la
2y4 DES PLAIES
l’extirpation des tumeurs carcinomateuses , on doit lier les artères d’un calibre médiocre à mesure qu’on les coupe, au lieu de les faire comprimer par le doigt d’un aide , jusqu’à la lin de l’opération , comme le pratiquent beaucoup de Chirurgiens. Il arrive souvent qim l’opération étant finie et la plaie lavée avec de l’eau tiède , le sang ne coule plus , en sorte qu’on ne peut pas apercevoir l’orifice du vaisseau pour en faire la ligature. Ce phénomène s’explique aisément par l’état de spasme qu’éprouve le malacie , et par le resserrement du vaisseau ; mais ce spasme n’est pas de longue durée , et aussitôt qu’il est dissipé la circulation se ranime, et l’hémorragie survient. Cette hémorragie qu’on ne pourrait prévenir que par un tamponnement douloureux , et qui oblige de lever l’appareil pour lier les vaisseaux, trouble les suites de l’opération , et peut avoir des effets plus ou moins nuisibles , suivant la constitution plus ou moins robuste du malade , sa pusillanimité ou son courage. J’ai vu des hémorragies se renouveler ainsi après des opérations , et sur-tout après celle de la castration.
On -évitera ces hémorragies consécutives, en liant les artères aussitôt qu’elles sont coupées , et avant d’achever l’opération.
Il* n’y a point d’époque fixe pour la chute des ligatures j elles se détachent au bout d’un temps plus ou moins long , suivant la grosseur des artères, la (juantité des parties molles qui ont été liées aves elles , et le degré de la constriction. Lorsque cette chute se fait attendre trop long-temps , on l’accélère en tordant la ligature à chaque pansement.
Ou voit , d’après ce que nous avons dit sur i
les moyens d’arrêter efficacement l’hémorragie fournie par une artère ouverte dans une plaie , que ces moyens se réduisent à trois : i.® la ligature , qui convient dans le plus grand nombre des cas , et qui est le moyen le plus sûr et le moins douloureux , lorsqu’elle est faite avec les précautions que nous avons indiquées j a.® la compression ; elle convient dans quelques cas
Ï)articuliers que nous avons fait connaître j 3.® a cautérisation avec un fer rougi au feu , qui , dans certaines circonstances dont nous avons parlé , est le seul moyen que l’on puisse employer avec avantage.
Quoique les remedes généraux , tels que la saignée , la diète et les médicamens internes soient des secours peu efficaces pour arrêter l’hémorragie qui accompagne les plaies , cependant ils ne doivent pas être négligés j leur usage bien dirigé peut favoriser l’action des moyens mécaniques ou locaux.
La saignée , lorsque le malade est Jeune , vigoureux , et que l’hémorragie n’a pas été excessive, peut être très-utile. Elle diminue la tension et la force des solides. Le sang n’étant plus poussé avec autant d’impétuosité dans les vaisseaux , si ceux qui fournissent l’hémorragie sont d’un petit calibre , leurs orifices peuvent se resserrer au point d’opposer une digue insurmontable à ce liquide j et si le vais-, seau ouvert est considérable , le sang viendra *frapper avec moins de force contre la ligature, ou la compression , et l’effet de ce moyen sera plus certain.
Lorsqu’on a arrêté une hémorragie , il faut avoir soin d’éviter dans le régime tout ce qui pourrait augmenter trop promptement la quan-
276 DBS PLAIES
titéclusang et l’impétuosité de son mouvement. Le vin et les cordiaux doivent être sévèrement proscrits : on ne j>ennettra d’autre nourriture cpie du bouillon. Le malade res])irera un air trais , on lui interdira toute espèce de niouveinent , sur- tout de la partie malade.
Ou a vanté contre l’hémorragie les astringens pris à l’iiiterieur ; mais si ces medicarnens appliqués sur les vaisseaux ihêmes <jui sont ouverts , n’arrêtent [ias une hémorragie un jjeu considérable, que doit -on en attendre lorsq u’ils sont pris intérieurement, souniis à l'action de l’estomac (jui doit nécessairement leur faire éprouver un changement queicomjue, et ({u’ils n’arrivent aux vaisseaux ouverts qu’en parcourant toutes les voies de la circulation? Comme l’hémorragie fournie par un grand nombre de petits vaisseaux s’arrête souvent d’elle-même , ou par le secours de la moindre compression , ou n’a pas inaïujué d’en attribuer la cessation à de pareils méd'icamens , lorsqu’on y a eu recours , et de les prôner ensuite comme des spéclliques contre l’héjiiorragie. Il y a quantité de ces remèdes qu’on vante l>eaucoup , et qii^on ]>eut prendre sans consé<]uence , ]xirce qu’ils ne font ni bien ni mal j mais un Chirurgien prudent sait à quoi s’en tenir là-dessus , et il n’expose point son malade à des accidens graves, en négligeant les seuls secours vraiment efficaces : la ligature , ou la compression. Cependant il est un cas dans lecjuel ces derniers moyens auraient |^u d’effet sans le secours des médicamens internes j c’est lorsque le malade a une affection scorbuti({ue , et que le sang coule de la surface d’une plaie boursoufflée et comme spongieuse i dans les hémorragies ato-
EN G É N É n A L. 277
niques ou passives. Il est certain qu’alors les médicamens anti* storbutkjues ap,iront avec plus d’efficacité que les moyens locaux : eti voici un exemple. J’amputai le doigt médius à un homme âgé d’environ 5o ans , pour urte carie des phalanges , suite d’un panaris. Les artères collatérales furent liées ; l«s ligatures tombèrent le septième jour ; leur chute ne fut suivie d’aucune hémorragie ; mais bientôt les lèvres de la plaie se lioursoufïlèrent et devinrent noirâtres , molles , spongieuses , et pour peu qu’on les touchât , elles saignaient beaucoup. Dès -lors le malade éprouva presque tous les jours une hémorragie assez considérable , à laquelle j’opposai en vain la ligature qui déchirait aussitôt les chairs embrassées par le fil , et la compression qui n’étendait pas soh effet sur les orifices des vaisseaux qui fouririssaient le sang , à cause du boursoUmeiiient cortsidérable des chairs. Ce boursoiifflement , l’état des gencives , et les taches violettes qui se montraient dans diverses parties du coi’ps et notamment aux jam!)es , ne laissant aucun doute sur l’existence d’une affection scorbutique , j’administrai le suc de cresson et celui de citron à forte dose. L’effet de ces remèdes ne tarda pas à être sensible : les hémorragies dévinrent moins fréquentes et moins abOildarttes ; les chairs diminuèrent de volume et Se raffetrairentj la suppuration devint louable , et la plaie ne tarda pas à guérir. J’observerai à cette occasion que la diathèse scorbutique peut avoir une grande influence sur les ])laies , sans être portée à un très-haut degré j et c^est à qiioi les Chirurgiens doivent faire beaucoup .d’attention, afin de combattre de lx)nne heure Celle diathèse.
Dans les cas ordinaires d’hémorragie à la suite d’une plaie , on s’en tient pour tout remède intérieur aux Ijoissons acidulés froides. Les Chirurgiens anglais font un grand usage de l’opium dans toutes les Jiéinorragies ; mais ce remède ne nous paraît véritablement utile que dans le cas où l’hémorragie est accompagnée de quelque douleur très-vive , ou d’une affection spasmodique considérable.
De la Douleur.
Il en est de la douleur dans les plaies , comme de l’effusion du sang ; tant qu’elle est médiocre , on ne la regarde pas comme un accident , mais bien comme un phénomène inséparable de la blessure : elle ne devient un accident , une complication , que par sa violence ou sa trop longue durée.
La douleur qui accompagne une plaie quelconque est en général médiocre , et n’entraîne ordinairement aucun trouble dans l’économie animale. La plaie est douloureuse pendant cinq ou six heures, ensuite la douleur diminue par degrés , et le malade cesse bientôt de souffrir , sur-tout si la plaie a été pansée méthodiquement.
Mais il est des cas où la douleur qui accompagne les plaies est si vive , qu’elle porte un trouble général dans l’économie animale. Ses effets alors sont l’inquiétude , l’agitation , l’insomnie , la fièvre, la chaleur , la soif, la sécheresse de la peau et quelquefois même les convulsions , sur-tout chez les personnes qui ont le genre nerveux très-facile à émouvoir.
Lorsqu’une plaie est accompagnée • d’une
douleur très-vive , on doit en chercher la cause avec beaucoup de soin , afin d’y remédier efficacement J car toutes les douleirrs ne cèdent pas à un seul et même remède.
Les causes les plus ordinaires de cette douleur , sont : 1 .0 la piqûre , la section incomplète , ou la déchirure des filets nerveux ; 2.” la présence de quelque corps étranger ; celle d’un liquide épanché j inflammation
trop considérable ; 5.” enfin , un pansement mai fait, etl’applicatioii de médicamens âcres, irritans.
Lorsque la douleur qui complique une plaie dépend de la piqûre , de la section incomplète , ou de la déchirure des nerfs , on lui oppose les relâchans et les anodins ; et si ces moyens ne réussissent pas , on coupe en travers les filets neLTveux , ou bien on les désorganise , dans une certaine étendue , avec un caustique.
On fait cesser la douleur produite pat la présence d’un corps étranger , en faisant l’extraction de ce corps.
Si la douleur dépend de l’épanchement du sang, ou d’un autre liquide dans la plaie , ou dans la cavité d’un organe que cette plaie intéresse, on en délivre le malade en donnant issue à ce liquide. C’est ainsi qu’après l’opération de la taille, on fait cesser la douleur vive, produite par le sang épanché dans la vessie , en détruisant , avec le doigt , les caillots qui remplissent la plaie , et qui s’opposent à la sortie du sang et de l’urine.
Quand la douleur dépend d’une inflammation trop considérable , on la combat par les saignées, une diète sévère , les boissons ra frai-
chissanles , et les applications éiiiollieiites dt anodines.
Enfin , lorsque la douleur provient d’un pansement mal fait , ou tle l’application de substances âcres et irritantes , on la fait cesser en pansant la plaie plus méthodiquement , et en la débarrassant des substances irritantes y auxquelles on substitue les médicamens les plus adoucissans.
Mais si la cause de la douleur est inconnue, ou qu’étant connue on ne puisse pas l’eiilever, ou enfin qu’étant ôtée , la douleur subsiste encore , on aura recours aux narcotiques j l’opium est celui qû’on emploie avec le plus de succès. L’expérience journalière apprend que ce remède, donné intérieurement, avec prudence et dans la quantité qui convient , assoupit la douleur. On peut- aus§i employer l’opium à l’extérieur , soit en le faisant dissoudre dans de l’eau , et en imbibant de cette dissolution , des compresses qu’on applique sur la partie , soit en le faisant entrer dans la composition d’un digestif. Mais on ne doit y avoir recours , comme topique , que lorsque la douleur est excessive , et il faut y renoncer aussitôt qu’elle est devenue supportable , parce qu’un, trop long usage de ce remède pourrait éteindre l’infiammation des chairs , et s’opposer à l’établissement de la suppuration.
De V Iriflamniatlon.
L’inflammation ne doit être considérée comme une complication des plaies , (|ue lorsqu’elle est j')ortée au-delà du degré nécessaire pour leur guérison. Ce degré varie dans les dilférentes .plaies..
EN général.
Dans les plaies simples , dont les lèvres peu- ' vent être maintenues appliquées l’une contre l’autre , la plus légère inflammation suffit pour en procurer l’agglutination j et pour peu que l’état inflammatoire soit marqué par les symptômes qui lui sont propres , on doit le regarder comme un accident qui s’oppose à la cicatrisation immédiate , ou sans suppuration. Aussi a-t-on soin , dans le traitement de ces sortes de plaies , d’écarter tout ce qui pourrait causer de l’irritation et attirer l’inflammation.
Les plaies faites par les instrumens tranchans, et qui n’ayant pas pu être réunies , doivent suppurer avant de se cicatriser , sont accompagnées d’un degré d’inflammation assez considérable , et cette inflammation est absolument nécessaire pour l’établissement de la suppuration 5 mais lorsqu’elle est plus forte qu’elle ne devrait être , on doit la regarder comme une véritable complication , et la combattre par les moyens que nous indiquerons plus bas. Cette complication , lorsqu’elle survient aux grandes pL:^ies et qu’elle est portée à un très-haut degré , est plus ou moins fâcheuse , suivant la nature des parties blessées , et les symptômes dont elle est accompagnée , tels que la fièvre , le délire , etc. Mais l’état contraire , c’est-àdire l’absence de l’inflammation qui doit avoir lieu le troisième ou le quatrième jour dans toutes les plaies qui guérissent par voie de suppuration , est beaticoup plus fâcheux y en ce qu’il annonce que les forces vitales manquent du degré d’énergie nécessaire pour l’établissement de la suppuration et pour la guérison de la plaie.
Dans les plaies faites par les instrumens contondans , et sur-taut dans celles d’armes à feu , l’inllammation qui précède l’établissement de la suppuration , est toujours assez considérable ; aussi la complication inflammatoire est -elle beaucoup plus commune dans ces plaies que dans les autres espèces de blessures. Elle est aussi fréquente dans les plaies faites par les instrumens piquans , sur-tout lorsque ces plaies ont lieu aux parties où il y a beaucoup de nerfs , comme la main.
