La surabondance des forces du sujet, et
4lO DES PLAIES
l’état inflaiiiinatoire violent qui doit en être la suite , ne sont point des obstacles à l’amyiutation ; car on peut diminuer les unes et prévenir l’autre , en laissant couler une certaine f[uantité de sang pendant l’opération. Cette saignée à-la-fbis générale et locale servira encore à dégorger le moignon. Enfin , les émétiques et de légers ininoratils, en débarrassant les voies digestives de toute matière nuisible , préviendront les accidens fâcheux (jue ces matières pourraient produire par un plus long séjour.
4. ° Il est bien évident qu’en pratûpiant l’aniymtation sur-le-chamji , on épargne au blessé de longues souffrances , et toute la série des accidens qui ont coutume de couqilicyuer les plaies dont nous parlons ; accidens qui souvent entraînent la mort du malade.
5. ^^ Il n’est jias moins évident qu’en retardant cette opération , les accidens ne seront ni moijis graves ni moins nombreux (ju’en la prati([uant sur-le-champ 5 qu’en vain l’on prétend épargner des douleurs aux malades , celles .auxquelles ils restent en proie, toujours plus longues, n’étant pas moins vives que celles que cause l’amputation ; qu’enfin l’irritation du système nerveux n’en est pas moins excitée. En effet , il est indispensable , comme nous l’avons déjà dit , de faire , le plus promptement possible , soit pour l’extraction des corps étrangers , soit pour opérer le débridement et prévenir les étranglemens , des incisions très-étendues et très- profondes ^ souvent aussi douloureuses que l’amputation meme , et non moins susceptibles que celle-ci d’ajouter à l’état d’érédsme qui existe déjà. Nonobs-
tant ces incisions, il survient toujours un goîiflement inflammatoire excessif , qui se teriiiiiie souvent par gangrène j en sorte que presque tous les blessés périssent dans le premier temps de la maladie ; tandis que les malheureux qui restent, épuisés par la suppuration, sont encore , après une aussi longue série de maux , dans l’attente d’une opération trèsdouloureuse, et encore même alors d’un succès fort incertain , mais devenue consécutivement indispensable pour les débarrasser d’un membre qui ne peut plus être conservé qu’aux dépens de leur existence.
6.^ Si , à toutes ces considérations , nous ajoutons que presque toujours les blessés qui ont un membre fracassé par un coup de feu , doivent être transportés à plusieurs lieues de distance, sur des voitures mal suspendues, ou même sur des charrettes dont les cahots multipliés , en poussant les pointes des os brisés contre les chairs, les déchirent, font éprouver des douleurs atroces , augmentent l’irritation j en sorte que le gonflement inflammatoire devient excessif, la gangrène presque inévitaifle et la mort presque certaine : il sera sans doute bien prouvé qu’il faut toujours , autant qu’il est possible , amputer sur-le-champ.
Les observations de Faure, insérées dans le Mémoire dont nous avons parlé, ne sont ])oint une raison suffisante pour faire préférer i’amputatlon tardive à l’amputation sur-le-champ , toutes les fois que la conservation du membre est jugée absolument impossible j car d’abord on est en droit de penser que ce Chirurgien avait choisi ses malades jjarmi ceux qui déjà avaient échappé aux accidens primitifs j et de
^12 DBSPLAIES
plus , comme il le dit lui-même , Tamputation sur-le-champ n’aurait été jug,ée nécessaire que pour la ])lapart. Ainsi le succès de Faure, a l’égard de ses dix amputés, tout étonnant qu’il paraît , n’dte rien à la conclusion que nous avons prise : il prouve seulement qu’un état d’afiaiblisseiuent , qui n’est j)as la suite de l’enervation des solides et de l’altération des li- (juides , comme il l’est très-souvent dans ces cas , est ])lus favorable à l’amputation que le trop de vigueur des sujets 3 mais nous l’avons déjà dit > ce trop de vigueur ne saurait former obstacle, puisqu’on peut si facilement la diminuer au moyen des saignées.
Mais lors(|u’il a été impossible d’administrer au blessé les secours coiivenables immédiatement, ou très- peu de temps après l’accident, et que déjà le gonllement inilammatoire est survenu , ({ue le pouls est dur , fréquent , qu’il y a une lièvre considérable , on doit bien se garder d’avoir recours à l’amputation j elle augmenterait le trouble qui existe déjà , et pourrait ainsi donner la mort au blessé. En pareil cas , il faut temporiser , saigner le malade en raison de ses forces , de la nature et de l’intensité des accidensj pratiquer les incisions nécessaires, ôter les esquilles et les autres corps etrangers qu’il est facile ou indispensable d’extraire , attendre les efforts de la nature , et ne se décider à l’amputation que lors(jue ces ])remiers accidens seront suflisamment calmés pour laisser un véritable espoir de succès-, enfin , si la gangrène survient, ne jamais pratic^uer cette opération que lorsque la nature aura établi une ligne dé démarcation entre le vif et le mort.
Ainsi donc , lorsque dans les plaies d’armes à fer. la conservation du membre est jugée ini-
f)OSslble, il faut en pratiquer l’amputation sur» e-cliamp, toutes les fois que les accidens primitifs ne sont pas encore développés.
A la vérité , en suivant les principes que nous venons de poser, on risque de priver quelques malades d’un membre qu’on aurait pu leur conserver en différant l’amputation j mais on ne doit point être arrêté par cette considération J car si on n’amputait point sur-lechamp , lorsque le cas l’exige , pour quelques membres que l’on conserverait , on laisserait périr, au milieu des accidens primitifs de la plaie , beaucoup de malades auxquels l’amputation aurait sauvé les jours , si on feût pratiquée sur-le-champ.
Lorsque là plaie a été faite par une balle de fusil, que le désordre est moins grand , que par consé({uent l’amputation paraît moins indispensable, et ([u’en outre on n’a pas à redouter les mou vemens du transport J eiïunmot, supposant tiue la conservation du membre peut être tentée sans faire courir de trop grands risques au malade , voici la conduite qu’il faut tenir : on commencera par agrandir l’entrée de la balle, et sa sortie s’il y en a une, par des incisions que l’on étendra haut et bas au-delà des bornes de la fracture, et qui devront pénétrer jus([u’aux os fracturés : il conviendra même de les prolonger au-delà du fracas , jusqu’à la partie saine de l’os , afin de pouvoir connaître sûrement les esquilles qui pourront être maintenues sur le corps de l’os, avec espoir d’en obtenir le recollement. Celles qui ne paraîtront pas susceptibles de se recol-
4l4 ' DESPI-AIES
1er , seront séparées des adhérences qui les retiennent , et regardées coinnie corps étrangers capables de nuire. Le succès des incisions dépend beaucoup de leur étendue qui ne saurait être trop considérable j car ce n’est ])oint ce que le Chirurgién cou()e avec prudence et raison , qui rond la guérison difficile j c’est bien plus souvent ce qu’il ménage inal-àpropos , qui fait obstacle à la cure, et la plupart des accidens qui surviennent sont souvent des suites de ce ménagement mal - entendu. Dans un cas aussi grave que celui dont nous parlons , on ne doit rien négliger pour la réussite du traitement ; ainsi , après avoir agrandi l’entrée et la sortie de la balle , on doit jjorter son attention plus loin , et considérer si la disposition des orifices de la plaie est telle, qu’elle puisse permettre un libre écoulement aux matières que la su])puration fournira par la suite. Un Cbirurgien habile et expérimenté ne se ’ contente pas de remédier aux accidens présens, il cbercbe encore à prévoir et à prévenir les évènemens probables. L’expérience a appris qu’on pouvait juger dès la première inspection , de la nécessité d’une contre-ouverture , pour suppléer aux ouvertures de la plaie moins avantageusement situées. On pratiquera donc , lorsqu’on le jugera nécessaire , une contre-ouverture dans la partie la plus déclive , afin d’éviter le croupissement des matières , et de favoriser la sortie des ffagmens dont l’extraction n’aura pas été possible dans le premier pansement.
Quand les incisions convenables sont faites , que les plaies sont nettoyées des caillots de sang , et débarrassées de tout corps étran-
ENGÉNJÎRAL. il5
ger J on procède au pansement. Le membre placé sur un appareil de fracture compliquée , on s’occupera d’abord de la réduction , qui alors consiste plutôt à rétablir le membre dans sa rectitude naturelle , qu’à opérer l’extension , la contre-extension et la coaptation. Ensuite les plaies seront garnies mollement de charpie sèche , de façon qu’il n^y reste point de vide : des compresses trempées dans* une liqueur résolutive , le bandage de Scultet , et des attelles fixées par des liens médiocrement serrés , contiendront suffisamment la partie. Le lendemain, on relèvera l’appareil , on ôtera toute la charpie qui se détachera aisément, on mettra sur celle qui reste attachée aux plaies, des plumasseaux enduits d'un digestif sini])îe , et par-dessus an cataplasme émollient de farine de graine de lin et d’eau de guimauve. Les jours suivans ^ on renouvellera le pansement toutes les vingt-quatre heures. Lorsque l’os sera environné de masses charnues considérables , on aura soin de les en éloigner par l’interposition de la charpie , jusqu’au temps du moins où la suppuration aura produit le dégorgement des parties , et facilité l’extraction de toutes les parcelles osseuses qui ne pourront s’unir à la pièce principale. Comme il survient toujours dans le cas dont il s’agit , un engorgement inflammatoire considérable , la première indication que le Chirurgien aura à remplir , sera donc de combattre cet engorgemet par une diète sévère, par des saignées copieuses plus ou • moins répétées , suivant les forces du malade et l’intensité des actâdens, par des boissons tempérantes et rafraîchissantes , et par des topiques émolliens et anodins.
IMalgré ces secours , rengorgement est porté quelquefois en très-jieu de temps à un degré excessif, et se termine par gangrène. Si la mortification gagne le tronc , le malade périt vers le septième ou le huitième jour de l’accident , et quelquefois plutôt. Les topi([ues spiritueux, et même le quinquina , tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, sont alors de liien faibles moyens pour arrêter les ravages de la gangrène. Si elle se borne au membre blessé , et qu’elle en occupe toute ou presque toute l’épaisseur , l’amputation doit être pratiquée j mais il ne faut jamais entreprendre cette opération avant que la nature ait tracé une ligne de séparation entre le vif et le mort : nous avons dit , en parlant de la gangrène , quelles seraient les suites fâcheuses d’une conduite opposée.
Le cas dont nous venons de parler est le plus rare 5 ordinairement l’engorgement inflammatoire dont il s’agit se termine par une suppuration abondante , qui tantôt se Ijorne à la surface même de la plaie , tantôt s’étend plus ou moins loin , et forme des fusées dans les interstices des muscles. Aussitôt que la suppuration est établie, tous les symptômes inflammatoires se calment j mais l’issue de la maladie est encore bien incertaine , *et peut varier beaucoup.
