LÉSIONS INFLAMMATOIRES ET ORGANIQUES
Orchites et épididymites
Chez l'enfant comme chez l'adulte, l'inflammation du testicule et de l'épididyme peut être traumatique ou d'origine urétrale, à la suite de toutes les irritations du canal et en particulier de la masturbation, mais dans la grande majorité des cas elle survient au cours dune maladie infectieuse, telle que les oreillons, la variole, la scarlatine, le typhus. Chose digne de remarque, elle serait très rare, si même elle se rencontre, dans la rougeole. Les oreillons qui, on le sait, se compliquent si souvent d'orchite chez les adultes, détermineraient assez rarement cette complication chez les enfants et les adolescents, d'après Crevoisier d'Hurbache de Strasbourg, et Gintrac de Bordeaux. Elle frappe le plus souvent un seul testicule et se termine presque toujours par l'atrophie.
L'orchite variolique, si bien décrite par Béraud en 1859, est commune chez les enfants, où elle passe souvent inaperçue. Presque toujours bilatérale, elle revêt deux formes anatomiques : tantôt en effet les lésions portent surtout sur la vaginale et l'épididyme, périorchite ; tantôt elles sont à leur maximum dans le parenchyme de la glande. La première forme, de beaucoup la plus commune, se termine presque toujours par la résolution; la seconde, par la suppuration.
D'après Mollière et Augagneur, il n'existerait qu'une seule observation d'orchite scarlatineuse chez un enfant de 10 ans. L'inflammation était surtout caractérisée par l'abondance de l'épanchement dans la vaginale, épanchement qui se résorba très lentement.
Tuberculose du testicule et de l'épididyme
Étiologie. — La tuberculose orchi-épididymaire ne serait pas beaucoup plus rare dans l'enfance qu'après la puberté d'après Hutinel et Deschamps1. Cependant Mollière et Augagneur réunissant les statistiques de plusieurs auteurs n'ont trouvé qu'un enfant sur 185 jeunes gens atteints de cette affection, et Jullien, sur 5 566 enfants examinés à la consultation de l'hôpital Trousseau, n'en a observé (pie 17 cas. Le premier âge y semble plus prédisposé, car sur ces 17 enfants 6 avaient moins d'un an, 6 de 1 à 2 ans et 5 de 2 à 15 ans. Les circonstances rendant les tout jeunes enfants plus aptes à contracter la tuberculose testiculaire nous échappent. A un âge plus avancé on a accusé la fatigue, les exercices violents, les traumatismes, la masturbation, etc. Fait qui surprendra, mais qui pourtant est bien réel, c'est que tandis (pie le testicule ectopié est fréquemment atteint d'inflammation et de dégénérescences néoplasiques, il est rarement envahi par la tuberculose. Chez le plus grand nombre d'enfants porteurs de testicule tuberculeux, on
('- Étude sur la tuberculose du testicule chez les enfants. A rch. yen. de nn-l.. marset avril 1891.
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rencontre des tubercules clans d'autres organes, et il est souvent difficile de dire si la manifestation testiculaire est primitive ou secondaire. Si l'on en croit Hutinel et Deschamps, les bacilles infectant la glande séminale proviendraient de la cavité intestinale.
Anatomie pathologique. — Il est rare que les deux testicules soient atteints et les lésions portent ordinairement sur le seul testicule gauche. L'infection, qui se fait par l'intermédiaire des vaisseaux sanguins et lymphatiques bien plutôt que par les voies spermatiques, débute dans le testicule lui-même et respecte longtemps l'épididyme. Le cordon peut être envahi, et encore cela est-il rare, mais la prostate, les vésicules séminales et la vessie demeurent presque toujours indemnes contrairement à ce que Ton observe chez l'adulte. Nous n'avons point ici à discuter le point précis où colonisent d'abord les bacilles et où se développent les granulations tuberculeuses, ni à décrire les différentes phases dévolution de ces dernières. Qu'il nous suffise de dire que les noyaux caséeux n'atteignent qu'un faible volume et qu'ils sont dès leur formation entourés dune zone fibroïde épaisse s'opposant à la destruction des tissus et à la production de ces vastes cavernes et de ces trajets fistuleux, qui serpentent dans les parois du scrotum et viennent s'ouvrir à sa surface en plus ou moins grand nombre. Cependant la fonte caséeuse du testicule peut s'observer et l'élimination des produits tuberculeux par les fistules des bourses est un mode de guérison de la maladie ; mais le plus souvent l'organe se sclérose, s'atrophie et peut même disparaître insensiblement au centre du scrotum demeuré intact.
