NÉVROSES URINAIRES
il peut s'isoler complètement comme la dernière trace de cette hérédité.
Cela étant, on voit qu'il n'est pas nécessaire, pour expliquer l'incontinence nocturne, d'invoquer une altération locale, anatomique ou fonctionnelle de la vessie; l'incontinence résulte d'un mauvais fonctionnement des centres nerveux ; on sait quels étroits rapports régissent les fonctions de la vessie et du cerveau : tout travail cérébral s'accompagne d'une contraction de la vessie (Mosso et Pellacani, Janet) et on a pu dire que la vessie est le miroir de l'âme (Born). On ne peut donc s'étonner de voir l'excrétion urinaire troublée chez un sujet dont la caractéristique est la déséquilihration du système nerveux.
La contraction du sphincter urétral qui empêche l'évacuation de la vessie, quand celle-ci est incitée à se contracter, est sous la dépendance de la volonté; mais cet acte est tellement habituel chez l'homme civilisé habitué à ajourner la satisfaction d'un besoin naturel, qu'il devient réflexe. Pendant le sommeil, la vessie se contracte aussi quand son contenu a atteint une certaine tension, variable pour chaque sujet; mais par un acte inconscient, la contraction du sphincter s'oppose à l'émission. Chez l'enfant incontinent ce réflexe fait "défaut, car l'inconscient sommeille trop profondément pour accomplir cet acte ; la contraction vésicale se produit avec d'autant plus d'in tensité que l'enfant est souvent pollakiurique et la miction s'effectue. Elle se reproduira ainsi une, deux et trois fois par nuit suivant que le degré de tension maxima sera atteint une ou plusieurs fois. Si les conditions du sommeil sont modifiées, si l'enfant se réveille avant que la tension n'ait acquis le degré nécessaire, l'incontinence n'aura pas lieu; ainsi agit la maladie aiguë qui trouble le sommeil et diminue la sécrétion. De même, si on arrive par un moyen quelconque (cathétérisme, électrisation) à éveiller dans l'urètre postérieur une exagération de la sensibilité, l'arrivée de l'urine y produit une sensation assez vive pour provoquer le réveil; dès ce moment, l'enfant prend l'habitude de se lever et urine éveillé; puis, la sensation urétrale arrive à provoquer une contraction énergique du sphincter et celle-ci se produit même pendant le sommeil; alors le malade est guéri.
Tel est le mécanisme de l'incontinence nocturne chez beaucoup déjeunes psychopathiques.
Il en est un autre bien étudié et exposé par Janet. Il repose sur deux éléments : d'une part, la pollakiurie, d'autre part, le rêve mictionnel chez un enfant dont le sommeil est profond. L'incontinent, d'après Janet, est pollakiurique et il ne diffère du pollakiurique simple que parce qu'il ne se réveille pas la nuit. Par ce fait, l'enfant est déjà un « hypocondriaque urinaire », il est sollicité par le besoin répété à penser souvent à la miction, non seulement pendant le jour mais encore pendant la nuit, sous la forme du rêve mictionnel; cette tendance s'accentue par ce fait que l'infirmité est pour lui une source continuelle d'ennuis; il y pense en se couchant, il continue à y penser dans son sommeil; mais il dort trop profondément et le rêve mictionnel n'aboutit qu'à provoquer l'expulsion involontaire. L'incontinence est donc pour Janet, comme pour Hénoch, « absolument superposable à la pollution nocturne; comme elle, elle se produit à l'occasion d'un rêve, et
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comme elle, peut passer inaperçue du dormeur à cause de la profondeur du sommeil ».
Si on a excité par un moyen quelconque la sensibilité du canal, le premier acte de la miction est assez douloureux pour éveiller le malade, et celui-ci peut la suspendre assez à temps pour éviter l'évacuation involontaire. Cette forme guérit de la façon suivante : « au moment de la puberté, les nouvelles préoccupations des jeunes gens, l'éveil de leurs sensations génitales, donnent une autre direction à leurs rêves; d'autre part, leur sommeil devenant moins profond, ils se réveillent au moment où la miction va avoir lieu et ils se lèvent pour uriner. Dès ce moment, ils se considèrent comme guéris et ne tardent pas à être débarrassés complètement de leur rêve mictionnel; alors disparaissent les mictions involontaires et le plus souvent même, la pollakiurie nocturne qui lui avait succédé (Janet). »
Cette théorie, certainement applicable à beaucoup de cas, ne peut être généralisée à tous les incontinents psychopathiques, car nombre d'entre eux pèchent beaucoup plus dans le sens contraire; ils ne pensent pas assez à leur infirmité, tels sont ceux que la suggestion guérit en attirant leur attention sur le besoin d'uriner pendant la nuit.