L’inflammation est presque toujours un accident primitif des plaies ; cependant elle peut survenir à toutes les époques de leur durée , et quelquefois même au moment où elles touchent à leur entière guérison. Les causes qui la produisent sont externes ou internes. Les causes externes sont l’exposition longue de la plaie à l’impression de l’air froid qui irrite les nerfs , dessèche les chairs , fronce les orifices des vaisseaux , et y retient tous les sucs ; les remèdes trop spiritueux , âcres et irrita ns qui produisent les mêmes effets sur les nerfs et les vaisseaux j la compression faite par des ccyrps étrangers, par des bandes trop serrées , ou par différentes pièces de l’appareil ([ui froissent les chairs : on peut mettre aussi au nombre des causes externes la nature même de la j)laie, lorsque les nerfs ont été violemment contus, piqués ou déchirés. Les causes internes sont la disposition du corj)S qu’on a nommée diathèse iiinariimatoire , soit parce que cette disposition existe seule, ou qu’elle se trouve jointe , comme cela a fréquemment lieu , à l’état saburral des premières voies J le virus vénérien , le vice dartreux , etc. , qui exercent le plus souvent leur
EN GÉNÉRAL. s83
Snfltience sur les plaies qui sont déjà anciennes, que sur les plaies récentes.
La complication inflammatoire des plaies se manifeste par le gonflement , la rougeur , la chaleur et la douleur de leurs lèvres et des parties environnantes. Lorsque l’inflammation est considérable , elle est accompagnée de fièvre , d’insomnie et quelquefois même de délire. Dans ‘ les plaies par instrument tranchant , l’engorgement inflammatoire se borne ordinairement aux lèvres mêmes de la plaie , ou du moins elle s’étend peu aux environs j mais dans les plaies violemment contuses , et sur-tout dans celles qui ont été faites par des instruniens piquans qui ont pénétré à une profondeur considérable , l’engorgement s’étend au loin , et occupe même quelquefois tout le membre blessé. Dans ce cas , lorsque l’inflammation est intense, il n’est pas rare qu’elle produise des abcès considérables , et quelquefois même la gangrène.
L’engorgement inflammatoire qui complique les plaies , s’opposant à leur guérison , on doit chercher à le prévenir par tous les moyens possibles. On pourrait peut-être diminuer la dis-
f)Osition inflammatoire des plaies récentes , en es laissant saigner modérément ; mais on prévient plus sûrement l’inflammation en pansant les plaies mollement , en évitant les topiques âcres et irritans , en appliquant sur les environs de la plaie de légers répercussifs , en saignant le malade , et en le mettant à la diète la plus sévère.
Lorsque l’inflammation est survenue , il faut examiner si elle dépend d’une cause externe , ou d’une disposition inflammatoirè générale. Dans le premier cas , c^est-à-dire lorsque l’in-
flammation est produite par une cause ex \ terne, on éloigne cette cause, s’il est possible^ | et on emploie Tes fomentations ou les cataplasmes éniolliens et anodins, qui favorisent l’établissement de la sixppnration et le dégorgement de la plaie. Dans le second cas , on combat l’inllammation par la saignée plus ou moins répé- ■ tée , suivant le tempérament et les forces du ■ sujet , et l’intensité de l’engorgement j par la diète , et par l’usage des boissons délayantes. I et tempérantes. Dans tous les cas , on doit I avoir égard à l’état des premières voies, et.l lorsqu’il y a des symptômes manifestes d’un, embarras gastrique , comme cela a fréquem-ment lieu, on prescrit d’aijord un vomitif, ensuite on administre, pendant quelf[ues jours , de légers laxatifs.
L’inflammation qui complique les plaies se* termine toujours par une suppuration abondante qui en dégorge les lèvres : cependant’ lorsque l’engorgement inflammatoire s’étend aux ])arties environnantes, la résolution de l’inflammation a lieu dans ces parties. Il est rare’ que la gangrène suive cette inflammation j mais si cette fâcheuse terminaison avait lieu,, on se conduirait comme il a été dit en parlant, de la gangrène.
Lorstpie l’inflamination survient à une plaie* que l’on a réunie immédiatement , dans la vue • d’en obtenir la guérison sans suyxpuration , il ne* suffit point de lui opposer les moyens dont nous; venons de parler , il faut encore renoncer ài la réunion , et enlever les moyens d’unioni qu’on avait employés ; car en continuant ài maintenir les bords de la plaie réunis , ow .augmenterait l’inflammation. La suppuration!
ENdÉNÉRAL. 28$
alors inévitable j mais lorsqu’elle aura déprgé les lèvres de la plaie , et que ces lèvres iront couvertes de bourgeons charnus ^ rou- 8S , vermeils , on aura recours de nouveau ax moyens de réunion, et sur-tout aux em- }âtres agglutinatüs. On abrégera par-là la guéïon delà plaie , et on diminuera la largeur é la cicatrice : avantage qui n’est point à igliger , lorsque la blessure occupe le visj;e , ou d’autres parties habituellement déçivertes.
Du Tétanos.
)e tous les accidens dont les plaies peuvent êb compliquées, le tétanos est le plus grave eb plus dangereux. On a donné ce nom à la caraction spasmodique , violente et permancte des muscles des mâchoires et du tronc , etui s’étend plus ou moins aux autres musçh destinés à des mouvemens volontaires.
3 tétanos qui est occasionné par une plaie a é nommé traumatique ; mais quelle que so-la cause de cette cruelle maladie , on lui doie diflérens noms , suivant les parties qui en>nt aliFectées.
-usi, on l’appelle tris mus , lorsque la contraion spasmodique est bornée aux muscles relçurs de la mâchoire inférieure , et que cet mâchoire est tellement serrée contre la su[ieure , qu’aucun effort ne peut ouvrir la uche , et que le malade ne peut rien ava-,
Cdit que le tétanos est tonique , lorsque la citraction spasmodique s’étend à tous les inu^s destinés aux mouvemens volontaires, et q tout le corps , depuis la tête jusqu’aux
Î)ieds , est si droit et si roide , que si on lév< es jambes du malade qui 'est couché , il n« porte que sur l’occiput , comme s’il était un» statue.
Lorsque la contraction spasmodique affect principalement les muscles de la partie posté rieure du tronc ou du cou , et que ces partie sont courbées en arrière comme un arc , 1 tétanos prend le nom d'opisthotonos ; on nomme emprosthotonos , lorsque le corps ? penche en devant , en sorte que le mente touche à la poitrine. Ces dilïérens noms donés aux affections tétani<|ues , ne désigne; pas autant de maladies particulières ; ils ine quent seulement le siège et les degrés d’uî seule et même maladie.
En général , le tétanos a été observé dæ tous les climats j mais il n’est nulle part pb fréquent que sous la zone torride , et sur-tet pendant la saison des chaleurs. Il est plus comun aussi dans les pays marécageux ou matimes , que sur un sol sec , élevé et éloigné e la mer. Quoique tous les individus puisst en être attaqués , néanmoins il affecte e préférence les enfans ])eu de jours ajirès Lr naissance, puis les sujets du moyen a, plus rarement les vieillards et les jeunes g6. Les hommes y sont aussi plus exposés qneîs femmes , et en général les personnes forteet robustes , plus que celles qui sont faibles.
Quant à celui que l’on désigne partieufeinent sous le nom de tétanos traumatiquAe seul dont il va être question , il s’empare ^si plus ou moins facilement des blessés , on leur âge, leur sexe, les lieux où ils se »u-
EN général. 287
veut , et la vigueur dont ils sont doués j mais on remarque qu’il se manifeste jdIus fré([uemment dans les plaies des membres , tant supérieurs qu’inférieurs , que dans celles du tronc, de la tête et du cou. Il survient quelquefois I dans l’instant même de la blessure j mais I plus ordinairement il ne se déclare que plusieurs jours après qu’elle a été faite, quelquefois lorsque la plaie est déjà bien avancée dans sa guérison , ou même entièrement guérie , et qu’il n’existe plus ni douleur, ni mal-aise dans l’endroit où elle était située.
Les causes du tétanos traumatique sont la contusion, la piqûre, la ligature d’un nerf, les plaies d’armes à feu, celles par morsure, comme je l’ai vu sur un homme d’Auteuil , qui avait été mordu au bras par un cheval , et qui succomba le quatrième jour de l’accident j les plaies des articulations ginglymoïdales avec déchirure des tendons , des ligaraens, les fractures comrainutives , ou compliquées de luxation, une piqûre un peu profonde à la plante du pied , etc.
Il est probable que ces causes produisent le tétanos, en excitant dans les nerfs de la partie blessée une irritation particulière plus ou moins vive , qui se communique à tout le système nerveux ; mais il est d’autres causes capables de déterminer cette maladie , ou du moins de favoriser son développement chez les blessés , et dont la manière d’agir est aussi peu connue, que leur action est certaine j telles sont la suppression de la transpiration par le froid, le vent , l’humidité , le passage subit du chaud au froid , la présence des vers ou de matières très^âcres et très -irritantes dans les intestins ,
line constipation opiniâtre , la répercussion d’une maladie cutanée , la suppression d’un écoulement habituel, établi depuis long-temps, les passions vives et les affections tristes de l’ame , les plaisirs de l’anlour, etc.
L’oiiservation a fait connaître les causes du tétanos, et les'circonstances qui favorisent le développement de cette cruelle maladie; mais elle ne nous a rien appris encore sur la manière dont elles la produisent. Aussi il n’est point d’affection morbifique dont l’étiologie soit moins avancée que celle du tétanos ; l’ouverture des corps, si propre à nous faire voir le siège et la cause des maladies en général , n’apprend rien relativement à celle-ci, lors même que la cause efficiente en est connue , et souvent elle ne l’est point.
Le tétanos traumatique se déclare quelquefois d’une manière très-brusrpie , et est porté tout-à-cou|) à son ]dus haut période; mais le plus communément il se développe par degrés , et ne parvient que lentement à son état violent. Dans ce cas , il s’annonce par un sentiment de roideur vers la nuque, symptôme qui , augmentant ])ar degrés , rend les mouvemens de la tête difficiles et douloureux. A mesure que la rigidité du cou devient plus grande , le malade éjirouve vers la base de la langue un sentiment de mal-aise , qui se change bientôt en difficulté d’avaler ; cette difficulté augmente, et la déglutition devient, au moins par momens , tout-à-fait impossible. Il survient en meme temps, à la partie inférieure du sternum , une douleur plus ou moins vive , qui delà s’étend dans le dos. Aussitôt que cette douleur se fait sentir , le spasme de
EN général.
tou? les muscles du cou devient très-violent , et la tete est portée en arrière ou en avant, selon que la contraction est plus forte dans les muscles ])osterieurs , ou dans les antérieurs ; mais le plus ordinairement la tète et le tronc sont courbés en arrière. En mémo temps les muscles releveurs de la mâchoire inférieure , qui, dès l’invasion de la maladie, étaient affectés d’une rigidité sj)asmodique , entrent dans ime contraction très- violente , qui applique tellement cette mâchoire contre la supérieure , qu’aucun effort ne peut l’en écarter. Cet état qu’on a regardé comme une maladie [particulière à laquelle on a donné le nom-de tris mus , mal de mâchoire , ou mâchoire serrée , peut être considéré comme le signe pathognomonique du tétanos q ui , dans bien des cas , ne consiste que dans cet état des mâchoires. Les muscles abdoininaux'sont vivement affectés de spasme, de manière que le bas-ventre, fortement retiré en arrière , est dur et tendu comme une planche. On a vu c[uelquefois le spasme se borner à un seul côté du corps, et y occasionner une tension considérable j c’est ce qu’on a nommé pleurotfiotonos , tétanos latéral.
Lorsque la maladie est portée à un très-haut degré, les muscles fléchisseurs de la tête et du tronc se contractent si fortement, cpi’ils contrebalancent la force des extenseurs, et tiennent ces parties droites, tendues et roides , au point qu’elles ne peuvent se mouvoir en aucun sens, et c’est à cet état que l’on a strictement a])pliqué le nom de tétanos. Les muscles des extrémités inférieures se roidissent aussi j les bras, qui jusqnes-là étaient peu afféctés, participent alors à la roideur générale et deviennent immo- X. ' . . 19
ripo DES PLAIES
biles, excepté les doigts qui souvent conservent jusqu’à la lin quelque mobilité ; la langue conserve aussi la sienne pendant long-temps j mais enfin elle est également affectée de spasme , et agitée de mouvemens (jui la poussent souvent avec violence contre les dents.
Dans le plus haut période de la maladie , tous les muscles destinés aux mouvemens volontaires sont affectés, entre autres ceux de la lace 5 le front est ridé j les yeux sont quelquefois contournés , mais communément ils restent fixes et immobiles dans leurs orbites j le nez est retiré , et les joues sont portées en arrière vers les oreilles , de manière que les traits du visage . éprouvent l’altération la plus étrange. Lorsque le tétanos est porté à ce degré , et que le spasme < est universel , il survient ordinairement une convulsion violente , qui met fin à la vie du malade.
Les contractions tétaniques , dans quelques parties qu’elles se manifestent , sont accompagnées des douleurs les plus vives. Ces contractions persistent quelquefois sans aucune rémission sensible jusqu’à la fin de la maladie; mais le plus souvent leur violence et celle des dou- ' leurs diminuent au bout d’une minute ou deux ; cependant le relâchement n’est jamais assez considérable pour que les muscles qui l’éprouvent , puissent céder à l’action de leurs antagonistes ; et il est presque toujours suivi, au bout de dix ou douze minutes , du renouvellement des mêmes contractions et des mêmes douleurs. Ce retour des contractions spasmodiques a lieu souvent sans cause évidente ; mais il paraît fféquemment déterminé par les efforts que le malade fait pour changer de position , pour avaler , potir parler , etc.
