TRAITEMENT DE LA SYPHILIS INFANTILE
Traitement spécifique : général, local. — Traitement non spécifique : hygiène, prophylaxie; il faut veiller aux prédispositions que crée la syphilis, prévenir les complications par infection et troubles de nutrition, traiter les accidents para-syphilitiques.
Faut-il traiter tous les enfants nés de syphilitiques? Voici, à ce sujet, l'opinion de M. le Professeur A. Fournier :1e Un enfant né sain, d'un père syphilitique, ne sera pas traité. 2° Un enfant né sain, de mère anciennement syphilitique, mais sans accident pendant la grossesse, ne sera pas traité. 5" Un enfant né sain, de mère récemment syphilitique, sera énergiquement traité. A fortiori, un enfant né sain de père syphilitique, ayant contaminé sa femme pendant la grossesse, devra être toujours traité. Dans tous les autres cas, dès que surviendront les accidents du début, il faut traiter, l'enfant supportant généralement bien le traitement. Comment faut-il traiter? a. L'enfant est au sein de sa mère ou d'une nourrice : les avis sont partagés, les uns traitant la mère seulement, d'autres l'enfant ou les deux. Traiter seule-
(') A l'appui de cette opinion, le D' Diacre, de Chambon (Creuse), m'a signalé quelques faits où, malgré une syphilis du mari, actuelle ou mal traitée, au moment de la grossesse, l'influence du traitement donné à la mère, indemne de syphilis, a produit les plus heureux résultats sur les enfants, issus de ces grossesses.
ment la mère est dangereux pour l'enfant. Traiter l'enfant seulement est suffisant, mais ne guérit pas la mère si elle est contaminée. Traiter les deux est le mieux. Pour la mère, traitement habituel : le traitement mercuriel, s'il s'agit d'accidents récents, le traitement mixte ou ioduré s'il s'agit d'accidents tardifs. En règle générale, une mère qui a des accidents graves doit éviter de nourrir. Mais en dehors de ce cas, s'il n'y a pas d'autres considérations qui s'opposent à l'allaitement, une mère syphilitique doit toujours allaiter son enfant syphilitique; je dirais même : une mère non syphilitique en apparence doit toujours allaiter son enfant né syphilitique (loi de Baumès- Colles). V
Traitement de la syphilis infantile. — Le traitement de la syphilis infantile est identique à celui de l'adulte ; il comporte un traitement spécifique et un traitement non spécifique ou médication des indications.
Traitement spécifique : s'il s'agit d'une syphilis infantile acquise, il faut panser le chancre comme chez l'adulte ; le mieux est de mettre la pommade suivante :
Vaseline 20 grammes.
Calomel précipité ... 1 —
Par-dessus, on peut recouvrir de taffetas. Dans certains cas, pour assurer une protection plus efficace, et suivant le siège du chancre, on appliquera l'emplâtre rouge de Vidal.
Cinabre (bisulfure de mercure) 15 grammes.
Minium ... 25 —
Emplâtre diachylon 200
Que l'on se serve de l'un ou l'autre de ces topiques, il faut chaque jour, et quelquefois plusieurs fois par jour, renouveler le pansement après lavages avec une solution d'acide borique à 2 pour 100, ou bien une solution de sublimé à 1 pour 5000 ou 1 pour 10 000. Il faut éviter l'emploi de l'acide phénique qui est irritant et toxique pour les jeunes sujets. Dans certains cas d'irritation excessive du chancre, il faut appliquer des compresses d'eau bouillie, d'eau de guimauve bouillie. Enfin, il peut arriver que le pansement sec soit mieux supporté; en pareil cas, l'application de la poudre ci-dessous sera utile :
Poudre de talc . . . . 5 grammes.
Sous-nitrate de bismuth . . • ■ 3 —
Acide borique finement pulvérisé 2 —
ou bien encore :
Poudre de talc 4 parties.
Calomel * Partie-
Si le chancre ne se cicatrise pas facilement, s'il reste stationnaire, un léger attouchement au nitrate d'argent tous les 5 ou 6 jours sera utile.