5° Enfin il est une forme d'incontinence qu'on peut appeler réflexe ou par irritabilité vésicule de Trousseau. Elle est provoquée par des excitations périphériques portant sur les organes génitaux; le phimosis, les adhérences préputiales et l'atrésie du méat chez les garçons, les oxyures chez les filles, les fissures rectales, en sont les causes ordinaires. Mais encore faut-il que les enfants qui en sont atteints remplissent les conditions psychiques que j'ai exposées plus haut.
Diagnostic. — La miction involontaire nocturne est facile à distinguer des incontinences symptomatiques.
L'incontinence par mal format ion des organes d'excrétion se fait de manière continue, goutte à goutte ; le vice de conformation apparaît généralement au premier examen : tels sont l'exstrophie vésicale, l'hypospadias, l'épispadias, l'atrésie du méat, l'abouchement direct d'un uretère dans le vagin1.
La cystite est une cause fréquente d'incontinence chez les jeunes enfants (Nicolaier). Elle a lieu le jour; l'urine recueillie est trouble et renferme généralement des coli-bacilles en abondance.
Chez les enfants atteints de calculs vésicaux ou nrétraux, on observe quelquefois l'incontinence, mais elle est généralement à la fois diurne et nocturne et s'accompagne de douleurs vésicales.
^incontinence des épileptiques survient à la fin des crises d'épilepsie et, comme celles-ci, elle est plus souvent nocturne; elle n'apparaît que par intervalles; on la soupçonne à l'abattement que présentent les malades au réveil, aux morsures de la langue. Contrairement à l'incontinence psychopathique, elle existe aussi chez l'adulte.
(') Albarran a décrit une variété d'incontinence chez les filles due à l'adhérence de la vessie à l'utérus, en arrière ; quand l'enfant est couchée, l'utérus entraine la paroi postérieure de la vessie en arrière; quand elle est debout, l'utérus se portant en avant tire sur la paroi postérieure de la vessie et déplisse l'orifice vésico-urétral qu'il maintient béant; c'est ce qui produit l'incontinence dans la station debout, alors qu'elle n'a pas lieu dans la position couchée.
NEVROSES URINAIRES. 433
Dans la convalescence des maladies graves, il arrive que les enfants perdent leurs urines pendant quelques nuits; mais à mesure qu'ils reprennent leurs forces, cet inconvénient devient pins rare et finit par cédée à une bonne alimentation et à un régime tonique.
L'incontinence par regorgement est rare chez les enfants en dehors des lésions de la moelle (mal de Pott, myélite transverse).
Voici cependant une cause assez curieuse signalée par Hennig. D'après cet auteur, on peut voir dans certaines maladies chroniques une constipation telle que d'énormes quantités de matières dures s'accumulent dans le rectum; ni lavements ni purgations n'agissent. En conséquence, la vessie se vide mal, elle se distend et l'évacuation ne se fait plus que par gouttes d'une façon continue, surtout chez les garçons. Le diagnostic se fera par le toucher rectal; et il faut quelquefois, pour en venir à bout, faire un véritable curage à la cuiller, et plus tard, pour empocher le retour de cette constipation, le massage du gros intestin.
Il est une autre forme signalée par Civiale, et dernièrement bien étudiée par Rochet et Jourdanet; elle a les deux caractères suivants : 1° un urètre membraneux bien serré, contracture ; "2° une vessie spacieuse, contenant parfois beaucoup d'urine malgré les évacuations répétées du petit malade. La rétention incomplète est produite par un spasme urétral survenant au cours de la miction, le malade ne satisfait jamais complètement son besoin; il urine souvent, car il est pollakiurique, et cependant l'urine s'écoule dans l'intervalle des mictions. L'incontinence est en général seulement nocturne, le jour elle est remplacée par la pollakiurie : parfois elle est diurne et nocturne. Quant au spasme urétral qui cause cette rétention, il est de nature hystérique.