ENGiîîiRAl.. 291
■Lorsque le tétanos est violent et général , le Jjouls est précipité, irrégulier, la respiration fréquente et laborieuse ; mais dans le temps de la rémission > l’un et l’autre se rétablissent àpeu-près dans leur état naturel. La chaleur du corps n’augmente pas ordinairement. Dans la plupart des malades , le visage est pâle et couvert d’une sueur froide j très-souvent les membres sont froids aussi , et aussi couverts d’une sueur froide qui se répand par tout le corps.
Dans cette maladie , il y a rarement du délire , ou même de la confusion dans les idées , si ce n’est dans le dernier période. 11 survient quelquefois des vomissemens dès le commencement 'f mais le plus souvent ils ne continuent pas. L’appétit subsiste presque toujours pendant le cours de cette affection , et s’il arriva que les malades prennent de la nourriture 9 elle paraît généralement se digérer assez bien. L’urine est souvent supprimée, ou ne sort qu’avec difficulté et douleur. Le ventre est resserré, mais on ignore si ce symyjtôme est l’effet de la maladie , ou celui des préparations opiacées que l’on emploie presque toujours à grandes doses. Il en est de même de l’éruption miliaire qui se manifeste quelquefois sur la peau des personnes affectées de tétanos. Au reste , on n’a pas observé que cette éruption fût un signe favorable ou funeste , ou (ju’ellc produisît aucun changement dans le cours de la maladie.
Le tétanos est rarement accompagné de symptômes fébriles 5 neanmoins ^ lors(jue les spasmes sont fréquens et violens , le pouls est quelquefois plus plein et plus fréquent (|ue dans l’état naturel j le visage est ronge , et tout le corps est couTert d’une sueur chaude.
Dans le tétanos qui est produit par le Iroid, la lièvre survient quelquefois , et Ton assure l’avoir vue accompagnée de symptômes inllammatoires 5 cependant lorsque , dans ce cas , on a employé la saignée , le sang n’a jamais présenté de couenne pleurétique.
Le tétanos est en général une maladie trèsdangereuse et difficile à guérir. L’expérience a appris que quand il résulte de la lésion traumatique des nerfs, il est communément plus violent et plus souvent mortel , que quand il est l’effet du froid. Le tétanos est aussi plus ou moins dangereux , suivant la rapidité de sa marche. Celui qui se développe subitement, et qui est porté promptement à un haut degré d’intensité , fait périr ordinairement avant le quatrième jour. Lorsque ce terme est passé , le malade est beaucoup moins en danger j car , en général , plus le tétanos a duré , moins il y a à craindre. Cependant il est bon d’observer que cette maladie continue à être dangereuse > plusieurs jours même après le quatrième et que , quoique sa violence soit ordinairement beaucoup, moindre alors , elle est sujette à se renouveler avec autant de force et de danger qu’auparavant. Le tétanos qui ne fait point périr le malade , ne se terjnine jamais subitement et d’une manière que l’on puisse regarder comme critique j il se dissipe toujours par degrés , et ce n’est souvent qu’au bout d’un temps fort long que tous ses symptômes ont entièrement disparu.
Le tétanos- est au nombre des maladies dont le traitement n’est assujetti encore à aucune règle certaine et invaidable. On a opposé à cette terrible affection un grand nombre de remèdes,
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tant internés qu’externes , que nous allons faire connaître.
' L’opium a paru le moyen le ])lus propre à jTuérir le tétanos , et on l’a administré quelquefois avec avantage j mais rexpérience a appris que pour en tirer quelque succès , il fallait le donner à une dose heâricoiip plus forte qu’on ne pourrait le faire sans danger dans d’autres cas. C’est pourquoi on l’administre sous forme solide ou liquitle , à la dose de deux ou trois grains , qued’oii réitère toutes les deux ou trois fleures, et même toutes les heures , lorsque la violence des symptômes l’exige. En donnant l’opium de cette matière , on en a souvent porté la dose à vingt , trente , quarante grains et plus , dans vingt-quatre heures , et on a obtenu par -là une rémission très -marquée dans le spasme et les douleurs , sans que les malades aient éprouvé ni sommeil , ni délire , ni aucun des autres efïets que ce narcotique produit dans d’autres circonstances , lors même qu’il est donné à des doses beaucoup moins considérables ; ce qui fait que dans les affections tétani([ues , on peut augmenter sans inconvéniens la quantité d’opium autant que les symptômes de la maladie semblent l’exiger. Chalmers le réitérait jusqu’à ce que le spasme qui se manifeste au-dessous du sternum diminuât , que les contractions se dissipassent, que le pouls devînt mou, plein et égal , et qu’il se répandît de la moiteur sur tout le corps.
' Cependant la rémission des symptômes , produite par les premières doses d’opium , ne doit pas en faire suspendre l’usage ; car comme ses effets ne se soutiennent pas long-temy)S, on verrait le mal reprendre sa première intensité ,
2ç4 des plaies
si l’on n’en doxinait pas de nouvelles doses , avant le moment où les premières doivent cesser d’agir. Il est donc nécessaire de continuer raJmiiiistration de l’opium tant que les symptômes ont quelque tendance à revenir j et ce n’est (jue quand l’amélioration produite par ce médicament est très -grande, et qu’elle dure déjà de])uis long- temps, (jue l’on doit en diminuer les doses , et les donner à des intervalles plus longs.
Le resserrement des mâchoires et l’impossibilité d’avaler (jui accompagnent si souvent le tétanos, s’opposent à l’administration de l’opium J c’est pourquoi il faut avoir recours à ce remède dès les premiers instans de la maladie , et avant que la déglutition soit devenue impossible. Lorsque ce symptôme existe, il faut donner l’opium en lavement à une dose proportionnée à la violence du mal. Au reste, on doit avoir la précaution de placer entre les dents du malade , avant que les mâchoires soient assez serrées pour ne plus permettre d’ouvrir la bouche, une espèce de bâillon fait avec un morceau de bois garni de linge : sans cette précaution on se verrait souvent , dès les premiers instans de la maladie , dans l’impossibilité de rien faire avaler au malade.
La constipation qui accompagne presque toujours le tétanos, et qui dépend probablement de l’état de spasme des intestins , est augmentée encore par l’usage de l’opium que l’on donne en aussi grande dose. Or, comme cette constipation doit concourir à aggraver la maladie , il convient de la combattre par l’usage des laxatifs, tant tjue la déglutition peut se faire, et par celui des lavemens , lorsque le malade ne peut plus avaleri
Eïr GÉNÉRAL. 2ç5
On a jugé par analogie que l'on pourrait beaucoup aider l’action de l’opium , en l’associant aux antispasmodiques; on a aussi administré ces derniers médicamens seuls. Ceux sur lesquels on a le plus compté , sont le musc et le camphre. Le premier sur-tout a été regardé par quelques praticiens comme le moyen le plus efficace (jue l’on puisse opposer au tétanos; mais , soit que le musc dont on s’est servi ne fut pas pur, soit qu’on ne l’ait pas administré à une dose assez forte , le succès n’a pas répondu à l’attente de ceux qui l’ont employé ; et comme dans la plupart des cas où le tétanos paraît avoir cédé à l’usage de ce médicament , on avait employé en même temps l’opium ou d’autres moyens, il eSt impossible de dire si la guérison a été due à l’effet du musc , ou à celui des autres remèdes administrés concurremment. Au reste , le musc et le camphre doivent être donnés dans cette maladie , à des doses beaucoup plus fortes qu’on ne le fait dans toute autre affection spasmodique.
Comme les sueurs abondantes et la fièvre qui les précède sont les moyens dont la nature se
guérir le tétanos , on a i pouvait les exciter devait être mis en* usage dans le traitement de cette maladie ; en conséquence ^ on a administré les sudorifiques , et notamment l’ammoniaque (alkali volatil fluor). Ce dernier moyen sur- tout a été employé avec succès par plusieurs praticiens. Donné à la dose de dix ou douze gouttes dans de l’eau sucrée, ou dans une boisson sudorifique , il excite une sueur al>ondante, qui a été suivie quelquefois d’une diminution considérable du spasme et de la guérison de, la maladie.
sert quelquefois pour pensé nue tout ce qu
Outre les remèdes intérieurs que le serrement des mâchoires et rempêcliement de la déglutition ne ])ermettent pas toujours d’employer , il en est d’extérieurs dont l’usage peut être salutaire, et tjue l’on doit toujours faire concourir avec les ju'emiers au traitement du tétanos ^ en variant leur choix suivant les causes de cette afïéction , l’état du malade et sa constitution particulière.
La saignée , sur l’usage de laquelle les sentimens sont partagés, peut être utile lorsrnie le malade est ])letliori{pie , qu’il a de la lièvre , et snr-tont lorsqu’il est sujet à une évacuation sanguine qui a disparu. Si cette évacuation est un Ihix hémorroïdal , on appliquera des sangsues. à la marge de l’anus; dans les autres . cas, la saignée peut être nuisible, et il faut s’en abstenir.
Le bain tiède est un moyen qui paraît trèspropre à relâcher la contraction spasmodique des muscles , et on l’emploie communément dans le traitement du tétanos. Bajon qui a eu occasion d’observer fréquemment cette maladie dans l’île de Cayenne , regardait , comme un des remèdes les plus efficaces, les bains continuels d’eau tiède. Chalmers commençait le traitement par la saignée , lorsque le malade était pléthorique ; il faisait ensuite prendre un bain tiède ; il a observé que c’était ]>resque toujours runhjue moyen de rétablir la déglutition. Cependant il avoue qu’il n’a pas toujours été avantageux ; bien plus, on ])rétend qu’il a été nuisible dans quelques cas , et fju’il a même occasionné la mort ; mais on ne sait pas si elle a été l’effet du bain, ou du mouvement cju’il faut donner au malade pour le mettre dans la bai-
gnoire , et qui renouvelle jiresque toujours le spasme et le rend plus violent. J 'ai souvent employé les bains tièdes dans le traitement du tétanos , et quoiqu’ils n’aient pas eu un succès bien marqué, je n’ai pas observé qu’ils aient aggravé le mal , lorsqu’on avait pris toutes les précautions convenables pour n’imprimer au corps jaucune secousse , en plaçant le malade dans la baignoire. Les fomentations faites assidûment sur les pieds et les jambes pouvant être employées sans mouvoir le malade , n’ont pas les inconvéniens du bain , et on peut en user avec avantage.
Les auteurs ne sont point d’accord sur l’usage du bain froid , dans le traitement de la maladie dont nous parlons ; les uns l’ont préconisé comme un moyen très-efficace , et dont ils se sont servis avecleplus grand succès j les autres le rejettent, etdisent qu’il ne leur a jamais réussi. Barrère , ancien médecin de Cayenne ,
tlit s’etre servi utilement des affusions et des
bains d’eau froide dans' le tétanos des enfans'. Il les faisait arroser plusieuirs fois , dès qu’ils commençaient à quitter le mamelon , avec de Beau froide , jusqu’à ce que les parties eussent recouvré leur souplesse naturelle ; il assure que les négresses emploient avec beaucoup d’avantage cette méthode ; qu’elles plongent leurs enfans dans l’eau froide , dès qu’elles s’aperçoivent qu’ils commencent à être pris de ce mal , et que communément ils guérissent. Mais Bajon qui a aussi pratifjué la. médecine à Cayenne , prétend cpic ce moyen ii’a jamais réussi. Il est probable que cette diversité d’opinions vient de ce que ces deux médecins ont mis les bains froids en usage dans des circonstances différentes.
8 DES r L A T E S
M. Wriglit a fait insérer clans le VI.® voluin© i des Rec lie relies et Observations des Médecins | de Londres , nn Mémoire cjui contient le récit des premiers essais c|ue l’on a faits du bain froid dans le traitement du tétanos , et cjui ont tous été heureux. Aujourd’hui ce moyen est devenu d’un usage ])resc|ue général dans les Indes occidentales , où le tétanos est très-commun. On l’administre quelquefois en plongeant le malade dans l’eau Iroide , dans l’eau de la mer, prélérahlement à tonte autre, quand on en est à portée , ou plus fréquemment en versant d’un vase cjuelconque , de l’eau froide sur quehjues parties du corps et même sur toute sa surlace. Lorscjue cela est fait , on essuie le malade avec soin j on l’enveloppe dans des couvertures ; on le remet dans le lit , et on lui donne une forte dose d’opium. Ces affusions produisent ordinairement une rémission considérable des symptômes ; mais elle n’est pas de longue durée,- et l’on est obligé de les répéter au bout de quelques heiires. Cependant , en réitérant aipsi les aspersions et les narcotiques , on parvient à obtenir des intervalles plus longs de repos , et à procurer une guérison complète , quelc|uefois même trèsprompte. On a dans quelques cas ajouté à ce traitement l’usage du vin et celui du quinquina, qui ont paru en seconder les effets. On pourrait aussi y joindre l’ammoniaque à la dose de dix à douze gouttes dans un verre d’eau sucrée , ou dans une boisson sudorifique. Le Ixiin froid a été rarément employé dans le traitement du tétanos traumatique j on s’en est servi spécialement dans celui qui paraissait produit uniquement par l’action de l’air froid. Hippocrate
*Jf générai*. 299
a recommandé les bains froids clans cette maladie ; raais.il veut^ pour en faire usage , que le malade soit jeune et d’une forte constitution 5 que la saison soit chaude , et c{ue le tétanos ne soit pas produit par une plaie. On trouve dans l’ouvrage de M. Heurteloup , intitulé : Précis sur le Tétanos des Adultes , une observation qui est contraire à l’opinion du
I)ère de la médecine , en ce c|u’elle prouve cj\ie e bain froid peut être employé avec succès dans le tétanos traumati(|ue , sur-tout lorsqu’il n’a pas une marche rapide. Cependant, comme les faits de cette espèce sont extrêmement rares, on ne doit user du bain froid , dans le traitement^de cette maladie , qu’avec la plus grande circonspection , jusqu’à ce que rexpérlence ait prononcé.