Lorsque le pus , quoique très- abondant , a un écoulement facile , qu’il est de bonne qualité, que sa quantité diminue par degrés , que les chairs sont fermes , rouges , vermeilles , qu’il n’y a point ou presque point de fièvre , que l’appétit revient , et qu’en général toutes les fonctions se rétablissent dans leur état naturel , il y a lieu de croire que le malade guérira , que la fracture sera consolidée , et les jSaies cicatri-
«ces au boiit de trois ou quatre mois. Dans ce cas , les pansemeiis consisteront à remplir mollement les plaies avec de la charpie sèche , à couvrir les parties malades avec un cataplasme émollient , et à soutenir le tout avec l’appareil des fractures compliquées. On renouvellera les ]>ansemens à des intervalles plus ou .moins «rands , suivant rabondance du pus dont il l’aut toujours éviter le croupissement. Ou soutiendra les forces du malade par un bon régime, ])ar un peu devin , et par l’usage du quinquina. Quelcpiefois les plaies se cicatrisent avant l’entière consolidation de la fracture j mais alors il se forme consécutivement des abcès dont l’ouverture donne issue à des esquilles ou à d’autres corps étratigers j ou bien , ce qui est plus ordinaire , les plaies dégénèrent en fistules qui sont entretenues par des corps étrangers , dont la sortie est absolument nécessaire pour une guérison parfaite. En général , après la guérison , les articulations restent roides et les mouvemens sont fort difficiles pendant très-longtemps. Ce n’est que par l’usage des bains et des douclies d’eaux thermales que l’on parvient à rendre à ces ariiculations toute leur flexibilité, et aux membres tous leurs mouvemeris, lorsque d’ailleurs aucun inuscle , aucun tendon n’a été détruit. Enfin , il arrive quelquefois qu’il reste des fistules incurables , entretenues par If* carie de l’os , ou par des corps étrangers dont la nature ne peut se débarrasser , et que le chirurgien ne peut extraire.
Mais les choses ne vont pas toujours aussi l>ien : dans un assez grand nombre de cas , quoique la suppuration soit d’abord extrêmement abondante , le dégorgement no s’opère point ,
ie 2;oiifleiiient et la tension ne se dissî|)ent qn’iin parfaitement , les abcès se multiplient , non-seulement aux environs de la blessni’e , mais encore dans diverses parties du membre j il se fait des fusées de pus , il se forme des clapiers considérables, les orifices des jdaies et les contre-ouvertures ne suflisent point pour ]>rocurer une libre issue à la matière purulente, les pansemens multipliés n’en préviennent pas le croupissement, et en pressant les environs de la blessure , on en fait sortir chaque fois une quantité énorme.
Dans cet état de choses, les fragineiis continuellement baignés ]>ar le pus ne peuvent se réunir ; la nature ne travaille pas même à la consolidation de la fracture , et au bout de cinquante ou soixante jours , en supposant que le malade parvienne jusqu’à cette époque , ou qu’on ne se soit pas encore déterminé à l’amputation , le cal n’est pas plus avancé que le premier jour j le pus ([ui est très-abondant et dont il est presque impossible d’empêcher le croupissement, est résorl>é , et sa rentrée dans les voies de la circulation produit la fièvre lente, des sueurs abondantes et un dévoiement colliquatifj les forces du malade s’épuisent de jour en jour , et si l’on persiste à vouloir lui conserver son membre , il meurt dans le dernier degré de marasme et de collic|uation.
Ainsi , lorsqu’on voit tous ces syuiptô se maintenir, et qu’on a épuisé sans succès tous les moyens propres à les cjnibaltre, tels ijue le parfait repos de la partie , des pansemens réguliers et répétés aussi souvent que la plaie l’exige, l’usage d’un régime fortifiant , celui du quinquina et des autres toniques, ii u’y a plus que
iîN GÉN LRA L.
l’aMiputatioii du membre qui puisse sauver la vie au {blessé , et ou doit la pratiquer le j)lutôt possilde. (Jette opératu)n réussit (l’autaiit mieux alors, que le malade , sans être parvenu encore au tleriiier de^ré de consomption purulente , est dans uu état de faiblesse qui le met à l’abri des a> cidens inflammatoires qui accompagnent fré- (pieminent l’amputation des membres ])rlnci“ paux , tels que la cuisse , la Jambe , etc.
Indépendamment des plaies simples, ou avec fracas des os et décliiremens co.usidéraijles des parties molles , les differens corps lancés par l’explosion de la poudre à canon , peuvent encore produire un autre genre de lésion , savoir, la contusion sans plaie, c’est-à-dire, sans division appiuente à la peau , et même quelquefois sans cliaiigemeut de couleur à cette membrane.
Il est bien reconnu aujourd’lmi que cette sorte de lésion nedé])erul point, ainsi qu’on le croyait autrefois , de la percussion de l’air fortement poussé contre la par ie , par un boulet de canon j c’est toujours le corps contondant lui-même qui agit sur cette parue. Tout corj)S sphérique doué d’une grande vitesse , tel qu’une Iralle et sur-tout un boulet, peut en frappant obliquement une partie quelconque du corps, causer dans cette partie , sans intéresser les tégumens , un désordre intérieur proportionné à sa masse , à sa vitesse , et à l’étendue de la surface par laquelle il l’a touchée. Quelquefois il ii’y a de froissés que le tissu cellulaire sous cutané et les petits vaisseaux qui le parcourent : le sang qui sort de ces‘ petits vaisseaux rompus forme alors, en s’infiltrant simplement, une ecchymose plus ou moins étendue ÿ ou en s’épaaicluint , uno
tumeur plus ou moins volumineuse , molle et circonscrite. Mais presque toujours c’est un boulet qui produit l’esjièce de lésion dont nous, parlons , et alors la contusion est ordinairement très- grande. Dans la plupart des cas, les muscles sont coiitus , déchirés , réduits en bouillie , et leurs débris , joints à ceux des vaisseaux et fies nerls f[ui les traversaient , ainsi (ju’aux fluifles de tout genre c|ue contenaient ces vaisseajix et à ceux (jue la circulation y apporte de toutes ])arts , lormejit sous les tégumens un dépôt ])lus ou moins considérable, dont la matière est semblable à de la lie de vin très- épaisse. Dans d’autres cas , le désordre est porté à un tel point, que les os sont à nu, dépouillés de leur ])érioste. Enfin , il arrive quolquelbis <jue ces os , meme les plus forts , tels que le fémur , l’humérus , sont fracturés et meme moulus. Tous ces effets sont faciles à concevoir , et peuvent s’expliquer de la manière suivante :
Lorsqu’un corps orbe , doué d’une grande vitesse , tel qu’un boulet de canon , frappe trèsobliquement un membre, la peau déjà protégée à l’extérieur par les vêteniens cède et fuit pour ainsi dire devant le corps vulnérantj sa face interne est refoulée contre les chairs qui lui servent en quelque sorte de coussinet , et son tissu n’est nullement entamé j mais ces chairs molles et flexibles , ]iressées fortement par le boulet contre l’os , en supportent tous les efforts et sont plus ou moins contuses et dilacérées ; etsi ce boulet touche le membre par une surface un peu considérable, ef qu’il soit mu avec lieaucoup de force , il fracture presque toujours l’os qui lui résiste.
EN G É N É R A E; 4^1
Les indicalioiis curatives de la contusion sans [)laie varient à raison du degré de cette contusion. Dans le premier cas dont il a été question , c’est-à-dire , lorsqu’il n’y a de déchiré (jue le tissu cellulaire sous-cutané et les vaisseaux (jui y rampent, on yieut espérer de résoudre le sang épanché ou iuliltré , en employant les résolutifs ordinaires ; mais lorsque les muscles sont dilacérés, réduits en bouillie, que la tumeur formée par les débris de ces organes et par les fluides épanchés , est volumineuse , circonscrite , molle au centre , rénitente dans la circonférence , il faut l’ouvrir sans hésiter , et traiter la plaie qui résulte de cette ouverture comme toutes celles qui doivent suppurer. Il est certain cjue dans ce cas on perdrait un temps précieux à attendre la dissipation de cette tumeur, et c[u’un retard prolongé pourrait donner lieu à des accidens fâcheux. Enfin , lorsqu’il y a fracture , on conçoit que ce dernier degré de la contusion sans plaie rentre dans la classe des plaies d’armes a féu avec fracas des os , dont nous avons parlé.
Tout ce que nous venons de dire sur les plaies d’armes à féu , s’applic[ue à celles des extrémités ; mais comme lorstju’elles affectent les grandes cavités , et ([u’elles déterminent dans les organes cpii y sont renfermés des déraiigemens plus ou moins graves, elles offrent des particidarités notables , soit relativement aux accidens qui les accompagnent , soit par rapport aux indications curatives qu’elles présentent , nous parlerons de ces plaies en particulier en traitant des maladies des différentes régions.du corps.
Article \ I.
Des V laies par arrachement.
On appelle ainsi les plaies qui résultent de rentier aiTadienient d^une paTtie du corps. Les exemples de ces sortes de ])laies ne sont point rares ; on en trouve plusieurs dans le tome II des Mémoires de TAcadéniie royale de Chirurgie. Un doigt , mie main, un bras , une jambe , une épaule meme peuvent être arrachés par une force ({uelconque qui agit toujours alors sur une partie ]>lus ou moins éloignée de celle «piicède à sa puissance. Une plaie variable par sa forme et son étendue , suivant la partie qui a été arrachée , et la manière dont l’anMchement a eu lieu , résulte d’une pareille séparation de cette partie tl’avec le corps. On con- (^oit facilement qu’une partie quelconque du corps ne peut être séparée des autres par arrachement, sans (jue les muscles, les tendons, les vaisseaux, etc. , n’éprouvent un très- grand tiraillement j et comme ces parties ne sont pas toutes susceptibles de s’a longer au même degré , que d’ailleurs la puissance qui produit l’arrachement n’agit pas sur toutes avec la même force , il s’ensuit que cédant les unes ujirès les autres , elles forment une plaie irrégulière , qui présente souvent des lambeaux.
Les plaies par arrachement sont rarement accompagnées d’héinoiTagic , même lorsque la partie arrachée , comme un bras , une jambe , reçoit des artères d’un gros calibre. Le froissement de l’artère, l’alongement inégal de ses fibres, la rupture irrégulière de ses parois , sa
EN GÉNÉRA t. 4^^
rétraction , suite nécessaire de son alongement et de son élasticité , la rétraction des innscles et des autres parties molles irrégulièrement déchirées ; telles sont, sans doute, les causes qui empêchent l’hémorragie de survenir dans ces sortes de plaies.
