‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 10 sur 163 · IV. — CHUTE DU CORDON OMBILICAL · texte numérisé non relu

IV. — CHUTE DU CORDON OMBILICAL

Une fois coupé, le bout fœtal du cordon devient un véritable corps étranger qui va tendre à s'éliminer : il se dessèche et s'aplatit; le dessèchement commence par son extrémité libre, puis gagne peu à peu toute la tige. Au bout de 48 heures on commence à voir par transparence les vaisseaux qui sont au centre et qui offrent une teinte noirâtre, puis les jours suivants le cordon devient sec, jaunâtre, transparent et prend l'aspect d'un morceau de vieux parchemin ou de corne. Il a perdu sa forme cylindrique pour prendre une forme aplatie.

Pendant ce temps, on observe certains phénomènes au niveau de l'insertion ombilicale. Au bout de 24 heures, en examinant attentivement cette région, on peut voir un petit liséré rouge très étroit sur la peau et à sa limite. Après 56 heures ou 48 heures, ce liséré est plus accentué; en exerçant une légère traction sur le cordon on aperçoit une solution de continuité partielle ou circulaire ayant détruit quelques-uns des liens qui unissent le cordon à la peau. Pour Depaul, cette solution de continuité débuterait ordinairement par la partie inférieure.

[£ PAQUY ]

Ce sillon d'élimination se creuse de plus en plus en même temps que la cicatrisation marche de l'intérieur vers le centre. A la fin du cinquième jour, le travail d'élimination est terminé et le cordon se sépare de l'ombilic, laissant une petite surface bourgeonnante qui se cicatrise au bout de 24 ou 48 heures.

Scholomogoroff (1889) a trouve dans le sillon d'élimination différents staphylocoques et quelquefois du streptocoque. Il a remarqué que lorsque le cordon se momifiait les microbes pathogènes étaient en petit nombre ; ils abondaient, au contraire, lorsque la chute se produisait par sphacèle humide.

Cobilovici (1890) signale le staphylocoque blanc et le bacterium coli. Cet auteur, en faisant un pansement aseptique et occlusif du cordon, qu'il renouvelait seulement le cinquième jour, a toujours trouvé aseptique la sérosité qu'il recueillait au niveau du sillon.

Pour expliquer la chute du cordon, un grand nombre de théories ont été proposées, nous nous contenterons de signaler ici celles qui présentent quelque intérêt. Selon Haller, Billard, ce travail aboutirait à une véritable gangrène du cordon. Velpeau compare le cordon éliminé à une eschare. Richct invoque l'existence d'un sphincter ombilical qui, entrant en action après la naissance, déterminerait par constriction la gangrène du cordon. L'existence de ce sphincter n'a jamais été prouvée.

Le cordon se détache parce qu'après la naissance le sang n'y circule plus. La région ombilicale reçoit ses vaisseaux des deux épigastriques et des vésicales : au niveau de l'anneau ces vaisseaux forment un cercle artériel dont les multiples origines assurent la fonction nutritive delà région. De ce cercle partent des radicules qui traversent la peau et s'y replient en formant des anses et des sinuosités sans jamais passer sur la membrane du cordon qui est complètement dépourvue d'artères. Les vaisseaux du cordon n'ont pas de vasavasorum, ils cessent donc de vivre dès que le sang cesse d'y circuler, tandis que la portion de ces vaisseaux qui est située derrière l'anneau, et dont les parois sont pourvues de vaisseaux propres, continue à se nourrir. « La partie dont la substance a cessé de se nourrir et s'est desséchée, dit Robin, se sépare moléculairement de celle dans laquelle la rénovation nutritive persistait, les éléments anatomiques sont restés intacts avec leur consistance, leur flexibilité et leurs autres propriétés. » La chute du cordon se fait par un travail d'élimination identique à la gangrène. La séparation a lieu au sommet du bourrelet cutané, c'est-à-dire à quelques millimètres de la paroi abdominale; elle se fait toujours en ce point parce que c'est là, comme La montré de Lignerolles (1<S69), que les vaisseaux de l'anneau fibreux et de la peau se replient sans passer sur la membrane de Wharton et que c'est à ce niveau que les vasavasorum des vaisseaux ombilicaux s'arrêtent.

La momification du cordon est due à des causes toutes physiques, c'est un simple phénomène de dessiccation favorisé par la température à laquelle est porté le cordon en contact avec la peau de l'enfant. Billard, se basant sur ce l'ait que la momification ne se produit pas dans le cordon d'un enfant mort-né ou mort quelques heures après la naissance, en faisait un phénomène vital. Lorrain I 1855) a protesté contre cette théorie, il a montré que les conditions n'étaient pas les mêmes et que le cordon d'un enfant vivant et

emmailloté n'était pas soumis aux mêmes influences physiques que celui d'un enfant mort et exposé, du moins dans nos climats, à une température humide et basse. « J'ai, dit-il, pendant plusieurs semaines et tous les jours, coupé sur des enfants, au moment de leur naissance, des portions de cordon ombilical ([lie je plaçais sur moi, dans la poche de mon gilet. Là, à une température qui est à peu près celle du corps, ces cordons ombilicaux se desséchaient tout aussi bien et aussi vite que sur le ventre des enfants auxquels je les prenais. J'ai depuis varié ces expériences et j'ai vu que la dessiccation était d'autant plus rapide que les cordons étaient exposés à une température plus sèche. Sur les enfants emmaillotés, le cordon est maintenu à une température de 57 degrés et se dessèche, cela est facile à comprendre, il ne faut pas voir ici l'inflammation, ni toute autre théorie, la dessiccation est un phénomène purement physique. »

Cobilovici (1895) a attaché parallèlement à un cordon encore adhérent un fragment d'égale longueur de cordon libre et a observé que ce dernier se momifiait dans le même espace de temps et de la même façon que le cordon adhérent, les conditions physiques étant les mêmes.

La chaleur et la sécheresse favorisent la momification du cordon, le froid et l'humidité l'entravent. 11 est donc rationnel : 1° d'employer le pansement sec; c2° de ne pas donner de bains à l'enfant avant la chute du cordon.

Chevalier (1888) a démontré que, lorsque le cordon était pansé avec une compresse enduite de vaseline phéniquée, la chute du cordon avait lieu en moyenne au bout de 1*24 heures. Avec le pansement avec l'ouate au sublimé, on observe cette séparation 96 heures après la naissance. Le pansement sec, comme nous l'avions déjà dit, accélère la chute du cordon.

Faut-il donner des bains les jours qui suivent la naissance? Malgré l'autorité de Depaul, nous croyons avec Pinard que cette pratique est mauvaise;. Elle ralentit la séparation du cordon, elle favorise l'infection de la plaie ombilicale, il résulte, en effet, d'une statistique faite par Bastard (th. Paris 1897) à la Clinique Baudelocque, que les bains retardent la chute du cordon.

Sur 110 enfants, d'un poids moyen de 3453 grammes non baignés, le cordon est tombé :

2 t'ois le 5e jour.

Page 1