Le mercure a été employé contre le tétanos, et il a quelquefois réussi. On a fait sur les parties supérieures , et notamment sur le cou , des frictions avec l’onguent mercuriel , dont on a porté la dose jusqu’à deux ou trois onces pour une seule friction , dans la vue d’exciter promptement la salivation. On a aussi donné le mercure intérieurement j mais, sous quelque forme qu’on l’administre , il faut y avoir recours de bonne heure , et à une dose capable d’exciter la salivation , en veillant cependant à ce qu’il n’aliècte pas trop fortement la bouche. On a combiné l’usage du mercure avec celui de l’opium, des bains, des laxatifs, des delayans, etc.; et réunis, ces divers médicamens ont produit rl’heureux effets. On doit d’ailleurs continuer l’einpioi du mercure, jusqu’à ce que la maladie soit entière-
3oO D E s * P L A I ES'
ment domptée , à moins que des accidens particuliers n’obligent à le suspendre.
M. Heurteloup rapporte , dans l’ouvrage précité, une observation bien concluante en laveur du mercure sans aucun accessoire :
•< Un soldat fut attaqué du tétanos , huit jours après qu’on lui eut amputé une jambe. Le resserrement des mâchoires était tel, qu’il était impossible de lui faire rien avaler ; on chercha à exciter la salivation , en chargeant les plumasseaux d’une couche épaisse d'onguent mercuriel double. Elle s’établit , on l’entretint , et le malade fut sauvé.
On a aussi employé les vésicatoires dans le traitement du tétanos ; on en a applicyié de très-larges à la nuque et entre les épaules : mais ces moyens ayant été rarement utiles, et souvent nuisibles , on les a généralement abandonnés. Cependant , si cette maladie était évidemment produite par la ré])ercussion d’une Immeur quelconque , les vésicatoires pourraient être employés avec avantage.
Les anciens faisaient un grand usage , dans cette maladie , des bains d’huile tiède ; ils appliquaient aussi des vessies de lait chaud autour du cou et des mâchoires , et ils faisaient de sem^ [ brocations huileuses sur les parties souffrantes. I Ces moyens ont été négligés par les modernes ; i et aujourd’hui on peut dire qu’ils sont même M généralement oubliés. Cependant, comme leur*! emploi ne peut avoir aucun inconvénient , je ■' pense (ju’on doit y aAoir recours, en ne les • regardant toutefois que comme des auxiliaires m de remèdes plus efficaces.
Ambroise J^aré a guéri un tétanos traumatique en couvrant le malade de fumier, après »i
EN GÉNÉRAI. 3ol
avoir frotté torit son corps avec un liniment. Ce célèbre Chirurgien avait amputé clans l’articulation l’avant - bras d’un soldat. Quinze jours après l’opération , le blessé fut attacj[ué du tétanos , accident que Paré avait pronostiqué , à cause du froid auquel le malade était exposé dans un grenier où il était couché. Touché de compassion , et voulant s’acquitter des devoirs de sa profession , Paré , ne pouvant faire mieux alors , fit transporter le blessé dans une étable , où il y avait beaucoup de bétail et up^e grande quantité de fumier. On le plaça à coté de deux réchauds remplis de feu j on lui frotta la nuque , les bras et les jambes avec un Uniment contre le spasme j ensuite on l’envcdoppa dans un drap chaud , on le coucha sur ciu fumier garni de paille fraîche 3 puis on le couvrit avec d’autre fumier , de manière qu’il n’avait que la tète de libre. Ce malade resta dans cette position pendant trois jours et trois nuits 3 il lui survint un léger flux de ventre et une sueur abondante 3 le spasme diminua par degrés 3 il guérit (1).
Les moyens dont nous avons parlé jusqu’à présent peuvent être appliqués au traitement de toutes les espèces de tétanos 3 mais lorscjue cette maladie survient à la suite d’une blessure , il en est d’autres qui sont relatifs à la plaie même. On a conseillé de faire l’amputation de la partie blessée , lorsqu’elle est praticable, ou du moins de détruire la communication qui existe entre cette partie et le cerveau , soit en achevant , avec l’instrument
(1) OEuvres d’ Ambroise Paré , liv, XII, ch. XXXVII.
3ô2 DESPLAÎËS J
tranchant, la division du nerf lésé , soit en^ 4 détruisant une portion de ce nerf avec un J causli(|ue , ou avec lé cautère actuel. MaU l’expérience a appris que ces moyens , qui pourraient peut-être prévenir le tétanos , si on y avait recours de bonne heure , et avant l’apparition des premiers symptômes , deviennent inutiles, lorsqu’il est déclaré, et sur-tout lorsque le spasme est devenu général. Il en est de même de l’extraction des corps étrangers , et du débridemeiit de la plaie , lorsqu’elle est trop étroite , eontuse et excessivement tuméfiée.
La plaie exige aussi un traitement approprié à son état j lorsqu’elle est douloureuse , tuméfiée , enflammée , on emploie les érnolliens et les anodins en cataplasmes ou en fomentations ; si elle est sèche , les chairs affaissées et la suppuration totalement supprimée , quelques praticiens la couvrent d’un emplâtre épispastique , ou mêlent avec le digestif un
Ï>eu de poudre de cantharides , pour rappeler a suppuration j ces moyens paraissent avoir produit de bons effets. , |
Tels sont les principaux remèdes qui ont été employés contre le tétanos. Parmi ces remèdes, ceux qui ont eu le plus de succès, et sur l’efûcacité desquels il nous paraît qu’on doit le plus compter dans le traitement du tétanos traumatique, sont, l’opium, le musc, le camphre, l’ammoniaque, le mercure et les bains. Dans le choix et la combinaison de ces remèdes, on doit avoir égard à la cause de la maladie , à l’intensité des symptômes, au tempémment du malade, au climat qu’il habite, etc. Au reste, il est bon d’observer que, quelle que soit la méthode de traitement dont on aura fait choix
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d’après un examen réfléchi des circonstances qui viennent d’être indiquées, on doit la suivre avec activité et persévérance, au lieu de l’abandonner légèrement pour lui en substituer une autre , sous prétexte que ses effets ne se manifestent pas assez promptement. Cette instabilité n’est propre qu’à augmenter le mal, et à rendre nuis les moyens les mieux indicjués.
Un accident aussi grave que le tétanos traumatique a du nécessairement exciter l’attention des Chirurgiens , dans ces derniers temps où ils ont eu à traiter un grand nombre de plaies d’armes à feu , espèce de blessure qui est souvent accompagnée de cet accident. Plusieurs praticiens ont publié le résultat de leui^ observations à cet égard. M. Fournier, docteur en médecine , qui a exercé avec distinction la chirurgie dans les hôpitaux militaires , rapporte (i) cinq observations de tétanos traumatique guéri par une méthode que nous allons faire connaître , en donnant l’extrait de ces observations.
Observation. Au mois de novembre 1794 , un militaire âgé de vingt- trois ans, blessé à l’articulation du coude par une balld qui avait produit un désordre considérable, fut exposé , pendant plusieurs jours à l’action d’un froid humide , par l’effet de son transport à l’hôpital militaire de Bruxelles. A son arrivée , M. Fournier agrandit la plaie qui était faite depuis douze jours , et qu’on avait négligé de dilater 5 il en tira plusieurs esquilles et un morceau de drap. Cependant , dès le soir, le tétaiiossemanifeste, le pouls est plein , la
(i) Du Tétanos traumatique fGlc. Bruxelles, i8o3.
respiration laborieuse, le ventre resserré. Oii ])rescrit une saignée, un lavement, un bain tiède , et une boisson ‘al^ondante d’une inlusion. d^arnica, dans chaque verre de laquelle on mettait six gouttes d’eau de luce. Le lendemain le tétanos s’est emparé du tronc , l’alidomen est tendu , les urines sont rares : on saigne le malade J il est ])longé dons un un bain tiède j au lavement et à la boisson sodorilique, on ajoute, toutes les deux heures , quatre grains de musc , autant de camphre et de nitre purifié. Le soir, nulle amélioration dans l’état du malade. La saignée, le bain et le lavement sont reitérés: l’eau de luce, prise dans la meme infusion, est })ortée à huit gouttes : le musc, le camphre à ciii(| grains , et le nitre à dix , à cause de la suj)pression totale des urines. Un morceau de bois que l’on avait en soin de placer entre les dents, dès le second jour, peut être ôté. Enfin , le mieux se soutient , et le malade guérit parfaitement ; mais ce^ n’est que peu-à-peu que l’on diminue la dose des remèdes jirecités , et qu’on, les supprime entièrement. Néanmoins le malade ne peut parler avec facilité qu’au bout de quinze à dix-huit jours.
IJ^me Ojjs. Un volontaire , âgé de trente-six ans , et d’une bonne constitution , blessé au mois de mars 1796, par une balle qui fractura Los de la pommette, fut couché dans une salie exposée au nord , infiniment humide et pavée en pierres bleues ; il se promena outre cela dans les cours , sans égard à l’intempérie de la saison ; mais un soir qu’il avait prolongé cet exercice , il fut saisi par un froid si incommode , qu’il vint se coucher tout tremblant.
EN GÉNÉRAL. 3o5
Dès le lendemain , le tétanos se manilésta par" le trismus , et la tension des muscles de la face et du cou. La plaie fut sondée j on fit l’extraction de la balle et d’une forte escpiille; puis le malade fut placé dans un lieu plus convenable , traité comme le précédent, et avec le même succès : seulement on ne le saigna pas •à cause de son état mélancolique. La crise eut lieu par les sueurs, comme chez le premier j mais elles durèrent beaucoup plus long-temps ,
• et se prolongèrent môme au-delà du terme de la guérison.
III me Obs. Au mois d’août 179^, un prlsoiuiior de guerre, âgé de vingt ans, blessé par une balle qui lui avait fracassé les condyles du fémur et la rotule, étant resté couché une nuit sur un pavé humide , seulement couvert d’un peu de paille , fut pris dès le lendemain d’un tétanos presque général. Le pouls était intermittent et faible , tout le corps froid j cependant la face était animée et brûlante. Le malade fut transporté dans une chambré sèche et chaude. Excepté la saignée et' les bains, que son état d’affaissement, celui du pouls et la nature de. sa plaie semblaient exclure, et un vésicatoire qu’on lui appliqua à la nucpie , à cause de la coloration et de l’état convulsif de la face , le traitement fut absolument le même que dans les deux cas précédens. La crise eut aussi lieu par les sueurs , et le succès fut tellement prompt et complet , que le septième jour, depuis l’invasioii de la maladie, et le dixième de la blessure, l’amputation de la cuisse put être pratiquée , sans <[ue pour cela les accidens tétaniques reparussent, i. 20
'6o6 D j: s PLAIES
IV.me Obs. Le sieur Frank ayant reçu à bout portant un cüu[) de lusil chargé à dans la plante du pied gauche , et sa Idessure ayant été négligée , est atteint , le cinquième jour , des premiers symptômes du tétanos. La plaie et un tlépôt qui l’a v^oîsiue sont ouverts^ d’ailleurs , le ]wuls est Iréquent et serré. On lait une saignée co[)ieusej mais la ]>eau n’étant point rigide , le malade n’est point Ijaigné. Du reste, même traitement que dans les cas précités; sueurs non moins abondantes , et dès le hiîiiième jour , le malade est dans un état si satisliiisant , que l’on peut s’abstenir de tout remède.
J" me Ojjs. Le nommé Vacatemberg ayant bu avec excès de la bière et des li(pieurs fortes , le sixièjne jour de l’opération d’un sarcocèle volumineux , essuya une hémorragie , qui n’ayant été aperçue que la nuit , et lorscju’il eut j)crdu beaucoup de sang, mit dans la nécessité de com))rendre le cordon spermatique dans une seule ligature. Malgré cela , la ])laie é'tait guérie le vingt-deuxième jour a]irès l’opération , à l’exception de l’endroit où était la ligature non encore tombée : ce jour-là Vacateinberg étant sorti j)ar un teni])S froid et venteux , lut saisi en rentrant des premiers symjitômes du tétanos. La ligature fut coupée , de la cliar|)ie imbibée d’une dissolutioji d’opium fut appliquée sur le cordon. Le pouls, (juoi- (ju’accéléré , étant ]>etit , le malade n’est point saigné; la peau est rigide, sèche; mais on ii’a point la facilité de le baigner. Six gouttes d’eau de luce dans l’infusion d’arnica, le camphre et le muse à la dose de trois grains de
EN GÉNÉRAL. ' '5oj
chaque , toutes les deux heures sont administrés. Dès le soir, mieux sensible, nuit calme. Le lendemain matin, sueur ahoiidame. Huit Jours suffirent pour la guérison j mais le musc fut continué à la dose de six grains chaque soir, jusqu’à la cicatrisation complète de la plaie.
