‹ Traite des maladies chirurgicales d'origine congenitaleChapitre 152 sur 158 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Les tumeurs malignes chez les très jeunes enfants sont loin (l'être rares. On les rencontre avec une prédilection toute spéciale dans certains organes, tels que le globe de l'œil, le testicule et le rein. Leur existence peut être invoquée à juste raison à Tappui de la théorie de Cohnheim, qui voit dans l'existence de cellules embryonnaires, enfouies dans les tissus, et se mettant tout d'un coup à proliférer, l'origine des tumeurs malignes en général. Toutefois, il faut établir une distinction entre les tumeurs malignes observées chez les très jeunes enfants. Les unes en effet ne se sont fait remarquer qu'après la naissance; ici l'origine congénitale, aux dépens d'éléments embryonnaires, est probable, mais non démontrée; les autres, au contraire, sont bien réellement des tumeurs congénitales, en ce sens que leur existence a été constatée au moment même de la naissance, et que parfois même elle a été l'oriffine de dvstocie.

Nous donnerons seulement ici un seul exemple de la première variété, nous réservant d'insister sur les tumeurs observées au moment même de la naissance, qui, elles, ne peuvent prêter à contestation.

( iohnbeim * rap|)orte le fait suivant, relatif à une petite fille mortr à VàiLc de quinze mois, le 20 novembre 1874. Dans les trois premiers mois qui suivirent la naissance, l'enfant parut bien portante: mais, à la fin d'août, le D' Freund fut consulté, et il constata, dans

1. r.ohiihoim (de Bn'slau), Conp«^nilales<iuergeslrciftes Muskelsarkom der Niere; iii Wirchtnv's Archiv, 1.S15, Bainl LXV, p. 64.

la région lombaire, une tumeur grosse comme le poing d'un adulte; à partir de ce moment, Tenfant baissa rapidement; la tumeur prit un si grand développement qu'au moment de la mort, elle remplissait presque toute la cavité abdominale.

Elle était constituée par le rein gauche, et mesurait 25 centimètres de longueur et 17 centimètres de largeur. Le rein droit, long de 7 centimètres, présentait lui-même une tumeur, mais beaucoup plus petite que la précédente.

« A l'aspect macroscopique de cette tumeur, dit Gohnheim, chacun aurait porté le diagnostic de carcinome primitif du rein. L'évolution rapide de la tumeur, ses dimensions, son aspect hétérogène, la métastase de l'autre rein, tout parlait dans ce sens. Quel ne fut pas mon étonnement lorsqu'au premier examen microscopique je n'aperçus que de magnifiques fibres musculaires striées! » Un . examen approfondi montra que ces fibres formaient des faisceaux se dirigeant dans tous les sens, comme les faisceaux musculaires lisses d'un myome utérin.

Il s'agit ici, d'après Gohnheim, d'une de ces tumeurs rares appelées par Virchow rnyosarcomes striés, et rangées par lui dans la classe des tératomes. D'après l'auteur ce serait là un vice primitif de conformation. Il rappelle que le rein primitif se trouve en contact intime avec les protovertèbres, d'où dérive une grande partie de la musculature du tronc. Ne peut-on pas admettre, dit-il, que quelques cellules musculaires embryonnaires sont restées mélangées aux deux reins primitifs? Cela expliquerait l'origine des deux tumeurs musculaires au sein des reins définitifs. Quant aux nodules sarcomateux rencontrés dans la tumeur, Gohnheim se demande s'ils viennent d'une prolifération excessive du tissu conjonrtif intermusculaire, ou s'il faut y voir des éléments préparatoires destinés à se transformer dans la suite en fibres musculaires striées.

Nous pourrions multiplier les exemples; mais, nous le répétons, ils ne sauraient être absolument démonstratifs, les tumeurs n'ayant pas été remarquées au moment même de la naissance. Il n'en est pas de même dans les faits que nous allons citer maintenant.