Symptômes. — La tuberculose testiculaire peut revêtir chez l'enfant comme chez l'adulte la forme aiguë ou la forme chronique. La forme aiguë, tuberculose galopante du testicule, orchite tuberculeuse, s'accompagne de tous les symptômes locaux et généraux des inflammations violentes du testicule. Ces symptômes durent seulement quelques jours, après lesquels la douleur, le gonflement du testicule diminuent, mais sans disparaître complètement. En quelques semaines, des foyers caséeux peuvent se former à la suite de cet envahissement aigu de la glande par les bacilles et s'ouvrir à l'extérieur: d'autres fois, l'infection, bruyante à ses débuts, sommeille pendant de longs mois et des années et est depuis longtemps à l'état chronique lorsque le ramollissement et les fistules se produisent. Mais, dans la grande majorité des cas, la maladie revêt d'emblée la forme chronique, et s'installe insidieusement jusqu'à ce que le volume relativement énorme du testicule et la formation d'abcès attirent l'attention du petit malade ou de ses parents.
Diagnostic. — Le diagnostic de la tuberculose du testicule ne présente guère de difficulté lorsque les foyers se sont ramollis et qu'il existe des fistules à la surface du scrotum, car il est peu d'affections de cette glande qui donnent lieu à pareille fîstulisation. Lorsque les lésions se réduisent à du gonflement, à des bosselures de l'organe, il est parfois difficile de distinguer le testicule tuberculeux du testicule syphilitique. Les antécédents, fournis par l'examen des ascendants et l'état de santé général du petit malade, constituent les bases de ce diagnostic délicat.
Pronostic. — Le pronostic serait grave d'après Hutinel et Deschamps,
IALF. POUSSONJ
|)iiis(|ii(' sur î) de leurs malades il y aurait eu 6 morts. Par contre Jullien a pu suivre 9 de ses eas, qui tous ont guéri.
Traitement. — Le traitement doit être avant tout un traitement général : séjour à la campagne, au bord de la mer, vie au grand air, bains salés, etc. Ces mesures hygiéniques sont de beaucoup préférables aux médications antibacillaires qui troublent les fonctions de ['estomac, dont la conservation est si précieuse chez ces jeunes organismes qui se défendent surtout par l'excellence de leur alimentation et la régularité de leur nutrition. Cependant, on donnera avec avantage l'huile de foie de morue, les iodures, le phosphate de chaux, etc. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement que se posera l'indication de la castration, lorsque par exemple le testicule sera en grande partie détruit par la caséitication, et le plus souvent mieux vaudra recourir, pour tarir les fistules et foyers de suppuration, aux opérations économiques telles (pie la cautérisation et la résection des noyaux caséifiés.
Syphilis du testicule
Observée par un assez grand nombre de cliniciens, la syphilis du testicule chez l'enfant a été étudiée par Hutinel dans un mémoire remarquable. Suivant cet auteur, l'orchite syphilitique infantile serait beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit généralement, car nombre de lésions spécifiques qui passent inaperçues en clinique sont révélées par l'histologie à l'amphithéâtre. Il va sans dire que cette affection est héréditaire. Elle est parfois congénitale mais se développe le plus souvent du T au 15e mois.
Ordinairement bilatérales, les lésions respectent en général l'épididyme et il est exceptionnel qu'elles s'accompagnent de liquide dans la vaginale. Revêtant presque exclusivement la forme scléro-gommeuse non suppurée, elles donnent à la glande une consistance ferme et dure comparée par Hutinel à celle du globe oculaire. Le testicule est indolent et roule sous les doigts dans les bourses comme une bille.