Dans tous les cas que nous venons de citer, excepté dans celui-ci, M. Fournier a ein|)loyé, outre les moyens que nous avons indiqués , une pommade composée de parties égales d’onguent mercuriel double et de basilicum, fortement animée avec la poudre de cantharides, dans la vue d’exciter une abondante suppuraration , et de relâcher par-là les libres de la plaie desséchées et crispées.
Ce praticien distingué a aussi placé à la fin de son Mémoire plusieurs observations , qui lui ont été communiquées par M. François Fournier, ex-chirurgien de la marine psa voir , trois sur une maladie convulsive particulière aux pays chauds, nommée crampe , et qui, quoique ])lus dangereuse encore que le tétanos , a cédé à l’usage in térieur de l’ammoniaque ( alkali volatil fluor), et d’une boisson abondante de décoction de canellej trois autres sur des convulsions assez violentes qui ont cessé ]:)romj>tement par le même moyen 5 et enfin deux de tétanos traumaticjue guéri de cette inanière , et dont voici le précis ;
I.re O BSE Rv J T I O N. Uii matelot s’étant blessé au pied, fut dès le lendemain .attacjué de tétanos j l’alkali volatil , à la dose de douze gouttes , et une boisson abondante de dé-
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coctioii de caiielle, dans la vue d’entretenir la sueur, ]')roduisiren t de si bons effets , c[u en quarante-huit Jieures tous les accidens furent dissipés.
Oss. Une jeune négresse de vingt-trois ans , piquée profondément à la plante du pied par une épine de raquette , f ut prise du tétanos le second jour de sa blessure. Douze gouttes d’alkali volatil étant sans effet , on en donna une seconde dose , puis une troisième ; alors la transpiration se déclara, êt au bout de quelques jours la malade fut guérie.
Le docteTU' Wenzel Aloys Stutz , premier médecin de la ville de Gmund en Souabe , a publié en 1800 (1) des Observations sur une manière nouvelle et sûre de guérir le tétanos traumatique. Cette méthode consiste dans l’emploi des Itains alkalins , et du carbonate de potasse ( alkali fixe végétal) , uni à l’opium. Le docteur Stutz a constaté l’efficacité de ces . moyens par trois cas remarquables , dont nous allons donner l’extrait.
Obsekv ATiON . Un. soldat açé de vin2;t-
cinq ans , blessé par une Italie à l’articulation du pied , est afl'ecté du tétanos le douzième jour de son accident. On dilate la ])laie , on emjiloie successivement et à des doses de plus en plus fortes les antispasmodiques de toute espèce , les linimens anodins, les lavemens , . le musc,
(i) Voyez /a Gazette médico-chirurgicale de Plarteiiikein , à Saltzbourg , pour l’année iboo, vol. I ; et la Jiihliothèqi^e Germaniqi.e inédico-chirurgicalc , vol. VI, pag. 137.
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ropium et les frictions inercnrielles jusqu’au dix-septième jour de la maladie , sans pouvoir en arrêter les progrès ; en sorte que le malade était presque expirant , lorsque M. Stutz, ayant réfléchi sur les effets do l’application alternative de l’opium et des alkalis pour diminuer l’irritalnlité nerveuse et musculaire, fît mettre ce malheureux dans un bain cliaud , fait avec une lessive de cendres de bois neuf , dans laquelle on avait fait dissoudre deux onces de potasse caustique (pierre à cautère ) , et lui fit donner par cuillerées, toutes les deux heures, une potion faite avec un gros de carbonate de potasse ( alkali fixe végétal ) , dans six onces d’eau distillée , avec addition d’une demi-once de siro]). li’ojîium (ju’on avait d’abord yjorté à trente-six grains , en vin-gt-(|uatre heures, ne fut plus administré cju’àia dose de dix , et Jes frictions furent sup])rimées. Dès que 1^ malade fut dans le l)ain , il ])arut revivre , et les synq)tômes secalme'rent à vue d’œil. La potion ne produisit pas un effet moins marqué: des sueurs a bombantes eurent lieu j cependant l’alkali pris à l’intérieur, fut ])orté jusqu’à quatre scru- ]iules , et même jiis(pi’à un gros et demi, tandis qu’on ne donna plus qu’un grain d’oj)iuin chaque soir. Ensuite on diminua successivement la dose d’alkali jusqu’à ce qu’on n’en fît plus d’usage.
0.ffs. Un soldat, blessé par une balle à la partie interne du bras , fut attaqué de tétanos après cinq jours de transport , par un mauvais temps. On administra les bains alkalins , et l’aikali à l’intérieur dès l’invasion , swis aucun succès d’abord , ce qui fit qu’on emplova cou-
Clirreminent les l’rictions mercurielles ; mais , comme dans le cas précédent , on les cessa saiis s’assurer ([uc la (| nanti té de mercure fut sulHsanle ])onr agir sur tout le système lyinpliatl(jue. Maigre cela , le cimjuième jour la dose de l’alkali ayant ete portée a un gros et demi , et rüj)imn à douze grains dans la journée , le sixième jour , la sueur commença a ridsseler de tout le corps du malade , et elle lut extrême. (ie])endaut ou lut encore obligé , pour obtenir une crise complète et une amélioration sen-silde, (jui n’eurent meme lieu (|ue le onzième jour, de donner jusfpi’à deux gros d’alkall et dix-huit grains d’opium dans la journée , et de répéter le bain. Los lavemens d’eau de savon furent- aussi très-utiles, pour déterminer quelques évacuations alvines. On ne diminua la dose des remèdes (pie le dix-huitième jour , et on ne les cessa (jue le vingt-deuxième. Il y eut dans ce cas-ci une éruption miliaire au dos.
///.me C)j;s. Un soldat , âgé de vingt-six ans y blessé à ré|iaule par une balle , fut pris Ae tétanos le vingt-troisième jour de sa blessure ; mais chez ce malade la guérison fut prompte et facile par l’emploi des moyens précités : on n’eut besoin de porter la dose de l’alkali qu’à quatre scrujiules dans la journée , et l’opium à six grains. On ne mit non ])lus qu’une once, ])uis une once et demie de potasse à cautère dans le bain , er les remèdes furent cessés dès le Jmitième jour.
Quant à nous , nojis avons fait deux fois usage de la méthode du docteur Stutz , pour la guérison du tétanos traumatique j mais moins heureux que lui, quoique nous n’ayons rien
EN GÉNÉRAL. 3ll
négligé de ce qu’il recommande , nous avons eu la douleur de voir périr nos malades.
De la Varalysie.
Il n’est pas question ici de la paralysie qui reconnaît pour cause une afrectioii de l’organe cérébral ^ nous ne parlons que de celle ([ui compll([ue les plaies dans les(juelles les nerfs ont été lésés. Cette paralysie existe toutes les ibis f|u’il y a privation du sentiment ou du mouvement, ou bien de l’un et de l’autre en meme temps , dans une partie qui se trouve au-dessous de la Ijlessnre. Elle est toujours due à la section complète de quelque nerf; aussi peut-on la reconnaître non-seulement à la perte du sentiment ou du mouvement de la partie , mais encore à la situation et à la profondeur de la plaie , qui indi(| lient ([ue tel nerf a dû être coupé. Je suppose , par .exemple, ([u’une personne ait reçu un coup de sabre à la partie externe et inférieure du bras, et que l’instrument ait ]iéuétré juscpi’à l’os dans l’endroit où le nerf radial se contourne sur riiumérus , un Chirurgien instruit saura prédire que les mmscles extenseurs de la main et des doigts ne ])onrront plus se contracter. On a vu la section du nerf cubital ,, entre la tubérosité interne de l’humérus et l’olécrane, priver du sentiment les deux derniers doigts , sans les priver du mouvement , parce que les muscles qui meuvent les doigts , reçoivent des nerfs d’ailleurs.
Il ne faut pas confondre la paralysie avec rimpossibilité momentanée où est un muscle de protluirc ses mouvemens, lorsque ce muscle, ou le tendon par lequel il se termine, a été
3i2 desplaies
coupé. Par exemple ^ lorque le tendon d’acliille a élé coupé ou rompu en travers , les muscles qui y aboutissent sont instantanément dans rimj)ossii)ilité de porter le pied dans l’extension. Mais cette perte de mouvement n’est point durable; elle cesse dès que la nature a o])éré la consolidation des deux bouts du tendon coupé ; tandis que l’action des muscles paralysés par la section de leurs nerfs ne se rétablit jamais.
Quoifpie l’on ne puisse pns remédier à la ]iaralysie dont nous parlons , il est imjiortant de la prévoir avant la guérison de la plaie ; car si le Cliiruroien n’avertissait pas le malade tpi’il sera prive des mouvemens exécutés ])ar les muscles dont le nerf ytrincipal a été coupé , on pourrait attribuer à la manière dont la plaie a été traitée , un accident qui résulte nécessairement de la nature de la blessure.
S. II. Des Accidens consécutifs des Plaies.
Les accidens consécutifs des plaies sont , le croupissement du pus , la suppression de la sujtpuration et la pourriture d’iiôpital.
Du Croupissement du Pus.
En général , la quantité de pus que donne une plaie est proportionnée à l’étendue de sa surface, et un œil exercé juge aisément de celle qu’une plaie doit fournir.
Quand une plaie rend , dans l’intervalle d’un jjansement à l’autre , une plus grande quantité de pus que son étendue apparente ne le comporte , et qu’en pansant cette plaie , la
Ew général. 3i3
pression exercée sur ses environs détermine encore la sortie d’une nouvelle quantité de matière purulente, c’est une preuve qu’il y a croupissement de ce liquide , c’est-à-dire , qu’il y a un foyer caché plus ou moins profondément , qui fournit cette abondante suppuration. Le croupissement du pus est ordinaire dans les fractures comininutives , soit qu’elles aient été produites par des corps contondans ordinaires , ou par des corps mis en mouvement par la poudre à canon. Dans ces sortes de cas , en pressant le membre dans divers points de sa surface , on voit le pus sortir par l’ouverture au moyen de laijuelle le foyer qui le recèle , communique avec la plaie.
On s’assure de la direction de ce foyer en y introduisant une sonde , qui fait connaitre aussi son étendue, sa profondeur, et le rapport de son fond avec son ouverture.
Le croupissement du pus peut avoir lieu encore d’une autre manière : lorsque la plai« est large , profonde, que son fond est plus bas que son entrée, et que la suppuration est fort abondante , tout le pus qui se forme dans l’intervalle d’un pansement à l’autre , ne pouvant point se distribuer dans l’appareil, il s’en amasse une plus ou moins grande quantité au fond de la plaie.
Le pus qui s’accumule ainsi dans une plaie dont le fond est à découvert , est peu susceptible par lui-même de dépravation nuisible , même quand il est fort aijoiidant. Mais celui qui s’amasse dans un loyer caché , et qui y croupit J s’y corrompt promptement, et prend les qualités nuisibles dont nous parlerons bientôt,
Pour einpeclier que le pus ne s’accumule au fond d’une plaie qui en fournit une c[uantité considérable, il suffit le plus ordinairement de donner à la partie une position qui facilite l’écoulement de ce licjuitle. Mais lorsque la plaie est située de manière à ce qu’on ne puisse ]ias changer la position de la partie , il faut la panser Iféquemment , et à chaque pansement absorber avec de la char|)ie fine le pus (|ui se trouve dans son fond. C’est ainsi que je me suis vu obligé de panser trois Ibis en vingt- <|uatrc heures , une plaie énorme résultant de l’opération d’un anévrisme faux cojisécutif de l’artère fémorale , et d’absorber avec de la charpie, à chacpie pansement, une grande quantité de pus qui se trouvait au fond de cette })laie. Quand on s’aperçoit (pie la suppuration diminue , on éloigne les pansemeiis : il serait aussi nuisible de les réitérer sans nécessité , (pi’il est utile de' les renouveler lorsque l’abondance de la su|)puration l’exige.
Mais lorsrjue le pus s’amasse dans un foyer ]>articulier , ipii ne coinniuiiiipie avec le reste de la plaie (pie par une ouverture plus ou moins étroite , la situation de la jiartie et les pansemens fréfjuens suffisent rarement pour empêcher sou croupissement. Dans ce cas , il est ])res([ue toujours nécessaire d’agrandir l’ouverture du foyer dans leipiel le pus est retenu , et de donner à l’incision une étendue suffisante pour ju’ocurer àce pus un écoulement facile, et pour pouvoir garnir, avec de la charpie , exactement mais mollement, l’endroit où il s’amasse. Il y a (les cas où l’on préfère à ragraudlsseinent de l’ouverture (pii épanche le pus dans la plaie ou au-deliors , une incision faite dans l’endroit
EN GÉNÉRAL. 3l5
où la pente de ce llcpiide l’en traîne et le fait séjourner : cette incision , qu’on appelle contreouverture , doit être asse^ grande pour donner une issue libre au pus , et pour f[u’on puisse y passer, lorscpi’on le juge convenable , un séton de linge effilé , propre à absorber les matières et à les conduire au-deliors.