Le traitement des plaies par arrachement est fort simple j s’il y a des lambeauîî de chairs , des tendons , des aponévroses qui dépassent la surface de la plaie ; si les lambeaux , lorsqu’il en existe , ne peuvent point être appliqués sur la surface de la blessure , et se réunir par première intention , ou après s’être dégorgés par la suppuration , on les coupe de même que les tendons et les aponévroses, afin de donner à la plaie une forme plus régulière et d’en obtenir ainsi une plus prompte cicatrisation. D’ailleurs, la conduite que le Chirurgien devra tenir à cet égard , sera déterminée par les circonstances de la maladie. En général , ces sortes de plaies doivent être traitées comme toute plaie qui doit suppurer j s’il y a hémorragie , on liera l’artère ou les artères , ou l’on exercera sur elles une compression suHisaiiîe ; ensuite on pansera la plaie avec de la charpie sèche j on saignera le malade , et ou le mettra à une diète
Ïdus ou moins sévère , suivant la gravité de 'accident. S’il survient de l’inflammation , on la combattra par les moyens ordinaires , et quand cet accident sera dissipé, et que la suppuration sera bien établie , on se conduira comme dans les plaies simples.
Article VII.
Des D laies par morsure.
Ces y)laies yieuveut être faites par des animaux sains, par des animaux venimeux , ou par des animaux enragés.
$. I.®»' Des V Laies par morsure d’ animaux sains.
Les plaies par morsure d’animaux sains doivent être rapportées à la classe de celles qui sont faites par pic[ûre , ])ar contusion , ou par arrachement ; caries morsures ne peuvent avoir lieu sans que les parties mordues soient contuses , déchirées , ou arrachées. Ces sortes de plaies sont quelquefois accompagnées d’accidens si fâcheux , qu’on a cru pendant longtemjjs que l’animal y portait fjuelque malignité particulière ; mais ces accidens ne doivent être attribués qu’à la violente dilacération , et aux froissernens multipliés qu’éjirouvent la peau , les muscles , les . tendons , les nerfs , les vaisseaux, les tégumens et les os mêmes , ])articulièrement si l’animal qui mord est grand et transporté de fureur , comme un gros chien , un cheval en colère , un loup affamé , etc. (Cependant les accidens ne sont p,as toujours en raison de la grandeur delà morsure : on a des exemples de morsures très-petites tjui ont été suivies d’eimoreement inflammatoire excessif et de gangrené, sans doute, y>arce que les nerfs avaient seulement été phytiés , ou en partie déchirés j tandis que d’autres bien plus considérables, où les chairs avaient été plutôt coup.ies et enlevées avec les dents , que mâchées et dé-
EN général. 42‘S
durées, n’ont été suivies d’aucun accident.
Dans le traitement de ces plaies , la première indication qui se présente, c’est de prévenir l’engorgement inllaminatoire dont elles sont si susce]nihles , et de le combattre lorsqu’il est survenu. Pour cela on emploie les émolliens , les anodins , la diète et la saignée que l’on répète plus ou moins , suivant l’intensité de l’inilammation 5 et lorsque les os sont brisés , on se conduit comme dans les cas de fractures comminutives.
Les plaies ]mr morsure des animaux venimeux ou enragés ont un caractère qui leur est particulier , et qui exige des moyens difïérens de ceux que l’on emploie pour les autres plaies.
S. II. Des Plaies par morsure cP animaux
venimeux.
De tous les animaux à la morsure, ou à la ]3ic|ûre desquels on est exposé en France , la vipère est le seul qui soit réellement venimeux, c’est-à-dire , (jui verse dans la plaie un venin capable de produire des accidens graves.
Ce reptile que les liabitans des campagnes confondent souvent avec la couleuvre, a rarement plus de deux pieds de longueur , et plus d’un pouce de grosseur au milieu du corps. Sa peau , écailleuse et luisante , est d’un cendré bleuâtre , ou d’un gris rougeâtre , très-foncée sur le dos , plus claire sur les côtés , toujours parsemée de taches noires de forme irrégulière , espacées et arrangées symétriquement. La partie inférieure du corps est garnie d’écailles plus larges , plus fortes , toutes d’un noir bleuâtre ;
4^6 DESPLAIES
avec le bord plus pâle j ce qui est bien difï’érent des couleuvres , dont le ventre est marqué de taches jaunes et bleuâtres. La tête de la vipère est en forme de cœnr, sensiblement plus large que le corps , et susceptible de s’élargir encore dans la colère j elle est couverte de petites écailles semblables à celles du dos, excepté audessus des yeux, où elles sont un peu plus larges , et au bout du museau où il y en a une grande trapézoïdale. Le bout de ce museau forme un rebord saillant , relevé , retroussé à-peu-près comme celui du cochon.
Les mâchoires de la vipère sont garnies de dents , parmi lesquelles il y en a deux , à la mâchoire supérieure , très-dilférentes des autres. Ces dents , longues d’environ trois lignes , sont environnées jusqu’aux deux tiers d’une tuni(jue ou gaine membraneuse , terminée par un bourrelet souvent dentelé. Elles sont crochues ou courbes , articulées à l’os de la mâchoire , mobiles de devant en arrière , et dis- ])Osées de manière à se coucher en arrière , lorsque ranimai est tranrpiille et que sa bouche est fermée, et à se redresser, lorsqu’il est irrité et qu’il veut mordre. Ces espèces de dents crochues sont pourvues d’un canal intérieur, qui sc termine à quelque distance de la pointe , sur la partie convexe, par une fente très-étroite : le reste de la dent est très-dur et très-solide , et taillé à l’intérieur à-peu-])rès comme un cure-dent. Ce canal est rempli ordinairement d’une liqueur transparente et jaunâtre , qui est. le venin de la vij)ère.
Cette liqueur venimeuse est séparée du sang par deux glandes, ou mieux par deux assem- • blages de glamdes , un de chacune côté de la
EN GÉNÉRAL. h/lî
tête , situés dans la partie antérieure du sinciput , directement denière le globe de l’œil , soirs le muscle qni sert à abaisser la mâchoire supérieure , de façon que ce muscle ne peut agir sans qu’il les presse, et sans qu’il facilite, par conséquent , la sécrétion de la liqueur qu’elles contiennent. Une vésicule qui tient a la base du premier os fie la mâchoire supérieure , aussi bien qu’à l’extrémité du second , et (jui couvre la racine des dents à crochets , sert de réservoir à cette liqueur.
C’est principalement dans les cantons raontneux , pierreux et boisés , que se trouve la vipère. Elle est rare dans les pays de plaine , et sur -tout dans les marais. Les parties de la France où elle est plus commune , sont les environs de Lyon , de Grenoble et de Foiliers. On la rencontre principalement au printemps, vers les neuf ou dix heures du matin , sur les collines exposées au levant, recevant la bénigne influence du soleil , auprès du buisson où est le trou dans lequel clic se réfugie dans le danger.
I.a vipère n’attaqne ])oiiit l’homme et les grands ar}imaux sans être provoc[uee ; elle tie se sert de son venin fjue pour tuer les reptiles plus petits qu’elle, les petits quadrupèdes, tels que les souris et les grenouilles, dont elle se nourrit, et sans doute aussi pour les dis])Oser à sé digérer dans son estomac où , pour l’ordinaire , elle les fait passer tout euliers. Cependant lorsqu’elle se sent poursuivie, lorsfju’on appuie imprudemment le pied sur elle, (ju’on la saisit avec les mains sans précaution , ou qu’elle est blessée , elle mord , et fait une plaie qui pourrait être dangereuse par elle- meme, à
cause de la foriiie des dents de l’animal ; maïs <|ui l’est sur- tout ^>ar l’esj)èce d’inoculation dont elle est accompagnée , et dont voici le mécanisme.
Lors(|u’une vipère veut mordie , elle ouvre considérablement la bouclie j alors ses deux crochctS , qui étaient coucliés dans la cavité de la membrane de leur base , se relèvent et deviennent perpendiculaires à la niaclioire inférieure. Lorsque la morsure commence , le poison est poussé dans les dents par la contraction des muscles , par les inouvemcns (jue l’aniiùal fait pour lénner la liouclie , et est injecté dans la plaié avec d’autant plus de force, que la vipère est vigoureuse et abonde davantage en venin.
La morsure de la vipère est promptement suivie d’accidens , dont les uns sont locaux , et les autres généraux ; mais c’est toujours par les prcjniers que le désordre commence. Le blessé éjirouve à l’instant meme , dans l’endroit de la morsure une douleur vive (jui , comme un trait de feu , se répand dans tout le membre^ et même jusqu’aux organes intérieurs. Peu après, l’endroit blessé se tuméfie et devient rouge , quelquefois la tuméfaction se Ijorne aux environs de la plaie j mais le plus souvent elle s’étend au loin , et gagne pronq^tement tout le membre qui a été mordu , et même le tronc. Souvent il découle de la plaie une liqueur sanieuse , et il s’élève dans ses environs des plilyctènes semblables à celles de la brûlure. Mais bientôt la douleur diminue beaucoup , la tension inllainmatoire dégénère en un einpatement mou et œdémateux ; la partie devient froide , et la peau se couvre de
EN GÉNÉRA E. 429
grandes taches livides et comme gangreneuses.- JL.es accideiis généraux ne tanleiit pas non plus à se manifester : le malade é]U'ouve des angoisses , des fail)lesses , de la difficulté à respirer, des sueurs froides et abondantes •, le pouls se concentre , devient petit et inégal j l’œil se trouble , la raison s’égare j souvent il survient <les vomissemeiis , cjuelquefois des déjecfions bilieuses , abondantes , des sueurs froides , j)resque toujours une jaunisse universelle , et des douleurs vives autour de l’ombilic.
Ces accidens se présentent presque de la même manière chez tous les sujets, à quelques différences près , qui dépendent de la sensibilité et du tempérament de la personne mordue , de la température plus ou moins élevée de l’atmosphère , de la plus ou moins grande fureur de la vipère, du nombre des blessures ([u’elle a faites , et de son volume , en raison directe duquel se trouve ordinairement la quantité de venin qu’elle communii|ue ; le plus ou moins de profondeur de la plaie doit encore entrer en considération , sur- tout si elle a son siège dans des parties nerveuses. En général , les personnes faibles , cacochymes , pusillanimes , qui ont l’estomac plein , éprouvent des accidens plus prompts et plus graves , que les hommes forts , vigoureux , et qui voient le danger sans s’effrayer. Plusieurs morsures sont ]dus dangereuses qu’une seule j enfin , on a aussi remarqué que le poison de la vipère était plus actif en été qu’au printemps.