Voici, par exemple, une observation publiée par MM. Brindeauct Gcorghiu * dans laquelle un sarcome du rein du fœtus s'accompagnait d'hydramnios. La mère, une primipare âgée de trente-trois

i. Brindeau et Georghiu, Cas d'hydramnios dû à un sarcome du rein du fœtus; Bulletin méd., 1897, p. 412.

ans, était enceinte de cinq mois. Son ventre augmentant rapidement, elle entra à la Maternité. L'utérus est celui d'une femme à terme; l'état général est mauvais; il y a de la dyspnée, des vomissements. On ponctionne les membranes; il s'écoule 1 litres de liquide. Le fœtus, du poids de 1100 grammes, est atteint d'une tumeur du rein gauche, grosse comme une orange. Il s'agit d'un sarcome à petites cellules. L'hydramnios était dû à la gène circulatoire du système veineux ombilical.

L'observation de Jacobi * est relative à une femme de vingtquatre ans, bien portante, dont le ventre prit, pendant la troisième grossesse, un développement si considérable qu'elle devait rester assise toute la journée. Au huitième mois, les mouvements actifs du fœtus cessèrent; la mère eut des douleurs abdominales vives avec hyperthermie. Accouchement provoqué; le volume de l'abdomen du fœtus était tel qu'il opposa un obstacle sérieux à l'accouchement. Les tissus de l'enfant étaient si mous que, pendant les tractions, une des cuisses fut presque séparée du tronc. Le fœtus pesait 9 livres ; il présentait des nodules cancéreux du volume d'un pois ou d'une noisette dans le foie et dans le rein gauche. La capsule surrénale gauche en était aussi infiltrée.

Cullingworth * rapporte un cas de cancer de l'estomac rencontré à l'autopsie d'un enfant de cinq semaines. Pendant les dix premiers jours qui suivirent la naissance, cet enfant ne présenta rien d'anormal. Le dixième jour, il commença à avoir des vomissements qui se produisaient une heure après le repas; il y avait en même temps de la consti[)ation. Plus tard, il eut des selles noires, abondantes, non fétides; les vomissements se rapprochèrent, l'émaciation devint extrême, et la mort survint le vingt-neuvième jour.

A l'autopsie, on trouva l'estomac très dilaté; le pylore, très épaissi, présentait sur la face interne de sa paroi inférieure une tumeur ramollie, ulcérée, qui oblitérait complètement l'orifice pylorique. Sous le microscope, on trouva un épithéliome, à cellules cylindriques, avec épaississement énorme de la tunique musculaire.

Le fait suivant de Stern ', concernant un sarcome primitif de

1. Jacobi, Cancer primitif du rein et du foie chez le fœtus; Med, Journal, New- York, 1879; tirée de la thèse de Dumont, Paris, 1889.

'2. Cullingworth, Cas de cancer de l'estomac chez un enfant de cinq semaines; Brit. med. Journal, 1877, vol. 11.

3. Stern, Sarcome primitif de l'intestin grêle chez le nouveau-né, lierlin, Klin. Wochens,, 1894, n" 35, p. 802.

rintestin grêle, n'est pas moins curieux : Une femme, âgée de vingt-trois ans, accoucha d'un enfant à terme, ne présentant pas de malformations extérieures. Aussitôt après la naissance, on remarqua que l'enfant n'expulsait pas de méconium par l'anus, mais qu'il rendait par la bouche des matières jaunâtres. Le ventre est ballonné, mais souple, ne présentant rien d'insolite à la palpation. Les jours suivants, des vomissements survinrent après chaque tétée, et l'enfant mourut au bout de quatre jours. On avait porté, pendant la vie, le diagnostic d'obstruction intestinale; mais vu l'âge et le mauvais état général de l'enfant, on s'était abstenu de toute intervention.

A l'autopsie, on trouve, sur l'intestin grêle, à un mètre trentedeux au-dessous du pylore, une tumeur occupant la face interne de l'intestin, sur une longueur de 20 centimètres; son épaisseur est de 1 centimètre 1/2; sa largeur de 4 à 5 centimètres.

L*examen histologique montre qu'il ne reste que des vestiges de muqueuse et d'épithélium ; par-ci par-là, quelques glandes de Lieberkiihn. Au milieu des débris de la muscularis mucosaSy on trouve des amas de cellules rondes, se colorant d'une façon intense par l'hématoxyline. La couche musculaire est traversée par de larges bandes des mêmes cellules. La partie la plus externe de cette couche, c'est-à-dire celle qui est la plus voisine du péritoine, présente un nombre surprenant de capillaires ectasiés, séparés par des amas de cellules rondes. Le revêtement péritonéal lui-même est intact. Ce néoplasme rappelle, sous beaucoup de rapports, les angio-sarcomes décrits par Kolaczek. Il s'agit donc ici d'un sarcome globo-cellulaire primitif de l'intestin grêle, sans métastase. Les lésions semblent avoir débuté dans la muqueuse, et avoir peu à peu envahi les couches externes de l'intestin.

