‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 147 sur 163 · PAPILLOTES PL LARYNX · texte numérisé non relu

PAPILLOTES PL LARYNX

teurs de la glotte. Ce trouble consiste en une respiration bruyante, rauque, sans dyspnée marquée ; le bruit se manifeste presque exclusivement à l'inspiration, constituant une sorte de cornage inspiratoire; la voix reste parfaitement claire ; l'enfant pleure, rit, joue comme à l'ordinaire. Le trouble cesse d'habitude pendant le sommeil ; dans le jour il est continu ou bien passe par des phases d'atténuation ou d'exaspération durant quelques heures, quelques jours ou quelques semaines. Cette névrose inspiratoire chronique des nourrissons, qui me paraît indépendante de la présence de toute tumeur intra-laryngée, s'observe souvent chez des enfants chétifs et mal portants; elle est cependant compatible avec un parfait état de santé1.

Traitement. — Il est exclusivement chirurgical. Les badigeonnages intra-laryngés avec des solutions caustiques ou astringentes (nitrate d'argent, chlorure de zinc, acide lactique, ichtyol, etc.), les insufflations de poudre (alun, sabine, etc.) restent d'ordinaire impuissants. L'ablation des néoplasmes peut se faire par la voie endo-laryngée ou par la voie extra-laryngée.

A. Ablation par la voie endo-laryngée. — Elle doit toujours être tentée malgré ses difficultés chez la plupart des enfants; elle exige une grande patience de la part de l'opérateur, qui doit au préalable gagner la confiance du petit malade, l'habituer à [la vue des instruments et à l'introduction de ceux-ci dans la gorge. Elle consiste à extraire les néoplasmes à l'aide d'une pince ou d'une anse métallique sous le contrôle du miroir, le larynx étant préalablement cocaïne. L'opération sous le chloroforme nous parait dangereuse. Lorsque le jeune âge ou l'indocilité de l'enfant rend cette méthode inapplicable, nous mettons celui-ci en observation et nous attendons, pour intervenir, que le malade soit devenu plus raisonnable ou que des troubles respiratoires apparaissent. Dans ce dernier cas on a le choix entre l'intubation et la trachéotomie. L'intubation permet de parer aux accidents immédiats; il résulte même de quelques observations qu'elle peut être suivie de la disparition des papillomes, soit que ceux-ci s'atrophient en raison de la compression exercée par le tube sur les parois du larynx, soit que le tubage agisse à la façon d'un véritable écouvillonnage et fasse détacher le néoplasme.

La trachéotomie parait cependant préférable pour deux raisons. En premier lieu, elle parait être suivie, beaucoup plus souvent que l'intubation, de la disparition des papillomes; c'est là un fait d'observation indiscutable et dont il existe un grand nombre d'exemples dans la littérature médicale; le larynx étant mis au repos par suite de l'ouverture de la trachée, l'irritation dont il était le siège et qui entretenait sans doute les papillomes disparait ; parmi les tumeurs, les unes s'atrophient, les autres se détachent et sont retrouvées dans la salive; cette guérison spontanée après la trachéotomie peut se faire en quelques semaines ou en quelques mois2. La seconde raison

(') J'ai eu l'occasion d'examiner 7 enfants atteints de ce trouble; 5 étaient porteurs de végétations adénoïdes; l'ablation de celles-ci fut suivie dans un seul cas d'une légère atténuation des symptômes. Sur ces 7 enfants, 2 guérirent spontanément au bout de quelques mois; 3 furent perdus de vue; les 2 derniers moururent de complication intercurrente.

(2) Ross. Edimb. med.Journ., 1885. — Gabel. Papillome du lar. chez l'enf. Disparit. spont. après trachéotomie. An», des mal. de l'oreille, etc., 1891, p. 586. — Eliasbehg. Disparition spont. d'un papill. du lar. après trachéotomie. Jauni, of Laryng., 1891, n° G.

[M. BOULAY

qui doit faire préférer la trachéotomie, c'est que cette opération permet de renouveler ultérieurement, et souvent avec plus de succès, les tentatives d'extirpation par les voies naturelles.

B. Ablution par la voie extra-laryngée, — L'ablation par les voies artificielles ne trouve qu'exceptionnellement son indication. Elle consiste à inciser verticalement le larynx sur la ligne médiane et à écarter les deux valves ainsi formées de façon à aller saisir le polype directement à travers la plaie. On serait tenté de pratiquer cette opération chez les enfants en bas âge qui ne se prêtent pas à l'opération par les voies naturelles, mais les statistiques1 montrent qu'à cet âge le# nombre des morts à la suite de la thyrotomie dépasse celui des guérisons. De plus, parmi les enfants guéris, les uns conservent de la raucité vocale, d'autres une sténose cicatricielle, d'autres enfin présentent une récidive2 : dans la relation du Congrès médical de Sydney en 1892, on trouve l'histoire d'un enfant qui fut laryngotomisé 17 fois pour des récidives successives. La laryngotomie ne nous paraît donc autorisée que chez des enfants âgés de plus de 7) ou 4 ans, chez qui des accidents respiratoires ont imposé la trachéotomie et que la persistance des papillomes semble condamner au port indéfini dune canule. C'est une méthode de nécessité et non une méthode de choix.

(*) Rosenbehg. Die Behandlung d. Kehlkopfpapillorne bei Kind. Arch. f. Laryng. Bd. V. 1896.

(*) Fr.e.nkel. Heymann. Soc. berlin. de laryngol., 8 nov. 1895. Ann. des mal. de l'oreille, sept. 1896.

CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AERIENNES ,S7l

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