RAPPORT DE LA VACCINE ET DE LA VARIOLE
Parallèle clinique. — En dépit des affinités qui relient la variole à la vaccine, les rapports existant entre ces deux affections connexes sont encore discutés, sauf en France, où les dualistes l'emportent depuis 1865. Acceptée encore en Angleterre et en Allemagne, la théorie uniciste invoque l'observation des épizooties, coïncidant avec les épidémies de variole, l'inoculabilité de celle-ci de l'homme à la vache. Mais les unicistes oublient que la vaccine n'est jamais épidémique (Bousquet), jamais contagieuse, à moins d'inoculation accidentelle, exceptionnellement généralisée, à peu près dépourvue de fièvre, sans complications.
Enfin s'il est vrai que la vaccine passe facilement de la génisse à l'homme, la variole humaine végète, se développe péniblement ou avorte très souvent chez la vache, sur laquelle la variole conserve avant d'avorter sa virulence, ses droits, et son identité.
Dualité. — Dans une récente étude sur les rapports de la variole et de la vaccine (Acad. méd., 5 déc. 1895), le D'Layet, de Bordeaux, relate, en co; laboration avec M. le professeur Le Dentu, une série de six expériences, dans lesquelles il pratiqua sur la génisse des inoculations de lymphe empruntée à des varioleux et recueillie sur des pustules naissantes non encore suppurées.
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— Il inocula aussi à la génisse du sang recueilli sur un varioleux une heure après la mort.
Ces inoculations furent pratiquées par scarifications, sur de larges surfaces, avec des instruments neufs, dans une chambre isolée. — Elles donnèrent les résultats suivants :
Expérience I. — Inoculation le 29 décembre 1895 de lymphe variolique et de sang à la génisse, sur les scarifications et sur une large incision. — En outre, injection intradermique de virus glycérine. — Le 5 janvier, on vaccine la génisse. — L'évolution du vaccin est retardée et modifiée. — En même temps apparaît une pustule de variole à l'aine gauche, loin de toute inoculation. — f)onc la génisse était variolisée, mais la variole n'était pas arrivée à temps pour annuler l'action du vaccin. — Expérience II. — Inoculation de sang varioleux. — Éruption papuleuse discrète le 5e jour. — Vaccination de contrôle qui s'arrête au 5e jour.
Dans des expériences successives (III) le raclage des papules de l'expérience II inoculé provoqua des pustules au 8e jour. Le vaccin de contrôle échoua. — Avec le raclage des pustules de l'expérience III, on obtint (IV) une éruption variolique légère et le vaccin de contrôle échoua. — L'inoculation faite avec le raclage des produits des expériences IV et V ne donna que des éruptions locales analogues à celles du vaccin.
Le Dr Layet croit à la dualité, et s'appuie sur l'apparition de l'éruption chez la première génisse au delà du lieu d'inoculation. — Ces expériences prouvent que la variole protège contre la vaccine ou la modifie.