Les observations précédentes se rapportent à des tumeurs malignes congénitales portant sur les principaux viscères, le foie, le rein, les capsules surrénales, l'estomac et l'intestin. On a également rencontré des tumeurs congénitales siégeant sur les membres et sur l'extrémité céphalique.

De Saint-Germain * rapporte l'histoire d'une enfant venue au monde avec une tumeur du volume d'une noisette, siégeant vers le tiers inférieur de l'avant-bras gauche. Cette tumeur paraissait avoir des adhérences profondes. Son volume grandit rapidement,

1. De Saint-Germain et Launois, Tumeurs malignes des enfants; Revue mensuelle tien maladies de l'enfance, 1883, p. 33.

KiRMissoK. — Maladies chirurg. 48

754 TUMEURS MALIGNES II (miriI\E (::o."{r,ESITAl,K

ia peau «lui la recouvre s'amitirîl: une poDotion expluratrô» ae retire que du sang. En liîx jours, la tumeur nU«int le volnmefn (»uf lie poule. L'enfant est présentée à Dolhpau ei à Nélaloa; tom deux porti'nt le diag-nostic de tumeur mflligiw, el Nélatiin propou l'amputation de l'avanl-liras. C'est alors que M. Je S«îi>(-tiomiUD fui appelé; il pratiqua l'ablation de la tumeur à l'aide de l'écmew linéaire. Sept jours après, récidive du volume d'un |;ro!i cpaf. Pcadant six mois, un cautérisa avec acliarueinent iiii ridomre dnàM et au galvano-cantère toute trace du repullulatiou. Au bout i'm certain temps, sans cause apparente, la repullulalion r«ss8 et la cicatrisation s'opéra, L'enfant mourut à l'dge de deux ani*, d'an* broncho-pneuraonie. L'examon histologiqup fait par M. Haiix»ri montra qu'il s'agissait d'un sarcome embryonnaire.

Dans un cas de Marshall ', un enfant fut admis à TtinpitaJ poar une tumeur siégeant au niveau du mollet paucJie, I>éjà quînnjoure après la naissance, la mère avait remarqué une dilîéreiiM <if volume entre les deux jambes de l'enfant. Le inembre grosât rapidement; au moment de l'admission, il mesurait 3fi OBotiinUT» de circonférence, le côté sain n'ayant que 18 centimètres- A» touctier, la tumeur était tendue, ilemi-tluctuaute, donnant Is suh sation d'une large collection de liquide située au-desM»» dn triceps. L'état général était excellent.

Le 29 janvier, on pratique une ponction exploratrice; il et-nthl« qu'on pénétre dans une lai^e cavité; il s'écoule d'abonl de lisent site, puis du sang pur en grande abondance. L'enfant ml une &yvcope, et l'on dut recourir à la glace et à la comprpssioD poot nrcéter l'bémorra^e.

Le 2 fé\Tier, amputation du genou; l'enfant fut revu six mi* plus lard ; l'état général était bon : il n'y avait pas trace de récidive.

Description df! In tumeur. — La tumeur s'étend depuis l'inlcrligne articulaire du genou jusqu'à 3 centimètres au-ilcssus iln cou-dc-pied. Elle est située entre la conrhe superficielle f t la coudie profonde des muscles postérieurs de la jambe. Tous le." nMiwln sont reconnaissables; mais ils ont subi la dé^énén^sceiicc graî»~ aensfl. Le tilria et le péroné sont aplatis d'avant im Birière <el incarvés suivant le sens vertical, k concavité r^anUnl eo arrière. Os deux os sont plus écartés l'un de l'autre qu'à l'état normal, l*' mnmbre est enveloppé d'une rouche de graisse, à|kUBse de I à

