‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 2 sur 53 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De V Entorse.

L’entorse est le résultat d’un mouvement violent dans lequel une articulation a^été forcée , sans que les os qui la composent aient subi de déplacement sensible.

Les mouvemens des articulations ne peuvent être portés au-delà de leurs bornes naturelles , sans que les ligamens destinés à unir les os et à borner ces mouvemens , ne soient violemment distendus* ou rompus : aussi l’entorse est-elle toujours accompagnée de la première de ces circonstances j qui en est le caractère propre , et quelquefois de la seconde.

L’usage a réservé le nom de diastase pourl’éloigneraent latéral de deux os longs articulés entr’eux par les côtés correspondans de leurs extrémités ^ et sur-tout pour les lésions de ce genre qui intéressent des articulations immobiles , comme sont celles du tibia avec le péroné , et celles des os du bassin entr’eux. Mais il est facile de s’apercevoir que ces accidens rentrent dans l’entorse , dont ils ne diffèrent nullement , puisqu’ils ne peuvent avoir lieu sans une distension violente , et même sans la rupture des ligamens. Quant à l’écartement des os du crâne , .que l’on a également désigné sous le nom de diastasis , nous en parlerons en traitant des plaies de la tête.

Les articulations orbiculaires , celles qui per-

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mettent aux os les mouveniens les plus variés et les plus étendus , sont disposées de manière que leurs ligamens , protégés par un grand nombre de muscles pulssans, ne peuvent souffrir une extension cojisidérable que par un effort extraordinaire ; et quand l’effort est suffisant pour produire cette distension et la rupture des ligamens , le déplacement qui s’ensuit est nécessairement permanent , à cause de la forme sj)liérique de l’une des surfaces articulaires , forme qui ne saurait permettre de rétrocession spontanée.

Dans les articulations ginglimdides , au contraire , et dans celles qui s’en rapprochent par le peu d’étendue des mouveniens , ordinairement bornés à deux sens alternatifs , et quelquefois très-obscurs, les rapports naturels des os sont assurés par la disposition même des surfaces articulaires , et par la force des ligamens , mais prcs([ue pas par les muscles j en sorte que l’action de ces derniers organes , ne pouvant pas au besoin ajouter à la résistance des ligamens , en proportion de la violence qu’ils supportent , ceux-ci peuvent être plus facilement distendus et rompus. D’un autre côté, comme les surfaces de ces articulations sont , en général, très-grandes , et qu’elles ne s’abandonnent que très-difficilement , l’effort qui tend à changer leurs rapports naturels borne ses effets , le pms souvent, à la distension et à la rupture des ligamens. Delà vient que les luxations sont fort communes dans les articulations orbiculaires , et que les entorses sont plus ordinaiics dans les articulations ginglymoïdes. L’articulation du pied , qui réunit au plus haut degré les conditions dont nous v«-

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nons de parler, et qui d’ailleurs est exposée à des efforts considérables et fréquens , est aussi celle où l’on observe l’entorse le plus ordinairement. Viennent ensuite celles des os du tarse, celles du carpe ,du poignet, puis celles du genou et du coude , où cette maladie s’observe le plus rarement , malgré les dispositions convenables qu’elles réunissent , parce que les ligamens qui affermissent ces articulations , étant extrêmement forts , il faut , pour les distendre , ou pour les rompre , un effort énorme , qui suffit toujours alors pour produire aussi la luxation.

Les entorses différent entr’elles ])ar l’importance de l’articulation lésée , par la violence de l’effort qui a été nécessaire pour pi'oduirè la maladie , et par l’étendue dii désordre qui l’accompagne : ainsi , il y a des entorses légères , où les moyens d’union ont été seulement tiraillés , d’autres plus graves dans lesquelles les ligamens ont été rompus , et avec eux le tissu cellulaire environnant , et où les tendons , les nerfs , les vaisseaux de tout elle-même ont subi une dister considérable.

Pour produire l’entorse, il faut que faction extérieure qui la cause, ait agi de manière à porter les mouvemens d’une articulation ginglymoïde au-delà de leurs bornes naturelles 5 ou à déterminer des mouvemens dans un sens où ils ne sont pas possibles dans l’ordre naturel ; ou, enfin , de manière à faire naître des mouvemens dans une articulation qui n’en permet aucun dans l’état naturel. Ainsi , dans une chute sur les mains, où l’extension , où la flexion du poignet sera forcée , l’entorse peut avoir lieu facilement j dans une chute sur

^enre et la peau ion plus ou moins

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les pieds, ou l’un des deux, étant surpris dans l’adduction , ou dans l’abduction , supporte presque tout le poids du corps ; dans une chute imminente en arrière pendant la station , si la pointe du pied se trouve prise de manière à ne pas permettre un mouvement de la jambe en arrière j dans la progression rapide , si le , pied par lequel passe la ligne de gravitation , porte sur un plan convexe , ou sur un plan incliné , de sorte que la lace plantaire soit fortement tournée en dedans j dans tous ces cas , l’entorse peut avoir lieu à l’articulation du pied , ou à celle des os du tarse , ou dans toutes ensemble. Par rapport à l’articulation du pied , nous observerons qu’il est des cas où une prédisposition à la diathèse scropliuleuse en est une aussi à l’entorse 5 ce sont ceux où les extrémités articulaires des os longs ayant été gonflées en bas âge , les ligarnens de l’articulation voisine ont souffert un alongement , un relâchement notables. Ce phénomène , remarquable sur - tout à l’extrémité inférieure de la jambe, rend le pied plat, et son articulation beaucoup plus libre, plus faible que dans l’état ordinaire , et les sujets ainsi disposés , sont aussi plus exposés à l’entorse : il n’est pas rare de voir alors le même accident survenir plusieurs fois à la même articulation. Quant à l’espèce de lésion que l’on a désignée sous le nom de diastase , il est difficile d’en comj)rendre la possibilité sans qu’il y ait en même temps fracture de l’un des deux os : en prenant les os de la jambe pour exemple , il est difficile de concevoir que l’articulation inférieure du tibia avec le péroné soit altérée par une violence extérieure , que les surfaces de cette