Ne se l'amollissant pour ainsi dire jamais, le sarcocèle syphilitique se termine presque toujours par l'atrophie, de telle sorte que l'enfant, qui en est porteur, s'il arrive à l'âge adulte, est destiné à demeurer stérile. Comme le dit Hutinel, « il est possible que certaines atrophies dites congénitales, que ccitai us arrêts de développement de la glande n'aient pas d'autres causes que la syphilis héréditaire ».
L'orchite syphilitique infantile est d'un diagnostic qu'on peut dire facile, et les caractères que revêt alors le testicule ont une certaine valeur en sémiobgie; c'est ainsi que lorsque « un jeune sujet cachectique porte, autour de la bouche ou de l'anus, des tissures suspectes, sur les fesses ou sur les membres une éruption douteuse, s'il a les glandes spermatiques dures comme des billes, volumineuses et indolores, il n'est pas téméraire d'affirmer qu'il est syphilitique ».
Le pronostic de l'orchite syphilitique est celui de la syphilis infantile, c'est-à-dire grave.
Quant au traitement, il consiste chez le tout jeune enfant nourri au sein
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dans l'administration des préparations mercurielles et iodùrées par l'intermédiaire de l'organisme de la nourrice. Des frictions mercurielles, des médications internes à bases d'hydrargyre et d'iodure de potassium seront employées chez les enfants non allaités ou sevrés.
Tumeurs du testicule
Tumeurs bénignes. — Toutes les variétés des tumeurs bénignes et malignes qu'on observe chez l'adulte peuvent se rencontrer chez l'enfant. Parmi les tumeurs bénignes dont le nombre est aujourd'hui bien moins considérable qu'il y a quelques années, car les progrès de l'anatomie pathologique en ont distrait le tuberculome, le syphilome, nous ne ferons qu'énumérer les kystes simples et les kystes par inclusions fœtales ou téràtomes qui, bien que d'origine congénitale, ne révèlent leur existence qu'à une période assez avancée de la vie. Quant aux fibromes, enchondromes, myomes, ils se présentent rarement à l'état de tissu isolé dans le testicule de l'enfant comme dans celui de l'homme et s'associent presque toujours à des éléments myxomateux, sarcomateux ou épithéliaux, qui en font des tumeurs mixtes et éminemment malignes.
Tumeurs malignes
Les tumeurs malignes du testicule dans l'enfance forment un groupe clinique bien défini, mais qui comprend comme chez l'adulte des variétés histologiques nombreuses souvent associées pour former des tumeurs mixtes et complexes. Laissant donc de coté la description anatomo-pathologique du sarcome, du myxome, du lymphadénome, de l'épithéliome, du carcinome, nous ne nous occuperons que de l'histoire clinique de ces tumeurs que l'on peut placer sous l'étiquette commune de cancers.
Après l'œil, le testicule est chez l'enfant l'organe le plus fréquemment atteint de cancer. La néoplasie se développe surtout dans les premières années de la vie et peut même être congénitale comme dans les cas de Silcok et de Parker. L'hérédité joue un rôle incontestable dans leur étiologie, mais c'est tout ce que nous savons à ce sujet. Comme nous l'avons déjà dit, l'ectopie favorise la dégénérescence maligne de la glande spermatique.
Le testicule cancéreux se caractérise par l'existence d'une tumeur spontanément douloureuse et très rapidement volumineuse, englobant le testicule et l'épididyme, régulière à sa surface niais bientôt bosselée, de consistance inégale, distendant les bourses, qui se vascularisent et finissent par être absorbées par le tissu pathologique et s'ulcérer. Le cordon, qui reste longtemps sain, se prend à la longue et parfois bien après les ganglions de la fosse iliaque. A ce moment, la généralisation ne tarde pas à se produire et le petit malade succombe à la cachexie.
En général, la marche de l'affection est rapide. Le pronostic est d'autant plus grave que la récidive, même après une exérèse hâtive, est la règle. Le fait de Parker, dans lequel un myxochondrome chez un enfant de 7> ans, après castration, ne récidiva pas, est tout à fait exceptionnel.
[ALF. POVSSON .]