1. M.irsiinll, S.iri^iimn fuso-ditliilniro de la Jnmiii' chcx un cntanl The Umrrt. m'it.lire HU. p. SIS, vol. M.

TUMEURS MALIGNES D^ORIGIME CONGENITALE TBS

2 centindëtres. La tamear est hrégulièrement eyale; son grand axe est parallèle i ceiui de la jambe. Elle est kmgue de i2 centimètres, large de 6 centimètres, entourée d'une capsule de tassu cellulaire condensé. Elle semble s'être accraedans un espace intermusculaire, sans avoir infiltré les muscles Toisins. A la coupe, eUe paraît homogène, de texture fibreuse. EUe renferme un large kyste, rempli de caillots sanguins. Au microscope, on retroure tous les caractères du sarcome fuso-cellulaire, cellules en fuseau avec noyaux allongés, et beaucoup de tissu cellulaire diffus. D'après le siège de cette tumeur, on peut conclure qu elle sest développée aux dépens de l'aponévrose profonde du mollet.

Aux deux faits précédents nous joindrons un cas publié par Mandillon', et relatif à un sarcome congénital observé chez un garçon de quatre jours. La tumeur, du volume d'une orange, présentant une circonférence de 25 centimètres, était située à 2 centimètres en dehors du bec de l'apophyse coracoïde. Cette tumeur, de consistance inégale, était légèrement mobile sur sa base; sa membrane d'enveloppe était rouge et très vasculaire.

Croyant à un kyste, le médecin fit une ponction qui ne donna que du sang. Les jours suivants, la peau recouvrant le néoplasme se gangrena; et, malgré un diagnostic hésitant, la tumeur fut enlevée au thermocautère. L'enfant continua à téter avec entrain, et la guérison fut rapide. Deux mois après, la cicatrice, blanche et lisse, n'offrait plus que l'étendue d'une pièce de 50 centimes.

A la coupe, la tumeur présentait l'aspect d'un sarcome. A un fort grossissement, dans les points jeunes de la tumeur, on v^oit des cellules fusiformes, très allongées, irrégulièrement semées dans le tissu fibrillaire, et quelques cellules roades. Certaines de ces cellules ont perdu leur protoplasma, et ne montrent plus que leur noyau. Il s'agit donc d'un sarcome fusiforme en voie de régression granulo^raisseuse.

Dans le cas publié par MM. Bourneville et Brîcon ', l'existence de la tumeur congénitale est remarquable en ce qu'elle coïncide avec plusieurs autres malformations, ectromélie, rein unique, persistance d'un cloaque vésico-rectal.

L'enfant R..., né le 7 mars 1886, est décédé le 13 mars, au bout

1. Mandillon, Sarcome congénital chez un enfant de quatre jours; BulL et mém. de la Soc, de Chir., 27 février 1878, p. 160.

2. Bourneville et Bricon, Ectromélie unilatérale; rein unique; inclusion de la verge; cloaque vésico-rectal; tumeur mixte (Gb'ro-sarcome) du périnée; Bull, Soc. anatomigue, 1886, p. 238.

de six jours. Les membres supérieurs sont bien conformés; mais la colonne vertébrale est déviée vers la droite dans la région lombaire. La moitié gauche du bassin est un peu déprimée; It peau qui la recouvre est ulcérée. Sur la ligne médiane, dans U région coccygienne, existe une dépression infundibuliforme où aboutissent quatre sillons. C'est là que se trouve une fente par où Ton s'assure que sortent les excréments.

La hanche droite paraît normale; les mouvements d'abduction sont pourtant limités. Le fémur droit est un peu incurvé; U jambe droite l'est beaucoup, elle porte un pied bot varus prononcé. A gauche, il existe une amputation congénitale de la cuisse, i l'union de son tiers moyen avec le tiers inférieur. Ce membre est représenté par un moignon, long de 7 centimètres, dévie dans l'adduction, et qui ne peut être porté dans l'abduction; il esteo même temps fléchi sur l'abdomen.

Au-dessous du pli génito-crural gauche existe un mamelon, qui a 7 à 8 millimètres de hauteur. Cette saillie ressemble tout à tait à un bout de sein sans orifice, et ne rappelle point l'aspect de la verge.

Au niveau du périnée existe une tumeur en forme de cône tronqué, au sommet duquel se voit une fente en V dont l'ouverture est de 8 millimètres de longueur.