Au reste, quelle que soit l’intensité des accidens qui accompagnent la morsure de la vipère , elle est bien loin d’etre aussi dangereuse qu’on le croit ordinairement. Il est très-rare
43o des plaies
qu’elle soit mortelle , et dans les cas où elle fait périr , cet événement fâclieux est dû à la grande quantité de venin inocidé , au noim bre des morsures , à leur situation dans le voisinage des organes les ])lus nécessaires à la vie , et à l’omission des secours convenables. Dans les cas ordinaires d’une seule morsure aux extrémités des membres , les malades guériraient , quand même ils ne recevraient aucun secours ; mais alors les accidens seraient plus graves, et se dissiperaient beaucoup plus lentement ; peut-être même le venin pourrait- il ^^ire une impression longue et lâcheuse sur la constitution : il ne faut donc pas négliger d’employer de bonne heure les moyens propres à taire cesser ces accidens.
On a préconisé de nombreux remèdes contre les suites de la morsure de la vipère. Chacun de ces remèdes avait , selon certaines jjersonnes , produit des cures merveilleuses ; et cependant il était abandonné pour un auti'e dont la nouveauté faisait souvent tout le mérite. La ])lupart de ces remèdes , quoi<pie doués de propriétés contraires , guéri-ssaient , ou du moins paraissaient guérir les malades j en conséquence , chacun se croyant en droit de vanter son médicament , lui attrilmait une vertu spécifique contre la morsure de la vipère, lorsque le malade auquel on l’avait administré , après avoir éprouvé des accidens plus ou moins fâcheux, s’était enfin rétabli en parfaite santé. Mais la raison de cette prétendue efficacité est facile à trouver, quand on sait que la morsure d’une vipère est très-rarement mcu’telle pour l’homme, et que la gravité des accidens
qu’elle cause dépend tonjonrs de la quantité tle venin introduit dans la plaie.
Sans entrer dans le détail de tous ces remèdes , nous allons faire connaître le traitement que la raison et l’expérience ont proclamé comme le plus efficace , contre la morsure de la vipère. Ce traitement est local, ou général.
Le traitement local consiste à détruire la partie dans laquelle le venin a été déposé, et à taire cesser pfïT'là l’irritation qu’il produit sur le système nerveux , et qui paraît être la principale cause de tous les accidens qui accompagnent la morsure de la vipère. On peut opérer cette destruction avec un cautère actuel , ou avec les caustiques ; mais on emploie communément ces derniers , parce qu’ils effraient moins les malades (jue le fer rouge , et que leur effet est tout aussi sûr. Fontana a donné -la préférence à la jMj tasse concrète (pierre à cautère) j il s’est convaincu un grand nombre d’expériences que ce caustique doit, dans ce cas, être regardé comme un vrai spécifique ; mais un causli(jue quelconque produira infailliblement le même effet , puisqu’il s’agit uniquement de détruire le point d’irritation, le foyer du poison. On préfère même aujourd’hui les caustiques liquides , tels que le inurlate d’antimoine liquide (beurre d’antimoine) , l’acide sulfurique , ou l’acide nitrique , parce qu’ils agissent plus promptement , et qu’ils pénètrent plus sûrement jusqu’au fond de la plaie-
Aiïtsi , lorsqu’une personne a été mordue par une vipère , et que les accidens qui résultent de cette morsure , quoique graves , ne sont pas bien urgeris , on prend un morceau de bc>is
mince et ai^ii à l’extrémité j on le trempe clans im causticjue liquide, et préférablement clans le muriate d’antimoine j on apjmie la pointe de ce morceau de bois sur la morsure , et on tâche d’y insinuer une goutte de causficjuc : ensuite on applique dans le même endroit un petit bourdonriet, ou tam])on de charpie, delà grosseur d’un pois , inibibé du même caustique; on le maintient en l’environnant de charpie sèche, et en le recouvrant d’un emplâtre agglutinatif ; enfui , on soutient le towtjiar un bandage , ou par l’application de la main. Ce moyen simple sulïit dans le plus grand nombre des cas : le muriate d’antimoine h’c^uide produit en peu de temps une escarre c^ui comprend le venin , et lait cesser presque sur-lechamp l’irritation locale et tous les accidens qui en dépendent.
Mais lorsque les accidens sont urgens , que la plaie est très-étroite et profonde , et qu’il est à craindre c]ue le causticjue , a impliqué comme nous venons de le dire , n'atteigne pas toutes les parties de la morsure qui cint été exposées à l’action du venin , il faut le porter plus profondément. Pour cela , on commence par agrandir la jilaie avec la pointe d’un bistouri ; après avoir essuyé le sang , on y ])orte un pinceau trempé dans le muriate d’antimoine liquide ; on place dans le fond un petit bourdoniiet imbibé du même causticjue , et on le soutient par un bandage convenable : de cette manière , on détruit plus sûrement le foyer du poison et de l’irritation. Au bout de cjuelques heures, on lève l’apj)areil , on jianse la ])laie avec un linge imbibé d’huile d’olive tiède , ou d’un cérat adoucissant et camphré.
Bientôt après rappUcation du caustique , la douleur diminue , les accideiis perdent de leur intensité 5 ils cessent même (juel([uefbis dans l’instant de cette application , et il ne reste plus alors que l’engorgement local. On dissipe cet engorgement en couvrant la partie avec un cataplasme émollient fait avec la mie de pain et le lait , ou, encore mieux , en la frottant de temps en temps avec de l’huile d’olives tiède , à laquelle on ajoute quelques gouttes d’ammoniaque. La petite plaie qui resuite de l’incision que l’on a faite avant l’application du causti(j ue , suppure , et cette suppuration contribue à dissiper plus promptement l’engorgement du membre. Quand il est entièrement dissipé , on abandonne les médicamens relâchans , et on traite la plaie comme les plaies simples.
La jnorsure de la vipère n’exige pas toujours un traitement local aussi violent. Lorsqu’elle est peu profonde , qu’elle a été faite par une vipère engourdie par le froid , ou dont le venin a déjà été épuisé par des morsures qu’elle a faites à d’autres animaux , que l’engorgement dont elle est accompagnée est peu considérable , qu’il est borné à la partie, et que le malade n’éprouve encore ni faiblesses ni maux de cœur, on peut se contenter d’instiller quelques gouttes d’ammoniaxjue dans la plaie , de la couvrir avec une compresse épaisse et de la largeur d’un pouce , trempée dans le même médicament , et de frotter le membre pendL^nt un quart d’heure avec de l’huile d’olives tiède , puis de l’envelopper avec des linges doux i reim pis dans la même huile. Au défaut d’huile d’olive, on peut employer le beurre frais,
toutes les graisses douces , ou les cataplasmes éinolliens , ([ui produiront le même eflet ; car l’huile d’olives , préconisée par les Anglais et ensuite par Pouteau , n’est douée d’aucune vertu spécifique contre la morsure de la vipère, comme l’ont protxvé les expériences de PIunaud et de Geolli oi.
Qaoiqu’en général le traitement local sulfiso seul pour fiiire cesser les accidens tpii résultent de la morsure de la vipère , il ne faut cejxendant nas néülieer les remèdes internes : ceux
qm conviennent le mieux, et dont 1 exjxenence a constaté l’efficacité, sont les cordiaux stimulans et les sels alcalins volatils. Les anciens faisaient un grand usage de la thériaque , du niithridate , du sel de vipère , ou à son défaut , de celui de corne de cerf, et ces moyens leur réussissaient presque toujours j mais l’ammoniaque ( alcali volatil fluor), ou l’eau de luce , qui n’en diffère que par l’addition de quelques gouttes d’huile de succin , est le remède le jxlus efficace que l’on puisse opposer à la inorsure de la vipère. Ce remède a été regardé à juste titre connue le spécifique du venin de ce reptile , depuis l’épreuve que Bernard de Jussieu en fit en 1/47 > qui a été rapportée dans l’Histoire de l’Académie des Sciences pour la même année.
Cl Le 23 juillet 1747? Bernard de Jussieu étant à herboriser sur les buttes de Montmartre avec ses élèves, un d’eux saisit avec la main un serpent qu’il prenait pour une couleuvre , et qui réellement était une vipère. L’animal irrité le mordit en trois endroits j savoir, au pouce , au doigt index de la main droite , et au pouce de la main gauche j il sentit presqu’aussitôt un
engourdissement dans les doigts , et ils s’enllèrent. L’enflure gagna les mains , et devint si considérable, qu’il ne pouvait plus fléchir les doigts. Ce fut dans cet état (jii’on le mena à Jussieu, qui était éloigné de quelques centaines de pas. L’inspection de ranimai le fit aussitôt reconnaître pour une vipère très- forte et très-vive j et le malade (jui avait été effrayé, fut rassuré par l’espérance d’une prompte et sûre guérison. En effet , Jussieu s’était assuré , taqt/ par le raisonneinent que par un grand nombre d’exj)ériences faites sur des animaux , que l’alcali volatil était , dans ces sortes d’occasions , un remède sûr , pourvu qu’il fût administré promptement. Il avait heureusement sur lui un flacon rempli d’eau de luce , qui , comme l’on sait, n’est qu’une préparation de l’alcali volatil uni à l’huile de succin. Il en fit ])rendre au malade six gouttes dans un verre d’eau , et en versa sur chaque blessure assez j)Our servir à les bassiner et à les frotter. Il était alors une heure après-midi , et il faisait fort chaud J sur les deux heures , le malade se plaignit de maux de cœur, et tomba en défaillance ; on voulut faire une ligature au bras droit, qui était très-enflé ; mais Jussieu la fit défaire, et une seconde dose du même remède prise dans du vin , lit disparaître la défaillance. Alors le malade demanda à être mené au lieu où il devait passer la nuit 3 il y fut conduit par deux étudians en médecine , qui se chargèrent d’en, avoir soin , et de lui faire prendre le même remède , s’il lui survenait quelques faiblesses. Il en eut efféctivernent deux dans la route : étant au lit , il se trouva très-mal , donna même quelques marques de déliré , et vomit son
dîner j mais tous ces accidens codèrent à quelques nouvelles doses d’alcali volatil. Après son vomissement , il resta tranquille , et dormit assez paisiblement. Jussieu , qui arriva sur les huit heures , le trouva beaucoup mieux, et seulement incommode de l’abondante transpiration que le médicament avait excitée j la nuit fut très-bonne : le lendemain, les mains n’étant pas désenflées , on fit une embrocation avec l’huile d’olives, dans laquelle on mêla un peu d’alcali volatil. L’effet de ce remède fut prompt ; une demi - heure après , le malade pouvait fléchir librement les doigts j il s’habilla, et revint à Paris , après avoir déjeuné de très-bon appétit j depuis il alla de mieux eu mieux , et se trouva entièrement guéri au bout de huit jours. L’enflure , l’engourdissement des mains, et une jaunisse qui s’était montrée, dès le troLsièmé jour, sur les deux avant-bras^ furent dissipés par le même remède, dont il prenait deux fois par jour , deux gouttes dans un verre de boisson. «
Il n’y a guère d’observation qui constate mieux l’efficacité d’un remède que celle que nous venons de rapporter. Depuis que Jussieu l’a rendue pul)lifjue , l’ammoniaque a été employée à l’extérieur et à l’intérieur, contre la morsure de la vipère , et toujours avec le même succès. Etendue dans de l’huile , et appliquée extérieurement, l’ammoniaque est un puissant . résolutif J pure et instillée par gouttes dans une ]daie , c'est un causti([ue léger , et c’est à ce titre que l’on a conseillé d’en insinuer sur-lechamp dans ia morsure , et d’en appliquer dessus une compresse imbibée. Pris intérieurement , et à petite dose , c’est un tonique actif.