Traitement. — Avant tout, il importe d'examiner soigneusement les organes génito-urinaires et les parties voisines, de s'assurer qu'il n'existe aucune anomalie, si minime soit-elle, qui puisse être l'origine du réflexe de la contraction vésicale. Il faut intervenir chirurgicalement s'il est nécessaire, dans le cas de phimosis, d'adhérences préputiales ou clitoridiennes, d'atrésie du méat; il faut guérir les fissures anales, détruire les oxyures. Enfin, parmi cathétérisme explorateur aseptique (mais seulement dans les cas où on soupçonne quelque cause profonde), on s'assurera qu'il n'existe pas de calcul vésical ou urétral.
La nature primitive, essentielle, de l'incontinence une fois trouvée, on se trouve en présence de moyens aussi nombreux qu'inconstants dans leurs effets, mais parmi lesquels on peut toutefois faire un choix judicieux.
Hygiène inorale et physique. — Avant tout, il faut, si l'enfant est susceptible de comprendre, lui assurer qu'il peut guérir. Les réprimandes, les brutalités ne font que le terroriser sans résultats; loin de le punir, comme le dit justement Janet, il faut lui donner confiance en luimême ; on obtient cela en procurant au malade quelques nuits sèches ; à cet effet, il faut, d'une part, tâcher de rendre le sommeil plus léger, ce qu'on obtient en donnant à l'enfant, le soir, un peu de thé ou même de café léger et en le faisant coucher sur un lit dur; d'autre part, le réveiller à temps
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434 ABDOMEH ET ANNEXES.
pour le faire uriner. Quelquefois l'enfant prend l'habitude de se réveiller
seul el c'est l'acheminement à la guérison (Le Gendre). On peut v aider en employant le moyen recommandé par Stumpf et qui consiste à l'aire coucher reniant la tète et les épaules basses, les pieds et le siège élevés, pendant quelques jours.
Les médecins initiés aux pratiques de la suggestion (et dans le cas particulier, une longue expérience est superflue) pourront employer le traitement hypnotique qui a donné à Liébault, Bernheim, Bérillon. Cullere. d'excellents résultats. C'est un moyen simple, sans danger, mais qui demande quelque conviction de la part de l'opérateur.
Chez l'enfant affaibli, lymphatique, maigre et anémique, il ne faut pas négliger le traitement général. L usage des toniques, surtout de l'huile de foie de morue, des douches ou des allusions froides, peut suffire à amener la guérison. J'en dirai autant du séjour à la mer et de la halnéation dans les eaux chlorurées sodiques fortes (Salins, Salies, Briscous).
Traitement local. — Quelle que soit la cause admise : faiblesse du sphincter, diminution de sensibilité de l'urètre postérieur, ou sommeil trop profond pour permettre la sensation du besoin d'uriner, on comprend facilement l'utilité des traitements locaux qui sont certainement les moins infidèles.
Tels sont le cathétérisme de l'urètre et du col avec un cathéter Béniqué d'un gros calibre (Goulard, Baudelocque, Mondière, Nélaton), avec une bougie chargée d'une substance irritante (Raynaud), la cautérisation du méat chez les filles (Chambers).
Uélectrisation par les courants faradiques est un moyen très efficace. On peut l'appliquer de plusieurs façons :
a) On peut placer un pôle dans le vagin ou le rectum et l'autre sur le périnée ou le bas-ventre (Ultzmann).
b) Erb applique le positif sur la moelle lombaire, le négatif au périnée, pendant 1 a 2 minutes: puis il termine en introduisant une électrode métallique de 2 centimètres dans l'urètre des garçons, ou une éponge entre les grandes lèvres des filles pendant 1 à 2 minutes. Cette seconde partie de l'opération doit aller jusqu'à la douleur.