Partisan résolu de la dualité, Chauveau rappelait encore en 1891 que, depuis les millions de vaccinations pratiquées depuis Jenner, la vaccine eut dû, comme la variole, récupérer sa virulence et redevenir à la fois variole et épidémique. Est-il admissible que deux affections distinctes puissent évoluer simultanément sur un même terrain (Juhel-Renoy, Barth et Millard), avec leurs caractères propres, si la maladie est une (expérience B)'? Quoi qu'il en soit et bien que le débat paraisse vidé, la doctrine de l'identité de la variole et de la vaccine trouva récemment encore de nouveaux défenseurs. Ici nous laissons la parole à MM. Chambon et Saint-Yves Ménard (Vaccine animale, 1895) : « Les établissements vaccinogènes, principalement en Allemagne, éprouvaient de sérieuses difficultés pour entretenir le cow-pox de génisse à génisse. Cela donna l'idée de recourir à la variole
(') Quelques jours après la communication de M. Chauveau à l'Académie, le Dr Voiturie/. (de LUI'". résumant la question dans le Journal des sciences médicales de Lille (20 nov. 1891) groupait ainsi les M'" séries d'expériences auxquelles nous taisons allusion. — Expérience A : Dans une première série le virus variolique est inoculé a de jeunes génisses. On voit apparaître au bout de d à 6 jours une éruption speciale papuleuse, différente de la pustule vaccinale. Cetteéruptionestgr'nèralisée.Elleconfèrerniimunite, c'est-à-dire que plus tard la variole ne peut plus être inoculée avec succès. En outre, chez une gemsK inoculée au virus variolique, le virus vaccinal demeure de même inactif. Donc le virus variolurue préserve l'espèce bovine de la vaccine comme le vaccin préserve l'homme de la variole. — Expérience Dans une seconde série, on inocule en même temps sur la lèvre droite de la vulve d'une génisse, "u virus variolique et sur la lèvre gauche du virus vaccin. Chacun des deux virus évolue simultanenOT suivant sa nature et conserve ses caractères distincts, papules varioliquesd'un côté, pustules vaccinales l'autre. — Expérience C : Dans un troisième groupe, on inocule en série, à des génisses, le contenu ocj papules varioliques développées sur la muqueuse vulvaire de la vache. Le virus inoculé successiveiuen d'animal à animal perd peu à peu de son pouvoir, de ses propriétés jusques au point de deieni inactii complètement, mais sans jamais prendre l'aspect d'une éruption vaccinale. — Inverseiae" nous voyons la vaccine se reproduire toujours en séries indéfinies (H. D.).
comme source de vaccin. La méthode de Thiélé, Ceely et Badcock fut ainsi reprise, par Voigt, à Hambourg, en 1881; Fischer, à Carlsruhe, en 1886; Éternod et Haccius, à Lancy, en 1892; Hime, à Bradford, en Angleterre, 1892. Elle fut modifiée en deux points essentiels : 1° la variole s'inoculant difficilement aux animaux de l'espèce bovine, on offrit au virus de grandes surfaces d'absorption (longues incisions, scarifications quadrillées, dénudation) ; 2" au lieu d'utiliser comme vaccine la variole bovine, on s'efforça d'acclimater la variole humaine chez la vache pendant plusieurs générations. (Test ce qu'on appelle le variolo-vaccin.
Variolo-vaccin. — Dans ces conditions, poursuit M. Chambon, ces distingués collègues affirment avoir obtenu un variolo-vaccin très actif qui s'est montré absolument inoffensif après de nombreuses générations dans l'espèce humaine. Ils pensent avoir transformé la variole en vaccine et avoir ainsi démontré que le cow-pox et la vaccine n'ont jamais été que la variole modifiée dans son passage par l'espèce bovine. L'identité serait démontrée par la ressemblance des pustules varioliques et vaccinales, sur les veaux, et par la bénignité de la variole bovine reportée à l'homme.... Ces auteurs sont-ils autorisés à conclure ainsi? Nous ne le pensons pas. La science, en effet, commande les objections suivantes :
1° Parmi les maladies infectieuses, deux types voisins peuvent être bien distincts, même avec des caractères objectifs communs;
2" La variole ainsi modifiée n'est qu'atténuée, mais non transformée, à l'instar des virus atténués. On n'a encore jamais rencontré d'exemple de transformation véritable d'une maladie en une autre;
5° Si la vaccine dérive de la variole, c'est seulement par l'expérimentation et la culture qu'on est arrivé à l'atténuer, comment cette transformation a-t-elle pu se faire naturellement?
4° L'identité de deux maladies infectieuses voisines ne peut être établie que sur la connaissance des caractères morphologiques et biologiques des deux microbes, problème encore très obscur dans l'espèce.
D'ailleurs, comme le répètent avec raison MM. Chambon et Saint-Yves Ménard, le variolo-vaccin n offre réellement aucun avantage sur le cow-pox.