‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 130 sur 163 · II. — MALFORMATIONS ACQUISES · texte numérisé non relu

II. — MALFORMATIONS ACQUISES

Nous ne faisons que signaler ici les synéchies accidentelles, l'ectopie nasale dune ou de plusieurs dents1, l'asymétrie des choanes', etc. Parmi les malformations acquises, celles de la cloison présentent seules un intérêt clinique en raison de leur fréquence.

Malformations de la cloison

Étiologie. Pathogénie. — Nous laissons intentionnellement de côté les déviations qui résultent d'un refoulement par un néoplasme ou d'un traumatisme, ces déformations pouvant survenir à tout âge, pour ne considérer que les déviations et épaississements spontanés, physiologiques en quelque sorte; l'apparition de cette variété de malformation, quel que soit l'âge du sujet chez qui nous avons l'occasion de l'observer, remonte toujours à l'enfance ou, pour mieux dire, à l'époque de la croissance.

La pathogénie de l'anomalie est la suivante3 : le septum, arc-bouté en quelque sorte entre la voûte et le plancher des fosses nasales, suit ta l'état normal le développement du cadre osseux qui l'enserre. Si ce cadre subit un arrêt ou un ralentissement de développement en l'un de ses points, la cloison subit forcément le contre-coup de ce trouble, et l'on voit se produire à son niveau de deux choses Tune : ou bien son travail d'extension en surface continue et l'obstacle qu'elle rencontre sur l'une des parois du cadre la force à s'incurver d'un côté ou à ployer en un point faible; ou bien son travail d'extension s'arrête, elle ne s'infléchit pas, mais les matériaux qui devaient servir à son développement en surface s'accumulent en un point qui augmente d'épaisseur; il se forme une crête plus ou moins saillante, un éperon. C'est là le mécanisme habituel des déformations spontanées de la cloison; mais on conçoit théoriquement qu'un effet semblable puisse résulter d'un accroissement trop rapide du septum, celui du cadre osseux restant normal.

On peut résumer ces deux mécanismes par la formule suivante ; les malformations de la cloison résultent d'un défaut d'harmonie dans le développement des os du crâne (ethmoïde, dont la lame perpendiculaire constitue la plus grande partie de la cloison surtout chez l'enfant) et de la face (maxillaire supérieur, dont l'apophyse palatine forme le plancher de la fosse nasale).

Ce sont les troubles de développement du maxillaire supérieur qui président le plus communément à la constitution des anomalies septales : l'exagération de la concavité de la voûte palatine, et par conséquent la diminution de la hauteur des fosses nasales chez les enfants qui respirent la bouche

(*) J. Boilay. Ectopie naso-palatine de la première molaire sup. dr. Arch. internat, de laryngologie, mars-avril, 18%. — Chiucini. Dentizione sopranumeraria nel naso. Archiv. ital. di otolog., etc. 1896, f. ô, p. 289.

- Hopmann. Anomal, d. Choanen u. d. Retrophar. Arch. f. Laryng. u. Rhinol., 1895, Bd III, p. -48. — Hugo Bergeat. Die Asymmetrien d. knôchernen Choanen. Arch. f. Laryngol. u. Rhinol., 1896, Bd. IV, p. 409.

(3) M. Boulay. Des causes d'obstruction nasale chez les enfants. Rev. viens, des mal. de V enfance. mars et avril 18%.