Autopsie. — Dans la fente en V citée plus haut, on constate l'existence d'un gland profontlément situé. Les lèvres do ce V représentent le prépuce. Une sonde introduite dans Turètre ne parvient pas jusque dans la vessie. Une section faite le long Je cette sonde permet de voir que l'obstacle est constitué par une tumeur. Le mamelon, situé sur le côté du pénis, n'est autre chos«» qu'un scrotum inhabité. Le rein gauche manque absolument, mais non la capsule surrénale gauche. Le rein droit est normal, son uretère est sinueux, dilaté. Les deux testicules sont situi's sur les cotés du bassin. La vessie ouverte postérieurement communique largement avec une sorte de cloaque qui, lui, est commun avec le rectum. Sur la face interne du rectum se trouve une tumeur bourgeonnante, d'aspect sarcomateux. Cette tumeur a envahi toute la partie gauche du bassin, les faces latérale et postérieure (le la cuisse gauche. Elle est blanchâtre, ferme au toucher, criant sous le couteau. Elle envahit tout le périnée. C'est elle qui, en se (léveIo|)pant d'arrière en avant, avait presque enfoui le gland sous la peau du périnée, faisant croire un instant à l'existence

d'une vulve. L'examen histologique de cette tumeur a prouvé qu'il s'agissait d'un fibro-sarcome.

L'extrémité céphalique a été également le siège de tumeurs observées au moment même de la naissance. Dans un cas de Massin, une primipare de dix-neuf ans accouche d'une fille Lien développée, pesant 3150 grammes. A l'examen de l'enfant, on découvre deux tumeurs qui sortent de la Louche en soulevant la lèvre supérieure. Ces tumeurs provenaient du Lord de la gencive supérieure. L'une d'elles avait le volume d'un gros haricot, l'autre celui d'une cerise. La muqueuse qui les recouvrait paraissait normale. La consistance était ferme; le pédicule d'implantation offrait une large base. L'opération fut faite le quatrième jour sans chloroforme; elle ne causa ni douleurs, ni hémorragie. La guérison survint sans incident.

A la coupe, la tumeur était rosée, compacte; on aurait pu croire à un fiLrome congénital de la gencive. Mais, sous le microscope, la tumeur se montra formée tout entière d'éléments épithéliaux.

Dans la thèse de Mariage, nous trouvons le cas suivant appartemant à Charon : le 20 octoLre 1877, fut apportée à l'hôpital une petite fille venue au monde depuis huit heures seulement, et atteinte de la difformité suivante * :

Sur la face de l'enfant se voit une tumeur grosse comme un œuf de poule, Losselée, d'un rouge violacé. Elle part de l'angle interne de l'œil droit, envahit toute la région nasale, et tend à gagner le front. En 8 jours, elle double de volume, envahit le front, les lèvres, le grand angle de l'œil gauche, en refoulant ce dernier vers la tempe.

Les jours suivants, la tumeur s'ulcère, laisse écouler un liquide sanieux, fétide. A partir du dixième jour, l'état général s'altère, l'enfant se cachectise, et meurt le 11 décembre.

Autopsie. — La tumeur principale n'intéresse nullement ni l'œil, ni le nerf optique. On trouve plusieurs noyaux gris, secondaires, dans la peau du ventre, dans le tissu cellulaire sous-pleural et abdominal. Il en existe également dans le rein gauche. A l'examen histologique, la grosse tumeur est formée de cellules embryonnaires unies par un stroma très fin, composé de substance amorphe. La tumeur a subi, en plusieurs points, la dégénéres-

1. Charon, Sarcome congénital de la face, Bull, de VAc. de méd, de Belgique, 1878: in thèse de Mariage, Tumeurs malignes des enfants, Paris, 1895.

TLMStIBS WALIGHES ir'OBl&mf CORGESITALB

cence ^aîsseuse. Il s'agit, en somme, d'un sarrome jHolw-cdtolaire.

Le cas de Zahn' est partknHèrpment inl^ressanl, vn rc qw l'auteur assigne comme siège primitif à la tumeur lu boule ^iv seuae de Bichat. Le fo-tus qui portait cetli- tumeur tnuuiûl ItO centimi^tres ilo longueur. Comme autres malformalinaa. il nr présentait pas autre ciiosc qu'un double pied bot. La liinfur mesure 15 centimètres dans le sens vertifnl, cl 12 conlinirln* horiaontalement. Elle atteint l'oreille en dfhnrs, la paupière loférieure en haut, la commissure labiale gauche en dedans. A triren la bouche entr'ouvertc, on voit la muqueuse saine, mai» forteiwiil repoussêe en dedans. La partie inférieure de la tumeur dépasw U menton et atteint l'os hyoïde. Sa surface est bo«.selée; la peau qui la recouvre est brunfttre, nécrosée, déchirée mime sur le* potolf culminants de la tumeur.