BN général; 4^7
qui ranime les forces , rétablit les secrétions , et détermine sur- tout des sueurs abondantes.
La manière de radministi'er est fort simple ; elle consiste à en faire prendre quelques gouttes au blessé , de deux en deux lieures ; niais comme ce remède a une grande activité, on no doit jamais le donner pur : il ferait sur la langue et l’estomac une impression fâcheuse ; on l’étend dans une infusion de thé , d’espèces vulnéraires , de fleurs de sureau , ou , encore mieux , dans une lé gère décoction de feuilles d’oranger. On règle la dose du remède d’après l’âge , le tempérament du malade, et l’intensité des accidens. Quatre ou cinq gouttes suffisent pour une personne jeune, d’un tempérament faible, délicat et sensible ; on en donne douze ou quinze aux personnes robustes , et lorsque les accidens sont graves j mais il ne faut jamais excéder cette dose , car le remède agirait comme un caustique sur les parois de l’estomac. Quand les accidens diminuent , on donne l’ammoniaque à moindre dose , et plus rarement.
Le malade sera mis dans pn lit ; on aura soin de le bien couvrir j on lui donnera une infusion légère de thé , ou de fleurs de sureau pour favoriser la sueur, et lorsqu’il suera , il faudra éviter de le refroidir en le pansant, ou en lui donnant à boire. Cependant ces deux choses doivent être fréquemment renouvelées , si on veut qu’elles aient toute l’utilité désirable : c’est an Chirurgien d’agir avec la prudence nécessaire. Dans les premiers jours, on ne donnera au malade aucune nourriture : seulement on soutiendra ses forces i>ar quelques cuillerées de bon vin; mais ensuite, lorsque la faim cominencera à le tourmenter, on lui accor^
dera des soupes légères , et par degrés des aliineris plus solides , et en plus grande quantité , jusqu’à son entier rétablissement.
$. III. Des Plaies par morsure d’ animaux
enragés.
Ces sortes de plaies sont bien moins imjmrtantes à considérer sous le rapport de la blessure elle-même , que sous celui de la maladie alïreuse qui en est ordinairement la suite , si l’on n’emploie à temps les moyens propres à la prévenir.
Cette terrible affection qu’on a généralement appelée rage , à cause des accès de l’ureur auxquels le malade est en proie , est bien peu connue dans sa nature celle du virus qui la produit ne l’est nullement. Cependant on peut dire que la rage est une espèce de maladie nerveuse très-violente , qui produit dans la salive une altération telle , que la morsure d’un aniniM afïécté de cette maladie , la communique à un autre. Comme la rage est presque toujours accompagnée d’une réjrugnance invincible pour les boissons, on lui a aussi donné le nomd’Jiydropliobie : mais cette dernière dénomination n’est point exacte ; car l’horreur de l’eau est un svmptôine de plusieurs maladies nerveuses , et d’ailleurs ce symptôme n’a pas toujours lieu dans la rage ; conséquemment elle n’en forme point le caractère essentiel et absolu.
On distingue communément deux espèces de rage ; savoir , la rage spontanée , et la rage communirjuée. La rage spontanée est celle qui survient aux animaux , et quelquefois même à l’htLmme , sans qu’ils aient été mordus par un autre animal. La rage communiquée est celle
(jiii survient à la suite d’une morsure faite par un animal attaqué de la maladie ; nous ne traiterons ici que de cette dernière.
On ne peut connaître à l’aspect d’une plaie par morsure , si elle a été laite par un animal enragé , ou par un animal sain. Cette connaissance est ce[)endant de la plus grande importance , ])arce qu’on peut aisément prévenir la rage dont est menacée une personne qui a été mordue par un animal alïécté de cette maladie, et qu’on l’attaque sans succès après qu’elle s’est inaniléstée ; mais -l’expérience apprend tous les jours qu’on parvient très- difficilement à cette certitude : voici néanmoins quelques données utiles auxquelles il est bon d’avoir égard. Si c’est un loup , et qu’il ait mordu plusieurs personnes, ou ])lusieurs autres animaux sans les dévorer , on peut présumer avec raison qu’il était enragé. Si c’est un cheval , un âne qui auparavant n’avaient pas de tendance à mordre, et (jui d’ailleurs aient été mordus par un loup , par un chat , ou par un chien , on ne peut guère douter qu’ils ne soient aussi affectés de la rage. Quant aux chiens , comme ils sont sujets à plusieurs espèces de maladies que l’on confond généralement sous le nom de rage, et qiie ces animaux sont ceux qui la communiquent le plus (jrdinairernent à l’homme , il est essentiel de s’assurer, de bonne heure , si un chien qui a mordu une ou plusieurs personnes est enragé ou non : voici les signes auxquels on le reconnaît.
J3ans les premiers temps , un chien malade de la rage paraît triste , abattu ; tapi dans un coin , il aime l’obscurité, la solitude j il n’aboie pas , mais il grogne souvent et sans cause
apparente , sur-tout contre les étrangers ; il connaît encore son maître et le flatte : il refuse également la boisson et la nourriture ; s’il marche , 11 est chancelant , il paraît endormi. Cet état dure ordinairement deux ou trois jours j mais la maladie faisant des progrès , ranimai quitte tout-à-coup la maison de son maître j il a la tête basse , le poil hérissé, la queue serrée entre les jambes, l’œil fixe et brillant , la gueule béante et pleine d’une salive écumeuse ; il fuit de tous côtés ; sa démarche est incertaine , tantôt lente , tantôt précipitée. Sal rencontre un animal de son espèce , il le poursuit, pendant c| ne celui-ci cherche à l’éviter; il le mord quand il peut fatteiiidre , et le laisse aussitôt qu’il s’est satisfait. Il éprouve des accès de fureur , (jui reviennent par intervalles , mais d’une manière irrégulière. Alors il se jette indifféremment sur tout ce qu’il rencontre , même sur son maître : il n’aboie point; l’eau, la lumière, les couleurs vives redoublent sa fureur ; ses membres sont agités de mouvemens convulsifs; enfin , il périt deux ou trois jours après avoir quitté les lieux qui lui étaient familiers , et son cadavre pourrit promptement , en répandant une odeur infecte.
Tel est l’ensemble des symptômes que l’on remarque dans un chien enragé : ils sont à-peuprès les mêmes dans tous les animaux ; l’abattement , la tristesse , le refus des alimens caractérisent le premier degré de la maladie; des accès de fureur, de délire, l’envie de mordre, l’horreur de l’eau , une salive gluante et écumeuse, signalent le second. Mais la rage présente (juehpiefois dans ses symptômes des variétés qu’il est important de connaître. Par
EN O É N É R A L. 44
, la répugnance , l’horreur de l’ean , parait etre dans tous les animaux le signe le plus certain de cette maladie ; cependant on a vu plus d’une fois des loups , des chiens dont la rage était bien constatée , boire abondamment apres avoir mordu des personnes ; on les a vus traverser des rivières , se détourner même de leur route, pour mordre des ouvriers occupés au milieu d’un ruisseau. Ainsi ce serait se tromper d’une manière bien fâcheuse, que de négliger des blessures, parce f|u’on n’aurait pas observé dans l’animal qui les a faites , tous les symptôjiies que nous venons de décrire.
Si un chien qui a mordu une ou plusieurs j>ersonnes sans y être excité, et qui a pu être conservé , meurt après avoir éprouvé le plus grand nombre des symptômes que nous avons exposés, il n’y a point d’incertitude sur son état : ce chien est enragé. Mais souvent il s’échappe , plus souvent encore on le tue au moindre soupçon , et alors il est d’autant plus difficile de connaître son état, que très-souvent, dans les campagnes , on regarde comme enragé , un cliien qui , ayant perdu son maître , court à travers un village , en clfraie les habitans qui le ])oursuivent , et mord quelquefois ceux c|ui se trouvent sur sa route. Dans ce cas , soit que le chien parvienne à s’échapper, soit qu’on le tue , comme cela arrive fréquemment , les personnes blessées sont dans la plus cruelle incertitude ; il serait donc essentiel de pouvoir s’assurer si l’aiiinial était seulement ei’lrayé , ou s’il était véritablement enragé. Lorsque le chien s’est écha])pé , il est impossible de connaître son état ; mais lorsqu’il a -été tué , on a proposé f)lusieurs moyens
pour parvenir à cette connaissance. Quélquesuns ont conseillé d’imbiber un morceau de pain ou de viande avec le san^ et les autres sucs cpii coulent de la plaie, et de le présenter ensuite à un autre chien ; s’il le mange , on peut , tliton, rester trancjuille sur la nature de la blessure; mais s’il le refuse, s’il fuit en aboyant , on ne peut douter que la plaie n’ait été faite par un animal enragé. Quoique ce moyen soit recommandé par beaucoup d’écrivains , il ne paraît mériter aucune confiance ; en elïét, un chien affamé mangera sans répugnance le jiain imlnbé des sucs d’une plaie ; d’ailleurs, le veniiL de la rage, inhérent à la partie mordue , n’est pas toujours délayé par le sang, et en siqiposant qu’il le soit , sa ipiantite est trop petite pour qu’un chien , malgré la finesse de son odorat , puisse le reconnaître.
J. L. Petit conseille , d’après son expérience, de frotter la gueule , les dents , les gencives du chien tué , avec un morceau de viande cuite , et de le présenter ensuite à un chien bieii])ortant : s’il le refuse , en criant et en hurlant , on j)eut croire , dit- il , ipie l’animal tué était enragé ; mais , ajoute-t-ii , si la viande a été bien reçue et mangée , il n’y a rien à craindre. Ce procédé est plus raisonnable que le premier ; il peut bien rassurer le malade inquiet et timide , et on doit toujours l’enijiloyer dans cette vue ; mais s’il reste le plus léger soupçon , il est toujours plus sage d’employer le traitement préservatif convenable.