[M BOULAY

ouverte (végétations adénoïdes, catarrhe nasal hypertrophique, etc.), voilà l'origine de la plupart des malformations do la cloison. Le développement exagéré du corps du sphénoïde, repoussant en avant le vomer et la lame perpendiculaire de l'ethmoïde, nous parait devoir être rarement invoqué : il servirait cependant à expliquer les déviations qui se font dans le sensantémpostérieur1. Potiquet2, Ruault font jouer à la persistance du cartilage de Jacobson et de l'os sous-vomérien, un rôle important dans la formation des épaississements de la portion inférieure de la cloison. Quelques auteurs (Bresgen, Rosenthal, Mackenzie) ont soutenu que la plupart des déformations de la cloison avaient pour origine un traumatisme ayant produit, sinon une fracture des parois, tout au moins un ébranlement des articulations etlnnoïdovomériennes ou chondro-ethmoïdales, ébranlement suivi d'arthrite et d'épais sissement. Cette hypothèse n'est pas soutenahle; car certaines races, la race nègre par exemple, dans lesquelles les enfants ne sont pas moins exposés aux traumatismes nasaux, ne présentent qu'exceptionnellement des déviations septales ; l'immunité relative des nègres s'explique au contraire fort bien, si l'on admet la théorie précédemment exposée : on sait en effet que, chez eux, la face et par conséquent les maxillaires supérieurs sont beaucoup plus développés, surtout dans le sens transversal et le sens antéro-postérieur, que dans les races supérieures.

dette théorie admise, il est aisé de comprendre que les diverses malformations de la cloison se constituent avant l'âge où le squelette des fosses nasales a pris sa configuration définitive, c'est-à-dire avant l'âge de 12 ans environ. On a rencontré des anomalies de la cloison dès la naissance ou ^ les premières semaines de la vie : sur 56 cadavres de nouveau-nés, Anton3 a constaté huit éperons et une déviation, ce qui donne une proportion de 16 malformations, légères il est vrai, pour 100 nouveau-nés. On a vu les mêmes anomalies, mais plus prononcées, chez des enfants de 5 ans, de 4 ans; nous en avons publié un cas chez un garçon de 5 ans 1/2, et nous avons opéré dernièrement un nourrisson de 20 mois dont la narine gauche était complètement oblitérée par une déviation spontanée de la cloison. Mais, en règle générale, celle-ci reste rectiligne jusqu'à l'âge de 7 ans,el c 'est seulement à partir de cette époque qu'elle se déforme, c'est-à-dire à partir du moment où débute la seconde dentition et où le maxillaire supérieur prend normalement un accroissement plus considérable.

D'après mon expérience personnelle, les garçons sont plus souvenl atteints que les filles, dans une proportion que je ne saurais évaluer, mais qui est notable; pour quelques auteurs cependant la proportion serait à peu près la même pour les deux sexes. La fréquence de ces malformations est ('norme, si Ton comprend dans les statistiques Ions les cas où les deux laces de la cloison ne sont pas absolument rectilignes : c'est ainsi qu'on arrive à

(*) Woakes et Walsuah. Étiologie, signification et traitement des éperons de la cloison. Assoc. médic. britannique, avril 1890, et Arcli. internat, de laryngol., 1890, n" •>.

:< Potiquet. Des épaississements de la part, antéro-inf. de la cloison des fosses nasales. Arch. interne de laryngol., 1892, n° 6.

(5) W.Anton. Zur Kenntniss d. congenit. Deformitàten d. Nasenscheidewand. Archiv. f. Ohrenheilk^ Bd. 55, Hit. 5 u. i. 1895.

trouver des anomalies septales chez les quatre cinquièmes des sujets de plus de 12 ans examinés à ce point de vue. Mais les cas où l'anomalie est une source de gène sont beaucoup moins communs que ne le laisseraient supposer les statistiques ainsi établies. Les Européens, qui sont en général orthognates, sont plus sujets à ce genre d'anomalie que les peuples de race inférieure.

Anatomie pathologique. — On distingue deux sortes de déformations : 1° Les déviations proprement dites, constituées par l'inclinaison ou l'incurvation en masse de la cloison vers Tune ou l'autre fosse nasale ; 2° les épaississements, encore appelés crêtes ou éperons, qui ne portent que sur l'une des deux lamelles ostéo-cartilagineuses dont l'accoleinent pendant la vie embryonnaire forme le septum. Ces deux variétés peuvent exister isolément ou se combiner entre elles. Les déviations peuvent se faire dans deux sens principaux, soit d'avant en arrière, soit de haut en bas. Dans le premier cas

k. — Cloison rectiligne.

Cloison déviée.

Page 1