Une coupe longitudinale montre que la tumeur es.t eirtraonli' nairement vasculaire. On y diMingue trois zones bien Iranchte: 1* une zone externe, nécrosée; 2" une zone moyenne, Upct >^ rouge ; 3" une zone interne, analt^ue à de la moelle et Iri^s va«ulaire.

Les résultats de l'examen microscopique furent les soiranls : dans le centre et la portion inlerne, là où se trouvait la toi»: •!'■»pect médullaire, il n'y a que de petites cellules à tr6s gro-t nov«u. Dans la n'gion moyenne, les vaisseaux sont plus nombreux. La sulislance fondamentale rcnfr-rmc moins de cellules rondes qae h couche précédente; on y voit en outre de grandes cellules httiformes avec de longs prolongements. Dans certains points, rat cellule.-i fusiformes sont assez nombreuses pour former on vMtable réseau. Dans la zone périphérique, il existe îles (Ibres Alasliquesel des cellules rondes devenues lout à fait grats»euse)>.

Les coupes permirent de constater qu'à sa partie sup^rieun^ If néoplasme était séparé îles tissu» voi&în» par une véritable m brane: sa partie interne était adjacente au buccinateur. L« tumenr émellait en outre un prolongement blanchâtre, mobile, grot» cohium' une plume à écrire, dans la profondeur d« la fossette sph^o-paU' tine. En dehors de ce prolongement, le masséter existe tout à fart intact. La parotide est normale: son canal excréteur traverse de part en part ta tumeur. En dessous de la paupière, on trouredaiis

r linkcn Wangc bei e

ti sMbs inoraUli-lMR n

TUMEURS HALIGNES D'ORIGINE GONGÉHITALE 789

le néoplasme quatre kystes, du valume d'une noisette, dont les parois sont tapissées de cellules plates ; aussi Fauteur les considèret-il comme d'origine lymphatique. Quant au néoplasme, c'est un myxosarcome développé aux dépens de la boule graisseuse de Bichat.

C'est encore d'un sarcome congénital qu'il s'agit dans le cas publié par Philipps *. Au moment de la naissance, la tumeur siégeant au niveau du front, et du volume d*une petite noix de coco, se mit à saigner abondamment. Deux jours après, on nota une grosseur dans la région sous-maxillaire droite, qui se mit à grossir rapidement, et envahit la parotide et le cou. Les veines du cuir chevelu augmentèrent de volume; toute la surface de la tumeur <levint violacée. L'enfant prit bien le sein pendant quelques jours ; puis, la tumeur envahissant les régions profondes, la déglutition devint impossible ; la mort survint le dixième jour.

La masse principale de la tumeur proéminait à droite de la face, envahissant le cuir chevelu, la racine du nez et la commissure palpébrale, dans son angle interne. Elle mesurait 7 centimètres dans lo sens vertical; 5,5 centimètres transversalement, et 4 centimètres d'épaisseur. Son sommet était ulcéré et fongueux; le périoste frontal n'était pas atteint.

Une autre masse tubéreuse, bleuâtre, adhérente aux téguments, siégeait derrière l'oreille du côté droit et contournait le méat auditif. Un prolongement triangulaire avançait vers le pharynx et la base du crâne. D'autres noyaux plus petits se trouvaient sous la paupière inférieure et sur la lèvre supérieure. On trouva quelques petites métastases dans la plèvre et dans le foie.

A Texamen histologique, la portion principale de la tumeur se montra constituée par des cellules rondes, infiltrant le tissu cellulaire sous-cutané. Il s'agissait donc d'un sarcome; la même constitution histologique fut rencontrée dans la tumeur juxta-parotidienne et dans celle du foie.