L’agrandissement de l’ouverture du foyer dans lequel la matière purulente croujjit, et la contre-ouverture y^ratiquée à l’endroit le plus déclive de ce foyer, sont les moyens les yilus ordinaires et les y')las sûrs que la Cliirurgie emploie pour erapôclier le croupissement du yuis ; mais ils ne sont |3as toujours yjraticables , et à leur défaut, cet art fournit encore , ainsi tpie nous l’avons remarqué en traitant des abcès , queltjues autres ressources , comrîie les bandages expulsifs , les injections , etc.
Lorsque tous les moyens de l’art sont iiisuffisans pour empêcher le crouy^issement du pus , ou que l’emploi de ces moyens est négligé, la ])résence de ce lûyuide y)roduit des effets différens suivant f|u’il s’amasse seulement dans l’intervalle d’un ]3ansement à l’autre , au fond d’une y^laie large et profonde, mais dont toute l’étendue est apparente, ouf|u’il s’accumule dans uji foyer caclié (yni communique avec la relaie par une ouverture étroite , et (yuiriese vide jamais complètement.
Dans le yiremier cas , le pus qui enduit seulement les chairs de la |)laie , et (jui est distribué dans les pièces de l’appareil , est, comme nous l’avons déjà remarqué, |)eu susceptilile de dé- ])ravation, nnisil)le j mais sayjrésence entretient les chaire; dans un état de relâchement et de
Tiiollesse, peu lavorable au dégorgement des parties et à la diminution de la plaie.
Dans le second cas , c’est-à-dire , lorsque le pus séjourne dans un foyer caché qui ne se vide jamais complètement , il s’insinue dans le tissu cellulaire, il détruit les graisses , et Ibrme des cavernes ou des sinus j il produit des endurcissemens , des callosités et quelquefois l’enflure oedémateuse de la partie malacfe. Mais de tons les effets du croupissement du pus , dans le cas dont nous parlons , sa dépravation est le plus remarquable et le plus fâcheux.
Tant que le pus jnoduit par une inflammation régulière n’est pas exposé trop long-temps au contact de l’air , il ne contracte aucune qualité nuisible , et peut être resorlré parles lymphatiques, sans causer aucun trouble dans l’économie animale. Mais lorsqu’il reste exposé au contact de l’air dans le foyer qui le recèle , il s’y corrompt et acquiert des qualités pernicieuses qui se manifestent par sa fétidité , et par l’irritation ([u’il produit sur les parties qu’il touche continuellement. Dans cet état , îe pus ne peut être résorbé impunément j sa résorption produit divers accidens , dont les ])lus ordinaires sont la fièvre, les collûpiations , les dépôts , les faiblesses et le marasme j et si cette résorption continue , elle fait presque toujours périr le malade.
On remédie à la résorjition du pus qui séjourne dans une ])laie et qui s’y corrompt , en faisant cesser le croupissement , par les moyens que nous avons indiqués plus haut ; et lorsque cette résorption ne peut pas être empêchée , ou eu comlTat les effets par l’usage du quinquina, t’L jjar un bon régime.
EN général. 3ïy
De la Suppression de la Suppuration.
On dit qu’il y a suppression de la suppuration, lorsqu’une plaie dont les chairs sont rouges , grenues , et qui fournit une suppuration louable , devient tout-à-coiip , tantôt sèche et enflammée , tantôt pâle , blafarde , sans action ,
I et ne fournit presque plus de pus. Cet état a été désigné aussi par le nom de rejlux de la suppuration y parce qu’on a pensé que le pus . formé i dans les vaisseaux, ce^nt de se répandre dans j la plaie, refluait dans les voies de la circulation , où il produisait différens désordres , et I quelquefois même la mort.
j La suppression de la suppuration peut avoir I lieu à toutes les épocjues des plaies , mais elle j arrive le plus ordinairement lorsqu’elles sont î fort avancées vers leur guérison. Les symptômes qui raccompagnent sont des frissons irréguliers , un pouls concentré et débile , des sueurs froides , des angoisses , des oppressions , des défaillances , quelquefois des convulsions , le délire , l’assoupissement léthargique , de l’aridité et une disposition inflammatoire dans les chairs de la plaie , ou un défaut d’action, marqué par un affaissement qui menace de mortification .
Ces accidens qu’on a attribués à la suppression de la suppuration , paraissent plutôt en être la cause , sur-tout ceux qu’elle ne précède point. En effet , comment concevoir qu’un pus qui n’a éprouvé aucune altération , puisse , en refluant dans l’économie animale , donner lieu à des accidens aussi fâcheux que ceux qui accompagnent ordinairement la suppression de
3l8 DES PLAIES
tle la svippiiralion , et sur- tout produire des abcès iiUerieurs , comme on en trouve quelqueibis dans les indivitlus (jui périssent en deux i ; ou trois jours après de suppressions pareilles ? Ces abcès intérieurs (jui se Ibrment tantôt dans i lelbie, tantôt dans le poumon , tantôt dans |! le mésentère, et tantôt dans le cerveau , ne j peuvent être produits que par une inllamma- 4 tion ajipelee dans ces parties par une cause ir- » îitante quelcomjue. t
Ces mômes abcès internes qui , sans doute , i sont la cause de la mort du malade , doiveitt \ être aussi la cause de la fupjtression de- la sup- | ])uration et de tous les accidens (jui l’accom- ( ])aonent ; c’est la cause (ju’on a prise ]tour l’td- | fèt , lorscju’on les a attribués au reflux du pus j i car ces abcès (pi’on ne découvre ordinairement I (ju’après la mort du malade, se forment si insensil)lement , ([u’on ignore entièrement le temps de leur formation.
La siqrjtression de la suppuration est pro- i duite quelquefois par une lièvre essentielle (jui i se déclare tout-à-coup chez une personne (jui I a une j)!aie en parfaite supjmration. Dès le dél)ut de la fièvre , la |>!aie devient sèche, l’inflammation s’y éteint pres(jue entièrement, et la sup|)uration ne se rétablit (jue quand la ( maladie qui a donné lieu à la su])jjrcssion , ,
est en voie de guérison. Jhi général , cette supj)iession de la siqqmration est peu dangereuse par elle-même ; c’est [)lutôt une suspension de la marche de la plaie , (ju’un accident dont on doive ciaimhe des srdtes fâcheuses.
Les abcès intérieurs et la fièvre ne sont pas les seules causes de la suppression de la su|)|)uration } elle peut dépendre encore de l’irrita-
ENGÉNÉRAL. Slp
i tlon de la plaie par la présence d’un corps I étranger, par l’impression de l’air froid, par I des paiisemens rudes et peu méthodiques , et par l’usage des topiques âcres et irritans : cette irritation suscite quelquefois dans les chairs j de la plaie des dispositions inflammatoires qui "• interrompent la suppuration. Les fautes que I les blessés commettent dans le régime , les passions violentes auxquelles ils s’abandonnent , produisent souvent aussi le même effet avec d’autres symptômes , comme lafièvre , ledélire, les syncopes , les convulsions , etc. , ({ui sont plus redoutables que la suppression de la suppuration , laquelle est toujours l’accident le moins fâcheux.
L’art n’offfe presqu’aucune ressource contre la suppression de la suppuration qui connaît pour cause quelque abcès caché dans l’intérieur des viscères. Il ne peut qu’inspirer des précautions pour prévenir ces funestes abcès , lorsqu’on a quelque indice de leur formation j mais le plus sou vent nous n’en sommes avertis que par desaccidens qui annoncent la mort prochaine du malade. Ces précautionssontdifférentes , suivant l’état de la plaie et les symptômes que le malade éprouve. Si la plaie fournit un pus louable , que le malade éprouve tout-à-coup une douleur plus ou moins vive dans la région d’un viscère quelconque , du foie , par exemple , que la fièvre s’allume , on aura recours aux saignées et à tous les autres moyens antiphlogistiques propres à prévenir la suppuration du viscère frappé d’inflammation.
Lorsque la suppression de la suppuration est causée par une tlisposition inflammatoire des chairs, produite par quelque irritation , il faut
3aO DES PLAIES
éloigner la cause irritante , et dissiper rinflam-^ iruition ]>ar des topiques relâclians. Si l’inllaniination est considérable et accompagnée de fièvre , on aura recours à la saignée et à une diète fort humectante. Quand c’est un mauvais régime qui a occasionné la suppression , cette cause est plus fâcheuse j il faut y remédier par une diète sévère , par des lavemens et par de légères purgations. Si la suppuration a été interrompue par quelque passion violente > et que cette suppression soit accompagnée d’accidens fâcheux , on doit s’attacher principalement à calmer les accidens , et à rappeller la suppuration parles topiques émolliens et relâdians. JViais les accidens sont quelquefois si ])ressans dans ce dernier cas , que souvent nous n’avons pas le temps d’y remedier.
De la Pourriture , ou Gangrène hunùde <P Hôpital,
I.a pourriture d’hôpital est une espèce de gangrène humide qui attaque , en quelque sorte épidémiqueri'.ent , les plaies des hommes rassemblés dans un lieu mal-sain.
Ses causes occasionnelles sont , la situation dhm hôpital dans un endroit bas et marécageux , le voisinage d’un foyer quelconque d’inléction , la mal-propreté des individus , ou des choses à leur usage , l’encomljrement des salles , sur-tout lorsqu’elles sont peu spacieuses et mal aérées; enfin , tout ce (jui peut corrompre l’air d’un lieu habité par des malades ; car un air ainsi infecté tend à introduire , jus([ues dans les plaies les plus simples , l’es]3èce de dégénérescence putride dont il s’agit , tant par son
action immédiate sur Ja surface de la blessure, que par son influence iiubsible sur toute l’écoiiomie. Aussi des causes de ce genre ont-elles produit (juebjuef’ois des épidémies gangreneuses bien redoutables et de longue durée, ou au nioijis une constitution sous rinfluence de la- (juelle toutes les solutions de continuité prenaient une tournure facbeuse , et étaient souyeiit compliquées des accidens les plus graves de la pourriture. M. Vigarous a vu regner une épidémie de cette espèce pendant vingt mois dans les deux liôjutaux de Montpellier, et il avoue cjue les antiseptiques les plus puissans étaient d’un faible secours contre cette maladie, qui s’emparait même des plus légères égratiguures.
En général , on n’observe point de semblables épidémies .dans les hôpitaux de nouvelle construction , et dans ceux qui sont bâtis hors de l’enceinte des villes et sur des hauteurs. La pourriture d’hôpital peuj régner dans toutes les saisons j mais elle est plus commune à la suite des grandes chaleurs de l’été, et lorsque le vent du midi souffle depuis long-temps. On la voit compliquer indistinctement toutes les espèces de plaies ; cependant elle n’attaque jamais celles de tous les blessés réunis dans la même salle ; elle se manilçste à divers degrés sur la plupart , et on a remarqué que plus la solution de continuité a d’étendue , plus elle est exposée à en être affectée ; mais quelquefois il arrive qu’elle se borne à une partie de la surface de cette solution de continuité , tandis que le reste continue de marcher vers la cicatrisation. liQS blessés qui ne l’ont pas contractée dans un temps, n’ont pas pour cela
3s2 des plaies
l’assurance d’en être exempts dans la suite;
Les dispositions individuelles qui favorisent le développement de cet accident des plaies , sont les teinpéramens bilieux et mélancolique , le chagrin , la crainte et les autres affections tristes, une nourriture mal -saine ou insuflisante , la diathèse scorbutique , l’affaiblissement des forces vitales par des circonstances antérieures quelconques , les fièvres essentielles graves , etc.
Les observations de Fouteau et celles de quelques autres praticiens , prouvent d’une manière convaincante , que la gangrène d’hôpital peut être communiquée à la plaie , à l’ulcère le plus simple de la personne la mieux constituée , et cjui respire l’air le plus salubre, par le seul contact immédiat sur cette plaie ou cet ulcère des linges ou de la charpie infectés du levain de la maladie. Mais on conçoit que cette espèce d’inoculation est d’autant plus à craindre et toujours suivie d’un effet d’autant plus prompt , ([ue les malades ont déjà été exposés à l’influence des causes capables de produire cette gangrène, et qu’ils sont doués cfe la constitution la plus ^u'opre à en favoriser le développement. Au reste, il est certain que dès qu’un malade a pris le germe de cette affection dans un hôpital , il ne peut s’en garantir, quelque précaution qu’il prenne pour cela: c’est ainsi que nous l’avons vue se développer chez des 'blessés qui , ])our échap])er à l'épidémie , étaient sortis d’un hô'pital iiifècté , et s’étaient retirés dans des endroits élevés, où ils respiraient l’air le plus pur.
Les premiers symptômes qui annoncent la gangrène d’hôpital dans une plaie ou dans un
E N GÉNÉRA L.
ulcère 5 sont , une douleur plus ou molus vive, un enduit visqueux et blaiicliâtre sur la surlace des chairs qui deviennent moins vermeilles , et présentent dans plusieurs points des taches grisâtres ou d’un l)lanc sale , ressemidaiit à des ulcères vénériens ou à des aphtes ; ordinairement ces points d’ulcération , ainsi épars et comme entéssur l’ulcère primitif, s’étendent et se réunissent bientôt , de manière que toute la surface de la solution de continuité paraît d’un gris cendré j elle est plus ou moins dure , et quelquefois sanguinolente. Il se Ibrme alors . dans la peau circonvoisine un cercle rouge pourpré , toujours œdémateux , et qui acquiert plus ou moins d’étendue. Quehjueibis, lorsque îe sujet est bien constitué, que les causes d’inféctioii sont peu actives et les forces vitales suffisantes , le mal se trouve borné dès son invasion : il peut même arriver ^ comme nous l’avons dit , qu’il ne s’étende pas à toute la surface de l’ulcération. Mais le plus souvent , «es progrès sont extrêmement rapides , et quelquefois très- eflray ans j les bords delà plaie ou de l’ulcère se durcissent et se renversent , les chairs s’élèvent et*se iioiirsouf fient par le dégagement d’une grande quantité de gaz dont elles paraissent entièrement infil trées j ensuite elles tombent ])ar escarres mollasses et rougeâtres, qui ressemblent assez bien à la substance du cerveau du fœtus , quand la putréfaction s’en est emparée : la surface de cet ulcère putride fournit alors une suppuration saniense , abondante et d’une odeur très-fétide j enfin, chaque jour, Jusqu’à ce que la nature seule, ou aidée des secours de l’art , ait tracé les limites où doit s’arrêter la pourriture , elle en-
ai ..