Traitement spécifique général : traitement mercuriel. — « Avant tout, le mercure et ses diverses combinaisons, dit M. Comby (Gazette des hôpitaux, n° 69, 1895), sont indiqués dans la syphilis héréditaire ou
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acquise; quand cette maladie est reconnue ou seulement soupçonnée, il faut, sans perdre de temps, donner le mercure, et à haute dose, car les enfants le tolèrent toujours admirablement. » Ce traitement peut se donner de 5 façons : 1° Par les frictions : c'est la meilleure méthode; 2° Par ingestion; 5° Par les bains. Je laisse de côté la méthode des injections : d'abord parce que cette méthode est douloureuse, et ensuite parce qu'elle expose à la production d'abcès.
1° Méthode des frictions : les frictions se font avec l'onguent napolitain.
Mercure . j parties égales.
Axonge benzoïnee. ... ....... j
II ne faut pas craindre de l'employer à fortes doses, même chez les nouveau-nés (Comby) ; ils le supportent fort bien. On fait une friction quotidienne, pendant 5 minutes, avec 2 grammes d'onguent napolitain. Avant la friction, on lave à l'eau tiède et au savon le point qui sera frictionné; la friction faite, on applique une couche d'ouate hydrophile. Il faut changer de place tous les jours pour éviter l'irritation des téguments. On peut faire la série suivante :
l"r,jour. . . . Côté gauche du thorax.
2° '— . . . . Côté droit.
3" — .... Côté gauche du ventre.
4° — ... Côté droit.
5e — ... Face interne de la cuisse droite.
6° — .... Face interne de la cuisse gauche.
7e — ... . Mollet droit.
8° — . : . Mollet gauche.
9° — .... Bras droit.
10e — .... Bras gauche.
en recommençant la série. Cette médication devra être continuée pendant des semaines et des mois, en ne s'arrètant que lorsqu'il y a irritation des téguments. Dans les cas de syphilis intense, on peut faire cette méthode pendant 1 an 1/2 et 2 ans, mais en s'arrètant dès que les accidents ont cédé 8 à 10 jours par mois, ce qui fait 2 séries de frictions. L'enfant supporte merveilleusement ce traitement et n'a jamais de stomatite, et très rarement d'éruption médicamenteuse.
2° Méthode par ingestion : le sel de mercure généralement employé est le sublimé en solution à 1 pour 1000, sous forme de liqueur de Van Svvicten :
Sublimé corrosif 1 gramme.
Alcool à 80» 100 —
Eau distillée Q. S. pour 1000 —
Comme ce mélange est très irritant, on le donne dans du lait, du sirop, de l'eau sucrée1. L'administration de la liqueur de Van Swieten est ainsi réglée :
X gouttes 3 fois par jour pendant le l°r mois.
XX — — le 2" mois.
XXX — — le 3" mois.
(') Pour les tout jeunes enfants, les gouttes sont mises dans une ou deux cuillerées à soupe d'eau bouillie, on t'ait absorber le mélange dans la journée.
SYPniLIS. 757
Au-dessus de 1 an, on peut aller à 4 ou 5 grammes de liqueur de Yan Swieten par jour. Mais il faudra cesser la médication s'il survient de la diarrhée verte, des vomissements. Le sirop de Gibert est moins souvent employé, il est très irritant pour l'estomac. On peut en donner une 1/2 cuillerée à café dans la journée à partir de 1 an, dans une potion.
3° Balnéation : la balnéation mercurielle doit être employée avec réserve
quand il y a de nombreuses pertes de substance, de crainte d'absorption
trop forte. — On emploie le sublimé à environ 1 gramme pour 10000. On
formule ainsi (Comby) :
Chlorhydrate d'ammoniaque. ) ~ . n „ . ,,.
<, , ,. -. ^ ! aa 1, 2, o grammes suivant 1 âge.
pour un paquet à mettre dans une baignoire en bois ou en métal émaillé, contenant 10, 20, 50 litres d'eau. Le bain dure 5 à 10 minutes environ.
Traitement ioduré. — A côté du traitement mercuriel, on emploie le traitement ioduré; il est utile surtout après la disparition des accidents aigus, utile surtout dans les manifestations nerveuses et il agit quelquefois dans les accidents para-syphilitiques. Il est généralement mieux supporté que chez l'adulte et ne donne ni coryza, ni éruption. On le donne à la dose de 20 centigrammes par année (Comby). Chez les nouveau-nés, on peut commencer par 10 centigrammes, et même moins, selon l'état de débilité de l'enfant.