c) Voici comment Kôster recommande d'appliquer le traitement faradique. Après avoir fait uriner le patient, on lui applique sur le pubis une électrode ordinaire en communication avec le pôle positif de l'appareil. Le lil de cuivre qui est relié au pôle négatif n'est pas muni d'une électrode. On gratte -au niveau de son extrémité libre la couche isolatrice qui le recouvre sur une longueur d'un demi-centimètre environ, on le désinfecte soigneusement dans une solution phéniquée forte, et on l'introduit à une profondeur d'un centimètre et demi environ, dans l'urètre. On fait passer ensuite un courant très faible, qu'on augmente lentement jusqu'à une limite variable, suivant la sensibilité du sujet. On laisse alors agir le courant pendant 2 ou 5 minutes; puis on diminue peu à peu son intensité, pour l'augmenter de nouveau progressivement. On recommence encore une fois la même série d'excitations, et on termine après une application de 5 à 7 minutes au total.
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On ne pratique qu'une seule farad isat ion pour commencer et on attend le résultat: on recommence, si le résultat est nul ou peu durable.
d) On agit plus directement en introduisant, suivant la méthode de M. Guyon, une sonde munie d'une olive métallique jusque dans la portion membraneuse chez les garçons, au niveau du col chez les filles. Cette sonde est en communication avec le pôle négatif; l'autre pôle est placé sur la symphyse. On donne un courant faible à interruptions rares pendant 1 à 5 minutes.
Ce dernier procédé agit en augmentant la force du sphincter et aussi, comme les précédents, en produisant dans l'urètre une sensation un peu pénible qui s'exagère sous l'influence de la miction et qui suffit soit à éveiller le malade, soit à provoquer de la part du sphincter une réaction qui empêche ou suspend la miction involontairement commencée.
Je ne sais ce que vaut une singulière application du massage, pratiqué par Beztchinski sur le col vésical, par le rectum.
Traitement médicamenteux. — On emploie des médicaments de deux ordres : les uns antispasmodiques destinés à combattre l'excitabilité des centres nerveux et de la vessie (bromure, belladone), les autres toniques pour augmenter la résistance du sphincter (ergot de seigle, noix vomique).
Trousseau employait l'extrait de belladone de la manière suivante :
Il commençait par donner une pilule de 1 centigramme d'extrait le soir, au moment du coucher, pendant plusieurs jours; puis, sans se laisser arrêter par la cessation ou la persistance de la maladie, il augmentait progressivement les doses du médicament, qu'il poussait jusqu'à 6, 8,10 et même 15, "20 centigrammes et cela pendant un mois ou deux, quand bien même la guérison était obtenue, et si cependant il n'y avait pas intolérance
La noix vomique s'administre, chez les enfants, sous forme de sirop de strychnine contenant 5 centigrammes pour 100 grammes de sirop de sucre, chaque cuillerée à café renfermant à peu près 2 milligrammes et demi.
Chez les enfants de 5 à 10 ans, on commence, le premier jour, par deux cuillerées à café, une le matin, une le soir pendant deux jours. Si cette dose est bien supportée, on laisse deux jours de repos et on augmente d'une cuillerée à café, c'est-à-dire qu'on donne trois cuillerées à café pendant encore deux jours; puis, après un nouveau repos de deux jours, on administre quatre cuillerées à café. M. Picard conseille même d'atteindre de plus hautes doses; mais un pareil médicament n'est pas sans danger.
J'ai utilisé avec succès, après d'autres, la teinture de rhus aromaticus à la dose de 10 à 100 gouttes par jour.
DIABETE INSIPIDE
Étiologie. — Le diabète insipide (diabète sans glycosurie, polyurie simple, essentielle) s'observe assez souvent dans l'enfance. Les premiers travaux d'ensemble sur cette maladie en rapportent quelques exemples (thèses de Lacombe (1841), Lancereaux (1869), leçons de Roger (1866), Bouchut
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(1877). Lacombe rapporte 20 cas ayant débuté dans l'enfance; Neuffer, sur 51 cas qu'il a réunis, en signale 9 de 0 à 10 ans; Strauss, 9 cas dont le début eut lieu entre 0 et 16 ans. Toutefois, en analysant soigneusement ces observations, on voit qu'elles ont trait aux faits les plus dissemblables et que beaucoup d'entre elles rentrent dans le groupe des polyuries symptomatiques. Aussi dans mon travail de 1889 (tbèse de Paris) n'ai-jc pu en réunir que 29 observations, ensemble assurément fort incomplet et qui ne donne qu'une faible idée de la fréquence du diabète insipide dans le jeune âge, si j'en juge par le nombre d'adultes polyuriques qui font remonter leur maladie à l'enfance.