\ahit de nouvelles parties , tant en largeur qu’en prolbiideur , de manière (jue les aponévroses , les muscles , les vaisseaux sanguins , les nerls , les tendons , le ])érioste et les os eux-mêmes , en deviennent la proie.
Dès (jue le désordre local est parvenu à un certain degré , il ne larde ])as à porter son influence sur toute réconomie j le malade perd l’appétit , la langue se couvre d’un enduit blanchâtre , la lièvre s’allume j le pouls est petit , ilur , irrégulier j l’agitation devient universelle ; il y a de l’anxiété , de rinsomnie et un trouble général dans les fonctions.
La gangrène d’hôjiital dure plus ou moins long-temps, suivant l’étendue de la plaie ou de Tulcère qui en est attaqué , le tempérament du malade, l’impression que les miasmes septiques ont faite sur l’économie animale, et selon l’intensité du mal. On a vu des pourritures d’hôpital s’étendre au-delà du, trentième jour ; alors il est rare que les malades se rétablissent. Dans les cas ordinaires , la plaie est en bon état du sixième au neuvième jour; dans les plus simples , l’amélioration se mcyiifeste du troisième au cinquième. L’heureuse terminaison de la maladie , quelle qu’en soit l’époque , s’annonce toujours par la diminution des douleurs; le pus acquiert de la blancheur et de la consistance , son odeur n’est plus fétide , nauséabonde ; les bords de l’ulcération s’affaissent , sa surface devient moins inégale, plus vermeille ; le cercle rouge pourjiré , œdémateux , qui l’environne , prend un caractère vraiment inflammatoire , et revenue à l’état simple , la solution de continuité se ferme assez promptement, lors même que la destruction des parties molles a été un
EN O E N E R A L
peu couskl érable , à ino’ms que de nouveaux accidens ne viennent déranger le travail de Ja cicatrisation. Mais que]{jneli)is . lorsque le blessé seinl)le toucher au terme de sa guérison , son état change totit-à-coup , et l’on voit paraître sur la cicatrice des points d’ulcération qni , en se propageant en divers sens , donnent lieu à une récidive tiui peut se renouveler plusieurs fois.
La pourriture d’hôpital est toujours une complication fâcheuse , puisqu’elle retarde la guérison des plaies ou des ulcères 3 cependant, lorsque les plaies sont simples , peu étendues , que les malades jouissent d’une bonne constitution et sont bien portans d’ailleurs , ce n’est point une maladie dangereuse ; on voit même alors après la chute des escarres , l’ulcère guérir assez promptement et la cicatrice ne
fmésenter qu’une légère difformité. Mais dans es solutions de continuité qui ont une large surface , ou qui sont anciennes , cette maladie fait beaucoup plus de ravages , s’y renouvelle souvent , et ses rechutes sont toujours opiniâtres. On observe la même chose lorsqu’elle attaque des personnes affectées d’un vice intérieur, scorbutique , ou vénérien 3 et dans ces differens cas , les malades sont souvent en danger. Mais la pourriture d’hôpital est sur-tout dangereuse et presque toujours mortelle, dans les grandes plaies contuses avec fracas des os : en effet , on voit souvent alors les membres blessés se dépouiller entièrement de leurs parties molles par les progrès du mal , et les infortunés qui en sont affectés , succomber tantôt à la fièvre gangreneuse , tantôt aux douleurs aiguës qui accompagnent cette maladie ,
d’autres fois à de fréquentes liémorragies , et le ])lus souvent à la consomption et au marasme , elïéts presque inévitables des longues et abondantes suppui'atlons.
Le traitement de la. gangrène d’hôpital est préservatif , ou curatif.
Dans le traitement préservatif de cette maladie , on doit avoir essentiellement pour objet d’éloigner toutes les causes que nous avons considérées comme capables de donner lieu à son dévelo]ipement : ainsi on empêchera l’encornbrement des salles de blessés j elles seront aérées et isolées autant que possible , et on écartera avec soin tout ce ^pii pourrait former un foyer d’infection ; d’un autre côté , on prévlenilra la disposition des Idessés à contracter cette es])èce de gangrè.ne, par des alimens bien choisis , des boissons fortement acidulées avec un acide végétai ou minéral, notamment l’acide sulfuricjue , et ]air l’usage modéré du bon vin. L’état des premières voies mérite une attention particulière, et au moindre symptôme de saburres , il faut avoir recours aux vomitifs et aux ]mrgatifs , et les réjiéter plus ou moins', selon les circonstances : c’est par l’action bienfaisante de ces remèdes que l’on détruit le germe des lièvres humorales bilieuses , si communes aux blessés (pii n’ont pas été évacués à temps j affections (| ni éloignent toujours plus ou moins la guérison des solutions de continuité , et qui leur impriment très-souvent des complications funestes. Après l’usage convenalde des évacuans , il devient nécessaire de prescrire des boissons amères et légèrement aromatiques , ])iopres à soutenir le ton de l’estomac et à favoriser ses fonctions.
Les pansemens doivent elre faits avec une promptitude et une propreté extrêmes , et on ne saurait user de trop de précautions pour prévenir l’espèce d’inoculation dont nous avons parlé. On doit aussi bannir du traitement des plaies et des ulcères menacés de la pourriture d’hôpital , les topiques gras et résineux , et n’employer que ceux qui sont projires à soutenir le ressort des chairs sans les irriter j tels sont la décoction ou la simple infusion des ]>lantes aromatiques dans l’eau ou le vin, les lessives alkalines légères , ou autres topiques analogues. On fait des lotions avec ces préparations et on en imbibe le plumasseau qui doit recouvrir la plaie J on l’humecte toutes les douze heures , et on ne l'enlève que tous les deux ou trois jours , lorsque la suppuration est peu abondante 5 mais si la plaie fournit beaucoup de pus , on renouvelle le pansement toutes les vingt-quatre heures.
Tels sont les moyens dont l’emploi judicieux peut éloigner la pourriture d’hôpital , ou du moins la rendre beaucoup ]dus rare dans la plupart des hôpitaux. Voyons maintenant quelle est la conduite à tenir lorsque cette maladie est déclarée , pour la dompter avant qu’elle soit ])ortée au point de faire craindre pour la vie des malades.
Le ])lus sûr moyen d’en arrêter les progrès , ou du moins d’abréger sa durée , serait , sans doute , de transporter les blessés dans un lieu plus salubre , pour les soustraire à l’atmosphère infectée de miasmes putrides et vraiment contagieux dans laquelle ils ont puisé le germe de la maladie mais ce changement de local est pres({ue toujours impossible. Quel est en effet
328 r>ES PLAIES
riiopital dans lequel on trouve des salles de réserve l)ieii aérées , éloignées de tout loyer d’iiiléclion , et dans lescjurlles on ]nnsse transporter les blessés , dès qu’on aperçoit les premiers germes de la pourriture? Les hôpitaux les mieux construits sont bien loin d ollrir la moindre commotlité à cet égard Le ])Ouvant donc point , en général , transporter ces malheureux dans un lieu diirerent de celui ou ils ont contracté la pourriture , on doit purifier l’air (ju’il.s respirent , en le renouvelant autant que possiljle , en établissant des conrans , et sur tout en faisant des fumigations d’acide muriatique oxigéné . d’après le conseil et le jirocédé de Guy ton de Morveau , ou bien en ayant recours ù celles d’acide nitritpie (i).
(T)Pnur faire ime fmi;innt:on d’acide imiriatique oxigéné dans une salle de rli.X lits :
Prenez , muriate de soude dera
g. onces, gro.?.
grains.
' sel commiinp loeiivirono 2
xo
Oxide noir de manganèse . . 2
Eau 4
Acide sulfurique 6
On
triture ensemble l’oxide de
inaneanèse et
le sel
commun ; on met le mélange dans une cajisule de verre , de jjorcelaine ou de grèsj on ajoute l’eau , et on verse de suite l’acide, si lu salle n’est pas habitée , ou par portion, s’il y a des malades. Il est inutile d’employer la chaleur , qui ne ferait que déterminer une décomj)Osition un peu plus l)romple du sel marin.
Les Fumigations d’acide nitrique se font, en versant dans un vase de même nature <jue les précédeas, c[uinze gram- \ mes (une demi-once) d’acide sulfurique concentré : on y
jette ensuite une égale quantité de nitrate de potasse pur ( nitre ou salpêtre raffm^ , réduit en poudre , et on remue ce mélange avec une baguette de verre , ce tpii produit
Du reste , lorsqu’un ou plusieurs blessés occuj^eut uu endroit de la salle mal aéré , ou voisin de quelque loyer d’infection , et qu’ils se trouvent affectés de la maladie avant qu’elle soit devenue générale , on peut en quelque sorte suppléer au changement de salle et procurer une amélioration plus prompte dans leur état , en les faisant transporter dans le lieu de la salle où l’air se renouvelle avec le plus de facilité , et le plus éloigné possible de celui ou ils ont contracté la pourriture.
La diète , les médicamens internes et les topiques fbrnient, aj^rès le changement de local et la désinfection de l’air , lorsque ce changement est hnpossible , les trois points essentiels du traitement de la gangrène d’hôpital.
Lorsque cette gangrène complique une plaie ou un ulcère fort étendu , et que la fièvre qui l’accompagne est considérable , la tisane seule doit servir à-la-fbis de boisson et de nourriture, ou si l’on se permet de donner quelque chose
penriant environ une heure une vapeur blanche qui se répand dans toute la salle. Les doses d’acide sulfurique et de nitrate de potasse que nous venons d’indiquer d’après le docteur Carmicaël Smith , suffisent pour une chambre habitée , dont l’étendue est de dix pieds dans chaq\ie dimension : on les augmente à raison de la grandeur du local que l’on veut désinfecter.
Au reste , soit que l’on mette en usage les fumigations d’acide muriatique oxigéné, ou celles d’acide nitrique, il faut les réitérer une ou deux fois chaque jour, jusqu’à la cessation entière de la maladie. Il est bon aussi de promener la capsule contenant le mélange , dajis différentes parties de la salle , afin que la vapeur se répande exactement par-tout. On sent bien d’ailleurs , que les croisées devront être fermées , autant que durera l’évaporation, et même pendant quelcjue temps après qu’elle aura été faite.
DES PEAIES
d’un peu aUmenteux , on devra prescrire des crèmes de riz , d’orge ou d’avoine extrêmement légères : elles remplaceront très-avantageusement le bouillon , dont la digestion est alors difficile , et rpii semble en quelque sorte se corrompre dans l’estomac : quand il y aura moins de chaleur et d’irritation, que le mal sera un peu moins intense , on augmentera la consistance des crèmes; enfin, lorsque l’état du malade permettra l’usage des alimens solides , on lui donnera des œufs frais , des compotes de fruits , des légumes apprêtés convenablement , du poisson et même des viandes blanches; mais la rjuantité de ces dernières doit toujours être dans une proportion inférieure à celle des autres cilimens : moins les malades mangeront de viande , et moins ils seront exposés à la récidive de la pourriture.
Quant au choix des médicamens internes , il doit toujours être subordonné à l’état du malade , au degré de la maladie et aux symptômes doiit elle est accompagnée. La lièvre , l’irritation et la chaleur qui accompagnent ordinairement la pourriture d’hôpital , indiquent les boissons délayantes et acidulés , telles que le petit - lait nitré , édulcoré avec le sirop de violettes, la limonade , etc. Lorsqu’il y a des indices d’embarras gastrique , on administre un vomitif. Si les forces vitales sont faibles et languissantes , on a recours aux moyens jtropres à les soutenir et à les ranimer , tels que le vin vieux de Bordeaux que l’on môle à la limonade, et que l’on donne môme pur , lorsqu’une adynamie profonde l’exige. Le quinquina dont on a tant vanté la vertu antiseptique, a paru, en généial, plus
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nuisible qu’utile dans la maladie dont il s’agit. On a remarqué que son usage long-temps continué , à des doses un peu fortes , pouvait devenir funeste , en augmentant la fièvre et l’ir* ritation qui accotnpagnent presque toujours cette espèce de gangrène. Cependant , lorsqu’il y a atonie , l’usage du quinquina est indiqué , et on l’administre avec avantage. L’exjiérience a appris que de toutes les préparations decemédicament, celle qui convient le mieux est son extrait sec, ou sel essentiel , sans doute parce qu’il n’exige pas une sorte de digestion comme le quinquina en poudre , et qu’il a plus d’action que la simple décoction de cette substance. Au reste , sous quelque forme qu’on emploie ce remède à l’interieur , dans le cas de pourriture d’hôpital , on ne doit jamais, le prescrire dans le commencement et pendant le progrès de la maladie , mais seulement lorsqu’elle est dans son état et dans son déclin , c’est-à-dire, lorsque la fièvre et l’irritation commencent à se dissiper ou le sont deja.