Si le diagnostic, au début du mal, peut présenter quelque incertitude avec le testicule tuberculeux et syphilitique, le développement rapide de la tumeur, l'envahissement des ganglions ne tardent pas à l'aire cesser toute hésitation.
Le seul traitement du cancer du testicule est la castration faite dès que le
diagnostic est établi
Mal
ADIES DU CORDON
Au nombre des maladies du cordon, que la pathologie infantile nous offre à étudier, nous n'avons guère à décrire ici que les hydrocèles du cordon .
Ces épanchements de sérosité se font dans la portion funiculaire du canal péritonéo-vaginal. Ils comprennent deux variétés : l'hydrocèle congénitale et l'hydrocèle enkystée ou kyste du cordon.
Hydrocèle congénitale du cordon
L'hydrocèle congénitale du cordon forme une collection liquide occupant la portion funiculaire du canal péritonéo-vaginal, s'étant bien isolé de la vaginale par en bas, mais restant en communication avec la cavité péritonéale par en haut. Cette variété est relativement rare et elle simule souvent une hernie, car la tumeur qu'elle forme est allongée suivant le canal inguinal, molle, réductible et augmentant de volume lorsque le petit malade reste debout, qu'il fait un effort ou qu'il tousse. L'absence de fluctuation, le gargouillement, la réduction brusque et en masse sont les signes auxquels on reconnaîtra la hernie.
Comme l'hydrocèle congénitale vaginale, l'hydrocèle congénitale funiculaire guérit souvent seule dans les premiers temps de la vie : que si elle persiste, son traitement ne diffère pas de celui de l'hydrocèle vagino-péritonéale.
Hydrocèle enkystée du cordon
Pathogénie. — L'hydrocèle enkystée ou kyste du cordon résulte d'une accumulation de sérosité dans le canal funiculaire fermé à ses deux extrémités. On ne saurait en effet accepter que sous toute réserve que cette tumeur se développe de toute pièce dans le tissu cellulaire du cordon. Quant à sa formation aux dépens des débris wolffiens et en particulier du corps innominé de Giraldès, elle ne saurait être acceptée que pour les kystes siégeant tout à fait au voisinage de la partie initiale du cordon tout près de l'épididyme.
Anatomie pathologique. — Siégeant sous l'enveloppe fibreuse du cordon et le crémaster, l'hydrocèle enkystée du cordon constitue une tumeur à parois ordinairement minces, lisse à sa face interne, mais pouvant présenter des plis qui la cloisonnent et la divisent en loges indépendantes les unes des
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autres ou communiquant ensemble. Son contenu est le plus souvent une sérosité claire, citrine, mais il peut être épais, sirupeux, rougeâtro ou brunâtre à la suite de l'inflammation chronique et des froissements de la poche. Comme l'hydrocèle congénitale de la vaginale, l'hydrocèle enkystée du cordon se complique souvent de hernie.
Symptômes. — La conformation extérieure des kystes funiculaires varie suivant leur siège : sont-ils placés à la partie initiale du cordon au-dessous de l'anneau sous-cutané du canal inguinal, ils sont arrondis et globuleux; dans le trajet inguinal, ils sont un peu allongés; cette dernière forme s'accentue lorsque la tumeur occupe à la fois et le trajet inguinal et la partie supérieure des bourses, souvent alors ils sont bilobés. Quelle que soit leur configuration, les kystes du cordon sont tous rénitents, élastiques et assez souvent transparents. On peut leur imprimer certains mouvements de va-et-vient dans le canal et parfois les réduire complètement dans l'abdomen. Cette réductibilité peut en imposer pour une hernie, mais la forme généralement sphéroïdale de la tumeur kystique, son absence de pédicule, sa consistance ferme et résistante, sa transparence sont des signes qui permettront rarement l'hésitation. Dans le doute une ponction exploratrice lèvera toutes les difficultés.
Traitement. — Si l'hydrocèle enkystée du cordon ne disparaît pas spontanément dans les premiers temps de la vie ou ne cède pas aux applications résolutives, elle est justiciable des divers modes de traitement de l'hydrocèle vaginale et de l'hydrocèle funiculaire congénitales.