Garçons et filles en sont également atteints, ce qui semble étonnant, au premier abord, quand on connaît le rôle des névropatbies et particulièrement de l'hystérie dans la genèse du diabète insipide.
Lacombe, Pain ont admis (pie le polyurique est souvent scrofuleux ou tuberculeux, confondant probablement la polyurie simple avec certaines polyuries symptomatiques; c'est ainsi qu'on l'a signalée dans le cours de la tuberculose des ganglions abdominaux. Ce qui domine toute l'étiologie du -diabète insipide, c'est le nervosisme, la prédisposition nerveuse, acquise ou héréditaire, la psychopathie à tous les degrés.
La polyurie est un phénomène nerveux au premier chef; elle s'observe transitoirement ou de façon persistante dans les altérations les plus variées du système nerveux, dans les émotions, dans les traumatismes des centres, les lésions du cerveau et de la moelle, dans la piqûre du quatrième ventricule (Cl. Bernard), autant de faits qui peuvent faire prévoir l'influence du système nerveux sur le diabète insipide. Il en est de celui-ci comme du diabète sucré, dont Seegen, Griesinger et bien d'autres ont montré la fréquence et l'alternance dans les familles psychopathiques et névropathiques. Ebstein, qui un des premiers a soutenu cette thèse, avait noté le diabète insipide dans des familles où existaient des cas d'idiotie, d'épilepsie. Ce qui est vrai de l'adulte est encore plus net chez l'enfant. Tous les cas que j'ai réunis se rattachent, à quelque degré, à la névropatbie et cette relation, cachée si on s'en tient à l'examen du polyurique isolé, devient évidente quand on analyse l'hérédité. C'est ainsi qu'on peut interpréter nombre de cas où une cause, insignifiante en apparence, provoque rétablissement définitif du diabète insipide. Dans une observation de Johannessen, un enfant devient polyurique après une piqûre d'insecte survenue pendant son sommeil; or sa famille est sujette aux maladies mentales, il a une sœur idiote, un frère bizarre, un autre atteint d'incontinence d'urine, une mère sujette à de violentes céphalées, un père migraineux; voilà une hérédité singulièrement lourde; dans d'autres cas, on trouve chez les ascendants ou les collatéraux, la neurasthénie, l'hystérie, l'épilepsie, le tabès; chez le sujet lui-même les stigmates do la dégénérescence, et en particulier, fréquemment cette manifestation dont j'ai montré la valeur psychopathique, l'incontinence d'urine, à une époque où la polyurie n'existait pas encore.
L'analyse clinique conduit ainsi à expliquer le plus grand nombre des cas de diabète insipide par la dégénérescence héréditaire.
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Landouzy (de Reims) a observé la polyurie chez des enfants capricieux» bizarres on voleurs. Je l'ai trouvée moi-même chez les malfaiteurs de profession, les récidivistes, les « fous moraux », qui rentrent aussi dans la classe des dégénérés.
L'hystérie est aussi une cause à signaler, mais plus rarement chez l'enfant que chez l'adulte (Erhardt) ; je l'ai vue une fois chez une fille hystérique; mais je crois d'ailleurs volontiers que beaucoup d'enfants polyuriques sont destinés plus tard à devenir hystériques. Est-ce à dire que leur polyurie soit une manifestation hystérique? Loin de là.
Tel est le terrain sur lequel se développe le diabète insipide. Mais il faut, pour le provoquer, une cause accidentelle. Celle-ci est des plus variées; dans beaucoup de cas, on trouve un choc quelconque, une perturbation physique ou morale; c'est une émotion vive provoquée par la vue d'ui> animal, c'est un refroidissement brusque par un bain froid ou par Tingestion d'eau glacée, toutes causes bien minimes en apparence pour un si grand effet.