Nous pourrions multiplier les exemples ' ; mais nous craindrions de fatiguer l'attention du lecteur par une trop longue énumération. Il nous suffit d'avoir montré, par les observations précédentes, que, pour être rares, les tumeurs congénitales existant au moment

1. Philipps, Congénital Sarcome in a new born infanl; Obstétrical Transact.^ 1888, U XXX, p. 334.

2. Voyez encore : Marc, Leiomyome congénital sous-cutané, Archiv fur Pathol. Anat. Virchow, 1891, p. 543.

même de la naissance, n'en sont pas moins bien démontrées. Noii!( pourrions, comme nous Tavons déjà dit, y ajouter un très grand nombre de faits de tumeurs malignes développées à une époque assez rapprochée de la naissance pour qu'on soit autorisé à les regarder comme d'origine congénitale. En résumé donc, Télude des tumeurs malignes dans la première enfance est très favorable à la théorie de Cohnheim, qui voit dans le développement d'éléments embryonnaires enfouis au milieu des tissus, l'origine générale des tumeurs malignes. Cette théorie trouve encore sa confirmation dans les expériences récentes de mon ami M. Féré*qui. en greffant sur le poulet des éléments embryonnaires, est arrivé à produire, dans certains cas, des tumeurs persistantes.

Une question fort intéressante, c'est celle de la propagation cancéreuse de la mère au fœtus, que pose Friedreich * à propos d'um* observation personnelle. Ce fait est relatif à. une femme de trentesept ans, accouchée le 20 décembre 1865. Sept jours après, on l'apporte à l'hôpital dans un étaft très frrave. Dans l'abdomen, il existe une tumeur volumineuse, médiane, remplissant presque toute la cavité. Le foie est hypertrophié, ainsi que les ganglions. Au niveau du front, il existe depuis quatre semaines, au dire de la malade, une tumeur bosselée et dure. Le diagnostic fut : carcinome du foie avec métastases dans les os, les mamelles, les ganglions, et pleurésie exsudative carcinomateuse ; diagnostic pleinement justifié par Tautopsie, dont nous ne rapporterons pas ici tous les détails.

L'examen histologiquc des tumeurs trouvées dans le foie, !♦• cœur, le corps thyroïde, l'utérus, les os, Tintestin grêle, les i:anglions lymphatiques, les mamelles, donna des résultats identi^pifs. Toutes ces tumeurs étaient constituées par une substance ferme, grisâtre, homogène, peu vasculaire, rappelant le cartilage et d<»nnant un peu de suc laiteux h la coupe. Le microscope décelait partout un tissu conjonctif fascicule, renfermant dans ses mailles d«' grosses cellules, polymorphes, à plusieurs noyaux. En un mot, il n'v a aucun doute sur la nature carcinomateuse de toutes <-on tumeurs.

Or, Tenfant, né trois semaines avant terme, vint au mi»niK-

1. Voy*'/. (Ih. Ft'Ti', Note sur la |>n>duclion expérimentale de lêralomr^: Jt-rf, -r* d'anal, microscopique, t. I, fa^c. II, p. i*J3.

2. Frit'dn'ich, Propagation du cancer de la mère au fu'lus; Virchow's Arrhtr. t. XXXVI, p. ir.:j, I.SG7; Résumé dans la thèse de Le Vaillant, Tumeurs de Vcnfan r-, Paris, issi.

(cachectique. Dès le second jour, il se développa chez lui un sclérèmc généralisé qui l'emporta au sixième jour. Aussitôt après la naissance, on remarqua, au-devant de la rotule du genou gauche, une tumeur rouge. A Tautopsie, on constata que cette tumeur avait pris naissance dans le tissu conjonctif sous-cutané. Elle est très vasculàire ; sa consistance est un peu moins ferme que celle des tumeurs de la mère ; elle présente, à la coupe, une coloration grisâtre. Sous le microscope, la structure de cette tumeur ressemble d'une façon frappante à celles de la mère. Entre les mailles d'un stroma fascicule très bien développé, richement pourvu de capillaires, on trouve des cellules cancéreuses serrées les unes contre les autres. Ces cellules plurinucléées ne diffèrent de celles des tumeurs maternelles que par leurs dimensions plus petites.

Friedreich regarde la tumeur constatée dans le foie de la mère comme la tumeur primitive. Quant à la tumeur trouvée chez le fœtus au niveau du genou, elle ne saurait, d'après lui, être considérée comme une pure coïncidence, mais bien comme le fait d'une fi;"énéralisation, qui s'est faite pendant la vie intra-utérine, de la mère au fœtus.

Préface vu

Page 1