‹ Traité des maladies chirurgicales et des opérations qui leur conviennent [electronic resource] (volume 2)Chapitre 3 sur 53 · DE L EN TOUS E · texte numérisé non relu

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des hommes peu instruits en méconnaître le caractère et donner lieu à des accidens graves, par des manœuvres déplacées , laites dans l’intention de remédier à un écartement des os, ou de réduire une luxation qui n’existait pas. La moindre attention sufHt pour faire éviter une méprise aussi grossière.

Le pronostic de l’en torse est différent, suivant le degré de la maladie , la nature de l’articulation , et la disposition particulière du maladç. L’entorse légère est une maladie de peu d’importance , et qui guérit en quelques semaines , si elle est bien traitée , et si le malade , docile aux conseils du chirurgien , ne fait exécuter aucun mouvement à l’articulation affectée , et ne se sert du membre que quand la douleur et l’engorgement sont entièrement dissipés. L’entorse violente qui a lieu à une articulation très-serrée et affermie par des ligamens trèsforts , comme celle du pied , par exemple , est une maladie grave , qui dure souvent plusieurs mois , et qui , comme nous l’avons dit précédemment, peut avoir les suites les plus fâcheuses par un traitement mal-entendu , et sur-tout par l’imprudence du malade. L’entorse même légère est toujours un accident fâcheux , dans les sujets scrophuleux , parce qu’elle peut devenir la cause occasionnelle ou déterminante d’une tumeur blanche de l’articulation, qui peut conduire a la nécessité de l’amputation , ou même faire périr le malade.

Le traitement de l’entorse consiste à prévenir l’engorgement inflammatoire , à le combattre quand il est survenu , à favoriser la réunion des ligamens rompus , et à rétablir le ton , la force et la liberté des mouvemens dans l’articulation affectée.

L’expérience a appris que l’eau très-froide est le meilleur moyen que l’on puisse employer pour remplir la prèmière indication. Ce répercussif appaise la douleur, empêche l’abord des humeurs , et prévient l’engorgement et l’inflammation. On rend l’eau froide plus sédative et plus efficace en y ajoutant une certaine quantité d’acétate liquide de plomb , ( extrait de Saturne. ) Ainsi , lorsqu’on est appelé au moment même où l’entorse vient d’arriver , il faut plonger la partie dans un seau d’eau de puits , à laquelle on ajoutera une demi-once d’acétate liquide de plomb par pinte. Mais pour retirer de l’eau froide tous les avantages que l’on peut en attendre , il faut que la partie y reste plongée pendant plusieurs heures de suite , que l’eau soit renouvelée à mesure qu’elle s’échauffe. On conçoit que ce moyen serait dangereux pour une femme qui aurait actuellement ses règles , ou qui serait sur le

I)oint de les avoir ; pour les personnes qui ont a poitrine très-délicate et qui sont sujettes à l’hémoptisie , et pour celles qui , fort échauffées J sont en sueur et dans une abondante transpiration. Dans tous ces cas , on peut employer un défensif composé avec un mélange d’alun, de suie de cheminée et de blancs-d'œuf battus ensemble. Ce défensif deviendra plus efficace , si on y ajoute , à forte dose , de l’opium , que sa vertu stupéfiante rend très-pro- ]>re à prévenir l’abord des humeurs vers l’articulation affectée. >

En retirant la partie de l’eau , on l’enveloppera avec des compresses trempées dans le même liquide , et qu’on aura soin d’imbiber fréquemment. Si l’eau dans laquelle le membre

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a été plongé était sans addition d’acétate de ploin!) , on en ajouterait dans celle qui sert à mouiller les compresses dont on entoure la partie afïéctée.