Ordinairement c’est par la morsure d’un chien , ou d’un autre animal enragé , que les fiommes contractent la rage. Le venin qui produit cette cruelle maladie réside dans la salive
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de ranimai qui en est affecté, et c’est la dent qui le dépose dans la plaie j mais cette voie n’est pas la seule par laquelle ce venin peut se communiquer. Des observations authentiques prouvent que la seule application de la salive ou de la bave de l’animal sur une partie excoriée , ou seulement couverte d’un épiderme très- milice^ comme les lèvres , suffît pour produire la race. On prétend même que cette bave desséchée depuis long-temps sur du linge ou de l’étoffe , peut produire cette maladie, et le fait, tout extraordinaire qu’il est , paraît confirmé par plusieurs observations. Quoique ces observations aient été révoquées en doute par certains auteurs , elles commandent cependant la plus grande attention , lorsqu’un animal enragé a fait quelque ravage dans un pays. Si sa bave a été répandue sur quelques vêtemens , il faut les laver avec soin , brûler la paille sur laquelle il couchait , et tout ce qui a été infecté de sa salive 5 s’il a été enfermé dans une chambre ou un cabinet , il faut en nettoyer le plancher et les murs , les laver et re blanchir les derniers à la chaux j enfin , il faut que ceux qui touchent le cadavre de l’animal , aient le soin de laver leurs mains avec du vinaigre , et surtout qu’ils évitent de les porter, encore teintes du sang ou de la bave de l’animal , sur les lèvres, le visage : parties dont la peau fine et délicate reçoit facilement la contagion des virus.
La présence de ce virus dans une plaie n’y produit aucun effet primitif, et ne s’oppose point à sa guérison . Aussi remarque-t-on qu’une plaie faite par un animal enragé , abandonnée aux seuls soins de la nature , ou pansée comme une plaie simple , guérit au moins aussi facile-
ment et aussi promptement qu’une plaie faite par un animal sain. Ce n’est qu'après avoir, pour ainsi dire , couvé ])endant un certain temps, que le virus hydrophobique se déve^ loppe , et qu’il manifeste soji impression funeste sur l’économie animale parles symptômes qui «caractérisent la rage.
Il s’écoule quelqueiois un long espace de temps avant que cette maladie se déclare. Quelquefois elle ne paraît tju’au bout de deux , de trois , de six mois ; et les auteurs ju'étendent que la rage a mis encore cjuelquefols un temps beaucoup plus long avant de se développer. Galien l’a \ue paraître au bout d’un an , et Mead après onze mois ; mais pour l’ordinaire elle arrive dans l’esp«ace de trente ou quarante jours, quelquefois plus tôt, sur-tout chez les jeunes gens , qui en sont atUujues communément en quinze ou seize jours , et même au bout de six ou huit jours. CÆ]>endant nous avons vu un enfant de dix on douze ans mourir de la rage, à l’hôpital de la Charité, onze jnois après la blessure par laquelle le germe de cette maladie lui avait été communiqué. Ces différences dans le temps du développement de la rage dépendent du tempérament de la personne mordue , de la violence de la maladie dans l’animal qui a fait la morsure et de la situation de la plaie ; les passions vives , les chaleurs extrêmes de l’été paraissent accélérer le développement de cette terrible alfection. Il semble aussi qu’il y a des personnes qui sont peu disposées à recevoir les impressions du virus hydrophobique , puisqu’après avoir été mordues par des animaux enragés , elles n’ont paint été attaquées de la mge.
■ Voici quels sont les symptômes qui annoncent cette maladie , et ceux qui la caractérisent : on sent dans la partie qui a été mordue , une douleur qui gagne insensiblement , et s’étend aux parties voisines j la cicatrice devient rouge , noirâtre , se gonfle , se rouvre quelquefois , et il en exude une sérosité rougeâtre î ou si la plaie est restée ouverte , les chairs se boursouiflent , s’enflamment et fournissent un pus séreux et roussâtre. Comme la plaie est le foyer du venin , il n’est pas étonnant de voir les accidens commencer par la partie qui a été mordue ; cependant nous avons des exemples de personnes mortes de la rage communiquée par une morsure d’animal enragé , et dont la plaie , ou la cicatrice n’a éprouvé aucun changement. Presqu’en même temps que les symptômes locaux que nous venons de décrire se manifestent , le malade devient triste , mélancolique 5 son teint éprouve une altération remarquable , son sommeil est interrompu par des rêves eflfayans , qui ont particulièrement rapport à l’accident qu’il a éprouvé. Quelquefois il s’imagine être entouré de chiens qui veulent le dévorer , ou être sur les bords d’un précipice dans lequel il est près de tomber. Il éprouve souvent une horripilation générale j il ressent une chaleur , une espèce de Iféraissement , qui , de la partie mordue , s’étend à tout le corps , et semble se terminer plus particulièrement à la poitrine et à kl gorge. Le pouls est quelquefois alors petit et serré. Bientôt les symptômes augmentent j une fièvre nerveuse très-intense s’allume , il y a chaleur brûlante et incommode à l’épigastre ; souvent le malade vomit avec abondance une
bile verte , porracée j le visage est roiige , la vüix Forte , le regard farouche et étonné , la respiration laborieuse , le pouls dur , tendu , Fort , précipité ; des sanglots involontaires, et des soupirs profonds se Font entendre. Il survient plus tôt ou plus tard une ré])Ugnance invincible pour la boisson , ou si cette répugnance n’existe pas, un état convulsif des muscles du pharynx empêche le malade d’avaler j mais chez la plupart cette horreur pour les liquides a lieu j les yeux sont brillans , la pupille est dilatée et immobile : la vue des corps polis et luisans excite en eux un frémissement général, (jui les porte à les éviter. Bientôt il y a des mouvemens convulsifs et même des accès de Fureur trèsprononcés , que la simple agitation de l’air , l’éclat de la lumière , des sons aigus peuvent renouveler ; l’envie continuelle de cracher et de mordre se joint à ces symptômes , il semble que ce soit un besoin irrésistible ; mais le plus souvent le malheureux qui l’éprouve, conserve assez de présence d’esprit , pour avertir les personnes qui l’entourent de s’éloigner , lorsqu’il sent approcher le moment de l’accès. Enfin , à tous ces symptômes qui caractérisent la Fureur et la rage portées au plus haut degre , succèdent une débilité générale , un affaiblissement complet J le pouls devient petit , misérable , les extrémités froides , et la mort termine cette scène d’horreur le troisième ou le quatrième jour , quelquefois plus tôt , rarement plus tard.
L’ouverture des corps n’a Fait connaître aucune trace du Virus hydrophobique, ni aucune altération particuUère constante tians les organes essentiels à la vie j quelquefois seulement on a trouvé le pharynx phlogosé , et en-
core même alors était-il difficile de déterminer si c’était , chez les malades , un état naturel, ou un état morbifique de ces parties.
Quelle (jue soit la blessure faite par la dent d’un animal enragé , elle doit être considérée comme véritablement dangereuse j cependant ces blessures sont plus ou moins graves , suivant les circonstances qui les accompagnent. Par exemple , une j)laie médiocre , qui a beaucoup saigné , et qui ne peut se cicatriser sans une supjnuation un peu abondante , est moins à redouter pour ses suites, qu’un simple coup de dent qui a pénétré la peau profondément , et s’est cicatrisé promptement. Une morsure superficielle n’est pas aussi fâcheuse que celle (jui traverse toute l’épaisseur de la peau ; le traitement en est plus simple et plus sûr j il en est de même de celles qui sont faites par un animal faible , timide , qui n’est encore que dans le premier degré de la rage ; elles sont ordinairement alors peu considérables , et les accidens moins prompts à se développer. Mais toutes choses égales d’ailleurs , on a d’autant plus à redouter les suites des morsures faites par des animaux enragés , qu’elles sont plus voisines des organes salivaires, plus multipliées, et que la partie mordue était nue j car comme il est certain que le virus de la rage réside dans la salive , on conçoit facilement que si la partie se trouve couverte d’habillemens, sur- tout un peu épais et d’un tissu laineux, ils essuient, pour ainsi dire , les dents de l’animal , s’imprégnent de sa salive , et diminuent d’autant la quantité de celle qui serait entrée dans la morsure. Celle-ci présente encore moins de danger , lorsque le sujet est fort , vigoureux ,
et d’une grande traiiquilUté d’ame : on rap- ])orte meme (pie des Jiommes , qui réunissaient ces qualités, ayant été mordus ]>nr des chiens enragés , n’ont point contracté la maladie , quduj^u’ilsn’eussent re(^u aucun secours de l’art. Mais tout le monde convient que la rage est une all’ection si terrible, et en général si facilement contagieuse , qu’il faut enqiloyer les moyens propres à la j)révenir , non-seulement lorsqu’on est certain que l’animal qui a mordu était enragé , mais même lorsqu’on n’a ([ue de fortes jirésomptions à cet égard. Enfin , il est des plaies ])ar morsui’e d’animaux enragés , qui, très-dangereuses ]>ar elles-mêmes , sont prescjue nécessairement suivies de la rage , et deviennent mortelles , ])arçe que le voisinage des gros vaisseaux ne ])ermet pas de cautériser suffisamment les parties sur lesquelles le virus a été déposé j telle serait, par exemple, une , plaie dans la- ([uelle l’artère carotide , ou l’artère crurale serait à nu.
Dans le traitement des plaies par morsure d’animaux enragés , on doit avoir principalement pour objet d’enlever ou de détruire le venin qui a été déposé dans la jiartie par la dent de l’animal , avant qu’il ait eu le temps d’agir sur l’économie animale.
C’est pour atteindre ce but , que quelques praticiens ont conseillé d’extirper toute la partie mordue. Mais, outre rpie ce moyen est trèsdouloureux , (pi’il en résulte une mutilation désagréable , et cjue cette extirpation exige souvent dans celui qui la pratique , beaucoup de-dextérité et de connaissances anaLonii([ues , il est encore des cas où la structure des parties.
et leur iinportan.ce s’opposent à ce qu’on puisse y avoir recours.
On parviendra au iiiêine but, d’une manière nussi sûre et moins douloureuse , en désorganisant profondément toutes les parties sur lesquelles le venin a été déposé, ou ce qui revient au même , en les convertissant en une escarre dans laquelle ce virus se trouve renlériné , et, pour ainsi dire , isolé du reste de l’économie animale. Ce moyen , employé convenablement, mérite à juste titre le nom de spécifique, puisqu’il a toujours réussi entre les mains des praticiens sages et attendis, à prévenir la rage, et assurer la guérison , sur- tout lorsqu’on a entretenu long- temps la suppuration de l’ulcère résultant de la chute de l’escarre.
On désorganise la partie , soit en y portant un fer rougi au feu, soit en y appliquant des remèdes caustiques , capables de former une escarre profonde , épaisse , et qui comprenne toute retendue de la blessure.