Les acides n’ont pas les mêmes inconvéniens que le quinquina; ils conviennent dans tous les temps de la maladie : leur efficacité , constatée par un grand iLombre d’observations , est d’autant plus marc j née , qu’on les donne à plus haute dose. Celui que l’on a administré avec le plus de succès , est l’acide sulfurique ; le tartrite acidulé de potasse (crème de tartre ) ne présente pas moins d’avantage. On étend le premier dans une boisson quelconque, en quantité suffisante pour lui donner une saveur acide assez forte ; le second se donne à la dose de deux gros, et même d’une demi-once par jour, que l’on délaie dans de l’eau ou dans une infu-
sien tliéiforme, et que Ton divise en trois ou (juatre ])i’ises.
Quant an traitement local, il n’est peut-être point de médicament antisepticjue qu’on n’ait employé dans le pansement des plaies et des ulcères compliqués de la ^aii^rène d’hôpital.
M. Dussaussoy qui a ])ul)lié une très-bonne dissertation sur cette maladie , s’est convaincu par une longue suite d’expériences, que le topique qui convient le mieux est la poudre de quinquina. 11 conseille de couvrir la plaie de plusieurs couches de cette poudre , de les humecter avec l’essence de térébenthine , et d’en former, suivant son expression , une espèce de maçonnerie, élevée de quatre ou cinq lignes au-dessus delà surface de l’ulcère, tn se desséchant, ce mélange forme une croûte cassante, friable, à travers et dans la circonférence de laquelle la suppuration s’échappe. Au bout de vingt-quatre heures , on enlève cette croûte qui doit être considérée alors comme un corps étranger, et on la remplace par un nouveau mélange. Quatre ou cinq a])plications de ce genre , suffisent ordinairement dans les cas simples où la maladie ne s’étend point au-delà tle la peau et du tissu cellulaire sous-cutané. .On voit bientôt alors une inflammation franche s’établir, les escarres se détacher, et la plaie reprendre la voie de la cicatrisation.
Mais lorsque par l’emploi de ce moyen et de tous ceux dont nous venons de parler , on ne peut parvenir à arrêter les progrès de la |X>nrriture, que par la rapidité de sa marche elle menace de détruire toutes les parties molles circonvoisiiies et sous-jacentes, il ne faut pas hésiter un instant de recourir au cautère actuel ,
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et d’en réitérer l’application jusqu’à ce que . toute la surface de l’ulcère putride que présente alors la solution de continuité , soit convertie en une croûte solide et dure j il ne faut pas inênie en épargner les bords , ils doivent, aussi être torréfiés. On couvre ensuite cette croûte d’une couche épaisse de poudre de quinquina qu’on lie avec une suffisante quantité d’essence de térébenthine, et au bout de vingt-quatre, trente-six ou quarante-huit heures , on l’enlève , et on juge par l’aspect des chairs et la ^qualité du pus , s’il est nécessaire de revenir à une seconde cautérisation.
On a proposé de substituer l’huile bouillante au cautère actuel incandescent j mais cette huile , lors même qu’on réitère plusieurs fols I son application , n’étend jamais son action assez profondément, parce qu’elle a perdu une partie de sa chaleur , avant qu’elle puisse porter son impression sur les parties qui doivent être essentiellement soumises à la cautérisation.
Un engorgement phlegmoneux qui survient à la circonlérence de la plaie ou de l’ulcère , annonce que le cautère actuel a triomphé de ■ la pourriture, et précède la suppuration qui doit détacher la croûte produite par la cautérisation. Pour favoriser l’établissement de cette suppuration, on couvrira les parties enflammées avec un cataplasme émollient j mais dès qu’elle sera établie , et qiPelle commencera à séparer le mort d’avec le vif, il faudra renoncer à ce cataj)lasme , qui pourrait produire un trop grand relâchement. Alors on emploiera ([uelc[ues toniques légers , tels qu’une décoction de quinquina , ou de plantes amères;
, Lorsque les escarres sont tombées , et que le fond Je l’ulcère paraît solide et vermeil , on se conduit comme dans les plaies simples , et il guérit en général alors assez promptement ; ce- ])endant les solutions de continuité qui ont été exposées aux ravages de la gangrène d'hôpital , se cicatrisent toujours , toutes choses égaies d’ailleurs, j)lus dilïicilementque celles qui n’ont point essuyé cette complication.
' Mais lorstju’après la chute des escarres , le fond de la plaie , au lieu de devenir solide et vermeil , et de donner une bonne suppuration , se couvre au contraire de chairs baveuses et blafardes , la récidive de la pourriture est à craindre. Pour la ])révenir , on doit purger les malades avec une décoction de tamarins , de préférence à tout autre purgatif ; puis on revient à l’usage de la crème de tartre , que l’on donne alors à plus petite dose , et seulement de deux jours l’un : on la continue ainsi jusqu’à
iiarfaite guérison , en plaçant un minoraiif tous es dix ou douze jours. Mais lorsque la maladie a reparu, il faut, sans perdre de temps, l’attaquer avec le cautère actuel , à moins que l’état d’épuisement et de marasme dans lequel se trouve le blessé , ne laisse plus aucun espoir : tout autre moyen deviendrait absolument inefficace. Cette récidive ne survient guère qu’aux plaies et aux ulcères c{ui ont beaucoup d’étendue , et qui exigent par conséquent pour leur guérison un long séjour des malades à l’hopital. Elle est toujours du plus mauvais augure j car elle devient quehjuelbis mortelle , et lorsque les malades y résistent , il arrive souvent que les solutions de continuité qu’ils ont éprouvées plusieurs fois , se trouvent changées en des
EN général. 335
•ulcères clironique.s , dont la guérison est extrêmement difficile , ou même impossible.
Quoique nous n’ayons traité jusqu’à présent que des plaies faites par des instrumens tranclians , la plupart des considérations et des préceptes auxquels elles ont donné lieu , et notamment ceux qui ont rapport aux complications , sont applicables à toutes les plaies en général , et par conséquent à celles dont nous allons nous occuper.
Article IV.
Des Plaies faites par les instrumens piquans.
Les instrumens piquans , tels qu’une épée , un canif, un clou , etc. , peuvent agir de deux manières différentes pour produire des solutions de continuité : ou bien ils sont enfoncés perpendiculairement ou obliquement à la surface d’une partie , dans la ]ieau , le tissu cellulaire , les muscles , etc. , et il en résulte simplement une piqûre ; ou bien , parvenus à une certaine profondeur , ils agissent dans un sens différent de celui suivant lequel ils ont été enfoncés , et alors ils déchirent plus ou moins les parties dans le tissu desquelles ils ont d’abord pénétré , et il en résulte une plaie par déchirement^ ou une déchirure.
Les plaies par piqûre présentent à-peu-près les mêmes phénomènes que celles que font les instrumens tranchans j il y a toujours saignement plus ou moins considérable j mais la douleur est beaucoup plus vive , attendu que les instrumens piquans ne divisent les parties qu’en les déchirant.
• Lorsque ces plaies .sont simples , elles guérissent , pour ainsi dire, d’elles - mêmes , ou seulement à l’aide de quelques résolutifs ; mais elles peuvent être complic|uées d’iiémorragie , de gonflement inflammatoire et de corps étrangers.
L’iiéinorragie a lieu , lorsf^ue l’instrument piquant a rencontré dans son trajet une artère d’iin calibre un peu considérable , a percé un côté de ce vaisseau , ou l’a traversé de part en part. Dans l’un et l’autre cas , le sang se porte au-dehors , lorsque l’artère ouverte est située superficiellemènt , et que la plaie qu’elle ])i'ésente est parallèle à celle de la jieau ; mais lorsque l’instrument piquant a agi très-oblic^uement dans les chairs , le sang s’infilti-edaiis le tissu cellulaire , et il en résulte un anevrisme faux primitif , à moins qu’on ne se soit op[)Osé de bonne lieure à la sortie du sang , en comprimant l’artère lésée à l’endroit même de la plaie , on au-dessus, à travers les parties molles qui la recouvrent. Dans ce dernier cas , il se forme bientôt à l’ouverture de l’artère un caillot qui arrête riiémorragie ^ mais si la compression n’est point assez méthodique , assez forte et assez long - temps continuée , pour procurer l’oblitération du vaisseau , le caillot se détache au bout d’un temps plus ou moins long , et il Se forme un anévrisme faux consécutif.
Ainsi , dans tous les cas où l’artère pi(juée est située à une certaine profondeur , et qu’elle manque d’un point d’appui convenable pour une compression, efficace j soit cjue le sang (|ui eu sort se porte au-dehors , soit qu’il s’infiltrè dans le tissu cellulaire, il faut bien sc garder
d’avoir recours à la compression ; elle ne procurerait qu’une guérison illusoire , et laisserait le malade exposé à un anévrisme faux consécutif. Le seul parti à prendre alors est de mettre l’artère à découvert et de la lier au-dessus et au-dessous de l’endroit blessé.
L’inflammation est la complication la plus ordinaire des plaies faites par les instmmeiis piquans. Elle dépend de la lésion d’un plus ou moins grand nombre de filets nerveux , dont la piqûre détermine une douleur très-vive , une irritation très-considérable , et par suite une tension inflammatoire d’autant plus grande , que la partie est plus sensible , plus pourvue de nerfs , et d’un tissu plus dense et plus serré. Aussi cet accident est-il sur-tout à craindre dans les piqûres des doigts, où il prend le nom de panaris j dans celles des parties enveloppées de fortes aponévroses qui s’opposent au développement de l’engorgement inflammatoire quelquefois excessif qui a lieu alors , et plus particulièrement encore , toutes choses égales d’ailleurs , lorsqu’une portion du corps piquant est restée dans la plaie.
On doit donc se méfier des piqûres , et ne pas se hâter d’en porter un pronostic favorable , lors même qu’au premier abord elles ne font présumer aucun accident j car souvent la piqûre la plus simple en apparence , peut être suivie d’un gonflement inflammatoire très-considerable , d’abcès très-profonds et très-étendus , et quelquefois même de la gangrène du membre.
Quand une plaie par piqûre est compliquée d’un gonflement inflammatoire un peu consi- < dérable, on doit avoir recours aux antiphlo-
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Sues généraux et locaux ; et si malgré fluide ces moyens, riiiflammation augmente au point de faire craindre la gangrène , il (faut alors couper en travers le nerf pi({ué , pour iuire cesser l’irritation , ou bien le désorganiser en introduisant dans la plaie un trocblsque de minium , ou mieux encore, en y plaçant convenablement un petit morceau de potasse caustique (pierre à cautère). Du reste, c’est au Chirurgien instruit à déterminer , d’après la profondeur de la'piqûre et la connaissance de la structure de la partie , si la section du nerf -doit être prélérée à la cautérisation.
La comj)lication de corps étra’tigers a sur-tout lieu , quand l’instrument vulnérant est très-fragile , comme un fragment de verre , un morceau de bois pointu , une aiguille , etc. On reconnaît la présence du corps étranger par l’examen de l’instrument qui a fait la plaie , lorsqu’on y^eut se le proçurer , par la douleur que le malade éprouve , sur-tout dans les mouvemens delà yDartie blessée, et par le toucher, soit en portant un stylet dans la plaie , quand sa direction le j^ermet , soit en conijDriinant la partie avec les doigts.
On doit faire l’extraction de ce corps étranger , en le saisissant avec une pince , après avoir agrandi coiivenal:>lement la jjlaie , si cela est nécessaire. Lorsqu’il n’est pas possible de l’extraire , sa y^résence occasionne de la douleur, et donne lieu au bout d’un temps plus ou moins long, à un engorgement inflammatoire qui se termine par un abcès dont l’ouverture est suivie de la sortie du corps étranger , ,ou dont elle facilite l’extraction.
Les plaies par déchirure , .ou comme nous
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l’avons dit, celles dans lesquelles l’instrument piquant, après avoir été enfoncé à une certaine profondeur , a agi violemment dans un autre sens , en déchirant le tissu des parties dans lesquelles il a pénétré j ces plaies , dis-je , présentent une surface tellement irrégulière , qu’il n’est pas possible d’en tenter la réunion immédiate. Il faut les panser comme celles qui doivent suppurer , et ne faire usage que de topiques adoucissans et relâchans, propres à calmer l’irritation et à diminuer le gonflement inflammatoire qui les accompagne presque toujours. Ce gonflement se borne ordinairement aux lèvres de la plaie et aux parties les plus voisines , et il cède facilement aux applications émollientes et anodines j mais s’il s’étendait au loin , et qu’il devînt excessif, il faudrait lui opposer non-seulement les moyens antiphlogistiques les plus efficaces , mais aussi le débridement de la plaie.
Article V.
De la Contusion et des Finies contuses.
Les instrumens contondans doivent être distingués relativement à l’espèce de désordre que leur action produit sur les parties vivantes , en instrumens contondans ordinaires , tels qu’un bâton , un pierre, etc. , et en instrumens contondans mis en mouvement par la poudre à canon. Ces derniers déterminent un genre particulier de blessures connues sous le nom de plâies armes à feu y dont nous nous occuperons après avoir parlé de celles que produisent les corps contondans ordinaires. ‘ , '