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articulation soient écartées j ses ligamens alongés , ou rompus , sans qu’il y ait en même temps fracture du péroné ; cette lésion nous paraît d^ailleurs fort difficile à constater : l’écartement pur et simple des surfaces articulaires sans fracture , serait presque impossible à vérifier, parce que l’engorgement qui survient presque sur-le-champ, empêche de bien distinguer les parties. Il nous semble extrêmement probable que, dans beaucoup de cas, les suites d’une fracture du péroné méconnue , en auront hnposé pour les preuves consécutives d’une diastase.

L’entorse est accompagnée de différens accidens , parmi lesquels la douleur et le gonflement se manifestent d’abord. On conçoit aisément que les ligamens et les autres parties molles qui environnent une articulation , ne peuvent être distendus et plus ou moins déchirés , sans qu’il en résulte dans l’instant même une douleur proportionnée à la sensibilité de ces parties , et à l’effort qu’elles ont souffert. La douleur et l’irritation attirent les humeurs dans la partie affectée, et l’affluence de ces humeurs donne lieu au gonflement. D’abord peu considérable , l’engorgement augmente ensuite, et au bout de vingt-(|uatre heures , il est porté ordinairement à un très-haut degré , et présen te les caractères inflammatoires. Le sang qui s’échappe des petits vaisseaux rompus s’infiltre dans le tissu cellulaire , et produit une ecchymose qui s’étend quelquefois très-loin. L’arti- , culation peut exécuter tousses mouvemens iminécllatement aprè$ l’accident; mais aussitôt que le gonflement est survenu , elle n’a plus de jeu ; et si l’on imprimait des mouvemens à la partie ,

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on causerait de vives douleurs , et l’on ajouterait aux accidens de la maladie.

Lorsque l’entorse est légère , c’est une maladie de peu de conséauence , et qui guérit facilement . la douleur diminue peu-à-j>eu , le gonflement et la tension se dissipent , l’ecchymose se résout en s’étendant le long du membre , les mouvemens se rétablissent y deviennent plus étendus de jour en jour , et l’articulation ne tarde pas à revenir à son état naturel. Mais lorsque l’entorse a lieu à une articulation trèsserrée , et affermie par des ligarnens très-forts y dont la résistance ne peut être vaincue que par un effort violent , les accidens sont ordinairement très-intenses , et se dissipent beaucoup plus lentement. Alors , suivant que les ligamens ont plus ou moins souffert , et que l’engorgement des parties molles a été plus ou moins considérable , tantôt l’articulation conserve une faiblesse qui la rend singulièrement susceptible du même accident , tantôt elle contracte une roideur qui rend les mouvemens très-difficiles , et qui ne se dissipe qu’au bout d’un temps très long ; quelquefois même cette roideur (lure toute la vie.

Dans les sujets bien constitués et exempts de tout vice interne , il est rare que l’entorse ^ même la plus considérable, ait d’autres suites que celles dont nous venons de parler. Cependant des fautes graves dans le traitement, et sur-tout l’indocilité et l’imprudence des malades, (jui fatiguent l’articulation en voulant s’en servir trop tôt et avant la cessation de la douleur , peuvent rendre l’entorse très-grave dans les sujets les plus sains d’ailleurs. Dans ce cas , tantôt la douleur et l’engorgement , apres

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avoir éprouvé de la diminution , subsistent à ce degré , ensorte qu’une maladie qui aurait pu guérir en cinq ou six semaines , dure cin([ ou six mois, et bien souvent une année entière ; tantôt les accidens s’aggravent au lieu de diminuer ; la douleur et l’engorgsment sont portés à un très-haut degré ; quelquefois même la suppuration survient , les os s’altèrent , ou même se carient , et par la suite l’amputation devient nécessaire pour sauver la vie du malade.

Mais des accidens aussi graves à la suite de l’entorse , ne s’observent guère que sur des sujets chez lesquels il existe un vice interne ou général qui peut afïécter les articulations. Le plus commun , et en même temps le plus fâcheux , est le vice scrophuleux. Il est rare que chez les sujets où ce vice existe , l’entorse ne devienne la cause occasionnelle ou déterminante d’une tumeur blanche de l’articulation , dont la marche peut s’écarter plus ou moins de l’état chronique qui est propre aux tumeurs de cette espèce , et qui peut conduire à la carieet à la nécessité de l’amputation du membre.

Les signes de l’entorse sont faciles à saisir : une violence extérieure dont la nature et le sens sont toujours connus , une douleur plus ou moins vive dans l’articulation affectée, sans difformité, sans altération manifeste dans les rapports naturels des surfaces articulaires , la liberté des niouvemens immédiatement après l’accident , un engorgement subit et proportionné à la violence de l’effort ; tels sont les phénomènes qui caractérisent cette maladie. Il est facile de distinguer l’entorse de toute autre affection des articulations : cependant on a vu

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