D'autres cas reconnaissent des causes plus violentes, un trauma portant sur le crâne, les tempes, une chute d'un lieu plus ou moins élevé. Jewel a vu la polyurie apparaître dans le cours d'un abcès du conduit auditif externe,. qui aurait irrité la branche auriculaire du pneumogastrique et du glossopharyngien (?).
On a signalé aussi les infections comme la fièvre typhoïde, la fièvre intermittente, la scarlatine; elles engendreraient la polyurie comme elles prov quent l'hystérie.
Enfin, il existe une polyurie héréditaire (Orsi, Weill) qui atteint un grand nombre de membres d'une même famille.
Pathogénie. — Ce n'est pas le iieu de discuter longuement la nature de la polyurie essentielle (car elle n'a rien de spécial chez l'enfant), ni ses relations avec la polydypsie. Boucliut, Guéneau de Mussy assimilaient celle-ci à certaines perversions du goût et de l'appétence. Mais il suffit de rappeler quels accidents entraine chez le polyurique la suppression des boissons,, pour comprendre combien cette opinion est inacceptable, au moins dans lai grande majorité des cas; ce sont de véritables phénomènes de dessiccation.. Il ne s'agit pas de la satisfaction d'une passion déréglée, ni d'une habitude de l'organe du goût. La soif n'est pas une sensation locale; c'est une sensation diffuse, généralisée; c'est la cellule qui a soif, ce sont les tissus del'organisme, privés d'une partie de leur eau par la sécrétion rénale trop active.
La polyurie est donc bien le phénomène primitif. On pourrait dire avec Kraus que la différence entre le polyurique et l'homme sain qui boit la môme quantité d'eau dans le même temps réside non pas dans les quantités d'eauéliminées, mais dans la rapidité avec laquelle le polyurique élimine; il est donc tachyurique et il est secondairement polyurique, s'il peut réparer par les ingestions les pertes d'eau qu'il subit.
Par quel mécanisme se produit cette polyurie? Nous ne savons pas grand'chose sur ce point. Cette question n'a pas fait de progrès depuis l'expérience
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de Cl. Bernard. On a cru alors que tout était expliqué, et instruit par les expériences de Duret produisant par choc crânien des hémorragies, des ecchymoses, des phlyetènes sanguines en différents points de l'encéphale, on a admis que les traumatismes vulgaires, qui produisent la polyurie, causaient des épanchements dans le bulbe ou son plancher, épanchements dont la cicatrice continuait à irriter le centre de sécrétion (Mosler); on cherchait ainsi à ramener tout à une lésion du bulbe: et Johannessen, interprétant la polyurie consécutive à la piqûre d'un scarabée, supposait une névrite du spinal remontant à son noyau d'origine, atteignant par contiguïté les noyaux du vague, de l'acoustique et inférieur du facial (parésie linguale et labiale) et enfin le centre de la polyurie (?).
Mais on ne saurait admettre l'existence d'une lésion dans tous ces cas, car elle produirait des phénomènes cérébraux de voisinage des plus graves (or, nous savons qu'ils peuvent manquer complètement après le traumatisme) et si elle existait, elle ne pourrait subir une régression si spéciale, au point de se localiser à un territoire de 1 millimètre carré.
Une altération anatomique de cette nature est donc inacceptable.
Le siège du centre lui-même est douteux, car d une part la piqûre de Cl. Bernard n'a jamais produit qu'une polyurie transitoire et, d'autre part, Schitï, Eckard, Thiernesse, ont obtenu la polyurie en lésant des parties très différentes de l'encéphale (cervelet, vermis inferior), en irritant le grand sympathique au cou, les ganglions dorsaux placés sur le trajet des grands splanchniques: Kahler a constaté la polyurie dans les lésions des portions que logent les fosses occipitales, et de l'isthme de l'encéphale. On ne saurait donc localiser le centre de la polyurie; et il semble que ce soit un mode de réaction spécial à certains sujets à l'égard des traumatismes ou de certaines excitations.