L’usage du feu était très-familier aux anciens , qui l’employaient constamment dans le traitement des plaies par morsure d’animaux enragés. Aussitôt après la blessure, ils faisaient rougir un fer un pou plus large (jue la plaie , l’appliquaient hardiment dessus , de manière à produire une escarre épaisse et large , et toujours le succès couronnait leur entreprise. Comme la plupart des malades ont beaucoup de répugnance pour le cautère actuel , on a propo. é de le remplacer par l’huile Ixuiiüante , par la poudre à canon , ou par un cylindre.de coton que l’on brûle sur la partie. Mais en général on doit préférer les caustiques aux cautères actuels , excepté pour les morsures qui pé-
nètrent dans la bouche , auxquelles il convient exclusivement. La cautérisation avec un fer ardent n’est pas fort douloureuse j mais elle est très - effrayante , et il y a peu de personnes qui veuillent s’y soumettre ; d’ailleurs elle peut devenir inutile , si le fer n’atteint pas toute la surface de la plaie , ou s’il n’étend pas son action assez profondément pour que la totalité du venin soit détruite. On ne doit donc y avoir recours que lorsqu’on manque des autres moyens , et dans le cas dont nous avons parlé plus Jraut.
Les caustiques n’ont pas les mêmes in convéniens ; ils causent moins de répugnance aux malades , et leur action plus sûre que celle du feu , peut être étendue et diminuée à volonté , suivant l’exigeance des cas. Tous les caustiques, tant solides que liquides , dont l’usage est connu et familier en chirurgie, peuvent être employés dans le traitement des plaies dont il s’agit ; ainsi la potasse caustique , le nitrate d’argent fondu , les acides nitrique , sulfurique et muriatique , le muriate d’antimoine , sont autant de moyens propres à remplir l’objet qu’on se propose , et que l’on peut remplacer les uns par les autres , avec les précautions convenables. Mais le muriate d’antimoine est le plus sûr et doit être employé de préférence : on trouve ce caustique sous deux états, solide et liquide. Le muriate d’antimoine solide est extrêmement actif; il brûle aussi rapidement et aussi fortement qu’un charbon ardent , mais il s’humecte et s’amollit facilement à l’air , et s’il venait à casser au moment où 'on l’introduit dans une plaie , et qu’on ne pût l’en retirer à cause de sa mollesse , il brûlerait peut-être plus qu’il ne
fuut* Le muriate d’antimoine liquide est un peu moins actif, mais il est plus facile à manier j il réunit toutes les conditions que l’on peut desirer j son action est aussi sûre que prompte , et l’on peut la borner ou l’étendre à volonté J par conséquent il mérite la préférence. Au défaut des caustiques dont nous venons de parler, on peut en préparer un sur-lechamp , et dans presq ne tous les pays , en mêlant une once de chaux vive , récente , réduite en poudre, avec autant de savon tendre, ce nui forme une espèce de pâte , à laquelle il ne faut point ajouter d’eau.
Après le muriate d’antimoine liquide , la potasse concrète est le caustique qui nous paraît mériter la préférence ; voici la manière de l’employer. Si la surface de la plaie a peu d’étendue, on applique dessus un morceau de potasse concrète , d’une grosseur proportionnée à l’escarre
3ue l'on veut produire ; on met ensuite autour e la charpie sèche , et on la maintient appliquée , au moyen d’un emplâtre agglutinatif , d’une compresse et d’une bande suffisamment serrée ; mais lorsqu’il s’agit d’une plaie qui a une grande étendue , on écrase , on pile grossièrement cette potasse , on en saupoudre surle-champ toute la surface de la plaie j on applique ensuite quelques tampons de charpie , et un bandage convenable. Dans l’un et l’autre cas , on lève l’appareil au bout de trois ou quatre heures, et on trouve une escarre noire, épaisse de plusieurs lignes.
Le muriate d’antimoine li([uide s’emploie de la manière suivante : on forme une espèce de pinceau avec une bandelette de linge effilée , roulée sur l’extrémité d’un morceau de bois
mince , et retenue par un fil tourné autour ; la grosseur de ce pinceau doit être proportionnée a la largeur de la plaie j on le trempe dans le caustique , et après l’avoir laissé égoutter , on le porte exactement sur toute la surface de la plaie; on réitère cette application plusieurs fois de suite , et on appuie le pinceau ]ilus fortement et plus long- temps dans les endroits où l’on veut cautériser ])rofondément. Appliqué de cette manière , le muriate d’antimoine liquide convertit sur-le champ les parties qu’il touche en une escarre blanche , qui n’a guère qu’une ligne et demie ou deux lignes d’épaisseur. Lorsqu’une désorganisation plus profonde est jugée nécessaire , on imbibe du caustique un petit tampon de charpie , on le place dans l’endroit convenable , on l’entoure de charpie sèche , et on maintient le tout au moyen d’une compresse et d’une bande. Après trois ou quatre heures on lève l’appareil, et on trouve une escarre de trois ou quatre lignes d’épaisseur. Le succès du traitement dépendant de la destruction entière du virus, on doit avoir soin qu’aucun point de la plaie n’échappe à l’action du caustique. Ainsi , lorsqu’on croit n’avoir pas cautérisé avec assez d’exactitude , ou que l’escarre paraît trop mince , on ne doit pas hésiter de faire une seconde application. Il suHiralt ([u’un atome de virus restât dans la blessure , sans être enveloppé par l’escarre , pour (jue la contagion de la rage eût son efïbt.
Nous venons d’exposer d’une manière générale, le traitement local qu’il convieii d’employer dans les jdaies par morsure d’a fimaux enragés ; maintenant nous allons entrer dans les détails de ce traitement, et faire connaître
EN G É N É R A. E
les modifications qu’il doit subir , suivant les circonstances de la plaie.
Lorsqu’on est appelé aiq^rès d’une personne quia été mordue p:ir un animal véritniilement enragé , ou forteîucnt soupçonné de l’être , il faut , le plus tôt possible , laver la plaie et les environs avec une liqueur ca[)able de dissoudre et d’entraîner le venin ; on se servira pour cela d’eau dans laquelle on aura fait fondre du muriate de soude ( sel marin ) , ou du savon , ou d’un mélange d’eau et de vinaigre j on pourra aussi employer une lessive de cendres , ou une dissolution d’un gros de potasse caustique dans une livre d’eau ; il ne faut pas craindre d’agacer, d’irriter la blessure par des lotions longues et répétées ; on doit meme la frotter avec un linge un peu dur , chercher à en exprimer le sang , et à dégorger les chairs des sucs dont elles sont remplies. Si la plaie saignait beaucoup , il faudrait la remplir avec de la charpie sèche, et ne procéder à l’application du caustique que quand l’elfusion du sang serait arrêtée. Les li(pieurs dont on se sert dans ce cas doivent toujours être un y)eu chaudes , afin qu’elles soient plus actives et plus dissolvantes. Après ces moyens jîréparatoires , qui sont trèsessentiels , on en vient au seul véritablement efficace , la cautérisation.
Si l’animal a seulement déposé sa bave sur la y>eau , sans l’entamer , ou si ses dents n’ont fait qu’effleurer sa surface , qu’elles aient siniydeinent enlevé l’épiderme , il suffira de toucher la partie fortement avec le muriate d’antimoine liq uide , ou d’y ayjpliquer un morceau deymtasse caustique. Mais y)Our y^eu que la peau ait été entamée, et sur-tout si la morsure pé-
nètre jusqu’au tissu cellulaire, il faut, avant d’appliquer le caustique, pratiquer une incision en croix , ou en étoile s'il y a plusieurs ouvertures, et les réunir , quoiqu’elles soient un peu éloignées les unes des* autres. Quelquefois, lorsqu’on a fait ces incisions , on trouve la peau décollée dans une plus ou moins grande étendue , et des portions de tissu cellulaire contuses , eccliymosées , qu’il ne faut point hésiter d’enlever. Si la plaie , plus profonde encore, pénètre Jusqucs dans l’épaisseur des muscles , on l’agrandira en tous sens , on en découvrira exactement le fond , et aussitôt que l’écoulement du sang sera arrêté , on appliquera le causti(|ue j mais si l’effusion du sang est considérable , et qu’abandonnée à elle-même, elle doive se prolonger pendant long-temps, on pansera d’abord la plaie avec de la charpie imbibée d’une licjuour un ])eii active , et lorsqu’on jugera que le sang est ai’rêté , on lèvera l’apj)areil , et on ]uocédera à l’application du caustique. Qmind la plaie est considérable , que ses lèvres sont contuses, mâchées, il convient d’exciser les portions meurtries ; et s’il y a un lambeau , d’en ejuporter la plus grande partie. Dans tous ces cas, il ne faut pas se contenter de toucher la plaie avec un pinceau trempé dans le causticpie , l’escarre serait trop mince j il îaut y mettre un bourdonnet ou un tampon de charpie, bien serré , imbibédu même caustique^ et ahn ([uc le caustique ne se répande pas sni: les parties voisines , on l’environnera de petits tampotis de charpie sèche : on recouvrira le tout d’uii emplâtre de diachylon gommé , et on soutiendra cet appareil avec une compresse et un bandage un peu serré. La si-
tuatlon de la plaie, la nature des parties qu’elle intéresse ou qu’elle avoisine , prescrivent des attentions particulières.
Si le voisinage d’une artère considérable empêche de cautériser un peu profondément , on doit , pour peu qu’elle soit encore recouverte . de tissu cellulaire , la toucher légèrement avec le nitrate d’argent fondu , et lorsque l’escarre sera tombée, la saupoudrer avec des cantharides pulvérisées j mais si l’artère était entièrement à nu , il faudrait se borner à ce dernier moyen , et entretenir très-long- temps la suppuration. Dans les cas de blessure à la tête, on ne doit pas se contenter de couper les cheveux dans l’endroit blessé , comme on le fait ordinairement , il faut raser entièrement cette partie , afin de découvrir toutes les blessures J car la plus petite qui échapperait , pourrait avoir les suites les plus fâcheuses. Lorsqu’un tendon , un os , sont à découvert , on doit sans crainte les cautériser , et même auparavant avoir soin de bien ruginer l’os. Si l’une des lèvres avait été fendue par la dent de l’animal , on rafraîchirait un peu les bords de la fente , puis on y appliquerait le caustique , et après avoir entretenu la suppuration pendant quarante ou cinquante jours , on procurerait une réunion exacte , en employant les moyens de réunion dont on fait usage dans l’opération du bec-de-lièvre. Lors(jue les paupières ont été atteintes , il ne faut point les ménager, mais les cautériser , et même en exciser une portion , si cela paraît nécessaire : on peut même dire qu’en général , dans les morsures du visage , dont toutes les parties d’un tissu mou et délicat peuvent absorber fa-
4’j6 Dr s plaies
cilement le virus, il liiut , sans aucune consI* cleratioii |)Ourla difformité qui doit en résulter, hrùler profondément , et entretenir long-temps la su [)pn ration. Lorsqu’une plaie ])énètre dans la bouciie , on ne peut a()]X)rter troj) de soin et d’attention jx)ur reconnaître les lésions de la langue et des gencives, et les cautériser le plus exactement et le plus promptement possible , au moyen du fer longe , jnéférable dans ce cas aux caustiques , qui , délayés par la salive , pourraient être facilement portés dans l’estomac.