Lorsque l’entorse est légère , les répercussifs suftisent ordinairement pour prévenir l’engorgement inflammatoire , et l’on peut en continuer l’usage pendant toute la cure. Mais si la maladie est trop considérable pour céder à ce moyen , ou si on ne l’a pu employer sur le-champ , l’engorgement et la tension surviennent , et dans ce cas , on doit avoir recours aux moyens propres à remplir la seconde indication , c’est-à-dire , propres à dissiper la douleur et rengorgernent inflammatoire. Dans cette vue , on saigne le malade plus ou moins , suivant son âge , sa force , son tempérament et l’intensité de l’accident ; on prescrit une diète sévère et un repos absolu, et l’on applique sur la partie affectée des topiques émolliens et anodins , tels que le cataplasme de farine de graine de lin , cuite dans une forte décoction tic racines de guimauve , de têtes de pavots , et de lëuilles de rnorelle j ou de celui de mie de pain blanc , cuite dans du lait avec un jauned’œuf et un peu de safran en poudre. Quand la douleur est très-vive , on peut arroser les cataplasmes avec du laudanum litjuide de Sydenham , ou mieux , avec une dissolution d’extrait gommeux d’opium.

On continue l’usage de ces- topiques , tant que la douleur et l’engorgement inflammatoire subsistent ; mais aussitôt qu’ils sont dissipés , on doit avoir recours aux résolutifs , tels cjue le vin aromatique , l’alcool campliré ou ammoniacé , les cataplasmes avec les farines résolu-

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•tlves ÿ et la poudre des plantes aromatiques cuites dans du gros yin , les douches d’eau de savon , de lessive des cendres de bois neuf ou de sarment , et sur-tout d’eaux minérales liydro-sulfurées , comme celles de Barrège , de Bourbonne , d’Aix-la-Chapelle , etc.

Pendant tout le cours du traitement, et même long-temps après , dans les cas les plus graves , on doit faire observer le repos le plus absolu delà partie affectée. D’un coté, les mouvemens pourraient entretenir l’irritation et l’inflammation ; de l’autre , quand l’entorse a été considérable et les ligamens rompus , on ne peut obtenir une réunion solide , et le retour de toute la force dont l’articulation a besoin pour l’exercice de ses fonctions , qu’à la faveur d’un repos prolongé.

Quand l’entorse a lieu à l’articulation du pied , comme c’est le plus ordinaire , on ne doit permettre au malade de marcher que lorsque la douleur et l’engorgement sont entièrement dissipés ; et comme il reste presque toujours dans la jointure une faiblesse qui expose au même accident , quand on marche trop vite ou sans attention , il est prudent , pour obvier à cet inconvénient , d’entourer la partie avec une bande un peu serrée , ou mieux encore , de faire porter pendant quelque temps au malade , un bas de peau de chleu lacé sur le côté, ou un brodequin , afin que l’articulation soit serrée et contenue plus ferme qu’à l’ordinaire.

Il arrive souvent après la guérison d’une entorse , et lorsque l’articulation a recouvré toute sa force et toute la liberté de ses mouvemens , que le tissu cellulaire qui l’environne est infiltré, empâté , sur- tout le soir , lorsqu’on est resté

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long-temps debout ; le moyen le plus efficace à employer contre cette espèce d’iniirinité locale , qui peut subsister très-long-temps , c’est la compression que l’on peut exercer avec une bande, ou avec un bas de peau de chien , ou de coutil lacé , en ayant soin de garnir suffisamment le contour de l’articulation avec du coton ou de 'la charpie , pour rendre la compression plus exacte et plus égale.

Dans d’autres cas , les ligamens qui ont été fortement distendiïs et déchirés , deviennent roides , sur- tout dans les articulations qui sont naturellement fort serrées , et les mouvemens sont très-gênés et ne s’exécutent qu’avec peine. On a recours alors aux fomentations et aux- "douches émollientes , aux bains de vapeur, aux linimens composés avec les huiles végétales tirées par expression , les moëlles récentes des animaux , ou l’onguent d’althæa. On peut employer aussi l’immersion du membre dans la ■gorge ou le ventre d’un bœuf, ou autre animal nouvellement tué j mais beaucoup de personnes 'ont une répugnance extrême pour ce moyen , et ne veulent point en faire usage. Enfin , lorsque la roideur de l’articulation résiste à ces différens moyens , on a la ressource des eaux •minérales hydro-sulfurées , dont nous avons parlé précédemment.

Dans les sujets scrophuleux , l’entorse peut , comme nous l’avons déjà dit , avoir les suites les plus fâcheuses, et devenir la cause occasionnelle d’une maladie très-grave de l’articulation. La conduite que l’on doit tenir pour prévenir cette maladie , et pour la guérir lorsqu’elle est survenue , sera exposée au chapitre ' des Tumeurs blanches des Articulations. '

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