Traitement local. — Le traitement local des syphilides est identique à celui de l'adulte; sur les ulcérations, sur les exostoses ou périostoses, on met l'emplâtre de Yigo. Sur les syphilides simples, la pommade au calomel, au 1/50% au l/20e est quelquefois utile. M. Raymond préconise pour des syphilides rebelles ou étendues l'application 3 fois par semaine de traumaticine au calomel. Chez l'enfant, on peut employer :
Gutta-percha . 10 grammes.
Chloroforme . . 90 —
Calomel . . : 5 à 10 grammes suivant l'âge.
Le bain de sublimé sera utile s'il est nécessaire d'obtenir une désinfection rapide et énergique. M. Balzcr a préconisé le massage dans les syphilides volumineuses, non ulcérées, rebelles.
Traitement non spécifique. — A côté du traitement spécifique il y a place pour : 1° L'hygiène, qui consiste dans la régularisation des tétées, l'hygiène alimentaire, les bains, le coucher de bonne heure, les sorties régulières, la vie en plein air. 2° La lutte contre les prédispositions, qui tiennent soit à une hérédité nerveuse familiale, à une tendance à la scrofulo tuberculose. 5° La surveillance du bon fonctionnement de tous les viscères et surtout du tube gastro-intestinal et des reins. 4° Le traitement des affections para-syphilitiques qui varie avec l'affection. En résumé, se souvenir toujours que le malade est syphilitique d'abord, mais qu'il porte en lui le germe d'affections surajoutées que la syphilis aide à éclore, et qu'il faut arrêter avant leur développement, car, si le mercure etl'iodure guérissent les accidents syphilitiques, ils ne guérissent pas les affections para-syphilitiques 'qui font la gravité désastreuse de la syphilis infantile.
[P. GASTOV.J
PAR LE D' E.-C. AVIRAGNET
Ancien chef de clinique à l'hôpital des Enfants-Malades.
La tuberculose infantile relève, comme celle de l'adulte, du bacille décrit par Koch, en 1882. Les lésions tuberculeuses sont les mêmes, mais leur mode d'apparition, leur évolution diffèrent. La tuberculose chez les enfants présente, de ce fait, de nombreuses particularités étiologiques, anatomiques et cliniques qui rendent son étude des plus intéressantes. Le bacille de Koch prend aisément possession de l'organisme infantile, et, de plus, il s'y généralise avec une étonnante facilité. Ce sont les deux caractères qu'il importe de mettre tout d'abord en relief, en faisant remarquer qu'ils apparaissent avec d'autant plus de netteté que l'enfant est plus jeune.
HISTORIQUE
Les deux auteurs qui ont écrit les premiers des travaux intéressants sur la tuberculose infantile sont Tonnelé et Papavoine. Le premier — dans le Journal hebdomadaire (année 1 829, tomes IV et V) — montra que la tuberculose avait tendance à se généraliser chez l'enfant. Papavoine, de son côté, insista sur la fréquence des altérations des ganglions bronchiques qui, dans certains cas, peuvent être atteints sans que le poumon soit lésé. C'est là l'expression même de la vérité. Citer tous les auteurs qui depuis se sont occupés de la tuberculose infantile serait aussi inutile que fastidieux. Qu'il nous suffise de rappeler les noms des traités restés classiques, ceux de Barrier, de West, d'Hénoch, de Bouchut, de Rilliet etBarthez, etc., dans lesquels on trouvera des renseignements bibliographiques complets sur cette question. Les travaux les plus récents seront signalés à leur place dans le cours de cet article ou bien dans les chapitres spéciaux consacrés aux différentes localisations de la tuberculose. Nous avons cherché dans ce travail à donner une idée aussi juste que possible de l'évolution de la tuberculose infantile et pour cela, sans négliger ce qui avait été écrit sur ce sujet, nous nous sommes surtout appuyé sur nos recherches personnelles et sur les enseignements fournis par nos maîtres, le professeur Landouzy à la crèche de l'hôpital Tenon, le professeur Grancher, les Drs Hutincl et Marfan à la clinique de l'hô pital des Enfants-Malades.