Il arrive quelquefois que la ])laie est déjà cicatrisée lorstjue la personne mordue apprend que ranimai qui l’a l.)lessée était enragé. retard qui résidte de celte circonstance est fâcheux , mais il no doit point lâire désespérer du salut du malade. Le virus de la rage , comme nous l’avons dit , reste toujours plus ou moins long temps avant d’exercer ses ravages ; il est confiné sous la cicatrice , et tant que la maladie n est point déclarée , il est toujours tein])S de le détruire. Ainsi , après avoir rassure le malade , on appliquera sur la cicatrice, avec les ] récautioiis ordinaires , un morceau de potasse caustique , ou uri l)Ourdoiinet imbibe de muriate d’antimoine liquide , assez grand pour |)roduire une escarre qui s’étendra au-delà de la cicatrice. Si la plaie était petite , pen profonde , le caustique seul suffirait; mais si elle était grande et profonde , il serîiit à craindre que le caustique a]>]>li([ué sur la peau , ne pénétrât pas assez profondément. Dans ce cas, ii faut ouvrir la cicatrice avec le bistouri, la laisser saigner, et y porter ensuite le caustique, comme dans unfe morsure récente.
Pratiquée à temps, et de la manière convenable , la cautérisation seule suffit pour prévenir les effets de l’inoculation du virus hydrophobique ; renfermé , concentré dans l’escarre , le venin y restera sans action , et les pansemcns les plus simples pourront suffire ; cependant, on doit encore, pour plus grande sûreté, a]> pliquer sur la morsure, au second pansement, un emplâtre vésicatoire , beaucoup plus large que l’escarre ; on laisse cet emplâtre justpi’à ce qu’il ait excité des phlyctèiies , ce qui arrive dans douze ou quinze heures. L’application d’un épispastitjue a l’avantage non-seulernent d’enlever avec l’épiderme les portions de la bave venimeuse de l’animal , dont la surface de la peau pourrait être encore imprégnée , malgré les lotions réitérées j mais aussi de hâter la chute de l’escarre et d’exciter une suppuration plus aliondante. Cette suppuration doit être entretenue pendant quarante ou cinquante jours , au moyen d’un onguent irritant , et même , si on le juge nécessaire , en laissant dans la plaie un corps étranger , comfne un pois , un morceau d’éponge , de racine de gentiane , etc. Mais on conçoit facilement que ces moyens deviendraient inutiles , et même nuisibles, si la plaie était grande, profonde , trèsgonflée , enflammée , et de nature à fournir une suppuration très-abondante. Dans ce Cas , on doit se borner à l’asage des topiques doux et relâchans , propres à faciliter rétablissement de la suppuration , et à des pansemens simples qui conduiront la plaie à une parfaite guérison .
Le succès de la cautérisation dépend beaucoup de l’époque à laquelle on la pratique j
ce moyen est un préservatif de la rage d’autant plus sûr fpi’oii y a recours sur-le-cliamp 5 son elïicacité est moins certaine lorscju’il s’est déjà écoulé plusieurs jours depuis le moment de la blessure , et sur-tout lorsque celle-ci est cicatrisée. Cependant on doit toujours y avoir recours , à quelque époque (jue ce soit , pourvu que le malade ne soit point encore décidément enragé j car alors la cautérisation serait absolument inutile et ne servirait qu’à ajouter de nouvelles douleurs à celles que le malade éprouve, et sans doute aussi à jeter de la défaveur sur un moyen pour lequel la plupart des blessés ont beaucoup de répugnance. Si l’iiydrophobie déclarée rend la cautérisation inutile, il n’en est pas de même des premiers symptômes de la maladie : nous avons des observations qui prouvent qu’on est parvenu à faire cesser ces symptômes, et à prévenir le développement ultérieur de la rage , en cautérisant les plaies ajrrès les avoir rouvertes lorqu’elles étaient fermées. Ces observations doivent donc nous encourager à ne point abandonner les malheureux menacés de la rage , même lorsque les premiers accidens se déclarent , et à faire toutes les tentatives possibles pour les sauver.
Quoique les remèdes internes n’aient point une action directe sur le virus f[ui produit la rage, ils ne doivent cependant pas être négligés : ce sont des moyens accessoires qui peuvent être très-utiles. Ils doivent être choisis tlans la classe des anti-spasmodiques tempérans , et dans celle des toni([ues doux; ces moyens propres à ramener et à maintenir le calme dans les fonctions , à donner aux organes
le ton nécessaire pour que la personne jouisse d’une bonne santé , sont très-aYantageux en ce qu’ils mettent le malade dans la condition la moins favorable possible au développejnent de la maladie. Si le malade présentait quelques symptômes d’embarras saburral des preijîières voies , on ne manquerait pas d’administrer un vomitif ou un purgatif , suivant que l’un ou Fautre serait indiqué j il serait bon, après avoir procuré les évacuations nécessaires , de donner une potion anti-spasmodique , afin d’empêcher toute espèce d’irritation , ou de trouble nerveux capable de faciliter le développement de la rage.
Un point essentiel dans le traitement préservatif de cette maladie , c’est de s’emparer de la confiance du malade , de le tranquilliser sur son état , d’éloigner de lui toutes les idées affligeantes , de lui cacher, s’il est possible , le sort de l’animal qui l’a mordu, et celui de ses compagnons d'infortune , si déjà il a été funeste pour, quelques-uns d’entr’eux , lui promettre une guérison certaine j enfin , lui tenir l’iiiiagination exempte de toute espèce de crainte ; car l’imagination , toujours fixée sur un ol>jet effrayant , met le malade dans un état de spasme continuel très-favorable au développement de la maladie. La fréquentation d’une société gaie , un exercice modéré , et sur-tout des occupations agréables , propres à captiver l’attention du malade et à le distraire de tout autre objet, ne sont point des moyens à dédaigner j le raisonnement fait concevoir leur utilité , l’expérience l’a confirmée.
Le régime ne doit pas être sévère ; il faut nourrir le malade avec des alimms faciles à
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digérer j lui liiirc prendre des boissons toniques , comme du vin vieux avec de l’eau , une tisane amère , légèrement svdoriiiqne , par exemple , une décoction de (juinquina , à larjuelle on ajoute quelques gouttes d’ammoniaque (alcali volatil ). En faisant concourir ainsi avec la cautérisation les médicamens internes et le régime propres à ramener le calme dans l’économie animale, on prévient plus sûrement le <levelopj)ement de l’hydropliobie.
Mais lorsque cette maladie est déclarée., tous les secours de l’art deviennent impuissans pour la guérir, et la mort est inévitable. Cejiendant on a ]iréconisé dans tous les temps un grand nombre de moyens , comme projues non-seulement à prévenir la rage, mais encore à la guérir : nous n’entrerons point dans le detail de tous ces moyens j nous nous bornerons à indiquer ceux qu’on a le plus vantés , et qui ont été regardés comme les plus efficaces.
Les saignées répétées , les aspersions d’eau froide, les bains de mer, les iiains rlomestiipics , les bains froids et l’immersion subite et inattendue dans ces dilférens bains j les anti-spasmoditjues de. toute espèce et sur -tout l’opium , le mercure à l’intérieur sous toutes les formes, et à l’extérieur en frictions, jusqu’à produire une salivation abondante j l’eau de luce , l’ammoniaque , le vinaigre, les coquilles d’huîtres , le lichen cendré terrestre , les scarabées , sans parler d’une foule de recettes particulières , dans lesquelles on a entassé sans choix un grand nombre de substances souvent inertes, ou douées de propriétés contraires : tels sont les principaux moyens qui ont été employés pour juévenir , ou pour guérir la
rage. Il n’y a aucun de ces remèdes en faveur duquel oii ne trouve des témoignages plus ou moins nombreux dans les livres de l’art j mais si , en les employant , on croit avoir préservé de la rage quelques malades , c’est que l’animal qui les avait mordus n’était point enragé ; et (juant à ceux que l’on croit avoir guéris de cette maladie , il est plus que probable qu’ils n’en étaient point attaqués , et que l’on aura pris les symptômes d’une affection nerveuse violente , pour ceux de la rage. Au reste , l’emploi des prétendus spécifiques de l’iiydrophobie , ne peut pas avoir de grands inconvéniens lorsque cette maladie est déclarée , puisqu’alors la perte du malade est certaine , et qii’ils peuvent tout au plus exaspérer les symptômes de cette cruelle affection : mais il n’en est pas de même lorsque la rage n’est point encore déclarée ; l’usage de ces moyens peut inspirer une funeste sécurité , et faire négliger le traitement vraiment efficace , c’est à-dire y celui qui a pour but de détruire le virus hydrophobique dans la partie où il a été déposé , avant qu’il ait pu se communiquer à tout le système.
Quoique nous n’ayons aucun espoir de guérir la rage , nous devons néanmoins prodiguer tous les secours de notre art aux personnes (jui ont le malheur d’être affectées de cette mala-' die. La conduite des Médecins et des Chirurgiens qui abandonnent les malades aussitôt que la rage est déclarée, est d’autant plus blâmable, (jue Tou ne court aucim risque en les secourant. En effet, la rage ne rend pas sur -le -champ riioirirne furieux ; les symptômes marchent par gradation, la j)iupart des malades conservent
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leur raison jusqu’au dernier moment j ils avertissent à temps de leur état , et se laissent lier tranquillement. Mais quels sont les secours" quG l’on peut administrer aux enragés ? Comme les malades afï’ectés de la rage souifrent beaucoup d’une lumière vive , de la vue des corps briliuns , du bruit le plus léger ; comme l’idée seule des liquides leur donne souvent des accès de fureur , 011 aura soin de les placer dans un lieu obscur , solitaire , et éloigne de tout bruit; on ne leur présentera des liquides qu’autaiit qu’ils pourront en supporter la vue sans entrer en fureur; on ne les approchera qu’avec précaution et sans les surprendre ; on leur parlera avec douceur , on évitera de les contrarier; du reste , on leur administrera le camphre , le musc , et sur-tout l’opium. Si la déglutition est impossible, on donnera ces remèdes et tous ceux dont on croira devoir faire usage , dans des lavemens. Quand ils ne serviraient qu’à émousser la sensibilité , à diminuer les souffrances et le sentiment du malheur, ce serait toujours un grand avantage.