les deux segments du membre forment entre eux un angle droit, ou seulement un angle obtus. Du reste, l'attitude vicieuse n'est pas fixe, et Von peut très aisément, par des pressions modérées, soit l'exagérer, soit la corriger en partie.
L'hyperextension du membre amène un relâchement de la peau à sa partie antérieure; d'où la formation de plis cutanés péri-roluliens, sus et sous-rotuliens, à direction horizontale, en nombre variable; parfois de la matière sébacée s'amasse au fond de ces plis, comme cela existait dans le cas de Motte (de Dinan). Au fond de ces plicatures, la rotule est difficilement reconnaissable; de ce qu'on ne la scmt pas bien tout d'abord, il ne faut pas trop s'empresser de conclun» à son absence. Ainsi, dans notre premier fait, nous avions pensé tout (ral)onl que la rotule faisait défaut, tandis que les examens ultérieurs nous ont démontré sa présence.
Contrastant avec le relâchement des téguments à la face antérieure du membre, il existe au contraire une tension anormale du