Symptômes. — Le diabète insipide apparaît assez brusquement. Les parents sont frappés tantôt par l'avidité de l'enfant et par la sécheresse de sa bouche, tantôt par la fréquence de ses mictions. Chez le nourrisson, la mère ou la nourrice reconnaît que le sein ou le biberon ne suffit pas, que l'enfant non rassasié crie et se débat continuellement. Quand elle est l'effet d'un refroidissement, d'une émotion, d'un traumatisme, c'est quelquefois dans la nuit qui suit le choc, plus souvent quelques jours après, qu'apparaît la polyurie. Dans ce dernier cas, elle passe d'abord inaperçue, cachée qu'elle est par différents symptômes cérébraux en rapport avec la commotion cérébrale (coma ou torpeur, incontinence d'urine et des matières, vertiges, etc.). Parfois cependant, ces accidents sont si atténués qu'ils passent inaperçus et la polyurie paraît être le seul phénomène consécutif au traunia. A la suite d'une maladie aiguë, la polyurie apparaît aussi dès la convalescence (Leteinturier) .
Le trouble sécrétoire, une fois établi, se manifeste par un ensemble de symptômes dont le plus frappant est l'augmentation de la soif; la polydypsie varie en raison directe de l'activité de l'excrétion; mais tandis que, chez quelques enfants, elle n'est qu'un besoin un peu exagéré, chez d'autres, elle devient un véritable supplice; le nouveau-né, à peine retiré du sein ou
NEVROSES rRIXAIIŒS.
séparé du biberon, cric et proteste, et, sous l'influence de ce besoin incompris de la mère, passe des nuits sans sommeil; plus âgé, l'enfant emploie tous les moyens pour se procurer du liquide, le dérobe si on le rationne et boit tout ce qui lui tombe sous la main; la soif varie avec le moment de la journée, mais persiste la nuit, assez pour réveiller le malade.
Si on prive l'enfant de boisson, ses lèvres se sèchent et se crevassent; il éprouve des sensations de vide, de picotement, des douleurs gastriques; parfois des vomissements apparaissent avec palpitations et oppression ; on a vu une suppression trop prolongée entraîner la mort de l'enfant.
Caractères de V urine, — La quantité d'urine est comme celle des boissons, très variable1; Bùrger a vu 8 litres émis en 24 heures par une fille de 7 ans, du poids de 50 livres; Gcrhardt 10 litres par un enfant de 4 ans; von der Ileidjen 9 litres 800 par une fille de 6 ans ; Vierordt rapporte l'histoire d'un garçon de 6 ans et demi du poids de 13 kilogrammes qui urinait 15 litres, en sorte que cet enfant éliminait un poids d'urine supérieur à celui de son corps ; il est vrai que la mort rapide de cet enfant fait supposer l'existence d'une lésion profonde, probablement dans les centres nerveux.
En général la quantité journalière d'urine atteint 1/4, 1/5 ou 1/7 du poids du corps. D'après II. Vierordt, l'enfant peut fournir des proportions d'urine beaucoup plus considérables que l'adulte, car le cas de polyurie de l'adulte où l'émission fut le plus abondante, celui de Trousseau, ne donne qu'un rapport de 0,666 : 1, tandis que chez l'enfant on a vu 1,157 : 1. On pourrait expliquer cette différence par le fait que le poids du rein est, relativement au poids du corps, plus grand chez l'enfant (pie chez l'adulte, puisque chez un enfant de 6 ans, le poids du rein est de 150 grammes et celui du corps 17 kilogrammes, ce qui donne le rapport 1/115, tandis que chez l'adulte, il est de 1/252 (280 gr. et 65 kilogr.).
Les mictions, très fréquentes, le sont moins la nuit que le jour. La quantité émise pendant le jour paraît plus abondante que celle de la nuit; dans un cas que j'ai observé assez longtemps, l'urine diurne dépassait l'urine nocturne de 200 à 600 grammes (la nuit commençant et finissant à 7 heures).
(') Voici pour comparaison les quantités normales d'urine aux différents âges :
TREMIE
AGE
1er jour.
R AGE (d'après
quantité
48 gr.
îe. 517
relatives ;i 1 kil tent de 14,5 (1er semaine), semaine).
Camerer).
POUR 1 KGR.