ÉTIOLOCIE
Age. — Les traités classiques sont tous d'accord pour reconnaître que la tuberculose est rare pendant les premiers mois de l'existence, mais cette rareté a été exagérée et il a fallu les remarquables travaux du professeur Landouzy (travaux qui font époque dans l'histoire de la tuberculose infantile) pour montrer, qu'au moins dans la clientèle hospitalière, la tuberculose faisait des ravages même chez les tout jeunes enfants. Quelques chiffres sont nécessaires pour établir cette fréquence de la tuberculose. Voici tout d'abord ceux que publient MM. Barthez et Sanné dans leur dernière édition (1891) :
AGE TUBERCULEUX NON-TUBERCULEUX
De 1 à 2 ans 1/2 47 79
De 3 à 5 ans 1/2 107 70
De 6 à 10 ans 1/2 107 37
De 11 à 15 ans 53 25
Ces chiffres montrent que le nombre des tuberculeux comparé à celui des non tuberculeux prend sa plus grande fréquence de six à dix ans et demi, puis de onze à quinze, puis de trois à cinq et enfin de un à deux et demi; ce qui fait que, de trois à dix ans, plus de la moitié des décès d'enfants incombe à la tuberculose. Ces chiffres réunis à ceux publiés jadis par Papavoine donnent à peu près les mêmes résultats :
AGE TUBERCULEUX NON-TUBERCULEUX
De 1 à 2 ans 1/2 121) 180
De 3 à 5 ans 1/2 252 171
De 6 à 10 ans 1/2 226 96
De 11 à 15 ans 124 56
D'après Hervieux, si l'on excepte les cas rares où les enfants naissent tuberculeux, on peut dire que la tuberculose n'apparaît guère avant quatre mois. Sur 996 autopsies, cet auteur n'a trouvé que 31 tuberculeux sur lesquels 10 seulement âgés de moins d'un an.
AGE TUBERCULEUX NON-TUBERCULEUX
De la naissance à 15 jours. ... 2 585
De 15 jours à 4 mois .0 275
De 4 mois à 1 an . ..... 8 1 41
De 1 an à 2 ans 8 82
De 2 ans à 5 ans 10 45
De 4 ans à 5 ans p 3 7
MM. Barthez et Sanné font remarquer que ces résultats, joints à ceux de Papavoine et aux leurs, montrent l'immense différence qui existe entre les nouveau-nés et les enfants qui approchent de la puberté au point de vue de la fréquence de la tuberculose. L'autopsie démontre l'existence des tubercules 1 fois sur 81 chez les premiers et plus de 2 fois sur 5 chez les
lE.-C. AVIRAGNET ]
TCO MALADIES INFECTIEUSES.
derniers, comme on peut induire du relevé suivant, qui comprend 2230 enfants de tout âge, dont 753 tuberculeux et 1477 non-tuberculeux, ainsi groupés suivant l'âge :
AGE TUBERCULEUX NON-TUBERCULELX
De la naissance à 1 mois 10 801
De 1 à 2 ans 1/2 138 516
De 5 à 5 ans 1/2. 255 208
De 6 à 10 ans 1/2. ...... 226 96
De 11 à 15 ans. ..... 124 96
Frœbelius, de son côté, n'a observé, de 1874 à 1885, sur 91 370 nourrissons âgés d'un à quatre mois, soignés à la crèche de Saint-Pétersbourg, que 416 bébés tuberculeux sur 18 569 morts. Ce qui fait un taux de mortalité de 0,4 pour 100'. Les lésions étaient réparties de la façon suivante :
Poumons dans tous les cas . . 100 pour 100
Ganglions bronchiques ... 99,2 —
Foie 88
Rate 86,5 —
Intestin 20,9 —
Cerveau et méninges 24,5 —
Reins. . 22,6 —
Ganglions mésentériques 16,1 —
Cœur et péricarde 3,4 —
Plèvres 4,5 —
Premières voies respiratoires. . . .... 2,4 —
Frœbelius dit avoir autopsié tous ces enfants et aucun cas de tuberculose ne lui a échappé. Cela est possible, mais il n'en est pas moins vrai que le taux de mortalité fourni par sa statistique est le moins élevé que nous ayons rencontré. Schwer2 donne les chiffres suivants :